POLITIQUE


Et si on apprenait de nos erreurs passées?

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Bakou, 26 juin, AZERTAC

Contribution de Rachida Dati, députée européenne (Les Républicains) et maire du 7e arrondissement de Paris

Bakou accueille cette semaine les premiers Jeux européens. Par cet événement inédit organisé par les Comités olympiques européens, l'Europe aura ses jeux, comme le continent américain et l'Asie ont déjà les leurs. Ce sera la fête du sport, la fête des valeurs universelles que porte le sport : tolérance, respect et fair-play.

L'attribution de ces premiers jeux à l'Azerbaïdjan a été âprement commentée. Ce petit pays du Caucase, encore trop méconnu, ne bénéficie pas aujourd'hui d'une bonne image en Europe. On invoque les atteintes aux droits de l'Homme et on ne parle que de cela. Oui, tout n'est pas parfait en Azerbaïdjan. L’est-ce quelque part ? Oui, celle qu'on surnomme souvent la Perle du Caucase, a encore des efforts à faire.

Mais cela ne doit pas être une excuse pour nous dérober, en Europe, à notre responsabilité. Notre responsabilité, c'est de ne pas refuser la main tendue d'un pays qui veut sans cesse approfondir ses relations avec l'UE, ses États membres, et particulièrement avec la France. L'Union européenne dialogue avec l'Azerbaïdjan dans le cadre de son Partenariat oriental. La France aussi. La récente visite du président Hollande à Bakou en atteste.

Ces dialogues ne peuvent pas être réduits à de la realpolitik. Accompagner les changements en Azerbaïdjan, soutenir les efforts faits, c'est œuvrer pour un équilibre extrêmement fragile dans cette partie du monde, c’est discuter de tout en toute sérénité.

Voisin de l'Iran, de la Russie, situé non loin de l'Ukraine et du Moyen-Orient, l'Azerbaïdjan fait preuve d'une stabilité qu'il s'agit d'affirmer. Bakou est certes enlisé dans un conflit avec Erevan depuis des années maintenant concernant la région du Haut Karabakh. Mais, en sillonnant l'Azerbaïdjan, on ne peut qu'être frappé par sa stabilité.

L'une des raisons de cette stabilité tient à la pratique apaisée de l'Islam. 94% des Azerbaïdjanais seraient musulmans. Le peuple azerbaïdjanais est fier de son héritage musulman, mais à Bakou comme ailleurs en Azerbaïdjan, la menace de l'Islam radical est inexistante. On est frappé en particulier par la place des femmes dans la société, elles qui ont obtenu le droit de vote dès 1918 et qui, voilées ou pas, marchent la tête haute dans les rues de Bakou. L’islam est pratiqué en toute liberté, sans pression, ni contrainte, sans aucune ostentation.

Fier de son Histoire, de sa position géographique entre Europe et Orient, l'Azerbaïdjan se rêve en pont entre les cultures. C'est un pays qui se veut précurseur dans le dialogue interculturel. Il y travaille en lien étroit avec les institutions dont il est membre, comme l'Unesco, le Conseil de l'Europe ou l'ISESCO. Les Jeux européens sont vécus comme tels à Bakou. Et pourtant d'Europe, l'image qui est renvoyée au peuple azerbaïdjanais est celle d'un pays infréquentable. On mesure la déception, pour ne pas dire l'amertume, que cela provoque. Un dialogue franc ne doit pas empêcher d'encourager les bonnes initiatives.

En Europe, assumons donc notre responsabilité ! Lorsque les paroles et les actes ne sont pas en adéquation, parlons aux dirigeants azerbaïdjanais ! Allons les voir pour les convaincre, au lieu de les condamner, par paresse et facilité intellectuelle ! Mais lorsque l'Azerbaïdjan avance, encourageons-le ! Nous avons beaucoup à perdre en restant sur des postures. L'Histoire, même récente, nous a montré qu'en ignorant, abandonnant ou méprisant un pays, nous avons été coupables de le laisser se radicaliser. Et si on apprenait de nos erreurs passées?

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