CULTURE


Le jazz azerbaïdjanais, une histoire plus de 90 ans déjà

Bakou, 9 août, AZERTAC

L’histoire du jazz azerbaïdjanais, longue de plus de 90 ans déjà, remonte quasiment aux premiers enregistrements du jazz. Le premier groupe de jazz du pays, baptisé Eastern Jazz Band et dont le chanteur était le ténor Husseingoulou Sarabski, s’est produit dans toute l’Union Soviétique.

Du temps de l’URSS, l’attitude du régime envers le jazz dépend d’un climat politique que l’on peut qualifier de volatile. La perception du jazz évolue depuis 1953 et se libère franchement quand un grand amateur de jazz nommé Leonid Brejnev devient président du Soviet suprême.

La musique nationale de l’Azerbaïdjan est le mougham. Si la structure harmonique, les mesures et les gammes de cette forme musicale sont très différentes de la musique occidentale, elle présente toutefois des points communs avec le jazz, par la présence –– par exemple – de passages joués par tous les musiciens au début et à la fin de chaque morceau, et d’espaces pendant lesquels ils ont la liberté d’improviser à partir des accords et des mélodies. Ce haut niveau d’improvisation et d’interprétation personnelle fait de Bakou une ville de plus en plus réceptive au jazz, si bien que dans les années 1950, des musiciens de jazz de toute l’Union Soviétique et du bloc de l’Est se bousculent pour jouer à Bakou, qui prend le titre informel de Capitale du jazz de l’Union Soviétique.

Prenant appui sur le mougham azerbaïdjanais, des pianistes de formation classique et des compositeurs tels que Rafiq Babayev et Vaguif Moustafazdé opèrent une synthèse entre le mougham et le jazz modal pour aboutir à une forme d’ethno-jazz, baptisée « jazz-mougham ». Souvent jouée par des trios de jazz classiques (piano, contrebasse et batterie), l’œuvre de Vaguif Moustafazadé est très remarquée, notamment en raison d’une approche résolument foisonnante du jeu de piano. C’est pourquoi on le surnomme « le père du jazz azerbaïdjanais ».

Malgré son décès précoce à 39 ans, l’influence de Vaguif Moustafazadé ne saurait être sous-estimée. Presque tous les musiciens de jazz azerbaïdjanais lui doivent quelque chose, à commencer par le jeune Isfar Sarabski, lauréat du Prix de Jazz Piano Solo au Festival de Jazz de Montreux de 2009, qui interprète régulièrement son morceau, March, pendant ses concerts.

Emil Afrasiyab a entrepris sa propre transcription du Concerto pour piano de Vaguif, et sa propre fille Aziza Moustafazadé a poussé le concept du jazz-mougham encore plus loin, en adoptant une approche mystique dans ses propres compositions.

Pour sa part, l’époustouflant Shahin Novrasli se produit souvent avec ses frères sur plusieurs instruments nationaux (le tar et le kamantcha) pour aboutir à la création d’un mélange de jazz, de mougham, d’Orient et d’Occident.

Bakou a accueilli son premier festival de jazz en 1969, sous l’impulsion du saxophoniste Rain Soultanov, qui a su y attirer les plus grands talents mondiaux, dont Billy Cobham, feu Joe Zawinul, Charles Lloyd et Stanley Clarke.

Avec un club de jazz en plein centre de Bakou et pléthore de musiciens de haute volée, le jazz azerbaïdjanais est plus dynamique que jamais.

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