907 travailleurs humanitaires ont été victimes de violences en 2025, selon l’ONU
Bakou, 20 août, AZERTAC
L’ONU tire la sonnette d’alarme face à une menace mortelle qui évolue rapidement : dans les conflits à travers le monde, les drones armés transforment les champs de bataille et exposent de plus en plus les travailleurs humanitaires à la ligne de tir.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, célébrée mercredi, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a dressé un bilan particulièrement préoccupant : 907 travailleurs humanitaires ont été victimes de violences en 2025, alors qu’ils accomplissaient leur mission dans certaines des zones les plus dangereuses du monde.
Le nombre de morts a certes diminué par rapport à l’année précédente, mais il est resté à un niveau historiquement élevé. Au total, 350 travailleurs humanitaires ont été tués en 2025, soit le deuxième bilan le plus lourd jamais enregistré.
Et la tendance ne s’inverse pas. Depuis le début de 2026, 82 travailleurs humanitaires ont déjà été tués, 322 blessés et 235 enlevés, selon les données disponibles dans la base de données sur la sécurité des travailleurs humanitaires de Humanitarian Outcomes, financée par les gouvernements australien et canadien.
Dans son message pour cette journée, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a rendu hommage aux travailleurs humanitaires confrontés chaque jour aux menaces, aux arrestations et aux détentions.
« La désinformation sape la confiance. Les financements humanitaires sont réduits. Et l’accès humanitaire est restreint », a-t-il déclaré, appelant les États membres à défendre les travailleurs humanitaires, comme ceux-ci défendent les millions de personnes qui dépendent de leur aide à travers le monde.
Gaza, zone meurtrière
Malgré la proclamation d’un cessez-le-feu en octobre dernier, Gaza est restée en 2025, pour la troisième année consécutive, le territoire le plus meurtrier au monde pour les travailleurs humanitaires. Quelque 186 d’entre eux y ont été tués, dont 68 % dans des bombardements aériens.
Au Soudan, où la guerre se poursuit avec une intensité soutenue, le nombre de victimes a augmenté pour la cinquième année consécutive. Un record de 71 travailleurs humanitaires y ont été tués, principalement par des tirs d’armes légères.
Parmi les autres zones les plus dangereuses figuraient l’Ukraine, l’Éthiopie, la Syrie, Haïti, le Tchad et le Cameroun, où les enlèvements et les bombardements aériens comptaient parmi les principales formes de violence.
« Plus de 1.000 travailleurs humanitaires ont été tués en seulement trois ans, ce qui est tout à fait inacceptable », a affirmé Tom Fletcher, Coordinateur des affaires humanitaires et des secours d’urgence des Nations Unies.
« Mais le simple fait de dénoncer cette situation ne suffira pas à protéger le prochain travailleur humanitaire. Les États doivent faire respecter le droit international humanitaire et utiliser tous les moyens à leur disposition pour protéger les civils et nos collègues. Et pour ceux qui enfreignent les règles, il doit y avoir de réelles conséquences », a-t-il ajouté.
Intervenant en visioconférence depuis Kiev, en Ukraine, devant des journalistes à New York, Tom Fletcher a dénoncé « une banalisation de la violence à l'encontre de notre communauté ».
Évoquant la situation en Ukraine, il a souligné le recours fréquent aux drones contre des zones civiles, une pratique qui « étend la portée de la guerre » et tue ou mutile des personnes à vie.
Dénonçant « une alliance effrayante entre ingéniosité technologique et guerre moderne », il a dit craindre que « le bilan humain de ces armes ne continue de s'alourdir ».
La mort venue du ciel
Pour les organisations humanitaires, le danger ne se résume en effet plus aux armes traditionnelles. Les drones armés, relativement peu coûteux, faciles à adapter et de plus en plus accessibles, bouleversent les méthodes de combat et permettent à des attaques explosives de frapper plus loin et plus profondément, notamment dans les zones urbaines.
Au Soudan, les drones armés ont été responsables de 80 % des décès de civils au cours des quatre premiers mois de 2026, frappant notamment des marchés et des établissements de santé, selon l’OCHA.
En Ukraine, les drones ont tué 80 civils au seul mois d’avril. En Russie, des attaques de drones ont également fait des victimes civiles et endommagé des infrastructures civiles.
En Colombie, les attaques impliquant des drones armés ont, quant à elles, quadruplé entre 2024 et 2025.
Les travailleurs humanitaires se retrouvent de plus en plus directement exposés à cette nouvelle menace. Le personnel de santé et les équipes humanitaires sont régulièrement pris pour cible, alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déjà recensé 639 attaques contre des structures de santé cette année.
En mars, un travailleur humanitaire a été tué lorsqu’un drone a frappé un immeuble résidentiel en République démocratique du Congo (RDC). En Ukraine, quatre convois humanitaires ont été pris pour cible en l’espace d’une seule semaine en mai.
« Les drones armés sont devenus le nouveau visage d’un vieux danger : la destruction délibérée ou imprudente de vies civiles », a déclaré M. Fletcher. « La technologie peut évoluer, mais les lois de la guerre, elles, ne changent pas. »
Derrière les chiffres, des vies
La campagne de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, placée cette année sous le thème « Agir pour l’Humanité », entend mettre un visage sur ces statistiques.
À travers les témoignages de leurs proches, elle raconte l’histoire de travailleurs humanitaires tués alors qu’ils venaient en aide aux autres, mais aussi celle des familles qu’ils ont laissées derrière eux.
Après avoir survécu à une attaque menée par un groupe armé en juin 2024 dans l’est de la RDC, Emmanuel Madragule a choisi de retourner sur le terrain.
« Je ne peux pas abandonner mes collègues comme ça. Je dois rester avec eux », a-t-il confié à l’ONU, évoquant également le souvenir de l’aide qui avait permis de sauver son oncle, blessé par balle en 2008.
Lire son témoignage ici
Son histoire illustre les risques croissants pris par les travailleurs humanitaires en RDC et ailleurs, alors même que les besoins explosent.
Le droit international humanitaire impose aux parties à un conflit armé de protéger les civils et de respecter le personnel humanitaire qui œuvre pour leur venir en aide.
Cette année, les organisations humanitaires s’efforcent de porter assistance à 87 millions de personnes confrontées aux besoins les plus urgents à travers le monde.
En mémoire de l’hôtel Canal
La Journée mondiale de l’aide humanitaire est célébrée chaque année le 19 août, en mémoire de l’attentat à la bombe perpétré en 2003 contre l’hôtel Canal à Bagdad, en Irak.
Vingt-deux membres du personnel des Nations Unies avaient alors été tués, dont le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Irak, Sergio Vieira de Mello.
Cinq ans plus tard, l’Assemblée générale des Nations Unies a officiellement désigné le 19 août comme Journée mondiale de l’aide humanitaire.
Cette année, l’ONU appelle les dirigeants et les décideurs à #AgirPourLHumanité, alors que ceux qui consacrent leur vie à aider les autres sont eux-mêmes de plus en plus souvent pris pour cible.
Lors d’une cérémonie de commémoration au siège des Nations Unies à New York mercredi, le Secrétaire général António Guterres a rendu hommage aux employés tués à Bagdad et a salué la mémoire des blessés, des survivants et des familles « dont le deuil n’a jamais pris fin ».
« À tous ceux qui sont là pour les autres, soyons là pour eux », a-t-il lancé, appelant à garantir que les humanitaires soient « protégés, soutenus et jamais oubliés ». (ONU)