POLITIQUE


Karim İfrak: La mission de l'UNESCO sera le seul moyen de rendre compte d’une réalité cachée depuis au moins 30 ans

Paris, 11 février, AZERTAC

Voici ce que M. Karim Ifrak, Docteur de l’École Pratique des Hautes Études, islamologue, chercheur au CNRS, spécialiste de l’histoire des Textes, nous a déclaré au sujet de la mission que devrait mettre en place l’UNESCO pour se rendre au Karabakh et prendre connaissance de la situation.

« Cette question est très importante parce qu’elle a été déposée et demandée il y a déjà plusieurs années, et à plusieurs reprises de façon officielle par l’Azerbaïdjan. Et bien évidemment, lors de la dernière rencontre entre les Présidents français, azerbaïdjanais et le Premier ministre arménien, il a été question, encore une fois et de façon très officielle et même solennelle, de cette mission. À mon avis, cette mission est très importante, capitale même, car elle est le seul moyen de se rendre compte sur place de ce qu’il s’est passé et de rendre compte d’une réalité cachée depuis au moins 30 ans.

Vous n’êtes pas sans savoir que la région azerbaïdjanaise du Karabagh est une région située dans le Caucase, portée par une mémoire plurimillénaire et traversée par plusieurs cultures et par plusieurs civilisations, et notamment plusieurs religions. Dans cet espace-là, ont cohabité plusieurs religions, à savoir le zoroastrisme, le christianisme, le judaïsme et l’islam qui est tardif bien qu’il y soit présent depuis le VIIe siècle.

Au niveau du patrimoine culturel, architectural, historique et religieux de la chrétienté, cette région, elle en est particulièrement. Il faut savoir que depuis le tout Ier siècle du christianisme, l’église albanienne caucasienne, à ne pas confondre avec l’église albanaise balkanique, y était bien implantée. Cette religion a beaucoup prospéré, même après l’arrivé de l’islam au VIIe siècle. Je veux pour preuve, le fait que jusqu’à aujourd’hui, il existe encore des églises albaniennes. Cette question est bien connue des spécialistes, or ce qui demeure surprenant, est que cette religion chrétienne albanienne, cette Église albanienne, a développé une production intellectuelle très importante de nos jours complètement effacée de l’Histoire du fait de l’agressivité et de la persécution de l’Église arménienne. Une persécution qui date d’avant l’arrivée de l’islam dans la région et qui continua à en faire l’objet bien plus tard, à telle enseigne que tout l’alphabet, et même toute la production intellectuelle, toute la littérature de l’Église albanienne a disparu. Aujourd’hui, et je ne sais par quel miracle, certains manuscrits qui datent des premiers siècles du christianisme, des manuscrits albaniens, ont été retrouvés. C’est le cas notamment de ceux de la bibliothèque du Mont Sinaï ce qui prouve que l’Église albanienne caucasienne tire ses origines des Chrétiens d’Orient, et plus particulièrement de l’Église copte égyptienne.

C’est pourquoi, je pense qu’il est important que l’UNESCO s’engage dans cette mission, parce qu’elle va permettre de révéler toute l’Histoire, qu’elle soit culturelle, scientifique, religieuse, sociétale de cette région et qui demeure grandement méconnue. Elle sera également l’occasion de sauvegarder un patrimoine plurimillénaire, chrétien, juif, musulman, zoroastrien ou autre. Cette région a été un carrefour très important qui a brassé plusieurs civilisations, plusieurs cultures. Donc, la mission de l’UNESCO est vitale, très importante, et l’UNESCO doit avoir conscience qu’elle doit organiser cette mission pour se rendre sur place et constater, à un niveau international, l’importance de cette région et de ses patrimoines culturels, historiques et religieux ».

 

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