Yémen : les réserves de farine de blé sont presque épuisées
Bakou, 15 octobre, AZERTAC
À Taïz, au Yémen, les réserves de farine de blé sont presque épuisées. L’intensification des combats et le blocage des routes entravent l’approvisionnement de la ville et empêchent le Programme alimentaire mondial (PAM) de venir en aide à 800.000 personnes dans plusieurs zones du pays.
Selon le dernier suivi du PAM, les stocks encore disponibles sur les marchés locaux ne tiendront pas longtemps si les contraintes d’accès persistent.
La situation est d’autant plus préoccupante que Taïz figure parmi les régions du Yémen les plus touchées par l’insécurité alimentaire. Dix de ses seize districts avaient déjà été classés en phase d’urgence, soit le niveau 4 du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC).
Plus de 600.000 habitants de Taïz, dont plus de 200.000 femmes et enfants, sont désormais hors de portée du PAM et de ses partenaires. À ce nombre s’ajoutent les populations de la côte ouest, privées d’aide depuis les restrictions d’accès imposées début septembre.
Troisième ville du Yémen, Taïz a accueilli de nombreuses personnes déplacées depuis le début de la crise. Les combats entre les rebelles houthis et les forces progouvernementales et les fermetures de routes rendent désormais plusieurs zones inaccessibles dans la province la plus peuplée du pays.
Insécurité alimentaire aiguë
« Nous sommes extrêmement préoccupés par l’escalade du conflit, mais encore plus par le nombre croissant de personnes que nous ne pouvons plus atteindre à cause de celui-ci », a déclaré El-Khidir Daloum, représentant et directeur national du PAM au Yémen.
Les restrictions d’accès aggravent une crise alimentaire qui touche déjà plus de 18 millions de personnes à travers le pays. Quelque 2,2 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë, dont 500.000 sous sa forme sévère, la plus dangereuse.
Selon une récente évaluation du PAM menée dans les zones accessibles du pays, 74 % des ménages ne parviennent pas à couvrir leurs besoins alimentaires de base. C'est la proportion la plus élevée depuis le début de l’année.
268 millions de dollars pour maintenir l’aide
« Bon nombre des familles touchées ont été déplacées à plusieurs reprises et avaient déjà du mal à subvenir à leurs besoins alimentaires de base. C’est le genre de situation qui peut rapidement dégénérer en catastrophe humanitaire si l’aide ne peut pas être acheminée en toute sécurité et parvenir à ceux qui en ont le plus besoin », a ajouté M. Daloum.
Face à l’aggravation des besoins, le PAM poursuit ses opérations dans les zones encore accessibles, malgré les obstacles liés à l’acheminement de l’aide.
L’agence onusienne a apporté une aide d’urgence à plus de 115.000 personnes récemment déplacées par les combats et se tient prêt à étendre son assistance à 1,5 million de personnes, si l’accès le permet.
Le manque de financements menace toutefois la poursuite de ces opérations. Sans nouvelles ressources, le PAM devra réduire considérablement son aide dès novembre. L’agence a besoin de 268 millions de dollars pour maintenir jusqu’en 2027 ses programmes d’aide alimentaire d’urgence, de nutrition, de repas scolaires et de résilience
Choléra et rougeole en hausse
Les conséquences du conflit dépassent la crise alimentaire. La promiscuité dans les abris et le manque d’eau potable favorisent la propagation des maladies hydriques.
Le Yémen fait face à une recrudescence du choléra, une infection intestinale aiguë, potentiellement mortelle, transmise principalement par l’eau ou les aliments contaminés. Le pays a signalé cette année 8.034 cas suspects et 27 décès, dont un quart au cours des quatre dernières semaines. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette hausse coïncide avec le déplacement de 200.000 personnes depuis août.
Les enfants sont aussi exposés à la rougeole, avec plus de 22.800 cas suspects et 128 décès signalés cette année. La couverture vaccinale, estimée à 45 % pour chacune des deux doses recommandées, est extrêmement faible, ce qui accroît le risque d’épidémies de maladies évitables par la vaccination.
Un employé de l’ONU libéré après deux ans de détention
Par ailleurs, l’ONU a salué la libération de Sami al-Kalabi, employé du bureau de son Envoyé spécial pour le Yémen, détenu par les rebelles houthis depuis 2024.
« Il a retrouvé sa famille », a indiqué mercredi le porte-parole adjoint du Secrétaire général, Farhan Haq, lors d’un point de presse à New York. « Nous espérons qu’il recevra les soins médicaux spécialisés dont il a un besoin urgent ».
L’ONU appelle les Houthis à libérer immédiatement et sans condition tous les autres employés détenus, qu’ils appartiennent aux Nations Unies, à des ONG internationales ou nationales, à la société civile ou à des missions diplomatiques.
À ce jour, 71 membres du personnel onusien restent détenus par les Houthis, qui contrôlent le nord et l'ouest du pays. (ONU)