POLITIQUE


Un site français publie un article sur la reconstruction du Karabagh

Paris, 12 février, AZERTAC

Le Journal général de l’Europe a publié un article intitulé « la reconstruction du Karabakh et des relations entre pays voisins, un défi pour le Caucase tout entier », écrit par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques.

La guerre dans le Caucase est finie, il faut désormais construire la paix. Trois mois après le cessez-le-feu, l’Azerbaïdjan s’agite pour permettre à la fois une normalisation de ses relations avec l’Arménie au-delà d’un traité, mais également une reconstruction du Karabakh et la possibilité de permettre aux centaines de milliers de réfugiés dans le pays de revenir sur leurs terres d’origine. La situation est complexe car les Arméniens ont occupé pendant 27 ans un territoire sans pour autant le développer, notamment du point de vue des infrastructures. Tout est à faire, à commencer par déminer. Puis construire avant d’accueillir qui que ce soit. Ce sera aussi l’opportunité unique de faire aussi de cette région pluriculturelle un espace naturel préservé et touristique pour l’Azerbaïdjan.

Après une guerre qui a fait des milliers de morts, il faut regarder l’avenir et réfléchir aux moyens de faire du Karabakh une zone de paix, prospère, modernisée et attractive. Les 800 000 Azerbaïdjanais qui ont été chassés de la terre du Karabagh entre 1992 et 1994 sont loin de chez eux et sont impatients de revenir. Mais ce n’est pas possible tout de suite. Il faut du temps pour préparer leur retour. Il y a deux choses à distinguer dans ce qu’on appelle une “paix” comme l’accord signé entre Bakou et Erevan sous égide russe le 10 novembre dernier; celle qui figure sur un papier, puis celle qui se construit entre hommes. Le XXe siècle a été plein d’accords sur le papier qui ont débouché de nouveau sur une guerre. C’est tout l’enjeu que l’Azerbaïdjan semble mesurer, en voulant à tout prix éviter de faire de l’Arménie, une nouvelle Allemagne qui ne chercherait avec le temps qu’à se venger de son voisin.

Il va donc falloir maintenant qu’une paix stable s’installe dans les esprits, une paix entre les sociétés. C’est le rôle des politiques. Mais est-ce que les uns et les autres vont le vouloir ? C’est une question. L’Azerbaïdjan appelle à apaiser les choses et normaliser les relations du pays avec les Arméniens, y compris ceux restés au Karabakh. Cela reflète la diversité culturelle et ethnique de l’Azerbaïdjan, c’est un héritage et une tradition que le pays souhaite maintenir. Et, tout le travail des autorités devra conduire à ce que ces Arméniens deviennent une minorité acceptée comme toutes les autres dans le pays. Du temps de l’URSS d’ailleurs, les relations étaient très bonnes entre les deux communautés. Beaucoup espèrent qu’avec le temps, on y revienne. Maintenant, est-ce que, du côté arménien, ce sera la même chose ? Il va falloir beaucoup d’années pour eux pour accepter la situation, en espérant qu’il n’y ait pas à un moment, un autre Premier ministre revanchard, un revirement politique brutal rompant l’accord signé en novembre dernier, ou des sentiments croissants dans la population de vengeance attisés par une classe politique arménienne plus nationaliste que jamais.

Du côté azerbaïdjanais, il va falloir énormément de temps sur le plan pratique pour se réapproprier le Karabagh, c’est-à-dire déminer, reconstruire, construire des infrastructures et habitations, accueillir ses populations et faire de celui-ci une terre accueillante, une terre de tourisme, une terre de villégiature ; c’est-à-dire où les gens viendront au Karabagh pour faire du tourisme ou se reposer en vacances. Il faudra un vrai soutien public pour que ces réfugiés puissent reconstruire leurs maisons et que cela se fasse dans un cadre légal, et pas de façon anarchique, au risque de dégrader la région. Le Karabakh est avant tout un paradis naturel et il devra être préservé. Pourquoi ne pas aussi en faire une grande réserve naturelle protégée, symbole de paix ?

Le dernier point essentiel, c’est l’urgence de réintégrer le Karabagh et le Nakchivan, la province de l’Azerbaïdjan exclavée, dans une dynamique nationale et régionale. Ça doit être le but du corridor qui partira de la ville de Zengilan, au sud-ouest, et qui va pouvoir relier pour la première fois depuis des décennies l’Azerbaïdjan et sa province du Nakchivan sans devoir passer dorénavant par l’Iran. Au-delà, c’est permettre à l’Azerbaïdjan de s’inscrire encore plus durablement dans ce projet mondial, de la Route de la Soie chinoise et qui servira économiquement aussi l’Arménie qui en a bien besoin. Car non seulement cette coopération régionale économique va aider aussi l’Azerbaïdjan, à être encore plus acceptable à l’égard des Européens, parce qu’il faut que les Européens viennent aussi y voir ce qu’il s’y passe, mais aussi l’Arménie qui ne peut pas juste rester le grand perdant de l’histoire et s’enfoncer dans un état de pauvreté accru. Car de toute façon, toute construction durable d’une paix entre deux pays passe par l’économie. L’essentiel serait donc que les deux pays, longtemps en guerre, s’y retrouvent économiquement afin d’éviter de développer des sentiments de frustration d’un pays par rapport à l’autre. L’Azerbaïdjan est devenu un petit dragon du Caucase, l’Arménie est un pays pauvre, un pays enclavé, Si les échanges se dynamisent entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et que l’Arménie y trouve son compte, c’est-a-dire que, certes elle perd le Karabagh où elle n’a rien fait, n’a rien investi économiquement, et a tout détruit, mais qu’elle s’enrichit à l’avenir pour son propre pays, la paix peut durer. L’Azerbaïdjan a aujourd’hui probablement la capacité de dynamiser tout cet ensemble régional et en faire un pôle d’attraction touristique, économique, culturel unique dans la région. Pour l’intérêt de tous.

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