POLITIQUE


L’Agoravox publie un article intitulé « Russie Azerbaïdjan : une histoire singulière »

Bakou, 1er juin, AZERTAC

Le site français Agoravox publie un article intitulé «Russie Azerbaïdjan : une histoire singulière».

L’AZERTAC présente le texte intégral de l’article.

Ce 28 mai c'est la Fête de la République en Azerbaïdjan. En effet le 28 mai 1918 fut proclamée la première république démocratique d'Azerbaïdjan, qui devait durer jusqu'au 28 avril 1920, soit 23 mois. La veille du 28 avril 2020 le pouvoir tombait aux mains du Comité Révolutionnaire Azerbaïdjanais, organe bolchévik qui agissait pour le compte de Moscou. Le parlement démocratique était dissous. La 11ème armée bolchévique entrait dans Bakou.

La Russie et l'Azerbaïdjan ont une histoire singulière. Pendant 2 siècles les azerbaïdjanais musulmans ont été soumis à l'Empire russe, sans avoir libre accès au pouvoir, à l'économie, à l'éducation publique, à l'armée. L' Empire russe avait rassemblé les différents khanats azerbaïdjanais et les avait intégrés. C'est ainsi que Bakou était devenu un centre industriel et pétrolier, essentiel dans le développement de la Russie. C'est ainsi aussi que l'unité territoriale de l'Azerbaïdjan avait été constituée. Une intelligentsia musulmane ouverte sur l'Occident et ses valeurs s'était constituée.

En 1917 l'empire russe s'écroulant à la suite du premier conflit mondial, ce fut la révolution de février en Russie et une courte période démocratique, de mars à octobre, vit le jour. A la suite de cette révolution, à Gandja les partis politiques azerbaïdjanais s'unifient et créent le Musavat. Début 1918 on retrouve en Azerbaïdjan les mêmes groupes politiques qu' à Moscou et Pétrograd : bolchéviks, menchéviks, socialistes-révolutionnaires. Des milliers de soldats russes arrivent à Bakou en provenance des fronts de la guerre. Fin mars de la même année, des milliers d'azerbaïdjanais, considérés comme des contre-révolutionnaires musulmans sont massacrés. Des écoles, des hôpitaux, des mosquées sont saccagés.

Le 28 mai l'indépendance de l'Azerbaïdjan est proclamée sur tout le territoire issu de l'ancien gouvernorat russe. Un gouvernement indépendant est nommé. Un parlement est élu démocratiquement avec différents groupes représentant les partis politiques et aussi les minorités ( groupe parlementaire de la société russe, députés des communautés juive, allemande, géorgienne, polonaise, ukrainienne, arménienne). Et on trouve même des représentants d'un parti anti-indépendantiste.

En juillet 1919 les mêmes droits électoraux sont octroyés à l'ensemble de la population sans distinction de sexe, d'origine ethnique ou de langue. La liberté de la presse est proclamée. Et interdiction est faite aux religieux de faire de la propagande électorale dans les lieux de cultes : "La religion et la mosquée doivent garder leur sacralité à l'abri de la politique".

Cette démocratie et cet état laïque tranchent avec la situation qui règne tout autour du pays avec des régimes nationalistes, militaires, socialistes ou communistes et dans un contexte d'effondrement des grands empires dont l'Empire russe, dans un paysage marqué par les révolutions, les affrontements interethniques, et les conflits entre grandes puissances.

La première République d'Azerbaïdjan recherche très rapidement un accord avec le régime soviétique pour faciliter les échanges vitaux entre les 2 pays et notamment l'exportation du pétrole azerbaïdjanais. La république propose à ses voisins une confédération caucasienne pour être plus forts face à la Russie soviétique et aussi face à la Conférence de la Paix qui se tient à Paris, avec les Alliés. De même un accord est recherché avec la Lithuanie, la Lettonie, l'Estonie, l'Ukraine pour la reconnaissance de leurs indépendances par les Alliés.

La toute jeune république va se heurter à de nombreuses convoitises et va déranger beaucoup d'intérêts. En Russie communiste la contre-révolution bat son plein : les "généraux blancs" Koltchak, Denikine, Wrangler veulent renverser le bolchévisme et souhaitent que le Caucase et donc l'Azerbaïdjan reviennent à la Russie. Mais au début de 1920 l' "Armée blanche" de Denikine est défaite et l'Armée rouge est dans le Caucase.

Les grandes puissances, Angleterre, France veulent elles-aussi la fin du bolchévisme. En 1920 la France et l'Angleterre reconnaissent les gouvernements azerbaïdjanais et géorgien. La France de Clémenceau, chef du gouvernement, soutient l'idée d'un renversement rapide du pouvoir bolchévik et la restauration d'un régime démocratique. Elle a besoin également de vendre ses propres productions et d'acheter les hydrocarbures indispensables à son économie.

En mars Lénine et Trotski favorisent en Azerbaïdjan un pouvoir soviétique local et Bakou est prise après une campagne militaire rapide. Ce sera la fin de l'éphémère première république.Les richesses du sous-sol azerbaïdjanais, entre autres, auront donc raison de la démocratie. N'oublions pas que le pétrole du petit pays représente 80% du pétrole nécessaire à la Russie. La géopolitique l'emporte largement : Russie, Perse, Turquie forme un triangle stratégique. Les frontières Sud de l'ex Empire tsariste sont essentielles à tenir, alors que la révolution des prolétaires voulue par les bolcheviks, en Europe de l'ouest, n'a jamais véritablement pris. Pour les bolcheviks, l'Azerbaïdjan devient le vecteur indispensable pour l'exportation de la révolution. Trotski le dit sans ambages : "Sur les terrains asiatiques notre Armée rouge est une force incomparablement plus importante que sur les terrains européens".

L'Angleterre et la France n'apportent aucun soutien militaire à Bakou, ni d'ailleurs de soutien politique à long terme. L' Angleterre pense même, à un moment, reconnaitre le nouveau régime soviétique, si celui-ci lui laisse les mains libres en Turquie, Iran, Afghanistan et Inde.

A Paris la défaite de l' "Armée blanche" de Wrangel laisse à penser que le pouvoir soviétique ne sera pas défait et perdurera dans le temps. Donc les intérêts économiques de la France doivent prévaloir. Le pétrole avant tout.

C'en est donc fini de l'indépendance de l'Azerbaïdjan qui va, pays occupé, payer le prix fort. Dès le coup d'état communiste c'est la fin du soutien financier de l'état aux étudiants azerbaïdjanais envoyés étudier dans les meilleures universités européennes et c'est la répression à leur retour au pays. Désastre économique et terreur bolchévique, avec des commissaires politiques russes envoyés par Moscou, s'abattent sur le pays. Le nouveau Haut-Commissaire français du Caucase, en décembre 1920, constate : "Encore quelques mois de domination bolchéviste et l'Azerbaïdjan sera un désert". Le redoutable Ordjonikidzé dirige l'Azerbaïdjan.

Et conséquences qui se font encore ressentir aujourd'hui, la Russie soviétique utilise le territoire azerbaïdjanais pour sa stratégie dans la région. Elle décide de céder le district de Zangezur à l'Arménie soviétique en décembre 1921, ce qui coupe le Nakhitchevan des autres parties de l'Azerbaïdjan et crée donc une enclave. Et cerise sur le gateau ce sera l'autonomie du Haut Karabagh au sein de l'Azerbaïdjan. L'argument des bolcheviks étant la "nécessité d'une paix interethnique entre les musulmans et les arméniens et des liens économiques entre la partie montagneuse et la plaine du Karabagh, ainsi que la liaison constante du Haut Karabagh avec l'Azerbaïdjan, on laisse le Haut Karabagh au sein de la République socialiste soviétique d'Azerbaïdjan tout en lui octroyant une vaste autonomie régionale avec le chef- lieu Choucha qui fait partie de la région autonome". Sic...

On sait que les questions du Haut Karabagh et de Zangezur sont de nos jours de véritables plaies ouvertes dans le coeur des Azerbaïdjanais et que ces questions empoisonnent les relations entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Les multiples résolutions votées aux Nations-unies qui demandent un retrait unilatéral et sans conditions des forces arméniennes des divers territoires occupés actuellement en Azerbaïdjan, n'y changent rien...

Histoire singulière donc que les relations entre la Russie ( Empire russe et URSS) et l'Azerbaïdjan...

 

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