POLITIQUE


France Inter : Dans le Haut-Karabakh, la question du retour des Azerbaïdjanais

Paris, 4 février, AZERTAC

La radio France Inter a préparé un reportage intitulé « Dans le Haut-Karabakh, la question du retour des Azerbaïdjanais ».

L’AZERTAC présente le reportage dans son intégralité.

« Après 44 jours de combats contre l'Arménie, l’Azerbaïdjan a récupéré une large partie des territoires perdus lors de la première guerre du Haut-Karabakh. Entre 1991 et 1994, ce conflit avait fait 30 000 morts des deux côtés et contraint 600 000 Azerbaïdjanais à fuir. Ils espèrent pouvoir bientôt retourner chez eux.

La longue route qui mène à Aghdam est gardée aujourd’hui par la police militaire azerbaïdjanaise. Cette région faisait partie du glacis de sécurité conquis par les Arméniens dans les années 1990 tout autour de la république séparatiste du Haut-Karabakh. Le 19 novembre, elle est repassée sous le contrôle de Bakou après que les Arméniens l’ont restituée sans combat à l’Azerbaïdjan.

Difficile d’imaginer ce que fut cette ville de 25 000 habitants devenue cité fantôme. Toutes les maisons sont en ruine. Quelques rares bâtiments tiennent miraculeusement debout. Les séparatistes arméniens y avaient installé une base arrière. Une ancienne mosquée avait été transformée en étable, attisant encore un peu plus une rancœur tenace contre les Arméniens.

À 30 kilomètres d’Aghdam, Tarlane vit dans un appartement fourni par le gouvernement depuis que son mari a été tué. C’était pendant la première guerre du Haut-Karabakh, de 1991 à 1994. Ils habitaient un village quand l’armée séparatiste du Haut-Karabakh les a contraints de partir. Elle n’a pu emporter qu’une seule photo, celle de son mari, qui trône dans le salon. Depuis, la blessure ne s’est jamais refermée.

Une nouvelle cohabitation

"Cette terre est la terre de nos ancêtres. C’est notre terre, notre patrie. Pour cette terre, j’ai perdu la personne la plus chère pour moi. On ne peut pas vivre comme si rien ne s’était passé. Ma fille a grandi sans père. Toute ma vie est brisée. C’est difficile à digérer."

Son amie Arzu vient du même village, où elle n’est pas retournée depuis 1993. La restitution du Karabakh par l’Arménie répare en partie l’injustice dont elle estime avoir été victime, comme tous les autres Azerbaïdjanais. Mais elle met en garde :

"Si les Arméniens veulent vivre sans créer de problèmes et qu’ils restent tranquilles, il n’y a pas de souci. Mais si jamais ils nous vexent encore une fois, personne ne pourra nous arrêter."

Zangilan est une autre région repassée sous le contrôle de Bakou depuis le cessez-le-feu du 10 novembre dernier, signé sous l'égide de la Russie. Ici, la frontière arménienne est à portée de vue, tout comme la frontière iranienne. Contrairement à Aghdam, Zangilan a été reprise par les armes. De part et d’autres de la route, des démineurs de l’armée azerbaïdjanaise en combinaison de protection sont à l’œuvre.

Les noms des villages aux alentours ont tous été rebaptisés en azerbaïdjanais. Les panneaux écrits en arménien sont recouverts de peinture blanche. La guerre se joue aussi sur le terrain de la terminologie.

Kadir, 30 ans, a combattu dans la région de Zangilan. Blessé par un éclat d’obus, il porte un pansement blanc qui recouvre son œil gauche. Kadir dit avoir ressenti l’unité de son peuple derrière le président Ilham Aliyev, qualifié de "commandant suprême victorieux" par les médias officiels.

"Pendant la première guerre du Karabakh, on était mal préparés, et le peuple était divisé. Mais cette fois-ci, la chaîne de commandement était claire et le peuple croyait en la victoire. Moi j’étais persuadé qu’on gagnerait vite, même encore plus vite. Après cette victoire, le respect pour notre Président est encore plus grand."

La nécessaire réconciliation

Outre les affiches placardées ici et là revendiquant l’appartenance du Karabakh à l’Azerbaïdjan, des vidéos de propagande saluent le courage des soldats. Près de 3 000 militaires azerbaïdjanais sont tombés pendant cette guerre éclair.

Depuis la victoire, le discours officiel se veut plus mesuré qu’au moment du conflit, où les diatribes belliqueuses étaient largement relayées par le régime. Le ministre de la Culture Anar Karimov, qui a représenté l’Azerbaïdjan à l’Unesco à Paris, incarne cette voix.

"On ne peut pas trouver une solution durable à ce conflit si on ne peut pas vivre ensemble. Notre but n'est pas de "nettoyer ethniquement" les Arméniens. On n'oublie pas tout ce qu'ils ont fait mais nous sommes ouverts à la réconciliation des deux communautés. On n'a pas le choix."

Soldat russe déployé pour faire respecter le cessez-le-feu entre les armées d’Azerbaïdjan et d’Arménie, dans le village de Chapar, samedi 14 novembre.

Panser les plaies de la guerre va prendre du temps. Et tout n’est pas encore réglé, notamment le futur statut du Haut-Karabakh, dont une partie reste habitée par les Arméniens. Les 2 000 soldats russes déployés après le cessez-le-feu seront là pendant cinq ans pour éviter la reprise des combats. Quant aux 600 000 déplacés de la première guerre du Karabakh, ils ne pourront revenir sur leurs terres qu’une fois celles-ci déminées et les infrastructures reconstruites, ce qui devraient prendre plusieurs mois au minimum.

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