En RDC, Ebola s’invite dans les camps de déplacés
Bakou, 6 août, AZERTAC
L’épidémie d’Ebola franchit un nouveau cap en République démocratique du Congo (RDC). Le virus Bundibugyo s’est désormais propagé aux camps de déplacés. Dix-neuf déplacés internes ont déjà été contaminés, dont cinq sont décédés, faisant redouter aux agences des Nations Unies une accélération de l’épidémie parmi des millions de personnes déracinées, particulièrement exposées de par leurs conditions de vie. L’inquiétude se concentre désormais sur les camps et sites d’accueil où vivent des familles ayant fui les violences. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), au moins cinq des 69 sites de déplacés recensés dans la province de l’Ituri ont enregistré des cas confirmés d’Ebola, dont plusieurs décès, selon l’ONU info.
Pour le HCR, la surpopulation, le manque d’eau et d’infrastructures sanitaires, ainsi que la défiance envers les services de santé, créent un terrain propice à une propagation rapide du virus. La désinformation freine en outre le dépistage précoce et complique la mise en œuvre des mesures de riposte, notamment les enterrements sécurisés.
Au total, les provinces affectées accueillent près de 4,4 millions de personnes déplacées de force, dont 3,8 millions de déplacés internes, plus de 274.000 réfugiés et demandeurs d’asile, ainsi que 290.000 rapatriés. Dans la seule province de l’Ituri, près de plus de 46.000 réfugiés sud-soudanais vivent eux aussi à proximité de l’épicentre de l’épidémie.
L’irruption de la maladie dans les camps de déplacés intervient dans un contexte d’insécurité persistante dans les zones les plus touchées par l’épidémie. Dans la province de l’Ituri, des sources locales font état de dizaines de civils tués et d’autres enlevés au cours des deux dernières semaines du mois de juillet.
Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, plusieurs milliers de personnes auraient également été déplacées. « Les données intersectorielles publiées par l’OCHA soulignent le chevauchement croissant entre les déplacements de population et la transmission du virus Ebola en Ituri », souligne le HCR dans son dernier rapport, relevant que l’épidémie se déroule dans un contexte de conflit armé, d’attaques contre le personnel de santé et de mouvements fréquents de population, compliquant davantage la prévention et la riposte.
Dans la province voisine du Nord-Kivu, les autorités locales signalent qu’au moins trois civils ont été tués lors d’une attaque armée survenue le 2 août dans le territoire de Beni.
Dans un contexte marqué par les violences et les déplacements forcés, l’épidémie continue de gagner du terrain plus vite que les moyens déployés pour l’endiguer. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre de nouveaux cas a doublé en une semaine dans certains foyers de transmission.
Au 5 août, 3.973 cas confirmés, dont plus de 1.801 décès, avaient été recensés dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, du Haut-Uele et du Tshopo. L’Ituri concentre à elle seule près de 87 % des infections.
Face à cette accélération, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, appelle à intensifier « de manière urgente et massive » la riposte, en renforçant l’accès aux soins, la surveillance épidémiologique et les inhumations sécurisées, tout en plaçant les communautés au cœur de la réponse malgré l’insécurité persistante.
Si l’insécurité continue de compliquer les opérations sanitaires, les autorités et les agences humanitaires tentent, dans le même temps, de maintenir les mouvements de population essentiels tout en renforçant les dispositifs de prévention contre Ebola.
Malgré l’épidémie, le HCR poursuit ses efforts pour concilier protection des réfugiés et impératifs sanitaires. Après plusieurs semaines de négociations avec les autorités de la RDC et du Rwanda sur les restrictions frontalières liées à Ebola, 529 réfugiés rwandais ont finalement pu regagner volontairement leur pays, mettant fin à plus de deux mois d’attente dans des centres de transit.
Dans le Sud-Kivu, où aucun nouveau cas n’a été enregistré depuis les trois infections détectées fin mai, les retours volontaires de réfugiés congolais depuis le Rwanda se poursuivent : près de 62.000 personnes étaient rentrées au 21 juillet.
Si les frontières avec le Rwanda et l’Ouganda demeurent fermées, celle avec le Soudan du Sud reste ouverte pour les demandeurs d’asile.
En parallèle, l’agence onusienne maintient les soins de santé dans les camps et renforce les capacités de diagnostic grâce à un deuxième laboratoire mobile désormais opérationnel à Kasenyi.
Alors que 743 cas ont été confirmés chez les enfants (âgés de 0 à 17 ans) dont 330 décès d’enfants, l’UNICEF met en garde contre le fait que l’épidémie menace également les services de santé essentiels.
Entre avril et juin 2026, le recours aux services de santé essentiels a chuté de 42 % dans les principaux foyers de l’épidémie que sont Bunia, Mongbwalu, Nizi et Rwampara. La couverture vaccinale systématique des enfants a chuté de plus de moitié dans les zones les plus touchées, avec notamment une baisse de 69 % de la première dose de vaccin contre la rougeole à Mongbwalu, l’épicentre de l’épidémie.
À l’échelle de la province, les vaccinations de rappel ont également diminué : la troisième dose du vaccin pentavalent a baissé de 22 % et la deuxième dose du vaccin contre la rougeole de 18 %. Les établissements de santé ont administré plus de 23.000 doses de vaccins infantiles de routine en moins en mai et juin par rapport au mois d’avril.
Les établissements de santé maternelle ont également été touchés, le nombre d’accouchements assistés en établissement ayant baissé de 13 % dans toute la province, et de 38 %, 30 % et 70 % respectivement à Bunia, Rwampara et Nizi.
Aucune baisse saisonnière comparable n’avait été observée au cours de la même période en 2025. « Un médecin a confié à notre équipe qu’avant l’épidémie actuelle, son établissement accueillait en moyenne 500 patients par mois, mais que ce chiffre était tombé à presque zéro », a affirmé John Agbor, représentant de l’UNICEF en RDC.