POLITIQUE


Un article consacré à l’Azerbaïdjan est publié dans les DNA

Bakou, 2 juillet, AZERTAC

Le journal DNA (Dernières Nouvelles d’Alsace) a publié un article intitulé « Une jeune république du Caucase fête ses 100 ans », consacré à l’Azerbaïdjan.

L’auteur de l’article est l’écrivain français Gérard Cardonne, originaire de Colmar.

L’AZERTAC vous présente le texte intégral de l’article ci-dessous :

Une jeune république du Caucase fête ses 100 ans

Quand on considère le sens de l'histoire et son cours parfois tumultueux, le spectateur ne peut être qu'ébloui par ce résultat qui ne doit pas occulter l'histoire multimillénaire de ce pays caucasien.

Pont entre l'Europe, auquel il appartient, et l'Asie, dont il a des racines, l'Azerbaïdjan surprend par la stabilité de ses institutions quand on observe le remugle environnant. Il émerveille quand on réalise l'exploitation rationnelle et florissante de ses richesses naturelles : l'avenir est privilégié. Il enchante par sa paisible tolérance religieuse basée sur une véritable laïcité de tous les jours avec la liberté de croire ou pas. C'est une musulmane, Gulçöhra Hüseyn qizi Mammadova, aujourd'hui recteur de l’Université d’Architecture à Bakou, qui entreprit la restauration de l'église chrétienne de Kich, fondée au 1° siècle par un disciple du Christ, saint Elisée, qui aurait fui Rome à la suite des persécutions contre les chrétiens.

L’exemplarité de l’Azerbaïdjan dans la coexistence harmonieuse et pérenne des religions et des minorités fait contraste quand peu de pays dans le monde ont un tel palmarès. Il étonne quand il décline son caractère multiethnique: autour du groupe majoritaire des Azéris se distinguent les communautés regroupées sur sa frontière septentrionale comme les Avars, les Oudis, les Lezguiens, les Tsakhours ou les Tats. Celles sur la frontière méridionale comme les Talishs. L’étranger le réalise concrètement quand il s'enfonce dans le pays et entend les sonorités différentes du concert des langues altaïques: le turc et le tatar, indo-européennes : l'ukrainien, le talish et le kurde, et caucasiennes : l'avar, le géorgien et l'oudi.

Intermédiaire entre la religion et l'ethnie, le petit monde judaïque, issu pour la plus grande part des Juifs des Montagnes, date de la nuit des temps. Aux Juifs venus de Jérusalem après la destruction du Temple se sont ajoutés ceux venus plus tard de Perse et plus généralement d’Europe centrale. On peut rêver le soir à Bakou en buvant un tchaï au bord de la Caspienne: certains prétendent que nombre de juifs d’Azerbaïdjan descendraient des Khazars, les habitants du mythique royaume du roi Boulan, converti au judaïsme au VIII e : ici, tout est possible! L’Azerbaïdjan demeure, en dehors du Maroc et de la Turquie, le seul pays musulman où le judaïsme vit de façon paisible en symbiose avec ses compatriotes azerbaïdjanais. Les mariages mixtes y sont choses courantes. C’est une vision surprenante pour le Français que je suis, accoutumé à la vindicte antisémite, devenue criminelle, qui bouillonne dans nos banlieues. Quand j'ai voulu visiter l'une des trois belles synagogues de Guba, aux confins du Daguestan russe, c'est un musulman qui, en l'absence du rabbin, m'y a fait entrer après avoir enlevé ses chaussures. Disert et compétent, il m'en a fait la description avec beaucoup de déférence. Il parlait de chez lui! J’ai changé de monde en pénétrant en Azerbaïdjan, terre d’islam chiite à l’instar de l’Iran, de Bahrein et de l’Irak: j'ai pu rencontrer des juifs heureux. Oui, j'ai surtout changé d'ambiance: les ethnies et religions ne vivent pas côte à côte. Mais, plus qu'ensemble, elles sont imbriquées et assises à la même table: leur pays !

Une caractéristique de l’Azerbaïdjan, pays musulman strictement laïc où le droit de vote des femmes a été accordé 25 ans avant que cela soit le cas en France et où seul le mariage civil est reconnu est sa relation très étroite avec Israël. S’il lui fournit 40% de ses besoins énergétiques, en retour, Israël lui apporte sa technologie en matière agricole, comme l'unité de serres au nord de Bakou pour y cultiver des fraises destinées au marché russe, ou industrielles sur l'infrastructure routière et le soutien technique des appareils de la compagnie nationale d’aviation, Azerbaïdjan Airlines, «Azal » par Israel Aircraft Industries.

Les yézidis sont une autre minorité religieuse kurde dont la foi, très ancienne, emprunte à l'islam, au christianisme ou encore au zoroastrisme. Un syncrétisme qui leur vaut d'être persécutés depuis des siècles par l'imbécillité de ceux qui lisent le meurtre dans leur écriture sainte. Il existe un peuple azerbaïdjanais parce qu'il y a un pays : installé sur une bulle de pétrole et de gaz, il utilise cette richesse pour la mise en place d'infrastructures industrielles et techniques qui améliorent la vie des habitants. C'est une vraie vision de l'avenir: les générations futures!

Être un pays riche mais petit par la taille, indépendant quand ses voisins sont imposants et avides, être un pays d'équilibre entre deux pôles géostratégiques d'envergure, être tolérant non pas dans la lettre mais dans les faits, se réclamer de l'Europe en conservant sa mémoire asiatique, être tolérant alors que le monde est sectaire, refuser l'emploi de la force pour réintégrer ses frontières nationales violées outrageusement par l'adversaire et croire, oui, penser que la légitimité pourrait contrebattre l'impudence criminelle, et faire confiance pour cela aux instances internationales, tout cela est en résumé l’Azerbaïdjan. Jeune république qui grandit et s'impose peu à peu, avec le temps et l'expérience, dans un monde complexe et trop souvent sclérosé. C’est Robert Nobel, le frère du prix Nobel, qui découvrit et exploita cette richesse pétrolière, déjà découverte par les zoroastres. Ceux-ci vénérèrent toujours le feu comme la flamme éternelle dans leur temple comme celui d'Atachgah ou de Khinalug.

En Azerbaïdjan, où la religion majoritaire est l'islam, on ne trouve pas, tant s'en faut, un Coran dans chaque maison. Mais toutes abritent en revanche au moins un volume de Nassimi, leur grand poète. Même avec des tablettes, les garçons draguent encore les filles avec ses poèmes médiévaux en regard de nos elliptiques jtm! Les jeunes filles ne portent pas de voile en signe du rejet de la soumission patriarcale et la jupe ne jette pas l'opprobre ou le harcèlement sexuel devenu le signe d'une jeunesse immature.

Les paysages différents de la mer Caspienne et de ses plages de l'Abchéron, des pentes du mythique Caucase, et des plaines chatoyantes enserrant le Kur ou l'Arax créent un décor nouveau, changeant et attrayant. Ce pays offre la palette de tous les climats depuis la chaleur au bord de la mer à la neige des montagnes.

Partir du quartier historique de Bakou, au cœur même de l'Itcheri Cheher, la vieille ville, à quelques minutes de la mer Caspienne, permet de découvrir une cité vivante et séduisante, ludique et immersive, multiple et parfois inattendue avec son incroyable mélange d'architectures ottomane, perse, européenne et russe. Quel plaisir de se perdre dans les impasses, les courettes, les ruelles. Les moucharabiehs lorgnent sur la rue tandis que les maisons se chevauchent et sont adossées les unes contre les autres pour protéger les habitants du vent marin. Les traces d'une histoire plus que millénaire voisinent avec les boutiques de luxe les plus branchées du moment. Tout bouge et change vite à Bakou. Lieu de mémoire et d'espace en devenir. L'Histoire y a poussé le curseur du contraste jusqu'au vertige quand, sur l'avenue Neftchilar, le modernisme se déploie à hauteur d'homme, tandis que les pointes des Flame Towers dialoguent dans l'azur.

Pourquoi l'Alsace éprouve-telle un sentiment de fraternité pour l’Azerbaïdjan? Colmar, Mulhouse et Altkirch l'ont compris en se jumelant avec leurs sœurs. L’Alsace se reconnaît dans ce pays à la frontière de...! Ces deux terres sont du même monde sans cesse disputé, conquis, trahi et contesté. Elles sont du même rêve. L’Azerbaïdjan porte sa blessure au flanc comme l'Alsace dans son histoire. Tous deux savent ce que signifient les palabres internationaux pour les faire attendre de renaître. Pour décider de leur sort en l'absence d'entendre leur peuple. Le Mur païen du Mont SainteOdile et les pétroglyphes de Gobustan signifient que, dans ces anciennes sociétés sans écriture, les hommes organisaient la vie présente de chacun, expliquaient leur passé et proposaient un futur. Tout ce qui est indispensable pour construire une image sur la projection de soi et le regard vers autrui. Parce que, sur les cimes des Vosges et du Caucase, flirtent les mêmes vents évoquant des horizons entrevus.

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