POLITIQUE


La région de Haut Karabagh de la République d'Azerbaïdjan : le droit international doit être respecté

Paris, 6 avril, AZERTAC

Un groupe d’avocat français praticiens du droit international a rédigé une pétition adressée au gouvernement français dans laquelle il expose sa position sur la question du conflit arméno-azerbaïdjanais. Il a appelé la France à jouer un rôle impartial et actif pour assurer la paix, la sécurité et le développement dans la région du Caucase du Sud.

L’AZERTAC vous présente l’intégralité du texte de la pétition des avocats français :

Le 27 septembre dernier, la région du Caucase de Sud s’est trouvée confrontée à une nouvelle guerre meurtrière, dont les civils ont été les premières victimes avec des bombardements massifs sur des zones résidentielles.

La signature d’un accord tripartite entre la Russie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie, le 10 novembre 2020 a marqué un véritable tournant dans le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan au sujet de la région de Haut-Karabagh. Il rétablit une situation qui existait il y a plus de trente ans. En effet, c’est à partir de 1987 que le conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie a commencé lorsque 250 mille habitants azerbaidjanais ont été expulsés de l'Arménie soviétique.

Ce conflit a pour conséquence concrète l’occupation près de 17% des territoires de l’Azerbaïdjan dans les années 1991-1993, allant bien au-delà du Haut-Karabagh. Du fait de cette occupation, le pays comptait plus de 750 mille Azerbaïdjanais chassés du Haut-Karabagh et 7 districts avoisinants.  D’un territoire azéri pluriethniques et culturels, Haut-Karabagh est passé à une illégale possession arménienne mono ethnique.

Dans la nuit du 25 au 26 février 1992, les forces armées arméniennes ont attaqué la ville de Khodjaly où vivaient paisiblement 7 000 personnes. Essayant de s'échapper et de quitter la ville, les villageois ont été pris sous le feu des troupes arméniennes. 613 personnes ont été tuées sauvagement, dont 106 femmes, 63 enfants et 70 personnes âgées. 1275 personnes furent retenues en captivité, 150 d'entre elles sont toujours portées disparues. En 2010-2018, plusieurs Parlements nationaux, ainsi que 23 Etats des États-Unis d’Amérique ont condamné ces événements, les qualifiant de «carnage massif» et de «crime contre l’humanité». Ces crimes à l’encontre du peuple azerbaïdjanais ont également été condamnés par l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe. Le 26 janvier 2012, laquelle a adopté une déclaration condamnant le génocide de Khodjaly et exhorté d’autres organisations internationales à donner une qualification juridique à ces événements.

Sur les territoires occupés, 706 monuments historiques et architecturaux, 22 musées, 26 forteresses et murs de forteresses, 60 mosquées, 125 temples, 58 sites archéologiques, 215 monuments naturels, 260 311 hectares de forêt, 163 gisements minéraux ont été détruits. Le patrimoine historique et culturel azerbaïdjanais a également subi des préjudices considérables, beaucoup des lieux de culte musulman sont devenus l’enclos de bétail 

La France est coprésident œuvre depuis 1997 aux côtés de la Russie et des Etats-Unis dans le cadre du « groupe de Minsk », créé par l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe le 24 mars 1992, pour trouver une solution durable à ce conflit. Sa position est traduite par ses engagements au niveau international, européen, bilatéral et national.

En sa qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, la France a voté en faveur des 4 résolutions - 822, 853, 874 et 884 adoptées en 1993. Ces résolutions confirment que la région du Haut-Karabagh fait partie de l'Azerbaïdjan, de sorte qu'il est exigé le retrait immédiat, complet et inconditionnel des forces d'occupation arméniennes de tous les territoires occupés de l'Azerbaïdjan. Les résolutions susmentionnées condamnent également l'occupation des territoires de l'Azerbaïdjan et réaffirment le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan et de l'inviolabilité de ses frontières internationalement reconnues.

Selon l’article 2 du Traité d'amitié, d'entente et de coopération signé entre la République d’Azerbaïdjan et la République française le 20 décembre 1993, les deux Parties sont convenues de ce qu’“elles unissent leurs efforts en vue d'assurer la sécurité internationale, de prévenir les conflits et de garantir la primauté du droit international dans les relations entre Etats, respectant le principe de l'inviolabilité des frontières ».

La diplomatie française est impliquée depuis 1997 dans la recherche, d’une solution négociée au conflit du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, dans le cadre du Groupe de Minsk dont elle assure la coprésidence aux côtés de la Russie et des États-Unis sur la base d’un mandat daté du 23 mars 1995 selon lequel «les Coprésidents du Groupe de Minsk devraient être guidés dans leurs activités par les principes et normes de l'OSCE, la Charte de l’ONU et les résolutions correspondantes du Conseil de Sécurité de l'ONU».

En 2008, l’Assemblée Générale de l’ONU a adopté la résolution 62/243 relative sur la situation dans les territoires occupés de l’Azerbaïdjan. Elle appelle à « respecter et soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République d’Azerbaïdjan à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues », exige « le retrait immédiat, complet et inconditionnel de toutes les forces arméniennes des territoires occupés de la République d’Azerbaïdjan » et réaffirme « le droit inaliénable des personnes expulsées de ces territoires occupés de retourner chez elle, soulignant la nécessité de créer les conditions propices à son retour ».

La France ne peut ignorer que seul le respect strict de ces textes et l’application de ceux-ci permettra instaurer la paix et la sécurité dans la région du Caucase du Sud et garantir sa croissance ainsi que poursuivre et développer davantage des relations avec les pays de la région.

Par ailleurs, le Parlement Européen n’est pas en reste à l’idée de se conformer au droit international. En effet, il rappelle de manière constante sa position sur le règlement du conflit dans ses résolutions du 20 mai 2010, du 18 avril 2012, du 23 octobre 2013 et du 9 juillet 2015, qui condamnent cette occupation militaire, soutiennent la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan, et appellent à une solution immédiate du conflit sur la base des résolutions du Conseil de Sécurité.

De même, par sa résolution du 15 janvier 2020 sur le « Rapport Annuel sur la mise en œuvre de la Politique étrangère et de sécurité commune » (2019/2136/INI)), le Parlement Européen a aussi rappelé son engagement « à soutenir la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de tous les pays du partenariat oriental dans leurs frontières internationalement reconnues, conformément au droit, aux normes et aux principes internationaux ». 

Le mépris affiché par certains parlementaires français pour les principes visés ci-dessus qui fondent la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan est insupportable et doit cesser.

La France doit respecter le rôle important de l’Azerbaïdjan en tant que facteur de stabilité et de développement dans la région du Caucase de Sud et de la sécurité énergétique de l’Union européenne.  Elle doit aussi penser à ses intérêts économiques dans la région qui ont des débouchés directs sur l’ensemble de notre territoire.

Rompre avec sa ligne diplomatique historique conduirait à nous priver aussi d’opportunités économiques considérable dans la région. En effet, en 2019, plus de 60% du commerce entre la France et le Caucase est réalisé avec l’Azerbaïdjan. Le volume des investissements mutuels pendant 1995-2018 a atteint 5.5 mlrd. dol. Culture, patrimoine, relations universitaires, sciences et technologies sont des thèmes parmi lesquels les liens entre la France et l’Azerbaïdjan sont riches.

 Au sujet de ce qui précède : 

1. Nous appelons le Gouvernement au respect du droit international, seul garant du maintien de la paix, la sécurité et le développement dans la région du Caucase du Sud.

2. Nous appelons les parlementaires, les élus et les politiciens français à cesser les attaques illégitimes, violentes et irresponsables contre l’Azerbaïdjan et son peuple qui mettent à mal le prestige et la crédibilité de la France, sa position régionale et la mise en place d’une paix durable et le développement dans la région du Caucase du Sud.

3. Nous invitons le Gouvernement à apporter son appui à la mise en œuvre des Accords tripartites de 10 novembre 2020 et de 11 janvier 2021 comme étant une base importante pour l’instauration de la paix durable, de la sécurité et de la coopération, du déblocage des liens économiques, des liaisons de transport dans la région du Caucase de Sud.

4. Nous invitons le Gouvernement à prendre des mesures nécessaires pour normaliser les relations bilatérales avec l’Azerbaïdjan sur la base des principes du respect mutuel de la souveraineté, de l’intégrité territoriale des Etats et l’inviolabilité des frontières internationalement reconnues, et envoyer le plus vite possible à cette fin une mission spéciale haut niveau en Azerbaïdjan.

5. Nous demandons au Gouvernement de soutenir activement l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans l'établissement des relations diplomatiques sur la base des principes de la Déclaration relative aux principes du droit international touchant les relations amicales et la coopération entre les Etats conformément à la Charte des Nations Unies, adoptée par l'Assemblée Générale de l'ONU le 24 Octobre 1970.

6. Nous exigeons le Gouvernement à envoyer aussi une aide humanitaire aux déplacés et victimes civiles azerbaïdjanaises lors du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan de telle sorte à créer une égalité de traitement.

7. Nous appelons le Gouvernement à promouvoir, en coopération avec le gouvernement d'Azerbaïdjan, l'envoi d'une délégation de l'UNESCO en Azerbaïdjan pour évaluer les dommages causés aux biens culturels de la République d'Azerbaïdjan pendant le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan et l'occupation de ses territoires, ainsi que pour identifier d'autres violations de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé.

Maître Céline Bekerman, Avocate au Barreau de Paris, droit international

Maître Benjamin Mercier, Avocat au Barreau de Paris, droit international

Maître Johann Bioche, Avocat au Barreau de Paris, droit international

Maître Hannah Marciano, Avocate au Barreau de Paris

Maître Romain Korchia, Avocat au Barreau de Marseille

Maître Steven Layani, Avocat au Barreau de Marseille

Maître Benjamin Mathieu, Avocat au Barreau de Paris, droit international

Maître Nathalie Makowski, Avocat au Barreau de Paris, droit international

Maître Antoine Cadeo de Iturbide, Avocat au Barreau de Paris, droit international

Maître Jonathan Siahou, Avocat au Barreau de Paris, droit international

Maître Baptiste de Monval, Avocat au Barreau de Paris, droit international

Maître Laurence Dauxin-Nedelec, Avocate au Barreau de Paris, droit international

Maître Yassine Yakouti, Avocat au Barreau de Paris

Maître Margaux Van Der Have, Avocat au Barreau de Paris

Maître Timothée Launay, Avocat au Barreau de Paris

Maître Mariame Touré, Avocat au Barreau de Paris

Maître Ahmed Saleh, Avocat au Barreau de Paris

Maître Song Bai, Avocat au Barreau de Paris

Maître Mohamed Omar, Avocat au Barreau de Paris

Maître Adnen Ben Nasser, Avocat au Barreau de Paris

Maître Jessica Noy Gsell, Avocat au Barreau de Paris

Maître Roman Sparano, Avocat au Barreau de Paris

 

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