POLITIQUE


Témoignage d’un Azerbaïdjanais pour l’émission « Épisode 85 - Haut Karabakh : vies brisées, temps perdu » de FranceInter

Paris, 13 mars, AZERTAC

La radio FranceInter a diffusé une émission consacrée au conflit du Haut-Karabagh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, contenant un témoignage d’un Azerbaïdjanais né dans le Haut-Karabagh.

L’AZERTAC présente le texte de l’article ci-dessous :

A 6 ans Elshan a fui sa maison du Haut-Karabagh et toute sa jeunesse, ses parents lui ont raconté de loin, les montagnes qu’ils avaient quitté. Depuis la guerre entre l'Amernie et l'Azerbaïdjan, Elshan sait que bientôt, il pourrait retrouver son village.

D'abord, il y a Boyahmedli. Un petit village d'Ağdam en Azerbaïdjan. C'est là que naît Elshan mais cinq ans plus tard, il devra déjà le quitter à cause de l'occupation par les forces militaires arméniennes.

Le temps des souvenirs

De Boyahmedli, Elshan garde quelques souvenirs imprécis. Il lui est difficile de déterminer ce qui relève de la réalité ou de sa reconstruction. Ses parents, ses grands parents en parlent sans cesse. Ils évoquent la montagne, la rivière, le petit pont de l'autre côté duquel l'emmenait sa mère. Un pont minuscule s'il en croit les photos qu'on lui montre.

On sait pas si c’est des souvenirs reconstitués ou imaginaires. J’ai des souvenirs de la montagne, la rivière qui coupait le village, le petit pont, ma mère était enseignante et elle m'emmenait de l’autre côté.

Si certains souvenirs sont heureux, d'autres le sont moins. Elshan se souvient du jour où sa famille et lui ont été forcés, en 1993, de quitter leur village et leur maison du jour au lendemain. Ses parents n'ont rien pris avec eux, ni meubles, ni albums photos. Il parle de la précarité, des routes froides, de la mort de sa petite sœur et de ce jour où son père à demander à une école de les héberger pour la nuit. Ils finissent par s'installer dans un camp de réfugiés à Mingachevir.

J’ai toujours demandé à mon père pourquoi il construisait pas une maison à Mingachevir. Il disait non, on sera bientôt de retour au Karabagh, l’année prochaine, c’est sûr.

De Bakou à la France

Elshan à l’époque est tout le temps dans les livres, il traîne peu avec les autres adolescents, il dit qu’il se trouvait bizarre, que les gens l’intéressaient peu et que c’est d’ailleurs enfin en train de changer. Premier de classe, il réussit à 16 ans un examen d’entrée pour intégrer une fac à Bakou. Il reçoit une petite bourse de 30 euros par mois, et trouve un appartement avec d’autres membres de sa communauté. C’était la grande précarité, il suit les cours de français à l’institut français et gagne une bourse du gouvernement français pour intégrer Sciences Po Strasbourg en sociologie politique. Il réalise ensuite une thèse à Lyon en sciences politique, puis rentre à Bakou avec son amoureuse. Il vit là aujourd'hui avec leur petit garçon de 10 mois.

Toute sa vie de chercheur, en partant pour Bakou puis pour la France, il a mis de la distance entre lui et le village de l’enfance et des traumatismes. Encore aujourd’hui, on sent et qu’il s'évertue à faire cohabiter en lui, son approche objective, froide, distancée, de chercheur et son vécu intime et ceux de sa famille.

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