l’Agence de Presse Nationale d’Azerbaïdjan

L'architecture chrétienne du Karabakh et la vraie menace pour ses monuments

Paris, 20 février, AZERTAC

Le Journal des musulmanes et musulmans en France a publié sur son site un article intitulé « L'architecture chrétienne du Karabakh et la vraie menace pour ses monuments », écrit par Khadjar Verdiyeva, docteur en histoire, Institut des droits de l'Homme de l'Académie de sciences de l'Azerbaïdjan.

L'AZERTAC présente le texte intégral de cet article :

La première église chrétienne a été construite en Azerbaïdjan ancien

L'architecture cultuelle chrétienne de l'Albanie du Caucase (IVe siècle avant J.-C. - VIIIe siècle après J.-C.) et des principautés albaniennes (IXe-XIVe siècles), États ayant existé sur le territoire de l'Azerbaïdjan ancien, forme l'une des sources majeures de l'architecture religieuse azerbaïdjanaise.

La première étape de son développement est la période apostolique du christianisme en Albanie du Caucase. L'historien albanien du VIIe siècle, Moïse de Kalankatuk, notait, à propos de cette période : « Â Jérusalem, Élisée fut ordonné par Saint Jacques, frère de Jésus, qui fut le premier patriarche de Jérusalem. Élisée reçut l'Orient en apanage… Il arriva à Guis (actuellement le village de Kish au nord de l'Azerbaïdjan - ndt), fonda une église et offrit un sacrifice non sanglant. Ce lieu est la source primaire de nos églises, la source des anciennes capitales et le début d'un lieu de rayonnement ». Ainsi, la première église chrétienne a été construite en Azerbaïdjan ancien - en Albanie du Caucase, au Ière siècle de notre ère.

Après l'adoption du christianisme en tant que religion officielle de l'Albanie du Caucase en 313, la construction d'édifices religieux va prendre de l'ampleur. C'est le début de la deuxième étape du développement de l'architecture chrétienne qui s'étendra du IVe auVIIe siècle.

Le christianisme est ainsi devenu un facteur important dans l'unification de l'État albanien multi-tribal. Les sites des anciens cultes servent de fondations à la construction de basiliques et d'églises. Les temples à dôme sont caractéristiques de l'architecture religieuse propre à l'Albanie du Caucase. Ils sont les marqueurs de l'évolution de l'architecture, depuis l'ancien temple païen jusqu'à l'église chrétienne, depuis la voûte circulaire à huit colonnes au tétraconque. La simplicité et la primitivité des formes des édifices religieux sont les maîtres mots de cette période.

Cependant, bien que le christianisme ait été adopté en Albanie du Caucase comme religion d'État, il était en interaction avec d'autres systèmes religieux et de cultes. Le scientifique soviétique, spécialiste de l'histoire de cette région, K. Trever notait à cet égard: « Le christianisme, implanté depuis le IVe siècle et adopté avant tout par la cour et la noblesse, le zoroastrisme, introduit par les Sassanides, diverses sectes d'obédience chrétienne et zoroastrienne, et à partir du VIIe siècle l'islam conquérant - toutes ces religions et cultes ont pris racine dans le sol de l'Albanie du Caucase. » (K. Trever, Essais sur l'histoire et la culture de l'Albanie du Caucase. IVe siècle avant J.-C.- VIIe siècle après J.-C., 1959).

Cette diversité religieuse a influencé la formation du style architectural unique des temples d'Albanie du Caucase. Par exemple, des architectes albaniens, créant des temples chrétiens, ont emprunté les plans de construction du temple zoroastrien du feu, inspiré de l'habitation populaire avec les quatre piliers et un plafond de bois en forme de dôme posé sur le carré central.

Mais ce n'était pas seulement une période d'interaction. Le clergé albanien a dû mener une lutte sans relâche avec les sectes païennes locales, le zoroastrisme de l'empire sassanide, ainsi que la politique d'assimilation de l'Église arménienne, qui cherchait à soumettre l'Église albanienne. Cette lutte idéologique ne pouvait rester sans répercussions sur l'apparence des édifices religieux. L'ascétisme et la simplicité de la décoration (aménagement intérieur), qui étaient propres à l'architecture religieuse d'autres pays de la région au début de la période chrétienne primitive, ont été préservés en Albanie du Caucase pendant toute la période des IVe-VIIIe siècles.

Au milieu du VIIe siècle, l'Albanie du Caucase a été conquise par le califat arabe. Pendant cette période de domination arabe, qui a duré jusqu'à la fin du IXe siècle, la construction d'églises chrétiennes a fortement diminué. Après la conquête arabe, l'apparence sobre et concise des églises albaniennes a été préservée.

La renaissance de l'architecture chrétienne en Azerbaïdjan

Ce n'est qu'à partir du XIIe siècle que commence la renaissance de l'architecture chrétienne en Azerbaïdjan. C'est au cours de cette période que la principauté de Khatchen de l'Albanie caucasienne monte en puissance, dont le dirigeant Khasan Jalal (1215-1261) a étendu son influence sur la plupart des terres chrétiennes de l'ancienne Albanie du Caucase, y compris les provinces de l'Artsakh (l'actuel Karabagh) et Syunik (l'actuel Zanguezour). C'est une période de renouveau économique, politique et culturel du Karabagh ancien.

On doit à la période comprise entre XIIe-XIVe siècles le plus grand nombre d'édifices religieux - monastères, églises, basiliques, temples - qui témoignent du haut niveau de l'architecture chrétienne dans cette région. De nouvelles églises sont construites, les anciennes sont rebâties, de nouveaux modèles architecturaux apparaissent, la composition des édifices devient plus complexe, de nouvelles versions du système des dômes se développent, un riche décor de pierre voit le jour. Les complexes monastiques de Khudavang (1214, situé dans l'actuel district de Kelbadjar en Azerbaïdjan), Gandjasar (1216-1238, district de Terter en Azerbaïdjan), Khatiravang (1204, district de Kelbadjar) et d'autres, deviennent des centres de construction religieuse. C'est ici que se concentrent les archives religieuses et les bibliothèques de la littérature albanienne, que s'expriment de nouvelles directions de la pensée architecturale, que s'appliquent les techniques de construction qu'elle élabore. C'est la période de la renaissance de l'architecture et de la littérature religieuses albaniennes, qui a duré jusqu'au XVIIe siècle.

Le symbole de cette renaissance est le monastère de Gandjasar avec l'église de Saint Jean-Baptiste, construit en 1216-1238. Pendant six siècles, jusqu'en 1836, il fut le centre spirituel de la principauté albanienne indépendante, la résidence des derniers catholicos albaniens. Il se distingue parmi les autres temples albaniens par la pureté des formes, la richesse des éléments décoratifs, l'architecture à pans multiples, la sculpture sur pierre ingénieuse, la haute qualité des travaux de construction. Sur le plan architectural et de construction, il reprend les formes de l'église du monastère de Khudavang.

Toutefois, malgré l'intérêt accru pour le décor, l'apparence de l'architecture religieuse albanienne reste, pendant cette période, sobre et concise, contrairement au grand et riche décor des églises grégoriennes arméniennes et géorgiennes. A l'exception des grands temples monastiques - Gandjasar, Khudavang - les autres églises et monuments religieux de l'Azerbaïdjan ancien sont de petite taille, peu décorés et ne font pas preuve de recherche dans l'ornementation. Dans l'architecture albanienne, l'expressivité artistique est obtenue par des formes plus élancées et légères contrairement aux constructions arméniennes, caractérisées par des corps en blocs massifs.

Cette retenue est compensée, dans l'architecture albanienne, par la grande variété des formes des dômes et celle des matériaux de construction utilisés (calcaire, grès, pavés, pierres brutes, galets, briques cuites), ce qui distingue l'architecture albanienne de l'architecture arménienne pour laquelle la pierre de tuf était le seul matériau de construction utilisé), et géorgienne qui n'a commencé à utiliser la brique qu'à partir du XVIe siècle.

Aux XII-XIV siècles, se poursuit l'interaction entre les styles architecturaux chrétien et musulman en Azerbaïdjan. Les motifs de l'ornement décoratif des portails des temples albaniens présentent des analogies avec l'architecture musulmane de l'Azerbaïdjan. Dans certaines églises on trouve des signes manifestes d'emprunts à l'architecture religieuse des régions musulmanes des pays voisins : celles-ci comportent des portails d'entrée richement ornés, un travail des pourtours des bases de coupoles avec des niches rectangulaires élevées aux sommets en ogive et une maçonnerie polychrome. La couleur claire et chaude de la majorité des temples albaniens se rapproche également de l'architecture géorgienne et se diffère des édifices religieux arméniens, caractérisés par des corps aux couleurs sombres, lourds et stables.

Ce lien étroit et cette interaction entre les architectures préchrétienne, chrétienne et islamique constituent une caractéristique distinctive de l'architecture religieuse de l'Azerbaïdjan. L'architecture chrétienne de l'Albanie du Caucase est née sur la base de techniques de construction anciennes et antiques, et de formes architecturales du zoroastrisme et des cultes païens. Au moment de l'émergence de l'architecture religieuse musulmane en Azerbaïdjan, elle est devenue la base de la formation de l'architecture des premières mosquées. Et déjà aux XIIe-XVIIe siècles, l'architecture des régions musulmanes de l'Azerbaïdjan a influencé les styles de composition et de décoration des monuments de l'architecture cultuelle albanienne.

Arméniens au Karabakh : le grand remplacement

Au début du XIXe siècle, à la suite des guerres russo-persanes et russo-turques, remportées par l'Empire russe, le processus d'installation des Arméniens en provenance des Empires Ottomane et Perse commence sur le territoire des khanats du Karabakh, d'Erivan et du Nakhitchevan de l'Empire russe. Les Arméniens transférés sur ces territoires commencent à s'approprier les territoires musulmans, à se familiariser avec le patrimoine culturel de l'Albanie du Caucase, à restaurer et à rénover les monuments albaniens, en y introduisant des éléments de l'architecture arménienne qui ne sont pas caractéristiques de l'architecture albanienne. L'épigraphie en langue arménienne est montée sur des monuments médiévaux albaniens, et le processus d'arménisation du patrimoine culturel de l'Albanie du Caucase est lancé.

Ce processus a été fortement accéléré après qu'en avril 1836 le gouvernement tsariste, afin de renforcer les positions de la population arménienne et du clergé arménien dans les territoires musulmans de Transcaucasie, a décidé d'abolir l'Église autocéphale d'Albanie et de la subordonner à l'Église grégorienne arménienne. Au début du XXe siècle, l'Église grégorienne arménienne, avec l'autorisation du Saint-Synode russe, détruit les traces des archives de l'Église albanienne ainsi que la bibliothèque des patriarches d'Albanie à Gandjasar, qui contenaient les documents historiques les plus précieux, ainsi que les originaux de la littérature albanienne.

La destruction (ou la dissimulation) d'archives a permis aux historiens et archéologues arméniens de nier la nature autocéphale de l'Église albanienne, l'appartenance albanienne des temples, monastères et églises chrétiens situés sur le territoire de l'actuelle région du Karabagh, et de prétendre qu'ils sont le patrimoine culturel du peuple arménien et la propriété de l'Église arménienne. Â cet égard, les scientifiques arméniens accordent une attention particulière au principal site cultuel de la région du Karabagh - le monastère de Gandjasar, en le présentant à tort comme arménien. Malheureusement, la presse française se fait l'écho aujourd'hui de ces conclusions erronées des scientifiques et des politiciens arméniens.

Un archéologue arménien rétablit l'Histoire

Toutefois, la vérité historique ne peut pas être complètement dissimulée. Au cours d'une expédition archéologique au Karabagh entamée en 1918-1919, le scientifique-orientaliste arménien et archéologue Joseph Orbeli a étudié et décrit plus de 1000 inscriptions sur les églises et monastères du Karabagh, en particulier sur le monastère de Gandjasar. Sur la base des résultats de ses recherches, il a publié en 1919 à Petrograd (actuellement Saint-Pétersbourg) le livre intitulé « Inscriptions de Gandjasar et Havotsptuk », dans lequel il décrivait l'épigraphie des dalles murales du monastère de Gandjasar. Quelle conclusion en tire le scientifique arménien?

Premièrement, il est devenu évident pour lui que la plupart des descriptions murales précédentes des monastères et des églises du Karabagh, effectuées par des scientifiques arméniens au XIXe siècle, sont des falsifications. « Je ne suis pas d'accord avec eux quant à la lecture et je suis délibérément en désaccord », « J'ai essayé de corriger les erreurs de recherches anciennes », a ouvertement noté Orbeli dans son livre.

Deuxièmement, grâce à la description correcte de l'inscription principale du monastère de Gandjasar, le scientifique a confirmé la thèse qu'au début du XIIIe siècle, l'Église apostolique albanienne était indépendante de celle arménienne, c'est-à-dire elle était autocéphale. L'inscription principale présente dans le temple traduit clairement le titre du chef spirituel albanien - « sous le patriarcat de Nersès, Catholicos d'Albanie ». Comme on le sait, selon la tradition de l'Église chrétienne, le patriarche est la plus haute personnalité spirituelle, le chef de l'Église indépendante (autocéphale) du pays. Conscients de cela, les universitaires arméniens ont délibérément omis le mot « patriarcat » lors de la traduction de cette phrase au cours des 160 dernières années. En d'autres termes, ce monastère n'a rien à voir avec l'Église arménienne.

Troisièmement, Orbeli a révélé que les inscriptions sur les dalles de pierre des murs extérieurs du monastère de Gandjasar contenaient un grand nombre de mots turcs, des noms turcs des dirigeants de la région, de leurs épouses, du clergé, ce qui, à son avis, indiquaient le rôle important de la culture turque dans l'héritage médiéval albanien, sur le rôle de l'élément turc dans l'histoire du Karabagh ancien et du monastère lui-même.

Enfin, le plus important, en décrivant l'épigraphie desdalles murales du monastère, Joseph Orbeli n'a trouvé nulle part le mot «Arménie» ou «arménien». Les inscriptions traduites par ses soins confirment que le terrain sur lequel se trouvait le monastère de Gandjasar et le monastère lui-même appartenaient à la principauté albanienne indépendante. En particulier, la phrase qu'il a trouvée et traduite « sur le trône sacré de Gandjasar du pays Albanien » (p. 18, paragraphe 37) confirme le fait historique que ce monastère était le centre spirituel du « pays albanien », de l'Azerbaïdjan ancien, et non pas de l'Arménie. Les expressions « c'est la tombe de Sarkis, le Catholicos du peuple albanien » (p. 29, paragraphe 65) et « Catholicos Sarkis, qui est d'Albanie pour le peuple de Hasan Jalal » (p. 33, paragraphe 81) nous rapportent que ce territoire était habité par le peuple albanien, dirigé par des princes albaniens et leurs chefs spirituels.

Quoi de plus convaincant que ces conclusions en faveur de l'origine non-arménienne de Gandjasar, qui ont été tirées par un scientifique arménien faisant autorité, et qui fut le premier président (1943-1947) de l'Académie des sciences de l'Arménie soviétique?

Il importe de noter que la comparaison de l'épigraphie murale, découverte et traduite par Orbeli en 1918-1919, avec des photographies modernes des murs du monastère de Gandjasar postées sur Internet par des touristes, montre qu'au cours du siècle dernier, et en particulier pendant l'occupation du Karabagh en 1993-2020, jusqu'à 50% de la pierre extérieure et les dalles internes de ce temple avec ses inscriptions originales ont été remplacées par de nouvelles dalles portant de nouvelles inscriptions. Bien entendu, ces changements ont été faits dans le sens de « l'arménisation » de l'histoire de ce temple, la destruction des inscriptions témoignant de son origine non-arménienne, de l'indépendance de l'Église et de l'État albaniens.

Cela soulève une question importante. Et si le remplacement similaire des dalles et inscriptions d'origine était effectué par des ecclésiastiques et des pseudo-scientifiques arméniens non seulement pendant des XIXe-XXe siècles, mais durant toute la période des XIIIe-XIXe siècles? L'historiographie mondiale a déjà irrémédiablement perdu les archives et la littérature religieuses précieuses de l'Albanie du Caucase, détruites par l'Église arménienne au milieu du XIXe siècle. Et combien de preuves murales inestimables de l'histoire de l'Azerbaïdjan ancien ont été perdues?

Sauver les monuments du Karabakh

C'est pour cette raison que je voudrais m'adresser aux partisans français de la version pseudoscientifique arménienne de l'histoire du Karabagh et de la protection des soi-disant « monuments chrétiens arméniens » dans la région. Cette protection est certes importante, mais contre une menace réelle, celle de l'arménisation de l'architecture chrétienne de l'Azerbaïdjan ancien, c'est-à-dire celle de l'Albanie caucasienne, qui constitue une partie intégrale importante du patrimoine chrétien mondial.

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