Guerre au Moyen-Orient : la crise énergétique frappe les nations vulnérables
Bakou, 1er avril, AZERTAC
La guerre au Moyen-Orient et l'arrêt quasi total du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz ont accentué la crise énergétique à laquelle sont confrontés les pays en développement d'Afrique et d'Asie du Sud, fortement tributaires des importations de gaz liquéfié, de produits alimentaires et d'engrais, indique l’ONU info.
Alors que le prix du Brent dépasse toujours les 100 dollars le baril, de nombreux travailleurs et ménages se sont remis à utiliser le pétrole et le charbon, ce qui fait craindre des dommages environnementaux durables. De nombreux pays ont déjà annoncé des mesures de rationnement du carburant et le recours aux réunions en ligne.
Un peu plus de quatre semaines après le début des bombardements israélo-américains en Iran, qui ont déclenché le conflit régional, la perturbation quasi immédiate du trafic maritime dans le golfe Persique, voie maritime vitale, a entraîné une chute des livraisons de pétrole dans le monde entier, suivie par celles de gaz naturel, de charbon, de produits alimentaires et d'engrais.
« Seul un petit groupe de PMA [pays les moins avancés] sont des exportateurs nets d'énergie : le Soudan du Sud, l'Angola, le Tchad, le Mozambique, le Laos, le Myanmar et le Yémen », a déclaré Junior Davis, chef de la Division de l'analyse des politiques et de la recherche pour l'Afrique, les PMA et les programmes spéciaux à ONU Commerce et développement (CNUCED).
« La majorité sont des importateurs nets, notamment le Niger, la Zambie, le Rwanda, l'Éthiopie, la Tanzanie, Madagascar, le Togo, le Soudan, l'Ouganda, le Népal, l'Érythrée, le Bénin, le Bangladesh, le Cambodge et le Sénégal ».
Soulignant le cas de l'Angola, M. Davis a noté que les pays en développement exportateurs de pétrole pourraient ne tirer que des « gains limités » de cette crise, « car beaucoup d'entre eux manquent de capacités de raffinage nationales et réimportent des produits pétroliers raffinés à des prix plus élevés ».
La Zambie voisine est confrontée à des « difficultés encore plus grandes » car elle dépend de carburants raffinés importés du Moyen-Orient (et notamment des Émirats arabes unis), tout comme les PMA restent « fortement dépendants » des engrais produits à l'étranger, le processus de fabrication reposant largement sur le gaz naturel (méthane) — a expliqué l'économiste de la CNUCED.
Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 17 des nations les plus pauvres du monde doivent importer plus de 30 % de leurs besoins en céréales. Fait encore plus inquiétant, un nombre égal de pays les moins avancés consacrent plus de la moitié de leurs recettes d'exportation à l'achat de produits alimentaires.
« Cela implique que la hausse des prix de l'énergie se répercutera rapidement sur les prix des produits alimentaires et amplifiera le risque de faim pour les ménages », a observé M. Davis.
Trouver des solutions rapides à la crise énergétique ne sera pas chose aisée, compte tenu du niveau élevé de remboursement de la dette qui pèse sur bon nombre des nations les plus pauvres du monde — une question que le Secrétaire général de l'ONU a maintes fois critiquée, exhortant le secteur financier à se réformer dans l'intérêt de l'équité, de la compétitivité et de la croissance.
« Étant donné le lourd endettement de nombreux pays en développement vis-à-vis des créanciers étrangers et les contraintes budgétaires auxquelles ils sont confrontés depuis des années, il est fort probable que les ménages devront payer plus cher leur énergie, leur nourriture et leurs engrais, et en consommer moins. La situation s'annonce difficile ».