Yémen : plus de 200.000 déplacés, selon l’OMS
Bakou, 8 octobre, AZERTAC
Alors que plus de 200.000 personnes ont été déplacées par l’escalade des combats entre rebelles houthis et forces progouvernementales au Yémen, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) tire la sonnette d’alarme sur le manque de financements qui menace la réponse sanitaire d’urgence.
Selon les dernières données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), publiées mercredi, 201.217 personnes ont fui leur domicile depuis le début du regain des combats cet été, après quatre ans d’accalmie. Près de 198.000 d’entre elles ont été déplacées depuis le 1er septembre.
Taëz est la province la plus touchée, avec plus de 114.700 personnes déplacées, soit 57 % du total. Lahj compte plus de 42.000 déplacés, devant Aden, Abyan et Hodeïda.
Plus de 3.700 personnes ont également fui le Yémen par la mer vers Djibouti, où elles arrivent épuisées, après des traversées à bord d’embarcations surchargées.
Les besoins sanitaires explosent
Face à cette aggravation de la crise, l’OMS a augmenté ses besoins de financement immédiats de 9 à 31 millions de dollars. L’agence demande également 700.000 dollars supplémentaires pour répondre aux besoins des réfugiés arrivant à Djibouti.
Au 2 octobre, le ministère yéménite de la Santé avait fait état de 959 morts et 4.207 blessés dans dix gouvernorats depuis l’escalade des violences.
« La situation évolue vers une urgence complexe, alors que les besoins sanitaires augmentent et que les ressources sont déjà extrêmement limitées », a déclaré le Dr Syed Jaffar Hussain, représentant de l’OMS au Yémen.
Pour les blessés graves, « l’accès aux soins traumatologiques au cours de la première heure peut déterminer leur survie », a-t-il souligné. Pourtant, des points de stabilisation des traumatismes sur la côte de Lahj et à Al-Dhale ne disposent actuellement d’aucun partenaire pour fonctionner.
Environ la moitié des établissements de santé dans les gouvernorats touchés ne bénéficient d’aucun soutien de partenaires. Parmi les quelque 198.000 personnes déplacées recensées la semaine dernière, seules environ 1.250 avaient pu accéder à des services de santé.
Hôpitaux sous pression
Le manque de financement se traduit déjà par des pénuries de fournitures chirurgicales, d’anesthésiques, de produits nécessaires aux banques de sang et de carburant. Les difficultés d’acheminement rendent également les livraisons plus lentes et plus coûteuses.
Les services d’urgence obstétricale ont par ailleurs été suspendus à Marib et Ras Al-Arah.
Dans le même temps, plusieurs maladies se propagent. Les cas de choléra ont triplé en trois semaines, y compris dans des camps de déplacés. Plus de 22.000 cas suspects de rougeole et 128 décès ont été signalés depuis le début de l’année, tandis que la dengue et le paludisme progressent également.
La malnutrition constitue une autre préoccupation majeure, notamment chez les enfants déplacés, dont les dépistages menés par des équipes mobiles révèlent des niveaux élevés de malnutrition aiguë sévère et modérée.
Le financement n’est pas au rendez-vous
L’OMS, qui dirige le groupe sectoriel Santé au Yémen, prévoit de renforcer les soins traumatologiques et d’urgence, la lutte contre les flambées épidémiques, les services essentiels et l’approvisionnement médical.
À ce jour, 3,78 millions de dollars ont été reçus du Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) de l’ONU et de l’aide humanitaire de l’Union européenne. L’OMS a également débloqué 490.000 dollars supplémentaires de son Fonds de réserve pour les situations d’urgence.
Mais les besoins dépassent largement les ressources disponibles. Le plan de réponse humanitaire pour le Yémen n’est financé qu’à hauteur de 20 %.
« Les gens fuient pour sauver leur vie et ne trouvent nulle part où aller », a déclaré la Directrice générale de l’OIM, Amy Pope. « Nos équipes sont sur le terrain, mais le financement n’est pas au rendez-vous. »
Sans nouveaux financements urgents, l’OMS prévient que les lacunes dans les soins aux blessés, les services maternels et néonatals, la lutte contre les épidémies, l’accès aux médicaments essentiels et les soins aux déplacés vont encore s’aggraver.
L’agence s’inquiète également de l’arrivée attendue de la saison d’El Niño à partir d’octobre, qui pourrait accentuer les risques de flambées épidémiques et de malnutrition. (ONU)