POLITIQUE


Le public français informé sur la contribution de l’Azerbaïdjan  au dialogue interculturel

Paris, 27 février, AZERTAC

Le site www.lopinion.fr a publié une interview de l’ambassadeur Anar Karimov, ambassadeur, délégué permanent de la République d’Azerbaïdjan auprès de l’Unesco.

L’ambassadeur Anar Karimov défend l’approche multiculturelle de son pays pour expliquer la stabilité de la société azerbaïdjanaise en dépit d’un contexte extérieur défavorable.

L’AZERTAC vous présente cette interview dans son intégralité :

A la veille de célébrer le 25e anniversaire du massacre de Khodjaly, de violents heurts ont opposé, samedi, l’armée azerbaïdjanaise aux troupes arméniennes le long de la frontière du Karabakh. Bakou a fait état de plusieurs morts dans ses rangs. L’Azerbaïdjan accuse les forces arméniennes d’avoir tenté de s’introduire sur son territoire tandis que l’Arménie met en cause son voisin qui aurait voulu lancer une attaque contre des positions des forces du Karabakh. Nouvelle illustration de la montée des tensions dans la région. L’Azerbaïdjan n’a pas été touché par le virus du fondamentalisme musulman. Comment l’expliquez-vous ?

Il faut chercher dans l’histoire de notre pays et aussi dans sa situation géographique. Il se situe à un carrefour de plusieurs influences et a naturellement servi de passerelle entre les différentes cultures longeant la fameuse Route de la soie. C’est dans ce contexte que la première République musulmane séculière du monde a vu le jour en 1918 en Azerbaïdjan. Le pays a été le premier à avoir un opéra, une université, à se doter d’une presse d’opinion, et aussi à accorder le droit de vote aux femmes.

L’intégration de l’Azerbaïdjan dans l’Union soviétique en 1920 a tout remis en cause. Quand notre pays a recouvré l’indépendance en 1991, la situation n’a pas été simple en raison notamment de l’occupation par l’Arménie de la région du Haut-Karabagh et de sept provinces adjacentes nous appartenant. Mais nous avons réussi à relever la tête grâce à l’exploitation de nos ressources naturelles et à la création d’un réseau permettant leur exportation. La période a aussi été compliquée par une poussée de la menace terroriste liée à un environnement défavorable. Cependant, les traditions du multiculturalisme que j’évoquais et la volonté des autorités de les encourager ont permis de conserver cet héritage. Cela nous a immunisés contre les dangers du fondamentalisme et les autres dangers susceptibles de déborder depuis le Moyen-Orient par exemple.

L’histoire n’explique pas tout. Y a-t-il une politique spécifique qui favorise cette situation ?

La responsabilité de l’Etat dans la préservation de l’héritage multiculturel est cruciale. Sans cela, il serait à la merci d’influences négatives. Les exemples dans le monde sont nombreux à cet égard. La tolérance peut céder le pas à l’intolérance si l’on ne fait pas le necessaire pour l’entretenir. Mais il faut que cette politique soit extrêmement bien définie et équilibrée. Il est indispensable de mettre en œuvre une politique qui ne heurte aucune des communautés ethniques et religieuses. L’élément fondamental de la stratégie repose d’abord sur la garantie constitutionnelle des droits de chaque citoyen. La base législative s’accompagne ensuite de la création d’institutions pour les appliquer. La dernière en date est le Centre international du multiculturalisme de Bakou crée en 2014 dans le but de favoriser le dialogue interethnique et interreligieux. Ce n’est pas juste un lieu de rencontre, c’est surtout un endroit où l’on forme les citoyens, les enseignants, les enfants à la tolérance. Le gouvernement a aussi entrepris l’entretien des lieux de culte de toutes les religions, en s’assurant que le monde des affaires s’investisse dans cette mission. C’est évidemment important en termes d’image auprès de l’opinion publique.

Le dynamisme et l’engagement des leaders religieux constituent un autre point important. Ainsi pour chaque fête religieuse, ils se rassemblent et la célèbrent ensemble. Le message est très fort, comme également lorsqu’ils donnent leur sang lors de la commémoration d’Achoura. Parallèlement, l’arsenal pénal est très sévère à l’encontre de ceux qui seraient tentés de favoriser un discours de haine. Et sur ce point, nous n’avons aucune tolérance. C’est comme ça que le pays a réussi à résister à la fièvre du fondamentalisme. C’est un enjeu qui dépasse les frontières de votre pays… En 2008, notre président a initié le processus de Bakou afin de favoriser le dialogue interculturel. La première rencontre s’est faite au niveau des ministres de la Culture du Conseil de l’Europe et de pays musulmans avant de se transformer en un forum bisannuel qui accueille non seulement des représentants venus d’Europe ou de pays musulmans, mais aussi des Sud-Américains, des Africains et des Asiatiques. L’Unesco est aussi partie prenante ainsi que d’autres organisations internationales. La quatrième édition du Forum mondial sur le dialogue interculturel aura lieu les 5 et 6 mai. Je crois qu’il est inutile de souligner l’importance de soutenir le dialogue interculturel alors que l’antisémitisme ou encore l’islamophobie gagnent du terrain. L’Azerbaïdjan veut se poser comme une passerelle entre toutes ces civilisations et être un défenseur de la coexistence entre les différentes cultures. Car nous avons compris que sans ce dialogue interne et externe, il est impossible de construire une société florissante, même si vous disposez d’une bonne économie, d’une armée forte ou de technologies avancées. La combinaison entre la volonté politique et l’engagement de la société est indispensable. Est-ce que cela explique la participation active de l’Azerbaïdjan aux activités de l’Unesco ?

En tant que délégué permanent auprès de l’Unesco, je m’inscris complètement dans son principe fondateur : « construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes. » Il faut souligner qu’avec la nomination de la première dame d’Azerbaïdjan, Mehriban Aliyeva, en 2004 en tant qu’ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco, notre relation s’est fortement développée. En 2013, lorsque l’institution a connu une crise financière, l’Azerbaïdjan a ainsi fait une contribution volontaire à son budget et à la constitution d’un fonds pour qu’elle poursuive sa mission notamment dans l’éducation et dans la préservation de l’héritage culturel dans les pays d’Afrique et d’Asie. Ce dernier thème est une de vos priorités dans la mesure où la guerre avec l’Arménie a affecté l’héritage culturel dans les zones touchées par le conflit… C’est en effet une question importante qui nous touche particulièrement puisqu’une partie de notre héritage culturel se trouve dans des territoires occupés par l’Arménie, en dépit de quatre résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU adoptées en 1993 condamnant cette occupation et demandant le retrait immédiat de ses troupes. De plus, nous avons pu constater que l’occupation par l’Arménie, parmi d’autres conséquences, a fait disparaître le patrimoine historique et culturel azerbaïdjanais. L’événement le plus tragique du conflit a été le massacre de Khodjaly qui s’est déroulé le 26 février 1992 et a fait 613 victimes. C’est évidemment quelque chose que nous ne pouvons pas oublier mais nous avons prouvé que nous n’étions pas dans la même démarche en préservant et en restaurant notamment l’église arménienne de Bakou qui fait partie du patrimoine. Une attitude qui résume la volonté exprimée depuis longtemps en faveur de la coexistence pacifique des différentes cultures. Notre message n’est pas celui de la vengeance mais de la paix dans la région.

Chahla Aghalarova

Envoyée spéciale de l’AZERTAC

Paris

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