POLITIQUE


Le président de l'IPSE, Emmanuel Dupuy, partage ses vues sur la politique arménienne de colonies de peuplement avec l'AZERTAC

Paris, 7 septembre, AZERTAC

Le président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe, Emmanuel Dupuy, a accordé une interview à l'AZERTAC sur la politique de colonies de peuplement de l'Arménie dans les territoires qu'elle occupe en Azerbaïdjan.

Nous présentons quelques extraits de cet entretien:

Sur les réseaux sociaux circule une photo virale de l'épouse de Nikol Pachinian allongée dans la boue avec une kalachnikov à la main. On comprend que par ce symbole on veut resserrer la Nation sur le thème de la souveraineté et du patriotisme. On peut y voir une démonstration de la fragilité du régime, réduit à recourir à ce genre d'artifice. La « révolution de velours » en Arménie n'a en effet nullement atténué l'aigre relation entre le Président et le Premier ministre.

Il n'est pas illogique que l'Arménie, qui est une terre qui n'accueille qu'une faible proportion de la population mondiale arménienne, propose un retour ou organise un peuplement sur des terres prétendument arméniennes, mythiquement arméniennes… Et on fait miroiter ce romantisme historique aux Arméniens de Syrie ou du Liban, à la fois plongés dans la détresse et cultivant avec ferveur leur ascendance arménienne.

C'est donc un fait politique que l'Arménie est en train d'instrumentaliser à son bénéfice. Cela démontre la faiblesse, une sorte de fragilité, de la société arménienne qui a besoin de s'appuyer sur un peuplement additionnel pour étayer sa légitimité - ce qu'elle estime être sa légitimité- sur un certain nombre de territoires où elle exerce illégalement son autorité. D'une certaine façon, le peuplement par colonisation est une arme géopolitique pour démontrer que le Haut-Karabagh n'est plus une terre qui se vide de sa population, à l'image de ce qui se passe en Arménie même depuis longtemps maintenant. La population arménophone du Karabagh avait été tentée par l'émigration et Erevan s'efforce désormais de renforcer la démographie locale par des apports d'Arméniens de la diaspora. C'est ce qui explique l'appel aux populations d'ascendance arménienne et leur installation, comme cela a été documenté dans les rapports de l'OSCE, dans les territoires mis sous contrôle militaire et politique arménien.

Ce phénomène va sans doute s'accélérer et s'intensifier au fur et à mesure du délitement d'autres pays, c'est une réalité.

Quant au groupe de Minsk, il a cessé d'exister depuis déjà une dizaine d'années. Le groupe de Minsk est inefficace. Tout le monde sait bien que le groupe de Minsk est une hérésie anachronique. Le groupe de Minsk répondait à un rapport de force géopolitique qui était celui de 1992. Le groupe de Minsk, de l'avis général, est aujourd'hui inefficace, inopérant et inutile.

Et pourtant, le droit international doit demeurer un référent, en dépit du fait qu'il ne soit en rien respecté en matière d'occupation territoriale au moyen de la force armée et du fait accompli.

Le droit international, malgré les quatre résolutions de 1992-1993, auxquelles l'Azerbaïdjan fait à juste titre référence, reste lettre morte. La question n'est alors plus de savoir si le droit international n'est pas respecté, mais pourquoi nous ne faisons pas davantage pour qu'il soit respecté. Nous y croyons plus que d'autres. La question fondamentale est que le droit international, qui s'appuie sur un système multilatéral ou multinational, est très fragilisé par son incapacité à remplir sa mission, laquelle est de prévenir, de solutionner, de trouver une issue aux conflits. Or la plupart des conflits trouvent une issue provenant de mécanismes parallèles au processus onusien.

Je crois que nous ne trouverons une solution aux conflits "gelés" au Caucase du Sud et dans la Mer Noire que si on ne s'appuie pas exclusivement sur le droit international, car le droit international qui, depuis 1992, n'a pas bougé d'un iota a échoué à résoudre les différents conflits qui surgissent de manière sporadique.

Je veux dire que les vecteurs du droit international sont tellement fragilisés que les actions onusiennes et les processus de référence deviennent évidemment trop fragiles pour servir de base à la mise en oeuvre du droit international. Il faut donc réinventer un système international, ce qui consiste à remettre en cause l'ONU, et il en sera question dans quelques jours à l'occasion de son 75e anniversaire. Il leur faudra sans doute tenir compte du fait que la diplomatie n'est plus seulement une diplomatie d'Etat à Etat.

Le droit international qui s'appuie, même fermement, sur un mécanisme de règlement international ne suffit plus pour se saisir concrètement de la complexité des conflits.

Il nous faut reconnaitre que ce ne sont plus seulement les Etats qui font la guerre. On se fait de moins en moins la guerre entre Etats. La question de la conflictualité au Caucase du Sud fait office "d'exception". Il ne demeure que des tensions entre Etats.... La conflictualité inter-étatique est désormais dépassée, elle est remplacée par une conflictualité infra-étatique. Des acteurs non-conventionnels, non-étatiques, font la guerre aux Etats. Le droit international n'est alors plus en état d'assumer un cessez-le-feu. Comment peut-on faire la paix avec des groupes armés terroristes ? On peut faire la paix avec des Etats qui siègent à l'ONU, en faisant peser l'épée de Damoclès de l'intervention des Etats pour faire respecter le droit international ou répondre au non-respect du droit international. Mais avec des acteurs qui ne respectent pas le droit international, qui ne le reconnaissent pas, et qui n'appartiennent même pas au système international, il est illusoire de faire la paix. Le système qu'on appelle le système de Westphalie, dans lequel les Etats s'assoient côte-à-côte et face-à-face, et ensuite négocient une paix, est un système qui a disparu malheureusement depuis une quinzaine d'années.

Pour solutionner les conflits "gelés", je crois qu'il convient de multiplier les acteurs de solution. C'était la raison d'être du groupe de Minsk, qui implique trois pays. C'est désormais insuffisant. Il faudrait plus d'Etats participants. Il faudrait un groupe de Minsk « plus », un groupe de Minsk élargi.

Du point de vue géostratégique, le Caucase du Sud n'est pas isolé, il est lié à un agenda européen, à un agenda euro-asiatique et à un agenda centre-asiatique.

Le corridor, la jonction qui va de l'Asie Centrale à l'Europe implique la stabilité du Caucase du Sud. Le Caucase du Sud (en particulier l'Azerbaïdjan) est une plateforme à la fois horizontale et verticale, nord-sud et est-ouest. L'Arménie, de son côté, n'est pas dotée d'une aussi bonne position géographique.

La géographie de l'Azerbaïdjan le rend éligible à tous les dialogues dans la communauté internationale. La géographie est plus forte que l'Histoire et la géopolitique. Voilà pourquoi l'Azerbaïdjan est devenu aujourd'hui un point central du dialogue interculturel et inter-religieux.

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