Chasse au crocodile dans les rues noyées de Bangkok
Bakou, 31 octobre (AZERTAC). Les Thaïlandais ont peur, alors que les ministres sont en pleine crise de nerfs.
Bang Bua Thong est devenu un marécage où l'on aperçoit parfois le toit vernissé d'une pagode et où barbotte une flottille pour le moins hétéroclite. Placide, un bonze pagaie assis sur une chaise en plastique ligotée au couvercle d'une glacière, les enfants se déplacent sur des pancartes publicitaires pliées en deux, les familles s'entassent sur des radeaux de bouteilles en plastique et se fraient un chemin dans les jacinthes d'eau qui ont déjà tout colonisé.
Engloutis sous deux mètres d'eau répugnante, les faubourgs nord de Bangkok doivent aussi vivre sous la menace des attaques de crocodiles. Alors que la Thaïlande fait face aux pires inondations depuis des décennies, «un millier de crocodiles ont profité de la montée des eaux pour s'échapper de leurs fermes d'élevage», estime Bundit Kullavanijaya, du ministère de la Pêche. «Seuls sept ont pu être capturés.»
«Nous sommes tous terrorisés, surtout quand la nuit approche, raconte Kasem Kapkarun, chef d'un pâté de maisons submergé. On m'a déjà signalé qu'un crocodile avait arraché la jambe d'un enfant. Et d'après les habitants, une dizaine rôde dans le coin.» Devant ce danger inattendu, le biologiste Kamthon Sukalun s'est improvisé chasseur de crocodiles.
Promu chef d'expédition par son ministère, il a potassé la théorie en regardant des documentaires animaliers. Ses collègues, qui, pour la plupart ne savent pas nager, ont quitté leurs bureaux pour patrouiller à la rame, repérer les nids dans les herbes couchées et poser des appâts dissimulant d'énormes crochets. S'ils finissent par en rencontrer un, la manœuvre n'est pas simple : il faut choquer le reptile avec des électrodes avant de le ligoter et de le hisser dans une cage. «En fait, nous sommes là pour rassurer la population, il y a peu de chances qu'on en capture un avant la décrue», reconnaît Kamthon Sukalun.