ECONOMIE


Le Portail-ie.fr : L’Azerbaïdjan au carrefour de la nouvelle route de la soie

Paris, 7 août, AZERTAC

En pleine crise sanitaire, les dynamiques d’influences entre grandes puissances sont au cœur de notre actualité. Face à cela l’Azerbaïdjan maintient une politique de non-alignement et garde le cap d’un développement économique appuyé sur les nouvelles routes de la soie chinoises comme l’explique Monsieur Tural Gandjaliyev.

Malgré la création d’hôpitaux modulaires et l’implication des autorités politiques pour contenir l’épidémie sans impacter trop fortement l’économie l’Azerbaïdjan n’est pas épargné par la crise mondiale et subit « un ralentissement économique de 1,7% ».

Comme le souligne Tural Gandjaliyev, Chef de la communauté azerbaïdjanaise et Député du Haut Karabagh, nonobstant, la rivalité sino-américaine sur l’échiquier international, et une situation économique dégradée, l’Azerbaïdjan maintient une politique non-alignée tout en entretenant des liens étroits avec des états très différents dont les intérêts sont parfois opposés, comme la Chine et les USA. Un principe défini comme d’importance majeur pour le pays « compte tenu la situation géographique de l’Azerbaïdjan ». En effet ce dernier fait office d’ étape primordiale « au projet de la nouvelle route de la soie », permettant d’assurer le transport des marchandises entre l’Asie et l’Europe qui servira « au développement économique de la République de l’Azerbaïdjan »

Le traité de 2018 relatif à la mer Caspienne a permis de positionner l’Azerbaïdjan comme un pays stratégique dans ce projet de nouvelle route de la soie. Il permet ainsi de développer le transport rapide de « marchandises du Kazakhstan à l’Azerbaïdjan via la mer Caspienne et le transport de marchandises vers l’Europe par le chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars, initié par l’Azerbaïdjan ».

Il est important de souligner que l’une des nouvelles routes de la soie avec le plus haut potentiel traverse la mer Caspienne via Aktaou, (ndlr : ville aéroportuaire du Kazakhstan) puis Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan avant de rejoindre la Turquie.

Retrouver ci-dessus l’intégralité de l’interview complète de Monsieur Tural Gandjaliyev pour la Lettre Mensuelle News From The Centre :

1. Présentation: M. Gandjaliyev, Merci d'avoir accepté notre invitation et de prendre du temps pour échanger sur l'Azerbaïdjan. Pourriez-vous, pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore, vous présenter brièvement ?

- Bonjour, je suis Tural Gandjaliyev du Karabagh, de la région occupée de l’Azerbaïdjan. Actuellement, je suis le chef de la communauté azerbaïdjanaise de la région du Haut-Karabagh de la République d’Azerbaïdjan et le député élu de Khankendi.

2. Actualité: Comment l'Azerbaïdjan a géré la crise et l'impact économique de la pandémie de COVID-19?

- Je dirais que depuis le début de la pandémie de COVID-19, l’Azerbaïdjan est devenu l’un des pays qui a pris des mesures préventives. En particulier, il convient de noter les mesures prises pour créer des hôpitaux modulaires et traiter les patients, ce qui ralentit la propagation de la pandémie. En ce qui concerne les conséquences économiques de la pandémie, nous assistons malheureusement à une récession économique dans le monde entier, ainsi qu’en Azerbaïdjan. En Azerbaïdjan, le ralentissement économique est d’environ 1,7%, ce qui n’est pas si grave par rapport à d’autres pays. Cependant, notre État considère la santé humaine plus importante que le développement économique. L’économie se rétablira tôt ou tard, nous nous sommes donc concentrés sur la protection de la santé de la population.

Question sur la gestion et l'impact du COVID-19 sur l'AZ et son économie

3. Thème des nouvelles routes de la Soie & Caspienne

3.1. L'Azerbaïdjan a su maintenir une politique non-alignée en maintenant des liens étroits, économiques comme diplomatiques, avec des États très différents dont les intérêts sont parfois opposés. La montée des tensions, économico-diplomatiques entre les USA et la Chine peuvent-elles contraindre le pays à revoir l'étendue de sa participation aux Nouvelles Routes de la Soie ?

- Vous avez correctement noté que l’Azerbaïdjan a choisi le principe du non-alignement avec tout bloc militaire dans les relations internationales. Compte tenu de la situation géographique de l’Azerbaïdjan, il est clair à quel point cette étape politique est importante.

Quant à la participation de l’Azerbaïdjan au projet de la nouvelle route de la soie, il ne s’agit pas pour nous d’un projet politique mais économique. L’objectif principal est d’accroître le rôle de l’Azerbaïdjan en tant que plaque tournante du transport et d’assurer le transport sûr des marchandises entre l’Asie et l’Europe. La participation de l’Azerbaïdjan au projet de la nouvelle route de la soie sert le développement économique de la République d’Azerbaïdjan, et non les intérêts d’aucun État. Par conséquent, je ne pense pas que nous serons confrontés à un dilemme dans cette direction.

3.2. Le traité de 2018 relatif à la mer Caspienne a fait naître de grands espoirs pour le développement des relations commerciales de l'Azerbaïdjan. Quelles mesures l'Azerbaïdjan a déjà pris, ou envisage de prendre, pour que ce traité produise les effets recherchés ? On pense notamment à l'accord d'avril 2017 (KZ, AZ et Géorgie) pour coordonner leurs efforts en vue d'améliorer les infrastructures, en investissant massivement dans les ports de la Caspienne et dans les liaisons maritimes.

- Très bonne question. Je voudrais souligner une fois de plus que la livraison de marchandises du Kazakhstan à l’Azerbaïdjan via la mer Caspienne et le transport de marchandises vers l’Europe par le chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars, initié par l’Azerbaïdjan, sont plus rentables en temps et en coût que les autres couloirs de transports existants. L’Azerbaïdjan continue d’accroître l’importance de ce couloir de transport. Nous pensons que le rôle de l’Azerbaïdjan et de la région du Caucase du Sud dans son ensemble augmentera.

3.3. Une des nouvelles routes de la Soie avec le plus haut potentiel traverse la mer Caspienne via Aktau puis Bakou avant de rejoindre la Turquie. L'état actuel des relations AZ/TR remettent-elles en cause le développement de cette ligne ?

- Actuellement, les relations entre la Turquie et l’Azerbaïdjan sont au plus haut niveau. Entre les deux pays, il existe une coopération stratégique. Par conséquent, les relations turco-azerbaïdjanaises ne font que renforcer ces projets.

4. Thème du développement des infrastructures & perspectives de marché

4.1. Le développement ferroviaire est un élément crucial des Nouvelles Routes de la Soie (Est-Ouest) et du commerce avec l'Azerbaïdjan de manière plus générale (Nord-Sud). Ainsi, le prolongement de la ligne Russie-Azerbaïdjan vers l'Iran pourrait offrir de nouveaux débouchés à Bakou comme à Téhéran avec, à long terme, un accès au Golfe Persique notamment. Est-ce que ce projet a été abandonné du fait des sanctions américaines ou pourrait-il reprendre?

- Les projets mis en œuvre par l'Azerbaïdjan visent à assurer le développement économique de la région. Parce que nous pensons que des liens économiques plus solides sont nécessaires pour une paix durable. À cet égard, les projets que nous mettons en œuvre avec nos voisins répondent aux intérêts de tous. Bien que les travaux sur le corridor de transport Nord-Sud se soient ralentis récemment en raison de la pandémie, les travaux dans ce sens se poursuivent.

4.2. Les différents projets ferroviaires, en cours ou envisagés, vont sans doute donner lieu à des marchés publics. Est-ce que l'expertise des entreprises européennes, notamment françaises et italiennes, peut intéresser l'Azerbaïdjan et comment peuvent-elles alors se démarquer?

- L'Azerbaïdjan coopère déjà avec plusieurs pays européens au développement des infrastructures de transport. Autrement dit, nous avons déjà cette expérience, et les entreprises étrangères peuvent gagner de nouveaux projets dans des appels d'offres transparents. Si une entreprise française ou italienne veut travailler en Azerbaïdjan, laissez-les venir. Nous n'en serons que ravis.

5. Thème de l'investissement et réformes.

5.1. L'Azerbaïdjan fait partie des modèles de développement de la région et est classé, en 2020 par l'ECED, second ex-aequo avec l'Ouzbékistan pour l'attractivité des investissements étrangers. Quelles mesures l'Azerbaïdjan envisage de prendre pour se maintenir à cette place face à l'Ouzbékistan qui a entamé depuis peu un vaste chantier de réformes pour faciliter les investissements étrangers?

- Nous sommes heureux que l’Ouzbékistan, un pays ami, réussisse à attirer des investissements étrangers. Je ne pense pas que le succès de l’Ouzbékistan entraînera notre perte, car l’Azerbaïdjan soutient le développement de chaque pays, qui est un partenaire amical et économique.

Quant à l’augmentation de l’attractivité de l’investissement de l’Azerbaïdjan, le président Ilham Aliyev poursuit actuellement des réformes radicales dans le pays, et la transparence et la responsabilité sont encore renforcées dans tous les domaines. Je pense que l'Azerbaïdjan est au seuil d'une nouvelle étape de développement. Bientôt, nous verrons Azerbaïdjan plus développé.

5.2. L'Azerbaïdjan est malheureusement peu ou mal connu des entreprises et investisseurs français malgré un potentiel important d'échanges commerciaux. Quels sont, à votre avis, les domaines avec le plus de potentiel pour l'avenir ? Comment mieux faire connaître l'Azerbaïdjan aux acteurs européen et particulièrement français?

- C’est une question très importante. Je crois que l’Azerbaïdjan et la France ont un grand potentiel pour développer les liens économiques. Actuellement en Azerbaïdjan, il existe plusieurs sociétés françaises, mais nous souhaitons des liens économiques plus étroits. Je pense que notre pays a de grandes perspectives de coopération, notamment dans le domaine des énergies renouvelables, de l’industrie automobile, du tourisme et de l’agriculture. Je pense qu’un échange plus large d’étudiants entre les établissements d’enseignement supérieur de notre pays pour la promotion de l’Azerbaïdjan en France peut apporter un renforcement supplémentaire de la coopération entre nos pays dans un proche avenir.

5.2. Auriez-vous des recommandations particulières, pour des sociétés ou investisseurs français, qui souhaiteraient réussir leur installation et/ou développement en Azerbaïdjan ? Quels freins identifier et quels atouts mettre en avant ?

- J’invite les entreprises françaises à investir dans tous les domaines de l’Azerbaïdjan. Bien que l’Azerbaïdjan soit un pays connu principalement pour son industrie pétrolière et gazière, notre économie est diversifiée et il est possible d’obtenir un succès significatif dans de nombreux domaines économiques en peu de temps. Je propose donc les entreprises françaises d’investir notamment dans le secteur non pétrolier.

6.1 Vous présidez la Communauté azerbaïdjanaise de la région du Haut-Karabagh. Pouvez-vous nous expliquer quelles actions votre présidence a pu entreprendre depuis 2018 malgré l'occupation de ce territoire?

- Oui, je suis le chef de la communauté azerbaïdjanaise dans la région du Haut-Karabagh de la République d’Azerbaïdjan depuis un an et demi, et j'ai été élu député de Khankendi il y a quelques mois. Au cours de cette période, notre objectif principal est de parvenir à un règlement équitable du conflit dans le cadre de l’intégrité territoriale internationalement reconnue de la République d’Azerbaïdjan.

Comme indiqué dans le document final du Sommet d’Helsinki de mars 1992, l’Arménie et la République d’Azerbaïdjan ont été identifiées comme parties au conflit, et les communautés azerbaïdjanaise et arménienne de la région du Haut-Karabagh de la République d’Azerbaïdjan ont été identifiées comme parties prenantes. Nous pensons qu’une paix durable n’est possible que par la coexistence pacifique des communautés arménienne et azerbaïdjanaise dans la région. Je suis sûr que nous pourrons le faire!

Notre objectif principal est la désoccupation de la région du Karabagh en Azerbaïdjan. Nous voulons rentrer chez nous dans la région du Karabagh en Azerbaïdjan et coexister pacifiquement avec la communauté arménienne de la région du Haut-Karabagh en Azerbaïdjan.

 

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