Une victime, habitant de Latchine : Avant l’occupation, notre village était régulièrement la cible de tirs en provenance d’Arménie - PROCÈS VIDEO
Bakou, 5 mai, AZERTAC
Le procès des citoyens de la République d'Arménie, à savoir Araïk Haroutiounian, Arkadi Ghoukassian, Bako Sahakian, Davit Ichkhanian, David Babayan, Levon Mnatsakanian et d'autres, accusés de crimes contre la paix et l'humanité, de crimes de guerre, y compris la préparation et la réalisation d'une guerre d'agression, de génocide, de violations des lois et coutumes de la guerre, ainsi que d'actes de terrorisme, de financement du terrorisme, de prise et de maintien du pouvoir par la force, et de nombreux autres crimes, s’est poursuivi lundi 5 mai.
Lors de l’audience tenue au Tribunal militaire de Bakou dans le Complexe judiciaire de Bakou, présidée par le juge Zeynal Aghaïev et composée de Djamal Ramazanov et Anar Rzaïev (juge suppléante Gunel Samadova), des interprètes et des avocats de la défense ont été mis à la disposition des accusés.
Les personnes accusées et leurs avocats, une partie des victimes, leurs héritiers et représentants légaux, ainsi que des procureurs ont pris part à l’audience.
Au début de l’audience, le juge Zeynal Aghaïev a présenté le personnel du tribunalet les interprètes aux victimes présentes pour la première et leur a expliqué fois leurs droits et obligations légaux.
Le tribunal a d’abord examiné une autre vidéo liée à l’occupation de la région de Khodjavend par les forces armées arméniennes. Cette vidéo, filmée par les forces arméniennes en avril 1993, montre un groupe de militaires armés dans la région de Khodjavend, alors sous occupation militaire arménienne. Parmi les personnes apparaissant dans la vidéo figurent Serge Sarkissian, qui a ensuite été président de l’Arménie de 2008 à 2018, ainsi que David Ichkhanian, actuellement jugé.
Lors des audiences, la vidéo en langue arménienne a été traduite, révélant que Serge Sarkissian s’était rendu dans la région pour inspecter les unités militaires.
Dans les images, on voit Monte Melkonian faire un rapport directement à Sarkissian, qui déclare : « Il ne s’agit pas maintenant de cesser le feu. Il est question d’opérations offensives et de conquête de nouveaux territoires. »
Serge Sarkissian est également montré en train d’inspecter la zone et de s’entretenir avec David Ichkhanian, commandant du 28ᵉ bataillon de Khodjavend, lequel fournit des informations sur les opérations militaires dans la région d’Aghdam, notamment en direction d’Abdal-Gulably.
Leurs échanges portent sur les conditions opérationnelles, la logistique des troupes et les lignes d’approvisionnement.
La vidéo se termine par une brève conversation de Serge Sarkissian avec les soldats sur le terrain.
Après la projection, les procureurs ont interrogé David Ichkhanian au sujet de la vidéo.
Il a confirmé se souvenir des images et a expliqué le contexte de la visite de Serge Sarkissian : « Ils sont venus dans mon bataillon. Ils prenaient connaissance de la situation sur les positions du bataillon. »
D. Ichkhanian a identifié plusieurs personnes présentes dans la vidéo, notamment Serge Sarkissian, Monte Melkonian et Movses Akopian, alors adjoint de Melkonia (devenu plus tard chef d’état-major des forces armées arméniennes -ndlr). Il a également mentionné Aramayiz Karapetian, son ancien chef d’état-major. « La personne que l’on voit à l’arrière-plan dans la vidéo est le chauffeur. Je ne me souviens plus exactement, mais il était soit le chauffeur de Movses Akopian, soit celui de Monte Melkonian », a-t-il précisé.
En réponse aux questions, Ichkhanian a commenté la déclaration de Sarkissian sur « l’occupation de territoires supplémentaires » en disant : « Je ne peux pas me prononcer sur ce qu’a dit Sarkissian. »
L’accusé a déclaré que le bataillon qu’il commandait recevait un soutien de l’état-major du « district de défense de Khodjavend ».
Il a également souligné que le bataillon avait participé à des opérations de combat dans la région d’Aghdam durant les mois de juillet et août 1993.
Le tribunal a ensuite présenté une vidéo liée à l’occupation de la région de Latchine, en Azerbaïdjan, par les forces armées arméniennes.
La vidéo, filmée par des Arméniens le 18 mai 1992, montre des maisons en feu et des combattants armés. Dans une scène, un militaire arménien désigne une maison en flammes et dit : « Achot, Achot, regarde-la brûler. »
L’audience s’est poursuivie avec les témoignages des victimes.
Djamal Mammadov, habitant du village de Djidjimli dans la région de Latchine, a témoigné que le village avait été occupé par les forces arméniennes en mai 1992. Il a également rappelé que son père, Mehdi Mammadov, avait été tué par des soldats arméniens le 12 août 1989. « Selon les soldats russes, mon père a été tué par un Arménien nommé Kamo. J’avais 18 ans à l’époque », a-t-il déclaré.
Une autre victime, Aghali Ibrahimov, né en 1961 dans le village de Djaghazour de la région de Latchine, a confirmé la date de l’occupation comme étant le 18 mai 1992. Il a décrit comment, avant l’occupation, le village, situé à la frontière avec l’Arménie, était régulièrement la cible de tirs en provenance du district de Gorous et du village de Digh du même district de l’Arménie. « Jusqu’au 8 mai 1992, les attaques semblaient isolées. Mais depuis le 8 mai, il était évident qu’elles étaient menées sous un commandement unifié. Ils ont utilisé des missiles « Grad », « Alazan » ainsi que de l’artillerie à longue portée », a-t-il précisé.
Ibrahimov a ajouté que sa famille avait perdu une maison à deux étages avec six pièces, des bâtiments auxiliaires, des arbres fruitiers, du bétail, de la volaille et des biens ménagers, ce qui a entraîné d'importants dommages matériels.
Ensuite, les procès-verbaux relatifs au massacre commis dans le village de Ballygaïa de la région de Goranboy, le 28 août 1992, ont été lus, et des photos horribles de la scène ont été exposées.
Selon les documents, des habitants du village de Naghdali de la région de Latchine, qui avaient été temporairement réinstallés dans des baraquements situés à proximité de la forêt de Gulustan, dans le village de Ballygaïa de la région de Goranboy après l’occupation de la région de Latchine, ont été pris pour cible par les forces armées arméniennes le 28 août 1992 vers 05h00 du matin. Cette attaque par armes à feu a entraîné la mort de 24 personnes et a fait 9 blessés.
Parmi les personnes tuées lors du massacre, 7 étaient âgées de moins de 18 ans, 4 avaient plus de 60 ans, au total, 13 étaient des femmes et 11 des hommes.
Le tribunal a ensuite examiné des documents relatifs au bombardement de civils azerbaïdjanais dans le village de Gulustan de la région de Goranboy, le 19 septembre 1992. Selon les documents, le même jour, vers 18h00, les forces armées arméniennes ont attaqué des habitants qui récoltaient des pommes de terre. En conséquence, 20 civils ont été tués et plusieurs autres blessés.
Le même jour, lors de l’attaque contre le village de Gulustan, des agents du poste de police d’Agdjakend de la région, ont tenté de résister à l’assaut et ont été pris en embuscade alors qu’ils procédaient à l’évacuation des civils. 13 personnes ont été tuées et 8 autres blessées ; parmi les morts figuraient 2 policiers, et 2 autres ont été blessés.
La victime Binnet Mehdiyev a témoigné qu’il s’était réinstallé dans le village de Naghdali de la région de Latchine, en tant que personne déplacée interne en provenance de la ville de Choucha. Il a déclaré que le village avait été occupé les 17 et 18 mai 1992, après quoi ils se sont réinstallés dans le village de Ballygaïa de la région de Goranboy.
Binnet Mehdiyev a déclaré que le 28 août 1992, les forces armées arméniennes ont attaqué à nouveau, entraînant la mort de 24 personnes, dont son père, sa mère, ses deux frères, sa sœur et d’autres proches.
« Lors de l’attaque, ils ont tué la femme et les six enfants de l’un de mes proches, Vazir. L’un des enfants n’avait que six mois », a-t-il ajouté.
Une autre victime, Chahla Gouliyeva, a indiqué qu’en mai 1992, sa famille avait fui la région de Latchine en tant que personnes déplacées internes. Ils se sont d’abord installés dans le village de Bash Qychlag de la région de Goranboy, puis ont déménagé dans le village de Ballygaïa de la même région.
Evoquant que le 27 août 1992, elle avait vu un hélicoptère dans la région et en avait informé sa belle-mère, Chahla Gouliyeva a déclaré : « Cette nuit-là, nous avons dormi dans la peur. Le 28 août, vers 05h00 du matin, j’ai vu que tout était englouti par les flammes. »
Chahla Gouliyeva a survécu par chance, car elle s’est échappée du baraquement pour se rendre dans la forêt voisine. Elle a été blessée par balle lors de l’incident.
Elle a indiqué que sa belle-mère, ses belles-sœurs, la belle-mère de sa belle-mère, âgée de 110 ans, et d’autres proches ont été tués lors de l’incident.
La victime Nesreddin Moustafaïev a souligné que le 19 septembre 1992, ils avaient été pris pour cible par des unités de l’armée arménienne dans le village de Gulustan de la région de Goranboy, alors qu’ils récoltaient des pommes de terre. En conséquence, il a été blessé à la jambe. « J’ai perdu un tiers de mes orteils », a-t-il précisé.
La victime Sahibé Moustafaïeva a mentionné que le 19 septembre 1992, alors qu’ils étaient dans le village de Gulustan de la région de Goranboy pour récolter des pommes de terre avec son père Kazim et son grand-père Salman, et en revenant, la voiture conduite par son père a été prise pour cible par des soldats arméniens. L’une des balles a touché son père et l'autre son grand-père Salman. Sahibé Moustafaïeva, qui avait 12 ans à l'époque, a été blessée à la jambe et a perdu connaissance. Elle a appris plus tard que de nombreuses personnes, dont son grand-père Salman et son père Kazim, avaient été tuées lors de cet incident.
La victime Nofel Nourouyev a souligné que le 19 septembre 1992, sur les instructions de son supérieur Gafgaz Rustemov, elle avait conduit un véhicule « Zil » jusqu’au village de Gulustande la région de Goranboy, pour récolter des pommes de terre avec Israfil Ismaïlov, un habitant du village de Tapgaragoyounlou, et trois Azerbaïdjanais, qu’elle ne connaissait pas et qu’elle avait pris en voiture en cours de route. Elle a également vu qu’il y avait de nombreux autres habitants qui étaient arrivés pour récolter des pommes de terre. En revenant, après avoir passé un poste de police, des soldats arméniens ont soudainement ouvert le feu sur sa voiture dans la zone forestière. À ce moment-là, la police est arrivée pour aider et les échanges de tirs avec les soldats arméniens ont continué. En conséquence, elle a reçu une blessure par balle à l’œil et Israfil Ismaïlov a été tué. Elle est actuellement aveugle d’un œil. Elle a appris plus tard qu’environ 20 Azerbaïdjanais avaient été tués et plusieurs autres blessés lors de cet incident. Parmi les défunts, elle a reconnu Kazim Mammadov, un résident du village de Garagachly, et son beau-père Salman Godjayev.
Dans sa déclaration, la victime Khaleddin Rustemov a indiqué qu’il servait en tant que policier au département de police d’Achaghy Agdjakend, dans la région de Goranboy, ajoutant que le 19 septembre 1992, il était de service au poste de police du village de Gulustan. Rustemov a déclaré qu’en ce jour-là, de nombreux habitants azerbaïdjanais, qui revenaient de la récolte des pommes de terre dans le village de Gulustan en soirée, avaient été pris pour cible par des tirs. En conséquence, lui-même et l’officier de police Djeyhoun Teyyoubov ont été blessés, tandis qu’Elkhan Suleymanov et Yaver Kazimov ont été tués.
Les conclusions de l'examen médico-légal effectué sur les victimes ont également été présentées lors des audiences.
La prochaine audience a été fixée au 8 mai.
Il convient de noter que 15 personnes d'origine arménienne sont accusées dans le cadre d'une affaire pénale portant sur de nombreux crimes commis au cours de la guerre d'agression menée par l'État arménien et de l’organisation criminelle susmentionnée. Cette guerre a été menée sous la direction et avec la participation directe des organismes étatiques arméniens, de leurs responsables, de leurs forces militaires et d’unités armées illégales. Elle s'est déroulée sous la gestion centralisée et le contrôle strict de l'Arménie, avec des ordres, directives et instructions donnés à la fois verbalement et par écrit, ainsi qu'un soutien matériel, technique et en personnel fourni par l'État arménien. L'affaire concerne également la création d’entités illégales sur le territoire de l'Azerbaïdjan dans le but d'agresser militairement le pays, en violation des normes du droit interne et international. Parmi les figures impliquées directement ou indirectement dans ces actes figurent Robert Kotcharian, Serge Sarkissian, Vazgen Manoukian, Vazgen Sarkissian, Samvel Babayan, Vitali Balassanian, Zori Balayan, Seyran Ohanyan, Archavir Karamian, Monte Melkonian et d'autres encore.
Il est à noter que 15 personnes, dont Araïk Haroutiounian, Arkadi Ghoukassian, Bako Sahakian, Davit Ichkhanian, David Manoukian, David Babayan, Levon Mnatsakanyan, Vassili Beglaryan, Erik Ghazaryan, Davit Allahverdian, Gourgen Stepanian, Levon Balayan, Madat Babayan, Garik Martirossian et Melikset Pachayan, sont inculpées en vertu des articles 100 (planification, préparation, déclenchement et conduite d'une guerre d'agression), 102 (attaque contre des personnes ou des organisations bénéficiant d'une protection internationale), 103 (génocide), 105 (extermination de la population), 106 (réduction en esclavage), 107 (déportation ou déplacement forcé de la population), 109 (persécution), 110 (disparition forcée de personnes), 112 (privation de liberté contraire au droit international), 113 (torture), 114 (mercenariat), 115 (violation des lois et coutumes de la guerre), 116 (violation du droit international humanitaire en temps de conflit armé), 118 (pillage militaire), 120 (meurtre intentionnel), 192 (entrepreneuriat illégal), 214 (terrorisme), 214-1 (financement du terrorisme), 218 (création d'une association (organisation) criminelle), 228 (acquisition, transfert, vente, stockage, transport et possession illégaux d'armes, de leurs composants, de munitions, d'explosifs et de dispositifs), 270-1 (actes menaçant la sécurité de l'aviation), 277 (assassinat d'un fonctionnaire d'État ou d'une personnalité publique), 278 (prise et maintien du pouvoir par la force, changement forcé de la structure constitutionnelle de l'État), 279 (création d’unités et groupes armés non prévus par la loi) ainsi que d'autres articles du Code pénal de la République d'Azerbaïdjan.