Le président Aliyev participe à la cérémonie d’ouverture de la 4ème édition du Global Media Forum de Choucha MIS A JOUR VIDEO
Choucha, 14 juillet, AZERTAC
La cérémonie d’ouverture de la 4ème édition du Global Media Forum de Choucha, placée sous le thème « La mission des médias dans la promotion de la paix : rétablir la vérité et reconstruire la confiance », s’est tenue le 13 juillet 2026.
Le président de la République Ilham Aliyev a pris part à la cérémonie d’ouverture, lors de laquelle il a répondu aux questions des participants.
La modératrice : Excellence, distingués invités, chers représentants des médias, nous vous saluons chaleureusement au IVe Global Media Forum de Choucha. Permettez-moi tout d’abord de présenter mes remerciements à Son Excellence M. Ilham Aliyev, Président de la République d’Azerbaïdjan, pour le temps qu’il nous a consacré, pour son haut patronage de cette rencontre aujourd’hui et, bien entendu, pour avoir offert l’occasion d’un dialogue ouvert et franc avec les médias internationaux.
En quelques mots, le Forum réunit aujourd’hui 160 participants venus de 53 pays, parmi lesquels des représentants de 30 agences de presse, de plus de 60 organes de presse, ainsi que de 10 organisations et institutions internationales opérant dans ce domaine. Au cours des quatre dernières années, le Forum a rassemblé près de 600 représentants des médias issus de 81 pays.
Monsieur le Président, quel est votre regard sur la tenue de ce Forum, qui se tient pour la quatrième année consécutive ?
Le président Ilham Aliyev : Tout d’abord, c’est un grand honneur d’accueillir ici à Choucha, au Garabagh, en Azerbaïdjan, un auditoire aussi prestigieux. L’idée de ce Forum est de créer un cadre permettant aux représentants des médias venus des quatre coins du monde de débattre des questions d’intérêt commun, d’aborder les sujets qui suscitent des préoccupations partagées, mais aussi de découvrir le Garabagh et Choucha. Je suis convaincu qu’au fil des éditions, plusieurs de nos invités, qui reviennent régulièrement, peuvent constater les progrès réalisés dans le développement et la reconstruction du Garabagh. Lors de leur première visite, ils n’ont peut-être vu que les destructions. Aujourd’hui, ils découvrent des villes reconstruites. Ils voient des personnes vivant dans de nouveaux appartements et de nouvelles maisons. En somme, il s’agit d’une combinaison de plusieurs éléments. Premièrement, chaque année, le thème du Forum reflète les défis du moment. Deuxièmement, l’atmosphère est très conviviale et très positive. Je suis certain que de nombreux représentants de différents médias deviennent de proches amis après leurs rencontres à Choucha. Bien entendu, il est également essentiel pour nous de réunir un large groupe de personnes qui influencent le processus décisionnel et façonnent l’opinion publique dans leur pays ainsi qu’au-delà de leurs frontières, afin de leur montrer le retour du Garabagh à ses origines, le retour des véritables propriétaires de ces terres et le développement concret qui s’y déroule.
La modératrice : Merci beaucoup. Il est très impressionnant de constater le développement qu’a connu le Forum au cours de ces quatre dernières années. Merci une fois encore. À présent, afin de créer les meilleures conditions pour cet échange, je voudrais souligner que l’information circule aujourd’hui plus rapidement que jamais. Pourtant, gagner la confiance du public devient de plus en plus difficile. Les journalistes comme les responsables politiques évoluent désormais dans un contexte marqué par la désinformation, la polarisation, l’intelligence artificielle et l’essor rapide des plateformes numériques. C’est pourquoi l’importance de telles rencontres et de tels forums ne cesse de croître. Au-delà de leur mission d’informer le public, les journalistes ont également la capacité de favoriser la compréhension mutuelle, d’encourager le dialogue et, en définitive, de contribuer à la paix. C’est dans cet esprit que le thème du Forum de cette année a été choisi : « La mission des médias dans la promotion de la paix : rétablir la vérité et reconstruire la confiance ».
Permettez-moi de me présenter brièvement : je m’appelle Laura Buckwell et je suis journaliste et présentatrice à Euronews. Comme vous pouvez l’imaginer, notre programme pour les prochains jours est particulièrement chargé et nous ouvrons à présent ce dialogue avec Son Excellence Monsieur le Président. Au cours des prochaines heures, la parole vous sera donnée pour poser vos questions. J’ai devant moi une longue liste d’intervenants et nous disposerons de suffisamment de temps pour y répondre. Lorsque je prononcerai votre nom, je vous prie de poser des questions brèves et allant droit au sujet, afin que les autres participants puissent également profiter du temps qui nous est imparti. Si vous souhaitez partager cet événement sur vos réseaux sociaux, je vous prie d’utiliser ce lien.
Nous allons donc donner la parole à notre premier intervenant. J’ai le plaisir d’inviter M. Ken Moriyasu, chercheur principal à l’Institut Hudson. Il est parmi nous. J’espère que le microphone est prêt.
Ken Moriyasu : Merci, Monsieur le Président. Je m’appelle Ken Moriyasu et je représente l’Institut Hudson.
L’Azerbaïdjan bénéficie d’une position géographique unique, reliant l’Asie centrale, le Caucase du Sud, la Türkiye et l’Europe. Toutefois, les récentes perturbations en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz ont rappelé au monde la vulnérabilité du commerce maritime. Pensez-vous que nous entrons dans une période où les corridors terrestres auront une importance stratégique comparable à celle des routes maritimes ? Si tel est le cas, comment envisagez-vous le rôle de l’Azerbaïdjan au cours de la prochaine décennie ? Merci beaucoup.
Le président Ilham Aliyev : Vous savez, nous travaillons depuis très longtemps au développement des connexions. Depuis plus de dix ans, nous nous efforçons de mettre à profit les avantages de notre position géographique afin de les transformer en une véritable plateforme de coopération multilatérale. Plusieurs facteurs favorisaient, ou au contraire entravaient, notre ambition de devenir un carrefour du transport international. Le premier concernait l’insuffisance des infrastructures physiques. Nous devions les créer, et nous l’avons fait. Le deuxième tenait au fait que, sans une coopération étroite avec vos voisins, vous ne pouvez jamais devenir un pays de transit. Si vos relations avec vos voisins sont mauvaises, rien ne pourra aboutir. Dans le vaste espace géographique eurasiatique, l’établissement d’une large coopération internationale depuis l’Azerbaïdjan, dans les directions est-ouest et nord-sud, ainsi que le développement de ce processus tel que nous l’avons conduit, constituent des éléments essentiels. C’est notamment le cas de nos projets énergétiques, dont l’Azerbaïdjan est l’initiateur, le principal contributeur financier et l’organisateur de la coopération multilatérale. Aujourd’hui, ces projets contribuent également à relever les défis liés à la sécurité énergétique et apportent une aide précieuse à de nombreux pays.
Ainsi, nous appliquons la même approche au développement des connexions. Comme je l’ai indiqué, les infrastructures physiques ont été mises en place. À présent, nous travaillons uniquement à leur extension, car nous ne nous attendions pas à ce que notre position géographique devienne aussi stratégique ces dernières années. La coopération avec nos voisins de l’Est et de l’Ouest, qu’il s’agisse des pays d’Asie centrale ou de nos proches partenaires que sont la Géorgie, la Türkiye et l’Europe, est excellente. Bien entendu, pour réunir tous ces éléments, il nous fallait prendre de nombreuses mesures afin de rendre ce corridor pleinement efficace.
Oui, la situation actuelle au Moyen-Orient rend ce corridor encore plus attractif. Si vous observez la carte des vols pendant la période la plus intense du conflit, vous constaterez qu’un couloir aérien très étroit passe par l’Azerbaïdjan. Il en va de même pour le transport via la mer Caspienne et les liaisons terrestres. En somme, tous ces facteurs renforcent incontestablement l’importance stratégique de l’Azerbaïdjan. Heureusement, nous étions prêts à faire face à l’augmentation du volume des marchandises transportées. Nous poursuivons actuellement l’extension de nos capacités. S’agissant de notre port de commerce maritime, il est aujourd’hui le plus grand de la mer Caspienne, avec une capacité de 15 millions de tonnes. Celle-ci sera portée à 25 millions de tonnes.
Nous construisons actuellement dix navires dans notre chantier naval afin d’assurer le transport de marchandises à destination de l’Europe et dans le sens inverse. Nos relations étroites avec les pays d’Asie centrale et la Commission européenne sont au cœur de ces deux axes, ce qui constitue un véritable atout. Bien entendu, la politique menée de longue date par l’Azerbaïdjan, fondée sur la coopération et sur la recherche de solutions aux questions qui préoccupent nos voisins, nous permet de dissiper les inquiétudes et de créer un climat propice à la collaboration. Ici, à Choucha, dans le cadre du Forum mondial des médias, nous nous efforçons de créer ce même climat entre les nombreux participants internationaux, et j’espère que nous y sommes parvenus.
La modératrice : Merci beaucoup. C’était une excellente question pour ouvrir notre dialogue. Monsieur Ken Moriyasu, merci encore. Nous donnons maintenant la parole à M. Yusuf Özhan, vice-président et rédacteur en chef de l’Agence Anadolu. Oui, veuillez lui passer le microphone. Il est assis au deuxième rang. Nous pouvons commencer.
Yusuf Özhan : Monsieur le Président, je vous remercie de nous recevoir aujourd’hui. Je ne sais pas s’il existe une expression équivalente en anglais, mais en turc, nous disons que nous sommes les deux moitiés d’une même pomme. Ainsi, la Türkiye et l’Azerbaïdjan sont les deux moitiés d’une même pomme. Quel message souhaiteriez-vous adresser au peuple turc ? Je vous remercie.
Le président Ilham Aliyev : Vous savez, le seul message que l’on puisse adresser à deux pays comme la Türkiye et l’Azerbaïdjan est celui d’amitié et de fraternité. Je pense, et je suis convaincu que les peuples de la Türkiye et de l’Azerbaïdjan partagent ce point de vue. Ce sont les deux pays les plus proches l’un de l’autre. Si l’on considère le niveau de leur coopération dans les domaines politique, économique, énergétique et des transports, ainsi que les contacts entre leurs peuples, il est peut-être impossible de trouver dans le monde deux autres États aussi proches, qui se soutiennent autant et entretiennent des relations d’amitié aussi solides que la Türkiye et l’Azerbaïdjan.
C’est une immense richesse pour nos peuples et nos pays. Ensemble, nous sommes plus forts. C’est également un facteur essentiel de stabilité et de coopération régionales, y compris dans le domaine des connexions que je viens d’évoquer. C’est aussi un élément fondamental de notre sécurité. Ici même, à Choucha, il y a cinq ans, le président turc et moi-même avons signé la Déclaration de Choucha, portant ainsi nos relations au niveau d’une alliance.
En somme, nous ne sommes pas seulement des frères et des amis, nous sommes des alliés. Si l’un de nos deux pays devait être confronté à une situation difficile ou à une agression, l’autre se porterait à sa défense en mobilisant tout son potentiel, y compris ses capacités militaires. C’est une réalité concrète. Nous constatons que nos origines ethniques communes, notre culture commune et notre histoire partagée constituent une base qui permet à nos pays d’entretenir des relations politiques aussi étroites. Je suis certain que vous le savez, il existe de nombreux exemples où des peuples ayant des racines très proches et parlant une langue identique ou très similaire ne parviennent pas à établir une telle relation. Au contraire, il arrive que des peuples parlant pratiquement la même langue s’affrontent. Des peuples vivant dans une même région se détruisent mutuellement. Ainsi, l’exemple de la Türkiye et de l’Azerbaïdjan est un modèle que les pays voisins devraient observer et suivre. Les voisins devraient agir exactement comme le font la Türkiye et l’Azerbaïdjan.
La modératrice : Merci beaucoup. C’était une très belle question, et la réponse du Président était particulièrement marquante. Merci encore. Continuons. Notre prochain intervenant est M. Cristian-Augustin Niculescu-Țâgârlaș. Il est sénateur, juriste et membre du groupe d’amitié parlementaire Roumanie–Azerbaïdjan.
Cristian-Augustin Niculescu-Țâgârlaș : Votre Excellence, je tiens à souligner qu’il s’agit de ma troisième visite en Azerbaïdjan. L’année dernière, à la même période, j’ai eu le privilège d’atteindre le plus haut et le plus majestueux sommet de votre magnifique pays, le sommet Heydar. Je suis profondément impressionné non seulement par la beauté naturelle de l’Azerbaïdjan, mais aussi par les remarquables progrès réalisés par votre pays dans de nombreux domaines, notamment l’innovation, la gouvernance numérique et les énergies renouvelables. Au cours des dernières années, l’Azerbaïdjan a connu une évolution remarquable, renforçant et consolidant sa position stratégique tant au niveau régional qu’international. Dans le même temps, ses relations avec l’Union européenne se caractérisent par une approche résolument pragmatique, axée sur la sécurité énergétique, les connexions régionales et le commerce.
En libérant ses territoires occupés, l’Azerbaïdjan a rétabli son intégrité territoriale dans le cadre de ses frontières internationalement reconnues. Monsieur le Président, une telle réalisation repose sur les qualités de leadership dont vous avez fait preuve dans le règlement de cette question. Vous avez également fait de l’Azerbaïdjan l’un des principaux acteurs de la région. En tant que membre influent de la communauté internationale, votre pays favorise le dialogue par sa participation active, sa contribution à la coopération et son rôle de passerelle entre les régions. Par ailleurs, il est nécessaire de réexaminer les relations entre l’Azerbaïdjan et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), dont je suis membre. Compte tenu des différentes raisons qui ont conduit ces relations dans une impasse, la délégation azerbaïdjanaise s’est malheureusement retirée de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.
Je tiens à exprimer l’espoir que les divergences entre les deux parties seront surmontées et que la délégation azerbaïdjanaise retrouvera sa place au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Monsieur le Président, permettez-moi de vous poser la question suivante : compte tenu des avantages mutuels que présentent ces relations, comment envisagez-vous leur amélioration ? Selon vous, quelles mesures devraient être prises afin de renforcer la coopération avec cette institution européenne ? Merci, Monsieur le Président.
Le président Ilham Aliyev : Tout d’abord, je vous remercie sincèrement pour les paroles agréables que vous avez exprimées à l’égard de l’Azerbaïdjan et je vous suis reconnaissant pour votre contribution personnelle au renforcement de l’amitié entre nos deux pays. Vous avez évoqué plusieurs points importants concernant nos relations avec les institutions européennes, notamment la Commission européenne et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Comme vous le savez, il existe une différence considérable entre ces deux relations. Avec la Commission européenne, nous avons traversé une période difficile sous la précédente Commission, en particulier en raison du rôle destructeur joué par l’ancien chef de la diplomatie européenne, M. Borrell. Il a, en réalité, presque détruit les relations entre la Commission européenne et l’Azerbaïdjan. La raison en est désormais connue : il s’est ouvertement associé à certaines personnes corrompues, parmi lesquelles l’ancien juge de la Cour pénale internationale, M. Ocampo. Dans ses déclarations, M. Ocampo a reconnu ouvertement dans ses déclarations qu’il était rémunéré par M. Borrell. Toutefois, les fonds qu’il percevait provenaient d’un oligarque russo-arménien, actuellement assigné à résidence en Arménie.
En somme, il s’agissait d’une longue chaîne de personnes appartenant à un groupe anti-azerbaïdjanais au sein de la Commission européenne. Heureusement, M. Borrell n’est plus en politique. Nous espérons qu’il l’a quittée définitivement. Avec la nouvelle Commission, nos relations ont commencé à s’améliorer. Cette évolution est notamment intervenue après que nous avons constaté un intérêt mutuel marqué pour une réévaluation de nos relations, une démarche que nous avons soutenue. Je peux simplement vous dire qu’au cours des derniers mois de cette année, plusieurs visites importantes en provenance de Bruxelles ont eu lieu. En mars, le président du Conseil européen, M. António Costa, s’est rendu en Azerbaïdjan, en mai, la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Mme Kaja Kallas, et en juillet, la présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen, a également effectué une visite en Azerbaïdjan.
Dans les déclarations publiques qu’ils ont faites, tout comme dans les miennes, chacun a pu constater que les deux parties ont exprimé leur satisfaction du niveau de leur coopération. Les domaines de partenariat que vous avez évoqués sont, bien entendu, importants non seulement pour nos relations bilatérales, mais également dans un cadre plus large. S’agissant de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, nous observons malheureusement une situation tout à fait différente, ce que je regrette personnellement. En effet, lorsque je suis devenu député en 2001, j’ai été le premier chef de la délégation azerbaïdjanaise auprès de cette Assemblée et j’y ai exercé mes fonctions pendant deux ans. Comme vous le savez, elle tient quatre sessions par an.
En somme, la situation actuelle ne me satisfait pas, mais les raisons qui l’ont provoquée sont essentielles pour répondre à votre question. Que faut-il faire pour sortir de cette impasse ? Jusqu’en septembre 2023, c’est-à-dire jusqu’à la libération totale de notre territoire des séparatistes et des forces d’occupation arméniennes, l’Azerbaïdjan n’avait jamais fait l’objet de sanctions au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. En septembre 2023, en exerçant notre droit à la légitime défense, nous avons débarrassé notre territoire des derniers éléments séparatistes. En janvier 2024, l’accréditation de la délégation azerbaïdjanaise a été remise en question et celle-ci a été privée de son droit de vote. Cette décision n’avait rien à voir avec les droits de l’homme. Si tel avait été le cas, elle aurait été prise bien plus tôt. Il s’agissait simplement de nous sanctionner pour les mesures que nous avons prises afin de rétablir notre souveraineté. Par la suite, la délégation azerbaïdjanaise a pris une décision très sage en suspendant sa participation aux travaux de l’Assemblée. En effet, si nous ne disposons pas du droit de vote, quelle serait alors notre raison d’y siéger ?
Par ailleurs, nous n’avons pas participé au vote sur les juges de la Cour européenne des droits de l’homme et, pour cette raison, l’Azerbaïdjan ne reconnaît pas les décisions de cette juridiction, puisque nous ne savons pas qui sont ces personnes. Nous n’avons pas pris part à leur élection. Depuis plus de deux ans, nous faisons l’objet d’un traitement discriminatoire. Je peux vous dire tout franchement que, au sein de notre gouvernement, nous examinons sérieusement non seulement la possibilité de suspendre notre participation à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, mais aussi celle de nous retirer complètement de cette institution, c’est-à-dire du Conseil de l’Europe dans son ensemble.
Toutefois, le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, M. Alain Berset, m’a demandé de ne pas prendre cette décision, afin de laisser une chance à la recherche d’une issue permettant d’améliorer la situation, et j’ai, pour le moment, suspendu cette démarche. Malheureusement, depuis lors, rien n’a évolué. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe adresse à l’Azerbaïdjan un certain nombre d’exigences formulées de manière énigmatique et sous forme d’ultimatums, ce qui est totalement inadmissible. Ce n’est pas nous qui avons rompu les relations, ce sont eux. Ils nous ont privés de notre droit de vote sans aucun fondement légitime. Dans ces conditions, que faut-il faire ? Ils doivent rétablir le droit de vote de la délégation azerbaïdjanaise, et ce n’est qu’ensuite que celle-ci reviendra. C’est ainsi que les choses doivent se passer, et non l’inverse.
Nous n’avons commis aucune faute à leur égard. Cet acte injuste est de leur fait. Ils doivent donc avoir le courage de revenir sur leur décision et de reconnaître qu’ils ont commis une grave erreur. Vous savez, je me suis exprimé à plusieurs reprises sur cette question. Si l’Azerbaïdjan venait à quitter complètement le Conseil de l’Europe, personne dans le pays ne s’en apercevrait vraiment. En d’autres termes, le fait d’en être membre ou non ne changerait pas grand-chose.
Je ne sais pas, peut-être vaudrait-il mieux en faire partie. Nous ne recherchons pas la confrontation, d’autant plus qu’à intervalles réguliers, non seulement l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, mais aussi le Parlement européen s’en prennent à nouveau à nous sans aucun fondement. Je pense qu’ils nourrissent une certaine forme de préjugé à l’égard de l’Azerbaïdjan. En cinq ans, ils ont adopté treize résolutions ciblant l’Azerbaïdjan. Aucune d’entre elles n’a d’importance pour nous et aucune n’a eu le moindre effet sur la situation dans notre pays. Il serait donc, bien entendu, préférable d’entretenir des relations normales avec ces institutions plutôt que d’être dans une logique de confrontation. Mais, je le répète, ce n’est pas un choix de notre part. Nous avons adhéré volontairement au Conseil de l’Europe en 2001.
À cette époque, cette organisation était différente et, plus largement, l’Europe était elle aussi différente. Nous avons adhéré à l’Europe avec l’espoir et la conviction que cette appartenance nous aiderait à résoudre la question essentielle, celle du conflit du Garabagh, et à rétablir notre souveraineté. Une nouvelle fois, je ne souhaite pas monopoliser davantage le temps du public sur ce sujet.
Toutefois, compte tenu de la portée de votre question, j’ai tenu à vous informer, ainsi que l’ensemble des participants, de ce qui s’est passé et de ce qui devrait être fait. Nous sommes prêts à une normalisation des relations, mais le premier pas doit venir de leur part. Merci.
La modératrice : Merci pour cette question aussi détaillée et pour cette réponse tout aussi détaillée. Nous donnons maintenant la parole à M. Ramiz Yunus, professeur en sciences politiques à l’Université Khazar.
Le président Ilham Aliyev : Il représente les États-Unis.
La modératrice : Oui, il vient des États-Unis.
Le président Ilham Aliyev : Oui, tout à fait. Il y vit depuis de nombreuses années.
Ramiz Yunus : Monsieur le Président, c’est un grand honneur de vous retrouver dans la région du Garabagh en Azerbaïdjan. Je vous remercie sincèrement de m’avoir invité à cet important événement international. J’ai deux questions. La première concerne les relations entre l’Azerbaïdjan et les États-Unis. Monsieur le Président, l’amendement 907 a été adopté par le Congrès américain il y a plus de trente ans. Comment l’évaluez-vous aujourd’hui et voyez-vous une réelle possibilité de son abrogation complète sous l’administration actuelle du président Trump ? Ma seconde question est la suivante. Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan est largement reconnu comme une puissance moyenne et le leader du Caucase du Sud. Selon vous, Monsieur le Président, quelle est, dans le monde actuel, la principale différence entre un petit État et une puissance moyenne ? Merci une fois encore, Monsieur le Président.
Le président Ilham Aliyev : Merci, merci beaucoup. Permettez-moi d’abord de revenir sur l’amendement 907. Vous le connaissez très bien, mais ce n’est peut-être pas le cas de tout le monde. Il s’agit d’une mesure profondément injuste adoptée par le Congrès des États-Unis à l’égard de l’Azerbaïdjan en 1992. À cette époque, après la dissolution de l’Union soviétique, le Congrès américain a adopté le Freedom Support Act afin d’apporter un soutien financier aux nouveaux États indépendants. L’amendement 907 a été proposé par des sénateurs favorables à l’Arménie. D’ailleurs, le président Biden faisait partie de ce groupe. À l’époque, il était sénateur, ce qui explique peut-être pourquoi nous avons rencontré tant de difficultés avec l’administration Biden.
La justification avancée à l’époque était que l’Azerbaïdjan imposait un blocus à l’Arménie. Premièrement, c’est inexact. Nous n’avons jamais imposé de blocus à l’Arménie. C’est l’Arménie qui a occupé notre territoire, et les territoires occupés se situent précisément entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Par conséquent, s’il n’y avait pas eu d’occupation, il n’y aurait pas eu de blocus.
Deuxièmement, cette décision a été particulièrement douloureuse pour nous à l’époque, car notre pays était extrêmement pauvre. Nous avons été la seule ancienne république soviétique à faire l’objet d’un traitement discriminatoire de la part du Congrès des États-Unis. Aujourd’hui, cet amendement est totalement dépassé. Tout d’abord, un accord de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie a été paraphé à la Maison-Blanche, avec la participation du président Trump.
Deuxièmement, l’Azerbaïdjan a levé unilatéralement toutes les restrictions au transit vers l’Arménie. Grâce à cette décision, plus de 40 000 tonnes de marchandises diverses en provenance de Russie, du Kazakhstan et d’autres pays ont déjà été acheminées vers l’Arménie. En outre, l’Azerbaïdjan a commencé à fournir des produits pétroliers à l’Arménie et, à ma connaissance, les volumes livrés dépassent déjà les 10 000 tonnes. Cela intervient à un moment où de nombreux pays rencontrent des difficultés d’accès aux carburants, et l’Arménie considère l’Azerbaïdjan comme une source d’approvisionnement fiable. Sans cela, elle aurait peut-être aujourd’hui à rechercher de l’essence et du diesel partout dans le monde.
En somme, tous ces éléments montrent que cet amendement est totalement dépassé et qu’il devrait être abrogé définitivement. Malgré la position résolue du président Trump, la situation demeure malheureusement inchangée. D’ailleurs, lors de ma visite à Washington en août dernier, le président Trump a signé à la Maison-Blanche, en ma présence, le document prorogeant d’une année supplémentaire la suspension de l’application de cet amendement. Ainsi, il n’est actuellement pas appliqué, mais sa portée symbolique et sa signification politique demeurent.
Je pense que plus vite cet amendement sera définitivement abrogé par le Congrès, mieux ce sera pour nous tous, et pour l’Azerbaïdjan en particulier. Nous ne serons ainsi plus soumis à une mesure discriminatoire, tandis que le Congrès des États-Unis pourra démontrer sa capacité à reconnaître ses erreurs, à en assumer la responsabilité et à agir en fonction de la réalité géopolitique actuelle. Nous espérons que cela se concrétisera. Quoi qu’il en soit, je peux vous dire qu’avec l’administration actuelle, l’amendement 907 n’a aujourd’hui aucune incidence négative.
Vous avez également évoqué les relations entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan. Je dirais que les relations entre l’administration Trump et l’Azerbaïdjan sont excellentes et nous nous réjouissons de constater qu’elles se sont véritablement élevées au niveau d’un partenariat stratégique. Ma rencontre historique avec le président Trump à Washington en août dernier, suivie de notre entretien à Davos en janvier de cette année, l’invitation adressée à l’Azerbaïdjan à rejoindre, en qualité de membre fondateur, le Conseil pour la paix lancé à l’initiative du président Trump, la visite du vice-président J. D. Vance, la signature à Bakou, avec le vice-président, de la Déclaration conjointe sur l’établissement d’un partenariat stratégique, ainsi que de nombreux autres éléments, témoignent du fait que nos relations ont aujourd’hui atteint un niveau sans précédent. Nous œuvrons désormais activement à la mise en œuvre de l’ensemble des dispositions de cette Déclaration sur le partenariat stratégique.
En particulier, les groupes de travail que nous avons mis en place œuvrent très activement dans les domaines du commerce et des investissements, de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle, de la sécurité énergétique et des connexions, ainsi que de la défense et de la vente de matériel militaire. Les États-Unis ont levé l’ensemble de l’embargo sur les livraisons d’armes à l’Azerbaïdjan et, immédiatement après, le Royaume-Uni ainsi que d’autres États membres de l’Union européenne ont pris des mesures similaires. Je pense que ces éléments illustrent parfaitement la nature de nos relations bilatérales, leur évolution ainsi que leur potentiel pour l’avenir.
S’agissant de votre seconde question, relative à la notion de puissance moyenne, oui, je lis certaines analyses et je connais également l’avis de plusieurs experts selon lesquels l’Azerbaïdjan est désormais devenu une puissance moyenne. Je pense toutefois que des rencontres comme celle-ci pourraient contribuer à définir plus précisément les critères permettant de qualifier un pays de puissance moyenne. Il peut exister différents critères, car aucun critère unique n’a encore été établi. À mon avis, cette notion renvoie à la reconnaissance du potentiel d’un pays, de sa capacité à défendre ses intérêts nationaux indépendamment de la manière dont pensent ou agissent les grandes puissances, ainsi que de son aptitude à résister, avec l’ensemble de ses ressources, à quiconque chercherait à lui nuire.
La capacité de défense est essentielle, non seulement celle qui est affichée lors des défilés militaires, mais surtout celle qui a été démontrée sur le champ de bataille. À mon avis, un autre critère important est la capacité d’influer sur les événements qui se déroulent au-delà de vos frontières, ne serait-ce que par votre parole ou vos déclarations. L’Azerbaïdjan l’a démontré à de nombreuses reprises. Par ailleurs, la responsabilité constitue également un critère qui peut être associé à cette notion : la responsabilité à l’égard de ce qui se passe dans votre pays et, dans une certaine mesure, dans l’ensemble de la région. Je pense que d’autres membres du panel pourront compléter cette définition. Quoi qu’il en soit, je considère que l’ensemble de ces critères s’applique à l’Azerbaïdjan. C’est peut-être pour cette raison que plusieurs experts qualifient notre pays de puissance moyenne et, pour être franc, je n’y vois aucune objection.
La modératrice : C’était une excellente question, et la réponse a également mis en lumière des points essentiels. Je vous en remercie vivement.
Nous passons maintenant à la question suivante. La parole est à M. Zaid al-Nawaiseh, secrétaire général du ministère de la Communication de la Jordanie.
Zaid al-Nawaiseh : Monsieur le Président, je vous remercie de nous avoir donné l’occasion de participer à ce quatrième Forum global d’une telle importance. Lorsque je retournerai dans mon pays, la Jordanie, j’emporterai avec moi les plus belles impressions de ce magnifique pays, qui se développe à un rythme remarquable, ainsi que de son peuple toujours souriant, bienveillant et hospitalier. Je suis également fier des relations entre nos deux pays, placées sous le haut patronage de Votre Excellence et de Sa Majesté le Roi Abdallah II, et nous souhaitons qu’elles continuent de se renforcer durablement.
Monsieur le Président, dans le cadre de ses efforts constants en faveur du renforcement de la solidarité islamique, votre pays accueillera l’année prochaine le XVIe Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), ainsi que la Conférence des ministres de l’Information de l’OCI. Ma question est la suivante : selon vous, comment ces importantes rencontres internationales, que l’Azerbaïdjan accueille régulièrement, contribueront-elles à renforcer la solidarité islamique, en particulier dans le contexte des tensions actuelles que connaît le monde, et plus particulièrement notre région ? Merci, Monsieur le Président.
Le président Ilham Aliyev : Comme vous l’avez souligné, Sa Majesté le Roi et moi entretenons des relations fraternelles, et les liens entre nos deux pays sont également très étroits. Vous savez probablement qu’il y a quelques jours, j’ai reçu le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de Jordanie. Il a eu des discussions approfondies avec son homologue, puis, lors de notre rencontre, nous avons échangé nos points de vue sur le développement futur de nos relations, la sécurité régionale et les défis régionaux. Je suis convaincu que le développement des relations entre l’Azerbaïdjan et la Jordanie se poursuivra avec succès, car un travail considérable a déjà été accompli.
Vous avez tout à fait raison de rappeler que nous accueillerons l’année prochaine le Sommet de l’Organisation de la coopération islamique. Il s’agit pour nous d’une grande responsabilité, notamment dans la période turbulente que nous traversons actuellement. L’Azerbaïdjan a toujours fortement encouragé la solidarité entre les pays musulmans. Les nombreux événements organisés en Azerbaïdjan ainsi que les initiatives que nous avons lancées ont servi la solidarité, la compréhension mutuelle et l’unité. Nous verrons comment les événements évolueront d’ici au Sommet. Malheureusement, aujourd’hui, nous ne sommes pas témoins d’un niveau de solidarité suffisant. Au contraire, nous assistons à une montée des tensions, à des accusations mutuelles et à des guerres, non seulement dans le Golfe et au Moyen-Orient, mais également dans différentes régions du monde. Cette situation est extrêmement décevante. Car, dans le cadre de l’Organisation de la coopération islamique, la solidarité constitue un facteur essentiel de sécurité et de stabilité. Plus il y aura de solidarité et de compréhension mutuelle, moins il y aura de périodes difficiles.
Le rôle de l’Azerbaïdjan a toujours été hautement apprécié. À différentes périodes, nous avons joué un rôle important avec la participation de différents acteurs. Notre rôle a toujours été constructif, axé sur les résultats et visant à réduire les tensions. D’ailleurs, nous avons démontré ces capacités durant notre présidence du Mouvement des non-alignés. Comme vous le savez, les membres de l’Organisation de la coopération islamique sont également membres du Mouvement des non-alignés. Ce Mouvement, qui réunit 120 pays, a pleinement soutenu la présidence azerbaïdjanaise. Notre pays a été élu à la présidence par décision unanime de tous les États membres. De plus, la durée de notre présidence a été prolongée d’une année supplémentaire par une décision unanime de tous les pays. Cela a constitué une preuve claire de la reconnaissance du rôle positif que nous avons joué pour rapprocher des parties aux positions très éloignées. C’est précisément ce potentiel qui nous a également apporté un soutien considérable lors de notre présidence de la COP29 pour parvenir à des accords sur des décisions importantes. Il s’agissait d’un processus encore plus complexe, car il existait des visions totalement différentes, des positions contradictoires et de profondes divergences. Malgré cela, nous avons réussi à atteindre cet objectif. Aujourd’hui, l’héritage de la COP29 revêt une importance majeure pour toutes les futures conférences des Parties et pour l’agenda mondial en matière de transition écologique. Durant la période précédant le Sommet et pendant celui-ci, nous mobiliserons toutes nos capacités et tout notre potentiel afin d’atteindre ces objectifs. Nous ferons tout notre possible pour démontrer notre solidarité. Il est difficile de dire dans quelle mesure nous réussirons. Il est également difficile de prévoir quelle sera la situation dans le monde et dans notre région d’ici à l’été prochain. Toutefois, j’espère que la Jordanie, l’Azerbaïdjan et les pays partageant la même vision, qui considèrent la paix, la stabilité et la sécurité comme des priorités essentielles de leur agenda, uniront leurs efforts afin d’obtenir des résultats positifs.
La modératrice : Merci beaucoup. Nous donnons maintenant la parole à ma collègue de Boston, Jane Witherspoon, rédactrice en chef d’Euronews pour le Moyen-Orient, l’Asie centrale et le Caucase du Sud. Je vous en prie, Jane.
Jane Witherspoon : Merci, Laura. Monsieur le Président, je suis heureuse de vous retrouver à Choucha. Je vous remercie de nous avoir une nouvelle fois invités à cet événement remarquable. Vous avez évoqué tout à l’heure les récentes visites en Azerbaïdjan de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ainsi que, bien entendu, d’António Costa. En ce qui concerne les exportations de gaz, nous constatons que l’Azerbaïdjan fournit désormais du gaz à 16 pays, dont 14 sont des pays européens. Cette année, l’Autriche et l’Allemagne ont également rejoint cette liste. Quelle importance particulière ces deux pays revêtent-ils pour vous ? Ma deuxième question concerne les relations avec l’Union européenne. Comment envisagez-vous l’évolution future de ces relations ? Vous avez indiqué que de tels liens apportaient des bénéfices mutuels aux deux parties.
Le président Ilham Aliyev : Merci beaucoup. Je suis très heureux de vous revoir. Je vous remercie d’être parmi nous. Oui, depuis cette année, nous avons commencé à exporter du gaz vers l’Allemagne et l’Autriche. Cela fait partie de notre stratégie globale visant à élargir notre position sur le marché mondial du gaz, et en particulier sur le marché européen. Le marché européen est un marché où les prix sont élevés et que nous considérons comme un marché premium. C’est pourquoi nous sommes très intéressés par l’élargissement de nos possibilités d’exportation. Oui, aujourd’hui, nous fournissons du gaz à 16 pays par gazoduc et nous occupons la première place mondiale en termes de couverture géographique des exportations de gaz par pipeline.
Ce n’est pas une fin en soi, de nouvelles opportunités existent encore. Nous menons actuellement des discussions avec certains États membres de l’Union européenne, à la fois pour commencer de nouvelles livraisons de gaz et pour augmenter les volumes des approvisionnements existants. Ainsi, nous recevons des demandes dans les deux directions. Dans le contexte actuel du marché énergétique, le gaz azerbaïdjanais, qui constitue une source fiable, prévisible et alternative, revêt probablement une importance plus grande qu’il y a dix ans. Nous disposons d’un potentiel suffisant pour accroître notre production et nos exportations. Il y a seulement quelques mois, nous avons commencé l’exploitation du gisement profond de gaz Azéri-Tchirag-Gunechli, dans le cadre du projet que nous appelons « ACG Deep Gas ». Parallèlement, la production augmentera également sur les gisements existants, conformément au programme de travail approuvé et au portefeuille d’investissements.
Par ailleurs, un travail d’envergure est mené dans le domaine des énergies renouvelables. Les sources d’énergie renouvelables nous permettent déjà d’économiser des volumes considérables de gaz, et cette tendance se renforcera à l’avenir. En effet, nous prévoyons d’atteindre une capacité de production de 8 gigawatts à partir de sources renouvelables d’ici 2032. Cela nous permettra d’économiser plusieurs milliards de mètres cubes de gaz actuellement utilisés pour la production d’électricité. Ces volumes de gaz pourront ainsi être rendus disponibles pour les consommateurs. En d’autres termes, nous disposons de deux facteurs essentiels : une capacité croissante de production et d’exportation de gaz, ainsi qu’un marché disponible pour ce gaz. Nous devons donc combler l’écart, notamment en élargissant et en modernisant les infrastructures de transport.
Notre infrastructure de transport du gaz a été conçue et construite en tenant compte des conditions qui existaient avant le début de la guerre russo-ukrainienne en 2022. La capacité de nos gazoducs a été déterminée en fonction de nos prévisions de production et de notre stratégie concernant le rythme de développement des gisements gaziers. En effet, les réserves de gaz peuvent être exploitées sur une période de dix ans comme sur une période de cent ans. La question essentielle est de savoir quelle approche est la plus avantageuse pour nous : maintenir la production à un niveau stable pendant des décennies ou investir davantage afin d’augmenter considérablement la production à court terme.
Cependant, après le début de la guerre russo-ukrainienne, la demande de gaz azerbaïdjanais a fortement augmenté. La Commission européenne nous a demandé de faire tout notre possible pour accroître la production dans les meilleurs délais, et nous l’avons fait. D’ailleurs, lors de la récente visite de la présidente de la Commission européenne en Azerbaïdjan, il a également été souligné que, depuis 2022, nous avons augmenté de 65 % nos livraisons de gaz à l’Union européenne, et ce volume continuera de progresser à l’avenir.
C’est pourquoi il est nécessaire d’élargir les infrastructures existantes de transport du gaz. Toutefois, le principal obstacle dans ce domaine réside dans l’agenda vert de l’Union européenne. Les institutions financières européennes ne souhaitent pas financer des projets liés aux combustibles fossiles.
La question essentielle est donc de savoir d’où pourront provenir les ressources financières nécessaires à l’augmentation de la capacité de transport des gazoducs. Une autre question, peut-être encore plus importante, concerne les contrats à long terme. Nous avons également eu un échange approfondi à ce sujet avec Mme Ursula von der Leyen : nous avons besoin de contrats à long terme. Car l’augmentation significative de la production nécessite des investissements considérables. Si, après un certain temps, on nous dit : « Merci, nous n’avons plus besoin de votre gaz », que ferons-nous alors ?
Parallèlement, la diversification des marchés revêt également une grande importance. Nous avons commencé à exporter du gaz vers un marché que nous n’avions jamais envisagé auparavant, à savoir la Syrie, et nous avons également la possibilité d’accéder aux marchés voisins où la demande est élevée. C’est pourquoi, dans nos relations avec nos partenaires européens, deux questions revêtent une importance particulière pour nous : la conclusion de contrats à long terme et une action commune visant à développer le système existant de transport du gaz.
Concernant nos relations avec la Commission européenne, j’ai déjà partagé mon point de vue à ce sujet. Nous sommes très satisfaits du niveau actuel de ces relations. Je pense également que l’intensité des visites en Azerbaïdjan des hauts responsables de l’Union européenne et de la direction de la Commission européenne est sans précédent. En effet, entre mars et juillet de cette année, le président du Conseil européen, la présidente de la Commission européenne ainsi que la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité sont venus dans notre pays. Toutes ces visites se sont déroulées avec un grand succès, ont produit des résultats très positifs et ont permis un large échange de vues sur nos relations bilatérales ainsi que sur les questions inscrites à l’agenda mondial. Bienvenue une nouvelle fois au Garabagh, Jane.
La modératrice : La parole est donnée à Joshua Klein de Breitbart News.
Joshua Klein : Monsieur le Président, merci d’être présent parmi nous.
Le président Trump a déclaré à plusieurs reprises que la puissance et la diplomatie des États-Unis avaient joué un rôle important dans l’évolution de la situation dans le Caucase du Sud. Selon vous, quelle contribution le président Trump a-t-il apportée, contrairement aux administrations américaines précédentes, à la possibilité d’instaurer la paix ? Par ailleurs, comment envisagez-vous le développement des relations entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan au cours des prochaines années ? Merci.
Le président Ilham Aliyev : Oui, il existe une différence très importante entre l’approche du président Trump aujourd’hui et la politique menée par les administrations qui l’ont précédé, et cette différence se manifeste encore aujourd’hui. Malheureusement, pendant la période d’occupation qui a duré près de 30 ans, les administrations américaines, avec les autres coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE de l’époque, ont mené une politique visant à maintenir le conflit gelé, au lieu de parvenir à la libération des territoires azerbaïdjanais de l’occupation, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU qu’elles avaient elles-mêmes adoptées. Leur objectif principal était de maintenir le conflit dans un état gelé et de l’utiliser comme un moyen d’influence à la fois sur l’Azerbaïdjan et, dans une certaine mesure, sur l’Arménie. Ils agissaient de manière parfaitement coordonnée, et l’ensemble des activités du Groupe de Minsk de l’OSCE servait non pas à régler le conflit, mais à perpétuer l’occupation.
L’approche du président Trump était totalement différente. C’est un dirigeant attaché à la paix, qui œuvre à l’instauration de la paix dans différentes régions du monde. Comme il l’a lui-même déclaré, il a contribué au règlement de huit conflits. Cela reflète son caractère, sa vision et sa politique.
Dans notre cas, le rôle du président Trump a été particulièrement important lors de la phase finale des négociations sur l’accord de paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Le président Trump et son équipe, en s’impliquant dans ce processus, ont créé un cadre qui a finalement rendu la paix possible.
Ils comprenaient pleinement nos préoccupations en matière de paix. Ils comprenaient clairement la nécessité du corridor de Zenguezour, qui reliera la partie principale de l’Azerbaïdjan à la République autonome du Nakhtchivan, et ils ont également œuvré de manière très efficace pour convaincre l’Arménie de l’importance de cette paix. En conséquence, lors de la rencontre historique organisée à la Maison-Blanche en présence du Premier ministre arménien, du président Trump et de moi-même, une déclaration commune a été signée. Par ailleurs, en présence du président Trump, les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont paraphé l’accord de paix. Comme je l’ai mentionné, le président Trump a signé, en ma présence, le document suspendant temporairement l’application des restrictions et des sanctions. Dans le même temps, nous avons signé un document prévoyant la création d’un groupe de travail conjoint chargé d’élaborer un accord de partenariat stratégique dans un délai de six mois.
Ce travail a précisément été achevé dans un délai de six mois. Dans mon expérience, c’était la première fois que des responsables américains respectaient leurs engagements avec une telle précision. Ainsi, entre le mois d’août et le mois de février, l’ensemble du processus a été mené à bien, puis le vice-président Vance s’est rendu à Bakou. Lors de cette visite, nous avons signé la Déclaration de partenariat stratégique.
C’était véritablement remarquable. Il était difficile d’y croire. C’était un événement dont nous ne pouvions que rêver pendant de nombreuses années. Nous avons toujours souhaité établir de bonnes relations avec les États-Unis. Cependant, l’influence du lobby arménien, les stéréotypes existants, les idées erronées concernant l’Azerbaïdjan et la sous-estimation des capacités de notre pays constituaient des obstacles à cette évolution.
Comme je l’ai indiqué, lorsque le président Biden était sénateur, il faisait partie de ceux qui avaient initié l’application de sanctions contre l’Azerbaïdjan, et sa vision de la région était également fondée sur cette approche. Selon sa conception, la région devait rester divisée, marquée par les conflits et les confrontations. Dans une telle situation, il était plus facile d’atteindre certains objectifs. Le président Trump, quant à lui, est une personnalité totalement différente et possède une vision différente. Il aspire à la paix et considère la paix comme un facteur créateur de nouvelles opportunités. Aujourd’hui, l’établissement de la paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie ouvre de nouvelles perspectives. Actuellement, le président Trump a donné son nom au corridor qui reliera la partie principale de l’Azerbaïdjan à la République autonome du Nakhtchivan : TRIPP. Selon les informations dont nous disposons, les travaux pratiques dans le cadre de ce projet devraient, nous l’espérons, commencer cette année. Ce projet transformera totalement la carte de la connectivité des transports dans la région et contribuera au renforcement de la sécurité dans le Caucase du Sud. Nous en avons grandement besoin. Parallèlement, ce projet contribuera à créer un climat de confiance mutuelle et de coopération constructive dans le Caucase du Sud. Nous exprimons notre profonde gratitude au président Trump personnellement ainsi qu’à son équipe. Je voudrais notamment citer les noms de Steve Witkoff et d’Aryeh Lightstone. Avec le président Trump, ils ont joué un rôle décisif dans la réalisation de la paix entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie.
La modératrice : Merci beaucoup pour votre question. Nous accordons maintenant la parole à M. Seamus Clancy, responsable des ventes du secteur public et des organisations à but non lucratif pour les régions Europe, Moyen-Orient et Afrique ainsi que pour l’Amérique latine chez LinkedIn, qui est parmi nous aujourd’hui.
Seamus Clancy : Merci. Bonjour, Monsieur le Président. Je dirige les activités de collaboration avec le secteur public chez LinkedIn. Récemment, nous avons centralisé nos activités en Asie centrale en Azerbaïdjan, par l’intermédiaire de notre partenaire local, HR Institute.
Au cours des deux dernières années, j’ai collaboré avec le Gouvernement azerbaïdjanais, AZCON, UBOK et ABB Bank, et durant cette période, j’ai pu constater que les mesures prises par le pays en faveur de la diversification de son économie sont inspirantes. À cet égard, je souhaiterais poser une question. Selon vous, dans le domaine du marché du travail et du capital humain, sur quelles orientations l’Azerbaïdjan devrait-il se concentrer en priorité ? Comment un partenaire comme LinkedIn pourrait-il soutenir l’Azerbaïdjan dans cette trajectoire de développement ?
Le président Ilham Aliyev : De quelle entreprise partenaire êtes-vous ?
Seamus Clancy : De LinkedIn.
Le président Ilham Aliyev : Notre agenda comprend un nombre considérable de questions. Il est difficile de placer l’une d’entre elles en première, deuxième, troisième ou quatrième position. L’un des principaux sujets de notre agenda mondial est d’assurer un développement durable, d’achever la restauration et la reconstruction du Garabagh, ainsi que de mener à bien tous nos projets visant à créer de nouvelles routes de transport et de nouvelles opportunités de connectivité. L’une des principales orientations de notre agenda est également le développement de la transformation numérique et de l’intelligence artificielle. Récemment, j’ai signé un décret spécial afin d’assurer la coordination de ces questions, créant ainsi une commission compétente, un groupe de travail conjoint, autrement dit un conseil unique dans ce domaine. Sans aucun doute, la sécurité énergétique continuera également à figurer parmi les principaux sujets de l’agenda mondial.
D’importants travaux ont déjà été réalisés en la matière dans notre pays et ces travaux sont achevés. Cependant, comme je l’ai indiqué, la demande continuera d’augmenter aussi bien pour nos ressources énergétiques traditionnelles que pour les sources d’énergie renouvelables. Nous disposons d’un très grand potentiel dans le domaine des énergies renouvelables. Rien que dans le Garabagh, des centrales hydroélectriques d’une capacité totale de 340 mégawatts ont déjà été mises en service. En outre, la construction de centrales solaires d’une capacité de 340 mégawatts sera achevée au cours de l’année prochaine. C’est pourquoi l’exportation d’électricité vers le marché européen constitue l’une des principales orientations de notre agenda. Le marché européen a besoin de ressources énergétiques supplémentaires et nous disposons de capacités additionnelles.
Bien entendu, l’une des orientations importantes de notre activité quotidienne consiste également à promouvoir notre pays sur la scène internationale. Nous devons poursuivre ce travail sans interruption, présenter à la communauté internationale nos réalisations, les défis auxquels nous sommes confrontés ainsi que les actions que nous menons.
Dans les conditions actuelles, la priorité numéro un est probablement le renforcement supplémentaire de notre sécurité et de nos capacités de défense. Car, pour notre région, les questions de sécurité et les menaces ne sont pas des notions que nous découvrons dans les livres : nous sommes confrontés à cette réalité chaque jour.
Ainsi, notre agenda est très vaste. Si je devais l’exprimer en une seule phrase, je dirais que notre objectif principal est de renforcer notre potentiel de défense, de protéger nos intérêts nationaux et d’établir des relations de coopération pratiques et efficaces avec le plus grand nombre possible de pays. Merci.
La modératrice : C’était une question très intéressante concernant la diversification de l’économie.
Nous accordons maintenant la parole à Mme Layal Alekhtiar, présentatrice de la chaîne de télévision Al-Arabiya.
Layal Alekhtiar : Bonjour. Merci, Monsieur le Président. C’est toujours un plaisir de vous revoir. Je suis déjà venue à Bakou et à Choucha auparavant, et je constate les énormes progrès réalisés à Choucha. Tout d’abord, je vous adresse mes félicitations. Comme vous pouvez le constater, la situation actuelle au Moyen-Orient est sans précédent. Dans cette période difficile, étant donné que vous êtes un pays voisin de l’Iran, pensez-vous qu’une paix durable puisse être établie avec l’Iran ? C’est ma première question. Et la deuxième, quels sont vos projets à l’avenir pour protéger votre frontière face à cette escalade plus large qui se déroule non seulement au Moyen-Orient ? Il semble qu’actuellement le monde entier soit impliqué dans cette guerre entre l’Iran et les États-Unis.
Le président Ilham Aliyev : Merci beaucoup. Je suis très heureux de vous revoir. Merci d’être venue. Bien entendu, nous sommes situés aujourd’hui au cœur même des guerres. Nous avons au nord un voisin qui est en situation de guerre, et au sud un autre voisin qui est également en guerre. Et nous nous trouvons juste entre les deux. Bien sûr, il est pour nous d’une grande importance de protéger notre pays et de faciliter, si possible, la recherche d’une solution pacifique. Oui, nous croyons que la paix est possible. Et je pense que cette conviction n’est pas seulement la nôtre, mais aussi celle des médiateurs, des pays qui font tout leur possible pour mettre fin à cette confrontation et à cette effusion de sang. Je voudrais notamment citer le Pakistan, mon grand ami le Premier ministre Shehbaz Sharif ainsi que le maréchal Asim Munir. Ils ont réellement accompli un travail remarquable dans la médiation entre les États-Unis et l’Iran et ont obtenu un grand succès.
Malheureusement, cela n’a pas duré longtemps. Mais j’espère que cette nouvelle flambée de conflit ne durera pas non plus. Je suis donc convaincu que la paix est possible. Sinon, il est très difficile de vivre lorsqu’on ne croit pas en cette possibilité.
Je pense que l’élément important sera de savoir à quoi ressemblera la région après l’instauration de la paix. Il existe ici différents scénarios et différentes options, et de nombreux pays poursuivent naturellement leurs propres visions stratégiques. En ce qui concerne l’Azerbaïdjan, nous souhaitons uniquement la paix au-delà de nos frontières, car lorsqu’un pays connaît la paix à l’intérieur de ses frontières mais que des conflits se déroulent autour de lui, il ne se sent jamais véritablement en sécurité.
Nous vivons en paix en Azerbaïdjan depuis moins d’un an. Nous avons vécu en guerre pendant 30 ans. Il y a eu la Première Guerre du Garabagh, puis différents types de confrontations durant la période du cessez-le-feu, ensuite plusieurs nouvelles flambées de violence, et enfin la Seconde Guerre du Garabagh. Nous ne pouvions donc pas imaginer une vie sans guerre. Ce n’est que depuis moins d’un an que nous vivons en paix, et nous constatons les avantages de cette situation pour le développement, les investissements, la psychologie et l’état d’esprit de la société. Cela a de très nombreuses répercussions et, bien entendu, nous souhaitons voir la paix s’instaurer le plus rapidement possible au sud comme au nord. Mais cette paix doit être juste et équitable, fondée sur le droit international, et non sur les ambitions ou les agendas de certains. Le droit international constitue donc une plateforme universelle pour toute paix. Par exemple, si nous revenons sur notre guerre avec l’Arménie, nous avons toujours été du côté du droit international. Nous nous défendions. Notre territoire avait été occupé au début des années 1990, puis nous avons tenté de régler le conflit par des moyens pacifiques. Cela n’a pas fonctionné.
Nous avons alors eu recours à la force pour restaurer notre souveraineté. Nous l’avons fait, et nous ne sommes pas allés plus loin. Nous nous sommes arrêtés, et c’est un point très important. Je pense que l’un des moments essentiels, après la fin de la phase chaude d’une confrontation, est de savoir s’arrêter. Ce n’est pas facile, et nous le comprenons, car nous avons vécu avec cette blessure dans notre cœur pendant 30 ans. Mais nous nous sommes arrêtés lorsqu’il était nécessaire de le faire.
Nous nous sommes arrêtés afin de ne pas rendre la guerre interminable. Nous aurions pu choisir d’autres options, mais la responsabilité et la sagesse consistaient à mettre un terme au conflit, car si nous ne l’avions pas fait, la guerre avec l’Arménie aurait continué. Elle aurait peut-être pris la forme d’un processus lent, avec des périodes d’intensification et d’accalmie, et des pertes humaines auraient continué.
La même approche devrait être adoptée au Moyen-Orient. Lorsque la phase intense de confrontation prendra fin, les membres du Conseil de coopération du Golfe et l’Iran devront s’arrêter. Bien entendu, nous n’oublierons jamais ce que les Arméniens ont fait subir à notre peuple, la destruction de nos villes, le meurtre de femmes et d’enfants innocents ainsi que le génocide commis à Khodjaly. Nous ne l’oublierons jamais.
Mais en même temps, nous comprenons que la paix constitue l’objectif ultime. Je pense donc qu’il y aura de nombreuses implications : psychologiques, émotionnelles, ainsi que des tentations de riposter et de se venger. Mon message à nos voisins est d’agir de manière responsable, de mettre fin aux hostilités dès que possible et de tenter de normaliser les relations, plutôt que de transformer ce processus en un conflit mondial. C’est un grand danger, et j’appelle à la responsabilité. J’espère que les efforts de médiation de nos amis pakistanais aboutiront une nouvelle fois à la cessation des confrontations.
La modératrice : Merci beaucoup. C’était une excellente question. Nous passons donc de l’Europe aux États-Unis, puis au Moyen-Orient, et nous nous tournons maintenant vers l’Afrique. M. Cedrick Monzia Aundu, directeur général de Voice of Congo, qui est parmi nous aujourd’hui, va poser la prochaine question.
Cedrick Monzia Aundu : Monsieur le Président, je suis journaliste de la République du Congo. Je voudrais exprimer ma profonde gratitude à l’Azerbaïdjan et au Groupe d’initiative de Bakou pour avoir créé une plateforme internationale destinée aux peuples et aux communautés dont les voix sont marginalisées, dont les points de vue sont délibérément déformés ou qui sont exclus de l’agenda médiatique mondial. La France s’est longtemps présentée comme un défenseur de la démocratie, des droits de l’homme et de la liberté d’expression. Cependant, l’héritage du colonialisme dans ses territoires d’outre-mer et dans de nombreuses autres régions continue de se faire profondément sentir, et les communautés locales sont toujours confrontées à de graves difficultés lorsqu’elles cherchent à promouvoir la vérité. Leur dignité, leur identité culturelle, leurs droits politiques et leur droit à l’autodétermination sont souvent filtrés à travers des récits dominants, tandis que les voix indépendantes sont marginalisées. De plus, ceux qui cherchent à soutenir ces communautés et à coopérer avec des organisations telles que le Groupe d’initiative de Bakou sont injustement accusés de mener une guerre hybride simplement parce qu’ils remettent en question des récits coloniaux profondément enracinés et qu’ils portent des vérités dérangeantes à l’attention de la communauté internationale.
Aujourd’hui, le contrôle de l’information peut être aussi puissant que le contrôle politique ou économique. Monsieur le Président, selon vous, comment les professionnels des médias indépendants peuvent-ils aller au-delà d’une simple réaction aux événements et jouer un véritable rôle dans la transformation des récits coloniaux et néocoloniaux, tout en construisant une plateforme internationale plus forte et plus convaincante pour les peuples dont les droits, l’histoire et les aspirations ont longtemps été déformés ou réduits au silence ?
Le président Ilham Aliyev : Merci. Vous savez, lorsque nous avons été admis au Conseil de l’Europe, comme je l’ai déjà dit, j’étais le premier chef de la délégation azerbaïdjanaise à me rendre à Strasbourg. L’une des premières choses que notre délégation a entendues de la part des dirigeants était que les droits de l’homme ne peuvent être une question interne à aucun pays. Nous avons donc été de bons élèves et nous avons retenu cette leçon. Aujourd’hui, lorsque le Groupe d’initiative de Bakou soulève la question des inégalités coloniales ou de la domination coloniale, lui-même, ainsi que même le gouvernement azerbaïdjanais, sont accusés d’ingérence dans les affaires intérieures de la France. Ce n’est pas le cas, car les droits de l’homme sont des questions universelles, et le Groupe d’initiative de Bakou est une ONG, peut-être la première et la plus efficace, qui porte cette question à l’agenda international.
Pendant de nombreuses années, les soi-disant territoires d’outre-mer de la France, qui sont de facto des colonies, ont été soumis à des formes de répression. Divers actes illégaux y ont été commis, notamment des essais nucléaires. Combien d’essais nucléaires ont été réalisés en Polynésie ? Peut-être une centaine, peut-être deux cents, voire davantage. Et tant de personnes en ont subi les conséquences. Tant de personnes ont perdu la vie ou ont vu leur santé se dégrader. Lorsque le Groupe d’initiative de Bakou soulève cette question, il est malheureusement accusé à tort de mener une sorte de guerre hybride. C’est totalement injuste. Je pense que le rôle des médias indépendants est extrêmement important.
Vous avez abordé une question très importante. Pendant de nombreuses années, ces voix faibles qui dénonçaient les problèmes en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie, en Martinique et dans d’autres territoires ont été réduites au silence par une campagne coordonnée. Elles ont été réprimées, intimidées, et j’ai même été informé que certains participants aux événements internationaux organisés par le Groupe d’initiative de Bakou avaient été arrêtés. Ils ont été arrêtés, d’ailleurs, en Suisse, et pas seulement en France. Certains d’entre eux ont été emprisonnés, alors même que ces personnes parlent des droits de l’homme et tentent d’enseigner au monde ce qu’est la démocratie. Vous savez, le boomerang est une arme très efficace. Il faut en tenir compte. Je veux dire par là que ceux qui ont voulu attaquer l’Azerbaïdjan nous ont sous-estimés.
Mais encore une fois, cette question dépasse largement les activités du Groupe d’initiative de Bakou. Je pense que le rôle important des médias, exactement comme vous l’avez dit, et je vous en remercie encore une fois, est que les médias doivent trouver le courage nécessaire, je dirais même, pour s’opposer à ce colonialisme, car il ne s’agit pas de nos relations avec la France.
Vous savez, nos relations avec la France ont effectivement été, dans une certaine mesure, affectées par la position de la France concernant notre souveraineté et par les décisions prises en France, comme la reconnaissance de la soi-disant République du Haut-Garabagh. Même aujourd’hui, il existe en France une soi-disant ambassade de la prétendue République du Haut-Garabagh, qui n’existe pas. Mais ce sont là des aspects secondaires. La question ne concerne pas nos relations avec ce pays. Elle concerne le principe fondamental du comportement international. On ne peut pas, au XXIᵉ siècle, avoir une colonie située à 10 000 kilomètres de son territoire, alors que sa population ne souhaite pas être sous cette domination. Les peuples veulent vivre leur propre vie. Il existe des pays beaucoup plus petits, bien plus petits que la Nouvelle-Calédonie ou d’autres territoires, qui disposent d’un État, d’une voix aux Nations unies et de leur propre drapeau. Pourquoi ne pourraient-ils pas en disposer eux aussi ?
Je pense qu’il s’agit d’une importante épreuve décisive pour les pays, concernant leur attitude face à cette question, ainsi que pour la société civile. Je pense que s’il existait davantage de groupes similaires au Groupe d’initiative de Bakou dans différentes régions du monde, ils pourraient créer une sorte de coalition de ces ONG. Cette coalition pourrait alors se faire davantage entendre pour aborder ces questions et contribuer à mettre fin à cette répression.
Il ne s’agit pas uniquement de la Nouvelle-Calédonie, il existe un certain nombre de situations similaires, y compris en Europe. Regardez la Corse : elle se trouve en plein cœur de l’Europe. Les populations veulent vivre leur propre vie. Elles souhaitent protéger leur langue. Elles veulent que leur identité soit respectée. Elles ne veulent pas occuper le territoire de la France. Elles veulent simplement vivre dignement sur la terre de leurs ancêtres, sans aucune domination extérieure ni aucune forme de contrôle extérieur.
Vous savez, l’une des raisons pour lesquelles nous sommes très sensibles à ces questions est que nous avons nous-mêmes vécu comme une colonie. Nous avons été colonisés au XIXᵉ siècle et avons vécu sous le régime colonial. Ensuite, lorsque l’Union soviétique a été créée, nous n’étions pas indépendants, nous faisions partie de l’Union soviétique. Une république ? Oui, mais sans véritables droits. Ainsi, notre mémoire historique nous permet de savoir ce que signifie être colonisé et ce que signifie être libre.
Si vous regardez l’Azerbaïdjan, par exemple, pendant la période de colonisation au XIXᵉ et au XXᵉ siècles, et que vous le comparez avec l’Azerbaïdjan d’aujourd’hui, la différence est immense. Ils n’ont fait qu’exploiter nos ressources. Des milliards de tonnes — et non des barils — des milliards de tonnes de pétrole ont été extraites d’Azerbaïdjan, et lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, nous nous sommes retrouvés sans gaz naturel et sans électricité.
Et jusqu’à aujourd’hui, nous nettoyons encore toutes ces zones polluées dans les banlieues de Bakou, en dépensant des milliards pour réparer les dégâts causés à notre environnement par ceux qui ont exploité nos richesses. Au cours de ces plus de 30 années, l’Azerbaïdjan, comme cela a déjà été mentionné, est devenu une puissance moyenne. Et c’est là le bénéfice de l’indépendance. Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, je me souviens que de nombreux analystes en Russie disaient : « Oh, ces républiques vont disparaître. Elles ne pourront pas vivre sans le centre. »
Mais que s’est-il passé ? Elles vivent toutes normalement. Certaines sont prospères, d’autres moins, mais aucune n’a disparu. Et c’est justement l’un des avantages de l’indépendance. C’est pourquoi nous défendons l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie, de la Martinique et de Saint-Martin, afin qu’elles puissent être libres. Encore une fois, cela n’a rien à voir avec nos relations avec la France.
Cette question est mal interprétée et parfois utilisée contre nous. J’espère que mon message sera correctement compris et également entendu à Paris, car nous sommes actuellement engagés dans un processus de normalisation.
Ils nous critiquent, nous les critiquons. C’est normal. Ce n’est pas une forme d’attaque, mais une relation de travail entre deux nations souveraines, où chacune se trouve sur un pied d’égalité. Personne n’est supérieur à l’autre et personne ne peut dicter à l’autre ce qu’il doit faire. Mais exprimer son point de vue, ses préoccupations et formuler des critiques, je pense que c’est tout à fait normal. Je vous souhaite beaucoup de succès. Merci beaucoup.
La modératrice : Merci beaucoup. Voici une excellente question sur l’impact du contrôle de l’information, qui correspond parfaitement au thème de nos échanges au cours des deux prochains jours.
Nous passons maintenant à Dmytro Gordon, journaliste et fondateur de Media Gordon Ukraine.
Dmytro Gordon : Monsieur le Président, permettez-moi tout d’abord, au nom de millions d’Ukrainiens, de remercier le peuple ami d’Azerbaïdjan et vous personnellement pour votre compassion et votre sympathie profondément humaines face à la terrible tragédie qui a frappé la belle Ukraine du fait de la Russie. Il y a exactement un an, dans cette même salle, je vous ai demandé quel conseil vous donneriez à l’Ukraine. Vous m’aviez alors répondu : ne jamais accepter l’occupation. Une année s’est écoulée et beaucoup de choses ont changé. Aujourd’hui, le monde entier voit que la Crimée est pratiquement encerclée par voie terrestre, maritime et aérienne. Aujourd’hui, le monde entier voit l’un des pays producteurs de pétrole les plus riches au monde confronté à des files d’attente de plusieurs kilomètres devant les stations-service. Nous constatons que la ligne de front n’a pratiquement pas bougé et reste inchangée. Nous voyons des drones et des missiles ukrainiens frapper un vaste territoire, de Moscou et Saint-Pétersbourg jusqu’à la Sibérie. Dans cette nouvelle situation, quel conseil donneriez-vous aujourd’hui à l’Ukraine ? Et je voudrais peut-être poser une autre question : quel conseil donneriez-vous aujourd’hui à Poutine, qui, à mon avis, ne dispose plus d’aucune bonne option ?
Le président Ilham Aliyev : Merci. Je suis heureux de vous revoir. Merci d’avoir accepté notre invitation et d’être venu une nouvelle fois au Garabagh. Je vous remercie également pour vos paroles aimables concernant l’attitude du peuple azerbaïdjanais à l’égard des Ukrainiens et de l’Ukraine. Cela vient du fond de nos cœurs. Concernant la question de l’année dernière et ma recommandation, je pense que ni le peuple ukrainien ni les autorités ukrainiennes n’avaient besoin de mes conseils, mais je le répéterais encore aujourd’hui : ne jamais accepter l’occupation. Et c’est précisément ce que fait l’Ukraine : elle n’accepte pas l’occupation. Bien qu’il y ait eu des moments difficiles au cours de cette année, nous avons vu, nous savons et nous avons entendu parler des pressions exercées par certains cercles qui poussaient à un cessez-le-feu qui aurait, en réalité, consacré l’occupation. Mais ni le peuple ukrainien ni ses dirigeants ne l’ont accepté.
En ce qui concerne les conseils à donner à l’autre partie, si elle me les demandait, bien sûr, je les donnerais. Mais à ce stade, je pense qu’il ne serait pas tout à fait approprié de donner de tels conseils en réponse à votre question. Toutefois, concernant mon évaluation de la situation et les perspectives de poursuite des hostilités militaires, je pense qu’elle ne diffère pas beaucoup de la vôtre. Je pense qu’il aurait fallu comprendre depuis longtemps que cette guerre devait être arrêtée — et arrêtée immédiatement. C’est la position de l’Azerbaïdjan, et c’est aussi ma position personnelle, purement humaine — la position d’une personne qui a dirigé et continue de diriger un pays qui a été occupé et qui s’est désormais libéré de l’occupation. Je pense qu’il s’agit d’une expérience assez rare dans l’histoire : l’expérience à la fois de l’occupation et des tentatives visant à nous contraindre à accepter de céder, pour ainsi dire, le Garabagh. Comme je l’ai dit à maintes reprises, le Groupe de Minsk, dirigé par les États-Unis, la France et la Russie, voulait simplement nous retirer le Garabagh — et pas seulement le Garabagh dans les anciennes frontières administratives de la Région autonome du Haut-Garabagh, mais également l’ensemble du territoire des districts de Latchine et de Kelbaedjer — et le remettre à l’Arménie, en espérant que nous accepterions cela. En échange, ils nous promettaient le retour de cinq districts situés à l’est de l’endroit où nous nous trouvons actuellement. Mais ni moi ni personne en Azerbaïdjan n’aurions jamais accepté cela. Pourtant, telle était la position commune des trois principaux pays, du moins parce qu’ils sont membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU — et j’utilise volontairement cette expression — de l’ordre mondial. Il était assez difficile de s’opposer à cette position. Lorsque la Seconde guerre du Garabagh a commencé, ils ont tous exigé que nous arrêtions immédiatement. Ils ont essayé de nous intimider, ils nous ont menacés, ils nous ont appelés — certains avec beaucoup d’insistance, d’autres moins. Mais tous voulaient que nous arrêtions afin que la situation reste inchangée. À un moment donné, certains d’entre eux nous ont dit : « Très bien, vous avez libéré Fuzouli, mais arrêtez-vous là. » Nous avons dû utiliser différents mécanismes diplomatiques. J’ai envoyé notre ministre des Affaires étrangères à de nombreuses réunions à Moscou, à Washington et en Europe. L’objectif était d’empêcher l’Azerbaïdjan de rétablir son intégrité territoriale. Mais cet objectif n’a pas été atteint, car il est impossible de briser la volonté d’un peuple. Il est impossible de vaincre une nation qui aspire à l’indépendance et à la préservation de son identité. Il est impossible de soumettre un tel peuple ou de lui imposer la volonté d’autrui. C’est ce que doivent comprendre ceux qui continuent encore aujourd’hui à défendre la poursuite des hostilités militaires.
Je suis au courant de la position du président Zelensky. Il l’a exprimée publiquement et, lorsqu’il nous a rendu visite en avril, nous avons discuté de cette question en détail. Sa proposition consistait en une cessation immédiate des hostilités le long de la ligne de contact. Je ne sais pas dans quelle mesure cette proposition est toujours d’actualité — il m’est difficile de le dire — mais, en tout cas, il ne l’a pas retirée publiquement.
Je pense donc que, dans tous les cas, la position de l’Azerbaïdjan reste inchangée. Nous avons toujours soutenu, nous soutenons et nous continuerons à soutenir l’intégrité territoriale de l’Ukraine, sa souveraineté et l’inviolabilité de ses frontières internationalement reconnues. Les frontières d’aucun État ne doivent être modifiées par la force ou sans le consentement du peuple de ce pays. À cet égard, notre position a toujours été cohérente et ferme. Quant au peuple ukrainien, nous sommes toujours prêts à l’aider de toutes les manières possibles. Je ne souhaite pas en dire beaucoup plus à ce sujet. Nous ne le faisons pas pour en parler. Cela vient simplement du cœur. Cela concerne non seulement l’État, mais aussi les citoyens ordinaires et les entreprises privées. C’est une volonté commune d’aider ceux qui sont dans le besoin, ceux qui ont souffert, ceux dont l’intégrité territoriale a été violée, et de leur apporter notre soutien de toutes les manières possibles. Merci encore une fois d’être venu.
La modératrice : Merci beaucoup. Encore une excellente question. Nous passons maintenant à M. Roman Gurevich, directeur général de Gurevich Communications, une société mondiale de communication. Il est également ambassadeur honoraire de l’Agence juive mondiale Sokhnut en Azerbaïdjan.
Roman Gurevich : Bonjour. Je vous remercie vivement, Monsieur le Président, de nous donner l’occasion de participer aux travaux de ce forum remarquable et très influent. Pour moi, chaque visite est une expérience très émouvante et profondément marquante sur le plan personnel.
Je voudrais poser la question suivante : ces dernières années, Bakou est devenu un centre de plus en plus important d’influence internationale et un lieu de diplomatie constructive, ce qui est reconnu dans le monde entier. Cela concerne non seulement l’économie — lorsque, pour ainsi dire, le Corridor médian traverse l’Azerbaïdjan par voie maritime et terrestre et qu’il continue à se développer. Cela concerne également la politique. Il s’agit du fait que des dirigeants de pays très différents, qui ne peuvent pas dialoguer entre eux, se tournent vers Bakou pour demander, en quelque sorte, son aide afin de parvenir à un certain résultat. Des pays comme les États-Unis d’Amérique, l’Iran, Israël, la Türkiye et la Syrie reconnaissent tous que l’Azerbaïdjan peut les aider et peut influencer le règlement de questions d’une importance fondamentale.
Ma question est donc la suivante : qu’est-ce qui, dans la terre d’Azerbaïdjan, dans la culture politique azerbaïdjanaise et dans la direction du pays, donne à l’Azerbaïdjan cette capacité de devenir un centre international reconnu pour la résolution des problèmes les plus complexes — en particulier entre des pays qui ne se font pas confiance, mais qui, pour une raison ou une autre, font confiance à l’Azerbaïdjan ? Merci.
Le président Ilham Aliyev : Merci pour vos paroles. Votre question reflète également votre évaluation de notre rôle. Cependant, on pourrait probablement en parler très longtemps, car il existe une multitude de facteurs.
Mais je pense que la première place revient à la confiance et à la conviction quant à la sincérité de l’Azerbaïdjan. Dans tous les cas que vous avez mentionnés, et dans bien d’autres encore, je crois que tous ceux qui se sont adressés à nous concernant notre participation aux efforts de normalisation étaient convaincus et comprenaient que nous n’avions aucun agenda caché. Et c’est effectivement le cas : il n’y en a jamais eu. Nous avons toujours voulu sincèrement aider partout où nous le pouvions.
Cette ligne de conduite de notre État est désormais bien établie. S’il existe une possibilité d’aider, nous devons le faire. Dans le cas contraire, nous devons le dire honnêtement. Il y a eu une période où nous n’avions pas la possibilité d’aider, aujourd’hui, nous l’avons — sur les plans matériel, politique et sous d’autres formes également.
C’est pourquoi je pense que la confiance est essentielle. Premièrement, la confiance que les informations confidentielles ne seront divulguées nulle part — et elles ne le sont pas, du moins pas de notre part.
Deuxièmement, la conviction sincère que nous serons honnêtes avec tous ceux qui ne parviennent pas à trouver un langage commun entre eux. Il y a eu de nombreux cas de ce type, aussi bien dans un passé lointain qu’à une époque plus récente.
Cela est bien sûr très satisfaisant. Cela montre que nous avons établi des relations de confiance qui nous permettent d’être utiles à certains pays simplement en discutant de questions importantes et en réduisant les tensions. Cela devient également un facteur dans la politique régionale. Ainsi, aujourd’hui, le rôle de l’Azerbaïdjan dans les affaires régionales — du moins dans les affaires régionales — ne cesse naturellement de croître. Ce rôle est positif et constructif, et nous continuerons à faire tout notre possible pour apporter notre aide partout où nous le pouvons.
Je pense qu’un autre facteur important est celui-ci — et je l’ai déjà évoqué brièvement. Le Mouvement des non-alignés compte 120 pays, dont beaucoup n’entretiennent pas de bonnes relations entre eux, et certains sont même en guerre. Pourtant, tous ont voté à l’unanimité pour l’Azerbaïdjan lorsque nous avons été élus, puis à nouveau trois ans plus tard. Car lorsque nous avons été élus, on pouvait dire que nous avions mené une campagne et présenté nos engagements, mais au cours de ces trois années, nous avons tenu toutes les promesses que nous avions faites. Et lorsque, trois ans plus tard, il a été difficile de choisir un nouveau président, ils se sont tournés vers nous en disant : « Prolongeons votre mandat ». Et encore une fois, la décision a été unanime.
La même chose se produit également dans le cadre régional. La confiance qui nous est accordée repose sur notre honnêteté et, comme on dit en azerbaïdjanais, sur le fait d’être « ağzıbərk » — je ne sais pas exactement comment le traduire en russe… quelque chose comme « savoir garder le silence ». Je pense que c’est ce qui nous vaut une telle considération.
La modératrice : Merci beaucoup. Encore une excellente question. Nous passons maintenant à notre prochain invité, M. Alexeï Naoumov, titulaire d’un master en sciences politiques et en relations internationales et expert de premier plan au Conseil russe des affaires internationales. La parole est à Alexeï.
Alexeï Naoumov : Monsieur le Président, merci beaucoup de nous donner l’occasion d’être ici. Il s’agit probablement de ma dixième visite en Azerbaïdjan, qui est pratiquement devenu une deuxième patrie pour moi, et de ma deuxième visite dans le Garabagh. Il est véritablement inspirant de voir la transformation qui s’est réalisée en seulement quelques années. Merci beaucoup.
Monsieur le Président, vous avez déclaré à plusieurs reprises que les relations entre l’Azerbaïdjan et la Russie reposaient sur le soutien mutuel, la compréhension réciproque et l’amitié. Le président Poutine a également affirmé que les relations avec l’Azerbaïdjan étaient aujourd’hui bonnes et que, malgré les difficultés objectives qui existaient, il y avait des raisons de penser qu’elles avaient heureusement été surmontées dans l’intérêt de nos peuples.
Monsieur le Président, comment évaluez-vous aujourd’hui les relations entre la Russie et l’Azerbaïdjan, et quel rôle envisagez-vous pour la Russie dans le nouveau Caucase du Sud, qui traverse actuellement l’une des étapes les plus importantes de son développement ? Merci beaucoup.
Le président Ilham Aliyev : Merci. Je voudrais réaffirmer que nous attachons une grande importance à nos relations avec la Russie. Nous avons également pris note des déclarations faites par les responsables russes, notamment par le président Poutine, selon lesquelles les relations entre nos deux pays évoluent de manière très positive. Vous avez évoqué les difficultés. Oui, nous les connaissons tous. Mais ce qui est important, c’est que cette période est désormais derrière nous. Je dirais que nos relations sont aujourd’hui pleinement normalisées. Des contacts sont maintenus à différents niveaux — entre les gouvernements, à travers les membres des gouvernements, les coprésidents des commissions intergouvernementales, les ministères des Affaires étrangères et les administrations présidentielles. À cet égard, je pense donc que tout évolue bien et nous nous en réjouissons.
Les relations entre la Russie et l’Azerbaïdjan sont importantes aussi bien dans le cadre bilatéral que dans un contexte géographique plus large. Elles couvrent les domaines traditionnels de coopération ainsi que de nouveaux secteurs susceptibles d’émerger. Les transports jouent bien entendu un rôle très important, tout comme le commerce et la coopération humanitaire.
Quant au rôle de la Russie dans le Caucase du Sud, il m’est difficile de m’exprimer à ce sujet, car c’est une question que la Russie elle-même doit définir, si elle ne l’a pas déjà fait. Le Caucase du Sud a beaucoup changé. Dans ce contexte, on peut dire que la Seconde guerre du Garabagh a servi de catalyseur, en remettant en question de nombreuses conceptions qui étaient depuis longtemps considérées comme établies et immuables.
Les développements qui ont suivi dans le Caucase du Sud — notamment la restauration complète de la souveraineté de l’Azerbaïdjan, les aspirations de l’Arménie à se rapprocher de l’Europe et tout ce qui est lié à ce processus — rendent nécessaire, à mon avis, une nouvelle réflexion de la part des analystes et des responsables politiques sur la région dans son ensemble. Sans contacts directs et sans une compréhension adéquate des évolutions sur le terrain, cela sera très difficile, car les anciennes approches de perception du Caucase du Sud sont devenues totalement dépassées. Il s’agit d’une région complètement différente de celle d’il y a cinq ans, avec de nouveaux centres d’influence et, encore une fois, des aspirations différentes.
Peut-être que ces tendances sont aujourd’hui beaucoup plus visibles qu’auparavant, même si ceux qui étudient cette région depuis longtemps les avaient sans aucun doute déjà perçues. Par conséquent, pour tout acteur extérieur, établir des relations avec le Caucase du Sud dans son ensemble est une tâche très difficile, car la région n’est pas unifiée. Elle n’est intégrée ni sur le plan politique, ni sur le plan économique, ni en matière de transports. Nous n’en sommes encore qu’au stade initial.
C’est d’ailleurs le même message que j’ai adressé à mes collègues européens lorsque nous avons constaté un net déséquilibre dans l’approche de l’Occident à l’égard de l’Arménie. Cela a suscité des interrogations de notre part, car nous connaissons la géographie, le potentiel économique et tous les autres éléments, et nous connaissons également notre propre valeur. Pourtant, l’Arménie était présentée comme le principal hub de transport de la région. Naturellement, cela soulevait de sérieuses questions. Un pays qui ne possède pratiquement aucune expérience en tant qu’État de transit était soudainement décrit comme le principal carrefour. Il n’était tout simplement pas clair de savoir ce qui transitait réellement par son territoire.
Voilà où résidait le déséquilibre. Vous voyez, celui-ci était naturellement dicté par des considérations politiques et par des tentatives d’attirer l’Arménie dans un certain camp. Chacun doit désormais s’éloigner de cette approche et cesser de considérer le Caucase du Sud comme un terrain de compétition géopolitique.
En tout état de cause, nous y sommes parvenus en Azerbaïdjan. Nous ne nous sommes pas laissé entraîner dans des intrigues géopolitiques et nous n’avons permis à aucun acteur extérieur de nous utiliser à ses propres fins — que ce soit contre quelqu’un d’autre ou contre quiconque. Je pense qu’il appartient désormais à nos voisins d’agir de la même manière, non seulement en paroles, mais aussi en actes. Quant à tous ceux qui s’intéressent réellement à cette région et souhaitent y voir régner la paix et la coopération, ils doivent développer des formats de coopération distincts avec chacun des pays du Caucase du Sud.
Ce n’est qu’une fois le processus de normalisation avec l’Arménie achevé, lorsque des liaisons de transport directes entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie seront établies — non pas comme aujourd’hui, mais de véritables liaisons directes, via le corridor de Zenguezour ou d’autres itinéraires — et lorsque le Caucase du Sud sera politiquement prêt à mettre en place un format trilatéral, que la situation sera différente. D’ici là, il est essentiel d’évaluer avec lucidité le potentiel de chaque pays — économique, politique, militaire, démographique et autres — afin de définir correctement les priorités et d’éviter de nouvelles déceptions liées au fait d’avoir, une fois encore, misé sur le mauvais choix. Plus important encore, tous ceux qui souhaitent coopérer doivent partir avant tout du principe que cette région doit être un espace de paix et de coopération, aussi exempt que possible de toute rivalité géopolitique.
Alexeï Naoumov : Le format « 3+3 » est-il toujours d’actualité ?
Le président Ilham Aliyev : Non, non. Nous en avons été les initiateurs, dès le début, en partant du principe que les pays de la région devaient eux-mêmes gérer les affaires de la région. Mais je pense que personne n’est revenu sur ce sujet depuis longtemps. C’est bien que vous l’ayez évoqué.
Nous avions proposé ce format comme une plateforme post-conflit destinée à parvenir à un règlement complet et au rétablissement intégral de notre souveraineté. Au moment où nous en avons pris l’initiative, une partie du Garabagh était encore sous occupation.
À mesure que les événements ont évolué et que les alliances dans le Caucase du Sud se sont transformées, notre évaluation de ce format de coopération a naturellement évolué elle aussi. À ce stade, je pense qu’il est important de disposer d’un format pleinement opérationnel réunissant six ou cinq parties — nous savons que la Géorgie n’y a pas adhéré — avec un ordre du jour très clair. Il ne doit pas devenir un nouveau Groupe de Minsk, servant de cadre et ne s’occupant que des questions azerbaïdjano-arméniennes. Non. Nous devons traiter des questions concernant l’ensemble de la région : la Russie, l’Iran, la Türkiye, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, sur un pied d’égalité. Cette conception constitue aujourd’hui la base de notre approche. Si les autres capitales partagent cette même vision, je pense qu’une réunion à cinq, au moins au niveau des ministres des Affaires étrangères, répondrait à un réel besoin.
La modératrice : Merci beaucoup. Encore une excellente question, cette fois sur les relations entre la Russie et l’Azerbaïdjan. Merci.
Nous donnons maintenant la parole à Mme Tamar Chigogidze, de Radio Holding Fortuna, en Géorgie.
Tamar Chigogidze: Bonjour. Monsieur le Président, merci beaucoup de nous avoir invités dans ce magnifique pays.
C’est la deuxième fois que je viens ici. J’y ai été il y a environ quinze ans et je constate d’immenses progrès. Je tiens donc à vous adresser mes félicitations.
Tout d’abord, j’aimerais vous poser une question sur le secteur de la radio. Aujourd’hui, la radio, qui demeure le média le plus fiable et le plus résilient au monde, est confrontée à de nouveaux défis.
À mesure que les technologies automobiles évoluent, elles suscitent de sérieuses préoccupations tant pour les diffuseurs de radio que pour les auditeurs. Je voudrais attirer votre attention sur le fait qu’un nombre croissant de véhicules électriques nouvellement importés sont vendus sans radio FM, ou avec une radio FM beaucoup plus difficile à trouver sur l’écran du véhicule. De nombreux radiodiffuseurs et autorités de régulation à travers l’Europe travaillent actuellement à l’élaboration de politiques et de législations visant à garantir que la radio FM demeure disponible et facilement accessible dans les nouveaux véhicules électriques.
Le gouvernement azerbaïdjanais serait-il disposé à soutenir une coopération entre les pouvoirs publics, les autorités de régulation, les radiodiffuseurs et l’industrie automobile afin de garantir que la radio FM reste disponible et facilement accessible dans tous les nouveaux véhicules, dans l’intérêt public et pour les communications d’urgence ? Je vous remercie beaucoup.
Le président Ilham Aliyev : Merci beaucoup. Je soutiens pleinement cette initiative. D’ailleurs, je ne savais pas que les voitures électriques étaient dépourvues de radio FM. Pour être franc, je n’écoute la radio que lorsque je suis en voiture. Or, je me déplace très souvent en voiture, car je voyage principalement ainsi à travers le pays. À chaque trajet, j’écoute la radio, surtout de la musique. Pour être tout à fait honnête, les informations me parviennent déjà par d’autres sources. Je ne peux donc pas imaginer une voiture sans radio. Sans cette possibilité, je n’irais nulle part.
Ainsi, quelle que soit l’initiative à laquelle nous pourrions nous associer, s’il existe des propositions concrètes, faites-le-nous savoir et nous les soutiendrons pleinement. Je vous remercie également pour vos paroles agréables à l’égard de notre pays. Et pour une voisine, je trouve que quinze ans, c’est beaucoup trop. J’espère que vous reviendrez régulièrement en Azerbaïdjan, d’autant plus que nous disposons désormais d’une liaison ferroviaire. Merci.
La modératrice : C’est très, très bon à savoir. Une excellente question, vraiment. Merci également d’avoir recentré le débat sur le secteur des médias. Nous donnons maintenant la parole à M. Yoshiki Kishida — j’espère avoir bien prononcé votre nom — directeur exécutif des affaires internationales de l’agence de presse Jiji Press, qui est parmi nous aujourd’hui.
Yoshiki Kishida : Monsieur le Président, merci de nous offrir cette occasion de nous exprimer. Je tiens également à remercier l’Azerbaïdjan pour son aide dans l’évacuation des ressortissants japonais d’Iran pendant le conflit militaire. Le Japon apprécie aussi le soutien de l’Azerbaïdjan dans l’approvisionnement en pétrole brut de notre pays. À l’avenir, quel potentiel voyez-vous pour accroître encore les exportations de pétrole brut azerbaïdjanais vers le Japon ? Par ailleurs, au-delà du secteur de l’énergie, dans quels domaines envisagez-vous de développer notre coopération économique et de bénéficier, dans un avenir proche, de l’expertise et de la contribution des entreprises japonaises ? Merci.
Le président Ilham Aliyev : Oui, les livraisons de pétrole brut vers le Japon revêtent aujourd’hui, je pense, une importance encore plus grande qu’auparavant, car la perturbation des circuits d’approvisionnement traditionnels renforce le rôle du pétrole azerbaïdjanais.
En ce qui concerne votre question sur la coopération, nous sommes naturellement favorables à un partenariat fructueux, et je pense que nos deux pays disposent déjà d’une solide expérience en la matière. Cette coopération a connu des périodes plus ou moins dynamiques, mais nous avons néanmoins acquis une bonne expérience dans différents domaines. De nombreuses entreprises japonaises ont travaillé en Azerbaïdjan en tant qu’entrepreneurs sur d’importants projets industriels.
J’ai personnellement participé à l’inauguration de plusieurs grandes centrales électriques construites par des entreprises japonaises en qualité d’entrepreneurs. Nous ne comptons pas encore beaucoup d’investissements japonais, mais cela viendra probablement. Je pense donc que nous pouvons coopérer dans un large éventail de domaines : l’énergie, les technologies et, potentiellement, l’industrie de la défense. Je sais que le Japon développe actuellement son industrie de défense. Nous faisons de même, ce qui nous permettrait d’échanger nos expériences et, peut-être, de mettre en place des productions conjointes.
Une fois encore, nous avons connu par le passé une coopération commerciale fructueuse. Je dirais toutefois qu’aujourd’hui, le nombre de projets communs est plus limité. Au cours des cinq ou six dernières années, notamment depuis la Seconde guerre du Garabagh, les échanges diplomatiques entre nos deux pays ont été relativement réduits. Je pense néanmoins que le potentiel existe. Il nous faut simplement multiplier les rencontres entre les responsables gouvernementaux, les milieux d’affaires et les entreprises afin d’identifier de nouvelles possibilités de coopération.
La modératrice : Merci beaucoup. Il y a toujours de l’espoir pour l’avenir, bien sûr. Nous passons maintenant à la question suivante. Nous avons le plaisir d’accueillir parmi nous Mme Liu Shuchen, correspondante du bureau de Bakou de l’agence de presse Xinhua.
Liu Shuchen : Bonjour, Monsieur le Président. Tout d’abord, merci de nous donner l’occasion de participer à ce forum.
J’ai deux questions. Premièrement, l’an dernier, les relations entre la Chine et l’Azerbaïdjan ont été élevées au rang de partenariat stratégique global. Dans le contexte international actuel, quels sont, selon vous, les domaines prioritaires pour approfondir la coopération bilatérale ?
Deuxièmement, quelles nouvelles perspectives de coopération voyez-vous entre la Chine et l’Azerbaïdjan pour renforcer la connectivité régionale et développer le Couloir médian ? Je vous remercie beaucoup.
Le président Ilham Aliyev : À la suite de ma visite d’État en République populaire de Chine l’année dernière et de la signature de la Déclaration sur le partenariat stratégique global, la coopération entre nos deux pays s’est considérablement intensifiée dans tous les domaines : politique, économique, transports et bien d’autres. Nous nous en réjouissons et y attachons une très grande importance. Aujourd’hui, un nombre croissant d’entreprises chinoises sont présentes en Azerbaïdjan. Certaines ont déjà réalisé d’importants investissements, tandis que d’autres participent à divers projets d’infrastructures.
Lors de cette visite d’État, j’ai rencontré les dirigeants de nombreuses grandes entreprises chinoises, et je suis heureux de constater que leurs activités en Azerbaïdjan produisent déjà des résultats. Elles travaillent avec une grande efficacité, rapidement et selon des normes de très haut niveau.
Nous avons également ouvert un nouveau chapitre de notre coopération : la coopération dans le domaine de la défense. L’Azerbaïdjan a déjà acquis certains équipements militaires auprès de la Chine. Une partie de ces équipements a été présentée lors du défilé marquant le cinquième anniversaire de notre Victoire, d’autres sont encore en cours d’acheminement et certains font actuellement l’objet de discussions. Nous sommes donc très intéressés par l’élargissement de notre coopération dans le domaine technico-militaire.
Quant au Couloir médian, les volumes de marchandises en provenance de Chine transitant par l’Azerbaïdjan, ainsi que ceux destinés à notre pays, continuent d’augmenter. Comme je l’ai indiqué précédemment, nous sommes en train de presque doubler la capacité de notre port commercial, en grande partie en prévision de l’accroissement des flux de transport en provenance de Chine ainsi que des pays d’Asie centrale. Nous disposons déjà d’une solide expérience de coopération dans ce domaine, ainsi que d’une collaboration multilatérale avec de nombreux pays situés le long de ce corridor.
Je voudrais également souligner que l’Azerbaïdjan met actuellement en œuvre de nombreux projets dans le domaine de l’énergie solaire. Bien que les entreprises chinoises n’aient commencé que récemment à investir dans ce secteur, tous les panneaux solaires installés en Azerbaïdjan dans le cadre de contrats conclus avec des entreprises non chinoises sont d’origine chinoise. Autrement dit, tous les panneaux solaires que l’on voit aujourd’hui en Azerbaïdjan, quelle que soit l’entreprise ayant investi dans le projet, ont été fabriqués en Chine. À l’heure actuelle, les fabricants d’aucun autre pays ne sont en mesure de rivaliser avec les producteurs chinois, tant en termes de prix que de qualité. Il n’est donc pas surprenant qu’une grande entreprise chinoise mette actuellement en œuvre un projet d’investissement visant à construire une usine de fabrication de panneaux solaires en Azerbaïdjan, dont la production sera également destinée à l’exportation.
Un autre développement important de la coopération bilatérale est la production conjointe de bus électriques par BYD, que l’on peut désormais voir circuler dans les rues de la ville. Nous disposons de deux catégories de bus : les bus électriques sont verts, tandis que les bus conventionnels sont rouges. Naturellement, plus nous aurons de bus verts, mieux ce sera.
De nombreux projets sont donc en cours de réalisation. Nous sommes très satisfaits de l’évolution de nos relations et nous nous réjouissons également du fait que le délai entre les décisions politiques prises au plus haut niveau et la mise en œuvre de projets concrets soit très court. À cet égard, les entreprises chinoises se distinguent favorablement de nombreuses autres. Avec certaines entreprises, les négociations durent plusieurs mois, voire plusieurs années, et la mise en place des installations de production prend ensuite encore du retard. Dans ce cas précis, tout se déroule exactement selon le calendrier prévu. C’est pourquoi, tout comme l’ensemble des organismes qui coopèrent avec les entreprises chinoises, je suis très satisfait. Merci.
La modératrice : Merci beaucoup. Encore une excellente question. Nous sommes passés de la Russie à la Géorgie, puis au Japon et à la Chine, et nous nous tournons maintenant vers l’Argentine. Nous avons le plaisir d’accueillir Mme Cecilia Degl'Innocenti, rédactrice en chef des affaires étrangères du journal Perfil, en Argentine.
Cecilia Degl'Innocenti : Monsieur le Président, ravie de faire votre connaissance et merci de m’avoir invitée. C’est ma première visite en Azerbaïdjan. Je viens de l’Atlantique Sud, je vous remercie donc pour votre accueil et pour le temps que vous nous consacrez. Monsieur le Président, l’Azerbaïdjan est un ferme défenseur du principe de l’intégrité territoriale depuis le conflit du Garabagh. L’Argentine invoque également ce principe dans le différend de souveraineté qui l’oppose au Royaume-Uni au sujet des îles Malouines, conformément aux résolutions des Nations unies appelant les deux parties à reprendre les négociations bilatérales. J’aimerais donc vous demander quel message vous souhaiteriez adresser au peuple argentin à ce sujet. Merci.
Le président Ilham Aliyev : Merci beaucoup. Je sais à quel point cette question est sensible. D’ailleurs, lorsque j’étais étudiant et que je préparais mon mémoire de fin d’études, j’avais choisi comme sujet le conflit anglo-argentin. Il me semble qu’il avait eu lieu en 1982, et j’obtenais mon diplôme cette même année. C’était donc un sujet d’une grande actualité. J’ai rédigé une trentaine de pages analysant les événements. Je pense que l’aspect positif est que, malgré ce différend, les deux pays, je veux dire le Royaume-Uni et l’Argentine, entretiennent de bonnes relations, à l’exception peut-être des prochains jours où ils s’affronteront en demi-finale. Mais ce ne serait pas une première : je me souviens qu’ils se sont déjà rencontrés auparavant. Je crois qu’il est important d’aborder cette question dans un esprit de bonne foi, par la voie des négociations et, bien entendu, conformément aux normes du droit international ainsi qu’aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité ou de l’Assemblée générale des Nations unies, afin de traiter les questions fondamentales liées à l’intégrité territoriale de tout État.
Comme vous l’avez rappelé, l’Azerbaïdjan est un ferme défenseur de ce principe. Cette position s’explique naturellement par le fait que notre propre intégrité territoriale a été violée. Mais même après avoir pleinement rétabli notre intégrité territoriale et notre souveraineté, nous ne nous sommes jamais écartés de cette ligne de conduite. Nous n’abordons jamais cette question en fonction de considérations politiques ou de nos relations avec tel ou tel pays. Nous l’envisageons uniquement sous l’angle de la justice et du droit international. Mon message est donc, une fois encore, de défendre vos droits et de défendre votre souveraineté. C’est le même message que j’ai adressé l’an dernier à nos amis ukrainiens. Je vous remercie encore d’avoir fait un si long voyage pour être parmi nous. Je souhaite beaucoup de succès à votre équipe dans les prochains jours.
La modératrice : Très bien. Nous passons maintenant de l’Argentine au Pakistan. Nous accueillons à présent M. Adil Shahzeb, directeur de la chaîne Pakistan Television.
Adil Shahzeb : Excellence, je vous remercie infiniment. Nous avons désormais un dicton au Pakistan : lorsqu’en Azerbaïdjan quelqu’un ne sourit pas, on dit qu’Il doit être Pakistanais. Comme vous pouvez le constater, tout le monde a le sourire. Des liens d’amitié à une véritable fraternité, nos deux pays se sont toujours soutenus mutuellement, et ils continueront de le faire. Les échanges entre nos peuples se sont d’ailleurs considérablement développés, et cela est à mettre au crédit de Votre Excellence et de votre équipe. Ma question porte sur la paix. Excellence, vous avez justement souligné les efforts inlassables du Premier ministre Shehbaz Sharif et du maréchal Asim Munir. En tant que directeur de la télévision publique pakistanaise, j’ai été le témoin direct de ce processus, qui a débuté à Islamabad. Et je peux vous assurer que nos délégations n’ont pratiquement pas dormi pendant près de vingt-quatre heures. Sans le Pakistan, je ne pense pas que ce cessez-le-feu aurait pu être obtenu. Pour nous, ce fut un véritable parcours semé d’embûches. Quel message souhaiteriez-vous que je transmette à Son Excellence le Premier ministre Shehbaz Sharif ainsi qu’à votre frère, le maréchal Asim Munir ? Et, selon vous, que faut-il faire pour parvenir à une paix durable, en particulier dans notre région ? Merci.
Le président Ilham Aliyev : Mon message est avant tout celui de mes meilleurs vœux et, bien entendu, de les encourager à poursuivre ces efforts remarquables. J’ai appelé mon cher frère, le Premier ministre Shehbaz Sharif, pour le féliciter de cet accord, qui a été obtenu principalement grâce aux efforts de médiation du Pakistan. Une fois de plus, cela démontre le grand respect dont votre pays jouit sur la scène internationale. Le Pakistan a été le seul pays à avoir réussi à jouer ce rôle de médiateur et à assumer cette responsabilité.
Nous avons également suivi de près les développements et constaté que le Premier ministre, le maréchal Asim Munir ainsi que leurs équipes se sont investis sans réserve dans ce processus. Je suis donc convaincu que, compte tenu des récents événements et des nouvelles tensions, ils feront une nouvelle fois tout leur possible pour contribuer à mettre fin à cette confrontation. Et je pense que nul autre que le Pakistan n’est en mesure d’accomplir cette mission. J’espère, et j’en suis persuadé, qu’ils réussiront une nouvelle fois à contribuer au rétablissement de la paix au Moyen-Orient. C’est là une nouvelle preuve des capacités de votre pays, du leadership de ses dirigeants et du large respect dont il bénéficie sur la scène internationale, non seulement en raison de cette médiation, mais plus généralement.
Adil Shahzeb : Juste un dernier commentaire. Lorsque nous voyageons à l’étranger dans le cadre de nos fonctions, personne ne s’oppose à nos déplacements. Mais, à chaque fois que je pars en mission officielle, on me pose la même question : « Êtes-vous vraiment certain de revenir à Islamabad ? »
Le président Ilham Aliyev : Vous êtes ici le bienvenu. Restez parmi nous aussi longtemps que vous le souhaiterez.
La modératrice : Merci infiniment, Monsieur le Président. Vous nous avez déjà très généreusement accordé deux heures de votre temps. Je sais que le temps nous est compté. Il nous reste encore quelques questions, si vous le permettez. Nous donnons maintenant la parole à M. Jahongir Olimov, correspondant de la chaîne de télévision Sevimli TV. J’espère avoir correctement prononcé son nom. Sevimli TV, voilà.
Jahongir Olimov : Salam aleykoum, Monsieur le Président. Je vais essayer de poser ma question en azerbaïdjanais. Monsieur le Président, j’ai visité le Garabagh il y a quatre ans. À cette époque, les travaux de reconstruction de cette région avançaient déjà à un rythme soutenu. Aujourd’hui, en revenant au Garabagh, dans la ville de Choucha, centre culturel de tout l’Azerbaïdjan et du Caucase, j’ai été témoin de transformations extraordinaires. Grâce à votre volonté politique et au travail acharné du grand peuple azerbaïdjanais, cette magnifique ville, ce magnifique Garabagh, retrouve sa place historique. Permettez-moi de vous en féliciter.
J’en viens maintenant à ma question. Ces dernières années, les relations entre l’Ouzbékistan et l’Azerbaïdjan ont atteint un niveau très élevé. Cette dynamique a donné une impulsion considérable aux relations entre l’ensemble de l’Asie centrale et le Caucase. L’intégration de l’Azerbaïdjan au format des Réunions consultatives des dirigeants des États d’Asie centrale en est une illustration éloquente. Aujourd’hui, certains experts en politique internationale qualifient même ce format « Asie centrale + Azerbaïdjan » de Grande Asie centrale. Comment évaluez-vous ce rapprochement entre nos deux régions et quel regard portez-vous sur le rôle joué par le président de l’Ouzbékistan dans ce processus ? Merci.
Le président Ilham Aliyev : Merci. Les relations d’amitié et de fraternité constituent le fondement des liens entre l’Ouzbékistan et l’Azerbaïdjan. Notre amitié personnelle avec l’honorable président Chavkat Miromonovitch Mirzioïev a porté ces relations à un niveau encore plus élevé. Je tiens à souligner que c’est précisément le président de l’Ouzbékistan qui a été le premier à nous apporter son aide dans la reconstruction du Garabagh. Une magnifique et vaste école portant le nom de Mirzo Ouloughbek a été construite dans la ville de Fuzouli, et c’est aux côtés de Chavkat Miromonovitch que nous avons participé à son inauguration. Par la suite, d’autres États frères nous ont également offert des présents — le Kazakhstan, le Kirghizstan et le Turkménistan — mais la toute première aide est venue de l’Ouzbékistan.
Chaque fois que je me rends en Ouzbékistan, je mesure à quel point nos peuples sont proches et unis. Lorsque l’on voit les textes écrits, aucune traduction n’est nécessaire. Nos langues sont également très proches. Certes, il existe quelques différences de prononciation, mais, dans l’ensemble, nous nous comprenons parfaitement. Nous sommes liés par des attaches historiques très profondes, et le développement de nos relations avec l’Ouzbékistan figure parmi nos toutes premières priorités. Je tiens également à préciser que la mission fraternelle de l’Ouzbékistan ne s’est pas arrêtée à la construction de cette école. La première grande entreprise industrielle de la ville de Khankendi — une usine de confection — a également été créée grâce à des investissements ouzbeks. Une fois encore, c’est avec l’honorable président Mirzioïev que nous avons visité cette usine.
De nombreux projets économiques et industriels sont actuellement en cours de réalisation. Des investissements azerbaïdjanais comme ouzbeks sont engagés. Nous avons créé un fonds d’investissement conjoint doté de 500 millions de dollars américains. Ce fonds participe à la mise en œuvre de divers projets, tant en Ouzbékistan qu’en Azerbaïdjan. Aujourd’hui, la compagnie pétrolière nationale d’Azerbaïdjan, SOCAR, investit dans un important projet d’exploration en Ouzbékistan. J’espère que, dans un avenir proche, ce projet nous apportera de bonnes nouvelles. En effet, les questions de sécurité énergétique, et notamment l’approvisionnement en gaz, sont aujourd’hui essentielles pour de nombreux pays. J’espère donc que les travaux d’exploration menés sur le gisement d’Oust-Ourt aboutiront à des résultats positifs.
S’agissant du format Azerbaïdjan–Asie centrale, le président Mirzioïev y joue également un rôle tout à fait particulier et ses mérites sont exceptionnels. L’Azerbaïdjan a désormais rejoint ce Conseil consultatif en tant que membre à part entière. J’avais déjà été invité à deux sommets en qualité d’invité d’honneur, mais, plus récemment, un Conseil consultatif commun Azerbaïdjan–Asie centrale a été créé. C’est pour nous une grande fierté et une immense satisfaction. Je peux dire qu’il s’agit d’un cas unique. D’un point de vue géographique, nous appartenons bien entendu au Caucase du Sud. Cependant, nos liens culturels, historiques et ethniques sont si profonds, et nos relations politiques si diversifiées, que les pays amis d’Asie centrale ont décidé de nous accueillir au sein de ce format.
Aujourd’hui, cette évolution aura également un impact positif sur les relations géopolitiques et géoéconomiques. En effet, l’Asie centrale et l’Azerbaïdjan sont en train de former un espace économique et politique commun. Parallèlement, cette dynamique revêt une importance considérable pour la mise en œuvre des projets de connectivité, de transport et de logistique. Je peux affirmer que la clairvoyance et la vision stratégique du président Chavkat Mirzioïev ont joué un rôle très important dans ce processus. Je profite de cette occasion pour féliciter nos frères ouzbeks pour toutes les réalisations qu’ils ont accomplies. Je me rends fréquemment en Ouzbékistan, et il est probable que j’y effectue une nouvelle visite cette année. À chacune de mes visites, je constate les progrès réalisés, ce qui me réjouit profondément. Je sais que, sous la direction du président Mirzioïev, le peuple et l’État frères d’Ouzbékistan poursuivent leur développement avec succès et confiance. À vous aussi, je souhaite la bienvenue !
La modératrice : Nous accueillons maintenant Mikhaïl Gousman, président de l’Union mondiale des agences de presse et ancien directeur général adjoint de l’agence TASS. Bienvenue.
Mikhaïl Gousman : Cher Ilham Heydar oglu, Monsieur le Président, je vous promets que ma question ne sera pas aussi toxique que celle de l’année dernière. J’en suis presque certain.
Vous savez, je participe à ce forum pour la quatrième fois et j’ai eu l’honneur de vous poser une question à chacune de ses éditions. Je voudrais souligner un point très important. En 2024, lorsque je vous ai interrogé, à votre retour du congrès du Parti républicain, sur votre pronostic concernant le futur président des États-Unis, vous avez correctement identifié le vainqueur et vous avez également prédit avec précision l’évolution des relations entre l’Azerbaïdjan et les États-Unis.
L’année dernière — je me souviens parfaitement de ma question et, bien sûr, de votre réponse — vous aviez déclaré que les qualités essentielles de votre politique étrangère étaient l’honnêteté et la transparence. En réalité, tout ce que vous avez dit aujourd’hui en est une nouvelle confirmation.
Avant de poser ma question, Ilham Heydar oglu, permettez-moi de vous faire part d’une information. Peut-être n’en avez-vous pas connaissance. En 1986, lorsque j’ai été envoyé à Moscou pour travailler au Comité des organisations de jeunesse, le premier secrétaire du Parti de la république m’avait dit : « N’oubliez pas que nous vous envoyons en mission. » Je tiens aujourd’hui à vous informer que cette mission de 39 ans est arrivée à son terme. Je suis rentré dans ma patrie. Je suis heureux d’être de retour et je serai heureux d’avoir l’occasion d’y travailler, en mettant mes compétences au service de mon pays dans le domaine que je connais peut-être un peu.
Quant à ma question, elle revêt pour moi une importance toute particulière aujourd’hui. Vous avez parlé des progrès remarquables des relations avec les États-Unis, du retour des relations avec la Russie dans l’esprit de l’accord signé en 2022, ainsi que de vos relations avec l’Europe et la Chine.
Dans le même temps, vous avez déclaré : « Qui peut savoir ce que nous réserve l’été prochain ? Une guerre se déroule au nord et des obus tombent tout près de nos frontières. » Selon vous, quelle est la plus grande menace stratégique pour la stabilité de l’Azerbaïdjan à moyen et à long terme ? À première vue, on pourrait penser que le pays peut désormais reprendre son souffle et que tout va bien. Pourtant, quelles sont, selon vous, les menaces stratégiques potentielles auxquelles l’Azerbaïdjan devra faire face ? Merci.
Le président Ilham Aliyev : Merci. Avant de répondre à votre question, je voudrais dire quelques mots à l’intention de ceux qui ne connaissent peut-être pas Mikhaïl Gousman. C’est un digne fils du peuple azerbaïdjanais. Comme il vient de le rappeler, il a passé près de quarante ans en mission en Russie, sans jamais rompre ses liens avec l’Azerbaïdjan. Il a toujours été à nos côtés, partageant nos joies dans les moments de succès et nos préoccupations dans les périodes difficiles.
Pendant la Seconde guerre du Garabagh, il a pratiquement vécu ici, réalisant des reportages depuis la ligne de front. Ces reportages reflétaient son caractère, son attachement à son peuple et à son pays. Ils nous ont également beaucoup aidés à briser le blocus de l’information.
À cet égard, il prend aujourd’hui la parole au nom de ceux qui ont souffert. Pour ceux qui l’ignorent, l’an dernier, à la suite d’une simple question qu’il m’a posée lors de ce même forum — si je ne me trompe pas, il était assis à la même place — il a été démis de ses fonctions au sein de l’organisation à laquelle il avait consacré des décennies de sa vie, une organisation qu’il dirigeait de fait et au développement de laquelle il a largement contribué, faisant de TASS une agence de presse internationale de premier plan.
L’année dernière, d’autres personnes venues de Russie ont également subi des conséquences, même si je n’en vois pas une parmi nous aujourd’hui. Peut-être a-t-elle déjà été arrêtée ? Dieu nous en préserve. Je lui souhaite une excellente santé. L’un a perdu son emploi simplement pour avoir posé au président de l’Azerbaïdjan une question favorable, tandis qu’un autre a été inscrit sur la liste des « agents de l’étranger » uniquement parce qu’il avait tenu des propos positifs sur l’Azerbaïdjan. Alors, Alexeï, soyez prudent. Mais ceci n’était qu’une introduction.
S’agissant des risques potentiels, je me suis exprimé à de nombreuses reprises sur cette question. Heureusement, nous ne faisons face ni à des risques internes actuels ni à des risques internes potentiels. Toutes les menaces auxquelles nous sommes confrontés proviennent de l’extérieur de nos frontières.
Quant aux risques politiques, ils sont négligeables. Nous ne prévoyons pas non plus de risques liés à une quelconque subversion idéologique. De nombreuses tentatives de ce type ont été menées par le passé, mais aucune n’a abouti. Tant l’État azerbaïdjanais que la société demeurent fermement attachés aux principes consacrés par notre Constitution.
En revanche, des risques d’ordre physique existent bel et bien, et aujourd’hui, personne ne peut s’en prémunir totalement. Compte tenu des réalités actuelles et des méthodes modernes de conduite de la guerre, pratiquement aucun pays — à de très rares exceptions près — ne peut se considérer comme totalement à l’abri. Naturellement, pour un pays situé entre deux États en guerre, le principal risque réside dans les conséquences imprévisibles de ces conflits, aussi bien pendant les hostilités qu’au cours de la période qui les suit.
La guerre constitue en elle-même une immense tragédie, mais une guerre prolongée comporte des risques tout aussi graves que les opérations militaires elles-mêmes. La période d’après-guerre — la manière dont les États en sortent, dont ils gèrent ses conséquences et les difficultés qu’elle engendre — est extrêmement difficile à prévoir.
Par conséquent, à l’heure actuelle, le seul véritable risque auquel nous sommes confrontés réside dans certaines tentatives visant à entraîner l’Azerbaïdjan dans diverses aventures. De telles tentatives ont déjà eu lieu par le passé, mais elles étaient essentiellement de nature politique. Nous avons toujours su y résister avec succès et elles ont pratiquement cessé. Aujourd’hui, toutefois, elles revêtent un caractère plus grave et représentent une menace plus sérieuse.
Se défendre est une chose à laquelle nous sommes parfaitement habitués. Faire face à une communauté unie contre nous ne nous est pas non plus étranger. Renforcer notre sécurité, protéger nos frontières et améliorer nos dispositifs de prévention et de réponse aux menaces sont des tâches auxquelles je me consacre depuis 2003, du moins pour ce qui me concerne. Et je continuerai probablement à le faire aussi longtemps que mes forces me le permettront.
Ce processus ne prendra jamais fin. Vous avez rappelé ce que nous avions évoqué il y a un an. En théorie, on pourrait penser qu’il est désormais possible de reprendre son souffle, mais, en réalité, nous n’en avons tout simplement pas la possibilité. Même après notre victoire lors de la seconde guerre du Garabagh, en 2020, nous ne nous sommes pas arrêtés une seule seconde. Pour être franc, nous n’avons eu ni le temps ni même l’envie de célébrer cette victoire, car, si l’on se laisse aller à célébrer, on risque de perdre de vue tout ce qui vient ensuite.
Nous avons immédiatement commencé à préparer les étapes suivantes. Et depuis 2023, lorsque des menaces explicites contre l’Azerbaïdjan sont apparues, accompagnées de tentatives visant à imposer des sanctions à notre pays, nous menons une riposte pratiquement sans interruption et sur plusieurs fronts à la fois, jusqu’à aujourd’hui.
Pour revenir aux critères définissant une « puissance moyenne », je crois avoir omis tout à l’heure un autre élément essentiel : la capacité à se défendre avec succès sur plusieurs fronts simultanément. Je préfère ne pas comparer notre conflit à d’autres, mais, dans la plupart des cas, un pays bénéficie du soutien d’un groupe déterminé d’États, tandis qu’un autre État ou un bloc lui fait face. Dans notre cas, la situation était tout autre. Nous avons dû résister, à la fois sur le plan militaire et sur le plan politique, à des pressions venant de toutes les directions. Et cette situation perdure encore aujourd’hui.
Il n’y aura donc pas de vie tranquille. Que personne ne s’attende à cela — vous y compris. En tant que personne ayant souffert, vous méritez assurément un peu de répit. Choucha est une ville de villégiature ; je vous souhaite donc d’y passer davantage de temps et d’y rester après la clôture du forum. Je suis très heureux de vous voir en bonne santé. J’ai un jour dit à Ramiz Yunus : « Vətəninizə xoş gəlmisiniz ! » (« Bienvenue dans votre patrie ! »). À vous, je dis la même chose : « Xoş gəlmisiniz, xoş qayıtmısınız ! » (« Soyez le bienvenu et bon retour parmi nous ! »).
La modératrice : Le temps nous manque malheureusement, mais j’aimerais, si vous le permettez, donner encore la parole à quelques intervenants. Nous accueillons maintenant M. Adil Saïfoulline, président du Conseil d’administration de Qazcontent. Bienvenue.
Adil Saïfoulline : Salam aleykoum, Monsieur le Président, honorable Ilham Heydar oglu.
Permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour votre accueil si chaleureux ainsi que pour l’excellente organisation de ce forum.
Aujourd’hui, le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan entretiennent des relations bilatérales au plus haut niveau. Ils constituent également un excellent exemple de la manière dont nos pays — que l’on qualifie de « puissances moyennes » — sont capables de créer, de manière indépendante, de nouveaux corridors logistiques et économiques. Le Couloir médian traversant la mer Caspienne en est une parfaite illustration. Il est déjà devenu un maillon essentiel entre l’Asie et l’Europe.
Ma question est la suivante : Quel rôle attribuez-vous, dans ce processus, au partenariat stratégique avec le Kazakhstan et à votre coopération personnelle avec le président Kassym-Jomart Tokaïev ? Merci.
Le président Ilham Aliyev : Je suis très reconnaissant au président Kassym-Jomart Tokaïev pour son soutien à la reconstruction du Garabagh.
Le Centre de créativité pour enfants de Fuzouli porte le nom de Kourmangazy, grand fils du peuple kazakh. C’est aux côtés de Kassym-Jomart Kemelevitch que nous avons inauguré ce centre, et nous sommes profondément reconnaissants au peuple frère du Kazakhstan pour cette contribution à la restauration des territoires libérés.
Bien entendu, mes relations personnelles avec le président Tokaïev constituent un facteur important, tant dans le cadre de nos relations bilatérales que de la coopération régionale. Notre programme de coopération est très vaste. En tant que deux pays situés sur les rives opposées de la mer Caspienne, nous entretenons une coopération étroite. En réalité, sans une collaboration active entre le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan, aucun grand projet de transport dans notre région, ni même dans l’ensemble de la région caspienne, ne pourrait voir le jour.
Nous nous réjouissons des efforts menés en parallèle pour créer et développer les infrastructures. J’ai déjà évoqué les réalisations de l’Azerbaïdjan dans ce domaine. Je sais qu’au Kazakhstan également, d’importants travaux sont en cours afin d’accroître les capacités des infrastructures portuaires.
Il existe déjà un format de coopération réunissant le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Türkiye, dans lequel sont examinées et résolues des questions d’une grande importance, notamment la politique tarifaire, la numérisation, la simplification des procédures douanières, ainsi que de nombreux autres sujets.
En 2024, à Bakou, nous avons signé, avec les présidents du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, un accord portant sur la construction d’un câble électrique sous-marin traversant le fond de la mer Caspienne. L’étude de faisabilité est actuellement en cours d’élaboration. Parallèlement, dans le cadre de notre coopération bilatérale avec le Kazakhstan, nous travaillons à la réalisation d’un câble à fibre optique reliant le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan. Ce câble desservira une vaste zone géographique et jouera, à l’avenir, un rôle essentiel dans le développement de la numérisation, de l’intelligence artificielle, des centres de données et de nombreux autres secteurs.
Le pétrole kazakh est désormais acheminé, dans certaines quantités, via le territoire de l’Azerbaïdjan. Ainsi, nos deux pays coopèrent étroitement dans cette région. Nous nous réjouissons également des succès remportés par le Kazakhstan sous la direction de son président et de son développement dynamique.
J’ai récemment eu l’occasion de me rendre dans la ville historique de Turkistan, où j’ai été profondément impressionné par le soin apporté à la préservation du patrimoine historique ainsi que par l’hommage rendu aux grandes figures du passé. Je suis très heureux de voir nos relations se développer avec autant de succès et je souhaite au peuple frère du Kazakhstan de nouveaux accomplissements. Soyez le bienvenu.
La modératrice : Comme je l’ai indiqué, le temps nous est malheureusement compté. Il ne nous reste plus que deux questions. Nous allons d’abord retourner en Afrique, avant de conclure avec une dernière question venue de notre pays.
J’invite donc M. Muhoro Pius W., directeur de K254 Media Africa. Bienvenue.
Muhoro Pius W. : Votre Excellence, Monsieur le Président Ilham Aliyev, permettez-moi tout d’abord d’exprimer ma reconnaissance pour la place accordée à l’Afrique dans les initiatives de l’Azerbaïdjan. Les pays africains ont participé à de nombreux événements organisés par votre pays, notamment à la COP29, aux quatre éditions du Forum mondial des médias de Choucha, ainsi qu’au Forum urbain mondial, qui s’est récemment achevé.
Ma question porte sur les affaires africaines. L’Afrique est un continent qui compte plus de 54 États, et aucun d’entre eux n’est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous ne savons pas véritablement qui parle au nom de l’Afrique dans les questions liées à la sécurité du continent. Par ailleurs, l’Afrique est confrontée à un déficit de paix et de sécurité, comme en témoignent les conflits au Soudan, dans le Sahel, en République démocratique du Congo, notamment dans sa partie orientale, ainsi que dans d’autres régions. Dès lors, que pouvons-nous espérer pour l’avenir en matière de paix, de coopération et de médiation sur le continent africain ? Merci.
Le président Ilham Aliyev : En ce qui concerne la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies, vous savez que cette question est évoquée à intervalles réguliers, mais sans progrès tangible jusqu’à présent. L’Azerbaïdjan a sa propre position sur ce sujet. En tant que président du Mouvement des non-alignés, nous avons d’ailleurs proposé notre propre modèle de réforme, fondé sur un principe d’inclusivité et de représentativité.
Nous avons ainsi suggéré qu’un siège permanent soit attribué, selon un système de rotation, au Mouvement des non-alignés, le pays assurant la présidence du Mouvement devenant membre permanent du Conseil de sécurité avec droit de veto. Nous proposons également qu’un siège revienne à l’Organisation de la coopération islamique, les pays musulmans n’étant eux aussi pas représentés parmi les membres permanents, là encore sur une base tournante. Enfin, un siège devrait être attribué à l’Union africaine, le pays exerçant sa présidence occupant ce siège. Une telle formule permettrait, selon nous, d’assurer un équilibre plus juste au sein du Conseil de sécurité.
Nous savons que certains États souhaitent obtenir un siège permanent. Mais si une réforme devait voir le jour, il faudrait définir des critères permettant d’expliquer pourquoi tel pays serait choisi plutôt qu’un autre. Or, il sera extrêmement difficile d’établir de tels critères. La taille de la population ne peut pas constituer un critère, pas plus que le potentiel économique. C’est pourquoi notre proposition repose avant tout sur le principe de l’inclusivité. Il s’agirait d’un système de rotation, à l’image de celui qui s’applique déjà à la majorité des membres actuels du Conseil de sécurité, mais avec une différence essentielle : ces sièges seraient assortis du droit de veto.
Une telle réforme est nécessaire. À défaut, les Nations unies continueront de perdre de leur influence et seront de plus en plus marginalisées au profit d’autres centres de pouvoir dans le règlement des conflits et la gestion des relations internationales.
S’agissant de votre seconde question, bien entendu, nous aspirons tous à la paix. La paix en Afrique est tout aussi importante que partout ailleurs dans le monde. À mon avis, l’une des principales raisons de la persistance des foyers de tension sur le continent réside dans les ingérences extérieures. Si ces interventions prenaient fin, la paix pourrait être rétablie très rapidement. Naturellement, beaucoup dépendra également du sens des responsabilités des principaux acteurs concernés.
Par ailleurs, nos relations avec les États membres de l’Union africaine continuent de se renforcer. Lorsque nous assurions la présidence du Mouvement des non-alignés, nous avons fourni une aide humanitaire, principalement durant la pandémie de COVID-19. Quatre-vingts pays, dont un grand nombre d’États africains, ont bénéficié de notre soutien.
Je vous remercie de votre présence à ce forum et je vous prie de transmettre nos salutations à vos amis.
La modératrice : Merci. Encore une excellente question. Nous arrivons maintenant à la dernière question de cette matinée et, par la même occasion, à la conclusion de cette session. Pour terminer, nous revenons chez nous, en Azerbaïdjan, avec Mirchahin Aghaïev, de REAL TV.
Mirchahin Aghaïev : Merci. Monsieur le Président, Choucha est, comme nous le savons tous, la capitale culturelle de l’Azerbaïdjan. Depuis quatre ans, elle est également devenue la capitale mondiale des médias et de la pensée intellectuelle. Et cela n’a rien d’un hasard. Permettez-moi de rappeler brièvement quelques faits. L’intégrité territoriale de la République d’Azerbaïdjan a été rétablie. La souveraineté de l’État a été pleinement assurée. Le Groupe de Minsk de l’OSCE a été dissous. Enfin, un événement historique s’est produit lorsque le président de la République d’Azerbaïdjan a signé un document conjointement avec le président des États-Unis et Nikol Pachinian. À cela s’est ajouté l’appel à la paix lancé par le dirigeant azerbaïdjanais devant l’Assemblée générale des Nations unies. Tous ces événements sont d’une portée exceptionnelle. Ils sont susceptibles d’apporter non seulement le bonheur à une personne ou à une nation, mais également de servir l’ensemble de l’humanité.
Il existe une caractéristique qui vous distingue de tous les autres dirigeants du monde. Cette caractéristique est la suivante : vous êtes le seul dirigeant du XXIᵉ siècle à avoir remporté une victoire militaire, et l’Azerbaïdjan est le seul pays à avoir remporté une telle victoire. Cela vous confère, d’une certaine manière, une autorité et une légitimité particulières.
Ma question est donc la suivante : Quel est aujourd’hui, depuis Choucha, à l’occasion de ce Forum, le message que la République d’Azerbaïdjan — le seul pays victorieux — et le président Ilham Aliyev — le seul président victorieux — souhaitent adresser à l’humanité à l’aube d'une nouvelle époque historique ? C’est avec un grand intérêt et un profond sens des responsabilités que j’écouterai ce message et cet appel. J’invite également tous mes confrères journalistes ainsi que les invités présents dans cette salle à contribuer activement à sa diffusion. Merci.
Le président Ilham Aliyev : Pour être honnête, m’adresser à toute l’humanité serait quelque peu présomptueux de ma part. Comme vous le savez, j’ai toujours essayé de rester modeste, même si j’occupe ces fonctions depuis près de 23 ans. Durant toutes ces années, l’Azerbaïdjan a parcouru un long chemin, comme notre peuple le sait bien, et peut-être le savez-vous mieux que quiconque. Car vous êtes l’une des personnes qui connaissent le plus profondément et le plus intimement l’histoire contemporaine de l’Azerbaïdjan.
Depuis le début des années 1990, et peut-être même avant, toutes les périodes douloureuses de notre histoire se sont déroulées sous vos yeux. Vous avez couvert la Première guerre du Garabagh comme la Seconde guerre du Garabagh. C’est pourquoi je le répète : il est difficile de trouver en Azerbaïdjan une autre personne qui connaisse aussi bien cette histoire que vous et qui l’ait transmise avec autant de fidélité au peuple azerbaïdjanais ainsi qu’au reste du monde.
Mes appels ne peuvent s’adresser qu’au peuple azerbaïdjanais. À différentes périodes, je me suis adressé à notre peuple à de nombreuses reprises : durant l’occupation, pendant la guerre et après la guerre. Bien entendu, le contenu de ces appels a varié selon les circonstances, car nous traversions chaque fois une situation différente.
Durant la période d’occupation, lors de mes nombreuses rencontres avec les anciens déplacés internes, je leur lançais toujours le même appel : ne perdez pas espoir. Je les exhortais à rester forts, à croire en moi, en leur assurant que nous reviendrions sur ces terres. Je l’ai dit à plusieurs reprises et, profitant de cette occasion, je peux le répéter aujourd’hui : au fil des années, je voyais leur espoir s’estomper peu à peu. La tristesse et le désespoir devenaient de plus en plus visibles dans leurs regards. Pourtant, je ne pouvais pas leur dire quand ni comment cela se produirait. Je leur demandais simplement de croire, et ils ont cru. Pendant dix-sept ans — ce qui est loin d’être une courte période — ils ont attendu, ils ont eu foi en mes paroles et, d’une manière générale, ils ont toujours soutenu les efforts entrepris.
Mes appels pendant la guerre appartiennent désormais à l’histoire récente et je ne souhaite pas y revenir. La période d’après-guerre a été très difficile. Certes, elle n’a pas été aussi éprouvante que la guerre elle-même, mais elle a néanmoins représenté un défi considérable, car il fallait faire accepter les résultats de la guerre par la communauté internationale. Des États puissants, certains cercles et diverses personnalités refusaient de les reconnaître. Ils ont multiplié les manœuvres visant soit à nous priver de notre victoire, soit à en limiter les effets, soit encore à replacer l’Azerbaïdjan dans une position de dépendance, afin d’empêcher le rétablissement complet de la justice. Nous nous souvenons parfaitement de tout cela.
À cette époque, comme je l’ai déjà indiqué, mes appels consistaient à dire que nous ne devions pas seulement célébrer notre victoire dans cette guerre, mais redoubler d’efforts, car il restait encore énormément à accomplir. Les anciens déplacés internes ont une nouvelle fois cru en ces paroles et ont attendu le jour où, eux aussi, retourneraient sur les terres de leurs ancêtres. Avant-hier encore, j’ai rencontré un groupe d’entre eux dans les villages de Galaderessi, Guneïkhyrman et Gouzeïkhyrman. Je leur ai rappelé qu’au moment où la guerre s’était achevée en 2020 et où nous avions remporté la victoire, ces territoires étaient encore sous occupation. Mais ils avaient cru que viendrait le jour où nous reviendrions également sur ces terres, et ce jour est effectivement arrivé, au moment opportun.
Si le contenu de mes appels a varié selon les circonstances, leur idée fondamentale, elle, est toujours restée la même : nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. J’en ai déjà parlé aujourd’hui. Pendant de nombreuses années, l’Azerbaïdjan a disposé d’immenses ressources naturelles, mais celles-ci n’ont, à proprement parler, joué aucun rôle dans le développement du peuple azerbaïdjanais ni dans celui de la République d’Azerbaïdjan, qui n’était alors pas indépendante. Nous versions davantage au budget de l’Union soviétique que nous ne recevions en retour. Seules deux républiques se trouvaient dans cette situation. Nous donnions tout et ne recevions rien. Notre pétrole nous était confisqué. La ville de Soumgaït était devenue une véritable zone de catastrophe écologique. Ainsi, lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, tout était en ruines et nous avions perdu nos terres.
Nous ne devons compter que sur nous-mêmes et sur notre État. Notre unité ne doit jamais être ébranlée. Pourquoi est-ce que je le dis ? Peut-être qu’aujourd’hui, ces paroles ne paraissent pas entièrement logiques, car il est difficile de trouver un exemple comparable à l’unité qui règne actuellement au sein de la société azerbaïdjanaise. Cette unité vient du cœur et de la conscience de notre peuple. C’est comme si deux fleuves se rejoignaient pour n’en former qu’un seul. Voilà ce qu’est cette unité : une union des cœurs et des esprits.
Cependant, nous devons regarder vers l’avenir. Le monde est en train de changer, et nous en avons parlé. De nouvelles menaces et de nouvelles provocations apparaissent. Si quelqu’un pense que les forces qui nous sont hostiles finiront par nous laisser tranquilles, il se trompe : cela n’arrivera jamais. Cette lutte doit être permanente : une lutte pour défendre nos droits, une lutte pour préserver notre identité nationale et une lutte pour maintenir notre indépendance entre nos propres mains.
Il existe de nombreux exemples de pays et de dirigeants qui se placent sous la protection d’une puissance étrangère, pensant qu’elle les mettra à l’abri. Mais, au bout du compte, ils deviennent les victimes de jeux géopolitiques qui les dépassent. Notre peuple a connu l’occupation, il a connu la destruction, il a connu la Victoire et, aujourd’hui, il est à la fois témoin et acteur de cette période de reconstruction et de renaissance. C’est pourquoi les paroles que je prononce aujourd’hui s’adressent avant tout aux générations futures, à notre jeunesse, afin que le peuple azerbaïdjanais demeure à jamais un peuple fier et victorieux. L’identité nationale doit être au-dessus de tout. La dignité nationale doit être au-dessus de tout. On peut subir une défaite — cela arrive dans l’histoire — mais il ne faut jamais s’incliner, jamais se briser. Il ne faut jamais se résigner face à l’occupant, ni accepter de vivre sous sa dictée. Si cela s’avère nécessaire, même au prix de la vie, il faut vivre dans la dignité et transmettre cet esprit à ses enfants, à ses petits-enfants et à toutes les générations futures. Ainsi, notre développement futur dépendra de la jeune génération d’ici vingt, trente ou cinquante ans. Elle devra être aussi profondément attachée à la patrie, aussi déterminée, aussi résolue et aussi forte que nous le sommes aujourd’hui, afin que l’Azerbaïdjan demeure toujours prospère.
La modératrice : En effet, comme vous l’avez souligné, tout repose sur la jeune génération.
Monsieur le Président, nous ne vous remercierons jamais assez de nous avoir consacré votre temps. Nous avons passé deux heures et demie d’échanges particulièrement riches et denses. Pour ma part, le temps est passé très vite. Merci infiniment pour votre disponibilité. Au fil de cette rencontre, nous avons véritablement fait le tour du monde grâce aux représentants des médias internationaux présents ici aujourd’hui.
Mesdames et Messieurs, merci à toutes et à tous.
Je vous invite à applaudir le Président de la République d’Azerbaïdjan, Son Excellence Ilham Aliyev.
Merci beaucoup.