POLITIQUE


L’héritage culturel de l’Albanie du Caucase

Paris, 16 février, AZERTAC

Le site du Global Future College a publié un article intitulé « L’héritage culturel de l’Albanie du Caucase ».

L’AZERTAC présente le texte intégral de cet article :

Depuis le retour du Haut Karabagh dans le giron de l'Azerbaïdjan, la bataille fait rage autour du patrimoine culturel de cette région, d'où le besoin d'un petit rappel historique.

Oublions la vision binaire !

En l’année 1836, le Tsar Nicolas 1er décidait, par décret impérial, de modifier le nouveau statut proposé en remplacement du Catholicossat d’Albanie du Caucase. En effet, en 1815, quelques années après avoir annexé cette région du Caucase du Sud, le Tsar avait redessiné les différentes entités politiques et religieuses existant avant la conquête. Dès 1815, il avait aboli le catholicossat autocéphale de l’antique Albanie du Caucase pour le transformer en un diocèse placé sous l’autorité d’un métropolite de l’Eglise orthodoxe russe. En 1836, par le décret susmentionné, il plaçait cette Église sous l’autorité de l’Église arménienne. L’existence et les particularismes immémoriaux de cette antique Église du Caucase méridional étaient effacés d’un trait de plume. Remontant aux temps apostoliques, cette Église avait pourtant laissé de nombreuses traces dans les paysages locaux.

Le royaume d’Albanie, décrit dans les récits historiques et géographiques de l’Antiquité, se présentait sous la forme d’une fédération tribale de différents peuples avec chacun sa langue propre. Les zones montagneuses, moins perméables aux influences diverses, sont demeurées un conservatoire des traditions. Là comme en d’autres lieux dans le monde, les montagnes ont tenu les populations locales plus longtemps à l’abri des turbulences des temps.

L’Artsakh (Haut Karabagh actuel), partie de ce royaume de l’Albanie du Caucase, a donc conservé son christianisme tandis que les zones de plaine l’ont progressivement perdu ou abandonné. Ce que l’on nomme aujourd’hui « le Karabagh » est demeuré une montagne chrétienne jusqu’à ce jour.

Rappelons toutefois que « chrétien » dans cette région ne signifie pas « arménien ». Les Géorgiens chrétiens ne sont pas des Arméniens, pas plus d’ailleurs que ne le furent ces Albaniens de l’Artsakh. L’Église albanienne, avec l’Église d’Ibérie et d’Arménie, était déjà présente au concile de Dvin sous sa dénomination propre en 506 de notre ère. Il existe également en Terre Sainte, en Palestine et en Egypte, des manuscrits écrits en langue albanienne et des lieux de représentation relevant de l’Église d’Albanie, à l’image des lieux de représentations franciscaines, coptes, éthiopiennes, géorgiennes, orthodoxes, grecques et autres à Jérusalem, encore à notre époque.

L’existence et la richesse de cette Église sont ainsi clairement démontrées. Mais son influence géographique se rétrécissant dans le Caucase et sa vigueur s’amenuisant, elle chercha sans doute à s’appuyer sur la puissance de l’Arménie demeurée chrétienne qui, en retour, y vit l’occasion d’étendre son influence.

Au dix-huitième siècle encore, les élites locales, religieuses ou politiques, se qualifiaient d’Albaniens dans des écrits. Le Catholicossat de l’Église albanienne avait son siège dans le monastère de Gandzassar, au nord du Karabagh actuel. Néanmoins, le processus d’absorption ou d’inculturation arménien se révéla irrésistible et la population d’origine albanienne renonça petit à petit à sa langue, oublia partiellement son ethnos particulier et adopta les formes de l’Église apostolique d’Arménie. Il résulta de ce processus une arménisation linguistique et une grégorianisation religieuse et ce, depuis le Moyen-âge.

La politique tsariste, consistant en une colonisation de peuplement constituée d’Arméniens de Perse et de l’Empire ottoman à partir de 1828, modifia par la suite substantiellement la composition ethnique de la région du Caucase du Sud dans son ensemble, dont la Géorgie, mais surtout au Karabagh.

En 1815, les structures ecclésiales de l’Église d’Albanie du Caucase furent abolies, non pas par les autorités musulmanes au contact desquelles elles vivaient depuis des siècles, mais par la puissance russe, orthodoxe et offensive, avant d’être intégrées quelques années plus tard dans la hiérarchie de l’Église arménienne en 1836 sous la forme de deux diocèses. Les esprits curieux observeront d’ailleurs que les relations entre l’Église orthodoxe russe et l’Église arménienne sont loin d’être exemptes de conflits dans le Caucase… Mais ceci est une autre histoire !

Comment imaginer dès lors que l’Azerbaïdjan des années 2000, soucieux de retrouver une unité nationale propre après tant de siècles passés sous l’occupation persane, et brièvement ottomane, puis russe, puis soviétique, puisse se passer d’une partie de son territoire et de son histoire profonde, celle de l’Albanie du Caucase ? De la profondeur de ses origines, l’Azerbaïdjan tire une grande fierté. Il ne renie en rien son passé chrétien ni d’ailleurs son héritage zoroastrien, tant dans sa philosophie politique d’État que dans l’esprit public de ses populations.

Dès l’indépendance restaurée en 1991, et après des débuts difficiles, l’Azerbaïdjan se proclama État laïc et protecteur de la liberté de culte des diverses confessions représentées sur son sol, comme il l’avait fait après sa première indépendance en 1918. Certes, des mosquées chiites et sunnites ont été rebâties ou restaurées, mais il y a eu également des églises chrétiennes, russes, protestantes, catholiques. Il y a eu aussi des synagogues des divers rites judaïques (montagnard caucasien, ashkénaze ou géorgien). De plus, les églises de St Elysée datant de l’Albanie, à Kish (près de Sheki, dans l’ouest du pays) et de Nitsh (près de Gabala), ont été arrachées aux Soviétiques et intégralement restaurées. En 1818, des marques appuyées de mécontentement s’y sont fait entendre de la part des populations d’Oudis à l’endroit des pressions arméniennes sur leur culte à Nitsh… L’arménisation des Chrétiens résiduels albaniens n’y fut peut-être pas si facilement acceptée.

Soulignons enfin que cet État a également accueilli un temple du feu hindou depuis le dix-septième siècle et que la flamme du culte du feu y brûle toujours pour les pèlerins qui continuent d’y venir d’Inde.

Ainsi, quiconque connait un peu l’Azerbaïdjan sait qu’il ne renie pas son passé et qu’il n’a de cesse de le restaurer, à grand peine et à grands frais. L’église arménienne, bien entretenue, qui trône en plein centre de Bakou, en est un exemple éclatant, en plus de tous ceux énumérés ci-dessus. L’Azerbaïdjan a été et restera une terre de tolérance et d’accueil pour toutes les confessions et les rites.

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