800 millions de jeune pourraient se retrouver sans emploi d’ici quinze ans
Bakou, 14 octobre, AZERTAC
Une génération se prépare à travailler, mais les emplois risquent de manquer. Dans les quinze prochaines années, 1,2 milliard de jeunes devraient entrer sur le marché du travail, pour seulement 400 millions d'emplois créés selon de nouvelles projections du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui mise sur les investissements et le soutien aux secteurs porteurs d’emplois pour réduire cet écart.
Derrière ces chiffres, se cache une promesse non tenue. « Ce sont des jeunes à qui nous avons dit : "Si vous étudiez sérieusement et allez à l’école, vous aurez un emploi" », a déclaré lundi le chef du PNUD, Alexander De Croo, lors d’un point de presse organisé au siège de l'ONU, à New York.
Dans de nombreux pays en développement, l’âge médian se situe entre 18 et 25 ans, a-t-il souligné par visioconférence depuis Bangkok, où avait lieu un cycle de rencontres annuelles entre la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). La moitié de la population est encore au stade de l'enfance ou de l'adolescence et arrivera en âge de travailler d’ici une quinzaine d'année. Or, selon les projections actuelles, les futurs emplois créés ne suffiraient pas à répondre aux besoins.
Ce défi de l’emploi se pose alors que les pays en développement sont soumis à des pressions croissantes. Si l’économie mondiale résiste mieux que prévu, « cette résilience n’est pas partagée équitablement », a souligné M. De Croo.
Reprenant une formule de la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, empruntée à Game of Thrones, il a prévenu : « L’hiver arrive ». Mais tous les pays ne sont pas aussi bien préparés à l’affronter.
« Pour certains pays, l’hiver arrive, mais la maison est bien isolée et il y a suffisamment d’argent en banque. Pour d’autres, l’hiver arrive, il n’y a pas de toit sur la maison et le compte en banque est complètement vide », a-t-il expliqué.
Les pays en développement affrontent un triple choc : une énergie chère, un épisode El Niño susceptible de provoquer d’importantes sécheresses et des coûts d’emprunt élevés. Les conflits aggravent ces pressions en perturbant notamment l’approvisionnement en engrais et en céréales et en contribuant à la hausse des prix de l’énergie.
Pour protéger leurs populations, les gouvernements ont amorti les hausses des prix de l’énergie et de l’alimentation. Selon les chiffres cités par M. De Croo, ces mesures ont évité à 112 millions de personnes de retomber dans la pauvreté.
Cette protection pèse toutefois lourd sur les finances publiques. Son coût devient insoutenable, a-t-il averti, et de plus en plus de pays sont contraints de laisser les prix augmenter.
Selon le chef du PNUD, le déficit potentiel de 800 millions d’emplois n'est pas gravé dans le marbre. Il s'agit d'une projection.
« Ce n’est pas une fatalité », a insisté M. De Croo.
Des politiques adaptées, la croissance économique et des institutions efficaces peuvent accélérer les créations d’emplois.
Par ailleurs, les projections de création d’emplois reposent sur l’état actuel de la technologie, a précisé M. De Croo, et l’économie n’est pas figée. Selon la Banque mondiale, les soins, la santé, l’agriculture et le tourisme continueront de créer de nombreux emplois, même si l’intelligence artificielle se diffuse plus vite.
Encore faut-il créer des emplois permettant de vivre dignement. Des millions de personnes travaillent aujourd’hui tout en restant pauvres, a rappelé le chef du PNUD. Pour augmenter leurs revenus, il faut gagner en productivité, et M. De Croo voit dans l’IA « un formidable accélérateur du développement » qui pourrait soutenir la création d’emplois.
Mais pour l’instant, ce sont surtout les pays développés qui profitent des investissements dans l’IA et des gains de productivité qu’elle apporte. Un groupe plus large de pays en développement en voit beaucoup moins les bénéfices.
Pour agir, le PNUD lance deux initiatives mondiales. La première, un accélérateur d’investissement, aidera les gouvernements à renforcer leurs cadres juridiques et leurs infrastructures financières, à constituer des portefeuilles de projets capables d’attirer des investisseurs, puis à les structurer et à les mener à bien.
La seconde, le dispositif Jobs for Prosperity, identifiera les secteurs les plus porteurs d’emplois, aidera à mobiliser des financements, notamment nationaux, et accompagnera les réformes nécessaires à un marché du travail dynamique.
« Le PNUD ne peut pas y arriver seul », a souligné M. De Croo, signalant l’accord-cadre signé avec la Banque mondiale, qui doit permettre à chacun de mettre à profit ses atouts. La Banque mondiale apporte sa capacité de prêt et son analyse macroéconomique. Le PNUD apporte son savoir-faire en matière de réformes et son réseau dans 170 pays pour les faire aboutir, car c’est souvent ce qui bloque le décaissement des fonds.
Une liste de pays pilotes a été établie. Le PNUD a aussi conclu des protocoles d’accord avec la Banque européenne d’investissement et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.
Des économies plus solides, davantage d’investissements, des emplois plus nombreux et de meilleure qualité. Pour M. De Croo, tout se joue là. « La création d’emplois est en réalité la seule véritable voie permettant aux populations de sortir durablement de la pauvreté ». (ONU)