Rencontre avec les participants au 3ème Global Media Forum de Choucha
Le président Ilham Aliyev a participé à la rencontre MIS A JOUR-2 VIDEO
Khankendi, 21 juillet, AZERTAC
Le président de la République d’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a eu une rencontre avec les participants au 3ème Global Media Forum de Choucha, placé sous le thème « Les Transitions numériques : renforcer la résilience de l'information et des médias à l’ère de l’intelligence artificielle », à Khankendi, samedi 19 juillet.
Le président Ilham Aliyev a répondu aux questions des participants.
La modératrice Jane Witherspoon, cheffe du bureau Moyen-Orient chez Euronews : Votre Excellence, Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs, chers invités,
Bienvenue au 3ème Global Media Forum de Choucha. Nous sommes ravis de vous accueillir ici à Khankendi, au cœur culturel de l’Azerbaïdjan. C’est un grand honneur pour nous de recevoir des professionnels des médias, des penseurs de renom et des invités distingués venus du monde entier. Merci d’être présents. Ce forum témoigne du pouvoir du dialogue, de la transparence et de la coopération mondiale dans un environnement médiatique en constante évolution.
Nous accueillons 140 invités issus de 52 pays, représentant 30 agences de presse et 80 entités médiatiques. Le forum de cette année est placé sous le thème « Les Transitions numériques : renforcer la résilience de l’information et des médias à l’ère de l’intelligence artificielle ». Les discussions porteront sur les défis et les opportunités auxquels les médias contemporains sont confrontés, sur l’impact de la transformation numérique, ainsi que sur le rôle du journalisme indépendant dans la promotion de la paix, du développement et de la compréhension mutuelle.
C’est désormais pour moi un immense honneur de céder la parole à Son Excellence Monsieur Ilham Aliyev, Président de la République d’Azerbaïdjan.
Le président Ilham Aliyev : Merci beaucoup, Jane. Merci.
Je souhaite la bienvenue à tous nos invités au Karabagh et tiens à leur exprimer ma reconnaissance pour leur présence parmi nous. C’est déjà la troisième fois que cette rencontre importante se tient au Karabagh. Le Global Media Forum de Choucha est désormais devenu une tradition, et j’espère que cette tradition se poursuivra. Au fil du temps, nous accueillons davantage d’invités et la couverture géographique s’élargit. Cela démontre une fois de plus qu’il existe un réel besoin de discussions ouvertes, dans une atmosphère conviviale, sur les sujets les plus importants — non seulement ceux inscrits à l’agenda de la communauté médiatique, mais aussi les questions à l’ordre du jour mondial. La situation dans le monde évolue très rapidement. Si nous regardons en arrière, vers le forum de l’an dernier à Choucha, nous constatons de nombreux changements dans notre région et dans le monde.
Bien entendu, les médias sont toujours les premiers à se rendre sur le terrain — pour rapporter les faits, couvrir les événements et faire entendre les réactions. Je me réjouis que nous soyons réunis aussi nombreux aujourd’hui ici, à Khankendi. Nous avons décidé d’organiser cette réunion dans ce Palais des Congrès nouvellement construit, situé sur la Place de la Victoire à Khankendi. Je suis convaincu que nos invités seront également intéressés de voir ce qui a été accompli en matière de reconstruction et de retour des personnes déplacées de force il y a plus de 30 ans. Je vais maintenant conclure mon intervention afin de laisser plus de place à la discussion. Encore une fois, merci à tous d’être présents aujourd’hui.
La modératrice Jane Witherspoon : Eh bien, Monsieur le Président, nous avons de nombreuses questions à vous poser. Tout le monde est venu bien préparé, alors lançons les échanges sans plus tarder et passons directement aux choses sérieuses.
Notre première question vient de M. Klaus Peter Ralf Jurgens, directeur de « Economyfirst Limited », basé à Londres.
Klaus Peter Ralf Jurgens : Merci beaucoup, Votre Excellence Monsieur le Président.
Je suis heureux d’être de retour. Merci pour votre invitation. Il est toujours un peu difficile de poser la première question, alors j’aimerais brièvement revenir sur un sujet que nous avions abordé l’an dernier. Nous avions longuement parlé de la COP29. À mon avis, cela a été un immense succès. Ma question est la suivante : selon vous, maintenant que nous sommes à mi-chemin entre deux conférences, et que la prochaine approche déjà, comment décririez-vous l’héritage de la COP29 ? Est-ce qu’il s’agira, pour l’Azerbaïdjan, d’un ensemble de politiques durables ? Et comment expliqueriez-vous à d’autres pays que la COP29 a été spéciale — qu’il ne s’agit pas simplement de passer de la COP30 à la COP31, puis à la COP32 sans changement réel ? Votre impression personnelle serait très précieuse. Comment percevez-vous cet héritage ? Merci infiniment.
Le président Ilham Aliyev : Merci. Merci beaucoup. Cela a été véritablement l’événement de l’année pour notre pays — l’an dernier, lorsque nous avons accueilli cette importante conférence sur le climat avec la participation de 197 pays. Il y avait une très large audience venue du monde entier. Nous avons compté 77 000 participants inscrits — provenant, comme je l’ai dit, de près de 200 pays. Parmi eux figuraient 70 chefs d’État et de gouvernement. Cela a clairement démontré, d’une part, l’importance de cette thématique. D’autre part, de nombreuses personnes venues à Bakou découvraient l’Azerbaïdjan pour la première fois. Je pense que cela a été pour elles une expérience enrichissante. En ce qui concerne notre contribution à l’agenda climatique mondial, je dirais que l’Azerbaïdjan est un pays écologiquement responsable. Nous n’utilisons ni charbon ni fioul pour produire de l’électricité. Nous nous appuyons uniquement sur l’énergie hydraulique et le gaz naturel, et plus récemment, sur l’énergie solaire.
D’ailleurs, notre agenda vert est très vaste. D’ici 2030, sur la base des contrats d’investissement déjà signés, nous disposerons d’au moins six gigawatts d’énergie verte, incluant l’énergie solaire, éolienne et hydraulique. L’hydroélectricité est principalement produite ici, dans la région du Karabagh et du Zenguézour oriental. Nous avons déjà inauguré plus de 30 petites centrales hydroélectriques, d’une capacité totale de 280 mégawatts. Ainsi, notre programme écologique est réellement ambitieux. Par ailleurs, le message que j’ai voulu transmettre — et que l’Azerbaïdjan, en tant que pays hôte, a exprimé — est que nous devons aborder cette question avec réalisme et pragmatisme. Nous comprenons tous qu’il est nécessaire de sauver la planète, mais il conviendrait probablement que ceux qui contribuent le plus aux désastres environnementaux en assument davantage la charge.
Les petits États insulaires en développement — pour lesquels le changement climatique constitue une menace existentielle — ont besoin d’un soutien fort. C’est ce que nous avions prévu et tenté d’apporter. Nous avons organisé une session spéciale consacrée aux petits États insulaires en développement. L’Azerbaïdjan a alloué 10 millions de dollars américains à un fonds spécial destiné à lutter contre le changement climatique dans les pays les moins avancés. Mais, de notre point de vue, on ne peut pas ignorer les combustibles fossiles. Car sans eux, dans un avenir prévisible, le monde ne peut pas fonctionner. Les économies ne peuvent pas fonctionner, les avions ne peuvent pas voler, et tout s’arrêterait. Il faut donc aborder cette question avec réalisme.
Nous mettons en œuvre un programme de transition verte. Mais en même temps, nous comprenons que sans pétrole ni gaz, il ne sera pas possible de planifier le développement, d’envisager l’avenir ou d’assurer les conditions nécessaires à nos citoyens. Cela a été une période difficile pour nous, marquée par des discussions complexes, mais je crois que notre présidence a su instaurer une bonne compréhension. Nous avons assumé un rôle de pont entre le Sud global et le Nord global. Et je pense que nous avons réussi à atteindre cet objectif.
L’un des acquis majeurs de la COP29 a été notre capacité à instaurer une atmosphère constructive et, grâce à notre contribution personnelle, à parvenir à un accord sur l’article 6 relatif au fonctionnement des marchés du carbone — un sujet en discussion depuis au moins dix ans. Il s’agit là d’un résultat concret et particulièrement important de la COP29. Un autre point essentiel, à nos yeux, est l’accord obtenu sur l’augmentation du financement consacré à la lutte contre le changement climatique — celui-ci passant de 100 milliards de dollars américains, chiffre en vigueur avant la COP29, à 300 milliards de dollars. Nous savons que certains pays ne s’en sont pas satisfaits, mais il faut être équitable : nous avons réussi à tripler les financements. Et, bien entendu, ceux qui prendront le relais après nous devront également assumer leur part pour renforcer encore ces engagements. Ces résultats, parmi bien d’autres, constituent notre héritage. Nous avons lancé plus d’une douzaine d’initiatives, et la quasi-totalité des pays y ont adhéré. Je crois que seuls deux pays ne se sont associés à aucune de nos propositions, pour des raisons purement politiques — non en raison d’un manque de substance. Reste désormais à savoir ce que l’avenir nous réserve, notamment au regard de la position de l’administration américaine sur les questions climatiques. Les États-Unis, en tant que puissance mondiale, sont à la fois le principal contributeur au changement climatique et le plus grand investisseur. Leur rôle ne saurait donc être sous-estimé. Ainsi, beaucoup dépendra de cela. C’est pourquoi nous tournons tous notre regard, à la fois plein d’espoir et non sans une certaine inquiétude, vers la COP30, qui se tiendra à la fin de cette année.
Encore une fois, en ce qui concerne l’Azerbaïdjan, nous ne sommes pas un grand émetteur de carbone, comme vous pouvez l’imaginer. Cependant, notre agenda vert et tous nos efforts visant à établir des ponts et à favoriser la compréhension entre différents acteurs ont été dûment reconnus par les Nations Unies et de nombreux partenaires internationaux. Ainsi, en ce qui nous concerne, nous resterons pleinement engagés à la mise en œuvre de notre agenda vert. Quant à la manière dont se dérouleront les COP30, 31 et 32, cela demeure bien entendu une question ouverte.
La modératrice Jane Witherspoon : Merci, Klaus Peter, pour votre question. Nous allons passer rapidement à la question suivante. Nous accueillons le professeur Sherzodkhon Kudratkhuja, président du conseil d'administration de l'Association nationale des médias d’Ouzbékistan et recteur de l’Université de journalisme et de communications de masse d’Ouzbékistan.
Sherzodkhon Kudratkhuja : Bonjour, Monsieur le Président. Tout d’abord, permettez-moi de vous féliciter pour l’excellente organisation du 17e Sommet de l’Organisation de coopération économique, qui s’est tenu pour la première fois à Khankendi le 4 juillet, à un très haut niveau. Nous l’avons tous vu. La visite d’État en Azerbaïdjan du président de la République d’Ouzbékistan, Son Excellence Chavkat Miromonovitch Mirzioïev, a également été un grand succès. En tant que journalistes, nous en avons gardé de très fortes impressions. Nous venons ici depuis trois ans, mais c’est notre première visite à Khankendi.
J’ai plusieurs questions à poser. Permettez-moi de poser la première : je crois qu’une rencontre historique a eu lieu la semaine dernière à Abou Dhabi entre vous et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian. Pourquoi est-ce important ? Pourquoi est-ce extrêmement important ? Parce qu’en ces temps difficiles, alors que le monde traverse de grandes turbulences, vos deux pays ont montré au monde qu’il vaut mieux être amis. Et c’est un très bel exemple à donner aujourd’hui. J’aimerais vous poser la question suivante : la question du corridor de Zenguézour a été abordée parmi bien d’autres sujets. Je sais que ce corridor est très important, tout d’abord pour l’Azerbaïdjan, mais aussi pour l’Arménie et pour toute la grande région caspienne. Mais j’aimerais que vous nous parliez de son importance pour l’ensemble du monde turcique, et des perspectives qu’il ouvre. Car jusqu’à présent, nous n’avions pas de tel lien, mais désormais, nous serons connectés, Inchallah. C’est un sujet très intéressant. J’étais ici l’an dernier aussi, mais je n’ai malheureusement pas pu poser de question. J’ai une question très personnelle à vous poser. C’est ma troisième visite au Karabagh. En chemin, une fois encore, nous avons constaté que tout ici respire l’éternité : chaque pierre, chaque montagne récite une prière, chaque arbre semble dire « merci ». Parce que cela s’est accompli. Et j’ai vu que de nombreux changements se sont produits en trois ans : les routes sont excellentes, pas un seul nid-de-poule, beaucoup de constructions modernes, et de nombreuses mosquées ont été restaurées. Mais ce qui m’a particulièrement impressionné, c’est que les églises aussi sont restaurées. Cela montre au monde entier votre tolérance, votre patience et votre grandeur. Je pense que cela plaît aussi à notre Allah le Très-Haut. Et j’aimerais vous demander : l’Ouzbékistan garde en haute estime et se souvient très bien du grand président de l’Azerbaïdjan, Heydar Aliyev. Il était ami avec notre Charaf Rachidovitch Rachidov. Chaque personne en Ouzbékistan connaît cela. Ma question est un peu personnelle. Malheureusement, il n’a pas vécu pour voir le Karabagh d’aujourd’hui. Il n’a pas pu en être témoin, bien qu’il ait traversé un chemin très difficile. Mais, disons, si la volonté du Très-Haut lui avait permis de voir ce qui s’est passé après 2023, que dirait-il — non pas au président de l’Azerbaïdjan, je précise, mais au grand fils du peuple azerbaïdjanais ? Quelle serait sa vision et son état d’esprit aujourd’hui ? Merci.
Le président Ilham Aliyev : Merci. Tout d’abord, je tiens à vous remercier sincèrement pour vos paroles agréables sur notre pays, sur le Karabagh et sur tout ce que nous faisons ici. Le soutien de nos frères d’Ouzbékistan a toujours été très précieux pour nous. Et, comme vous le savez, le premier geste de soutien en faveur de la reconstruction du Karabagh est venu de l’Ouzbékistan. À l’initiative de l’honorable président Chavkat Miromonovitch, une école d’une capacité d’accueil de 960 élèves a été construite dans la ville de Fuzouli, et elle a été nommée en l’honneur du grand fils du peuple ouzbek, Mirzo Ulugbek. Chavkat Miromonovitch et moi avons inauguré cette école à Fuzouli. J’étais encore à Fuzouli il y a seulement quelques jours. Je me suis renseigné : plus de 500 enfants y étudient déjà. Et cela alors même que le processus de retour des anciens déplacés à Fuzouli n’en est qu’à ses débuts — c’est-à-dire que c’est déjà le nombre d’enfants qui y suivent une scolarité. Nous l’apprécions hautement. Ce fut un geste sincère et fraternel de la part du président de l’Ouzbékistan, une aide concrète apportée à l’Azerbaïdjan dans la restauration de nos territoires. Et comme vous l’avez souligné, le sommet des chefs d’État de l’Organisation de coopération économique s’est tenu ici même à Khankendi. Il a eu lieu dans ce nouveau Centre de congrès, dans cette salle même. Cela revêt une signification hautement symbolique. Car cela signifie que la vie revient ici, y compris à Khankendi. Et nous considérons la participation de huit chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’organisation, ainsi que d’autres pays représentés à un haut niveau, comme un signe de soutien à l’Azerbaïdjan, à ce que nous avons accompli après la restitution de nos terres, et à ce que nous faisons aujourd’hui en redonnant vie à ce qui a été détruit.
D’ailleurs, je dois dire que pendant l’occupation, les séparatistes avaient construit un bâtiment à cet endroit même, qu’ils appelaient le « parlement ». Eh bien, lors de l’une de mes premières visites ici, nous avons pris une décision — que je considère comme absolument juste — de raser ce repaire du mal. Et à sa place, nous avons construit ce magnifique Centre de congrès, qui accueille aujourd’hui des chefs d’État. Un hôtel est également en cours de construction à proximité, à l’endroit même où se trouvait un hôtel à l’époque soviétique, mais qui avait été détruit durant les années d’occupation. La place située devant le Centre de congrès porte désormais le nom de Place de la Victoire. Le bâtiment de l’ancien comité régional de la Province autonome du Haut-Karabagh — qui était le centre du séparatisme — abritera désormais le Musée de la Victoire. Sa construction est en cours.
En ce qui concerne le corridor de Zenguézour, cette artère reliera à coup sûr de nombreux pays. Et lorsque nous parlons de la nécessité d’effectuer des transports via cette voie ferrée ou cette autoroute, il ne s’agit pas uniquement de relier la partie principale de l’Azerbaïdjan à la République autonome du Nakhtchivan. Nous parlons également d’un corridor de transit international. Nous investissons très activement dans les infrastructures de transport et de logistique. Ces dernières années, des milliards de dollars ont été investis, le plus grand port de commerce international de la mer Caspienne a été construit, et nous sommes en train de l’agrandir afin de porter sa capacité de fret à 25 millions de tonnes. Une ligne de chemin de fer reliant l’Azerbaïdjan à la Türkiye via la Géorgie a été construite. Le volume du transport de transit à travers le territoire azerbaïdjanais augmente grâce à l’existence d’infrastructures modernes. Un processus de numérisation est également en cours, les procédures douanières sont en voie de simplification. Cela est également lié aux changements géopolitiques dans notre région, qui rendent d’autres itinéraires de transit plus problématiques. Par conséquent, en prenant tout cela en compte, nous estimons le potentiel du corridor de Zenguézour, à son stade initial, à 15 millions de tonnes de fret. Nous achevons presque la construction de la ligne ferroviaire jusqu’au point de jonction de nos frontières avec l’Arménie et l’Iran, et probablement dans moins d’un an — peut-être même au printemps prochain — le tronçon azerbaïdjanais de cette ligne ferroviaire sera achevée.
En ce qui concerne le tronçon arménien de cette voie ferrée, d’ailleurs, cette ligne faisait partie intégrante du réseau ferroviaire azerbaïdjanais à l’époque soviétique et n’appartenait pas au réseau ferroviaire arménien. En raison de l’absence de connexion ferroviaire avec le reste du réseau ferroviaire arménien, cette ligne reliait l’Azerbaïdjan, à travers l’Arménie, à la République autonome du Nakhtchivan, puis rejoignait le territoire de l’Iran avec un débouché vers le golfe Persique. Ainsi, avec la mise en œuvre du corridor de Zenguézour, nous ouvrirons en réalité une nouvelle direction du corridor Nord-Sud. Il ne s’agira plus seulement du tracé dont tout le monde parle — de la Russie via l’Azerbaïdjan, l’Iran jusqu’à Rasht —, mais aussi d’un itinéraire passant par le Zenguézour oriental et d’autres parties de la région du Zenguézour vers l’Iran, puis vers la Türkiye. D’énormes perspectives s’ouvrent donc pour l’augmentation du flux de marchandises.
Lors de la visite du président ouzbek, nous avons évoqué la nécessité d’augmenter le volume du transport de fret. Aujourd’hui, le volume du fret transporté depuis la Chine via l’Azerbaïdjan connaît une croissance rapide. Parallèlement, la ligne ferroviaire Chine-Kirghizistan-Ouzbékistan-Turkménistan est en construction, avec également un débouché vers la mer Caspienne. Autrement dit, vous voyez que d’importants flux circulent déjà et continueront de circuler dans notre direction. Nous devons donc être prêts non seulement à accueillir et traiter les cargaisons dans le port de Bakou, mais aussi à les acheminer par la ligne Bakou-Tbilissi-Kars via la Géorgie vers la Türkiye, et plus loin encore — vers les ports méditerranéens, ainsi que par Zenguézour, qui deviendra également un axe de transport majeur. Mais, malheureusement, aucun travail n’a été entrepris du côté arménien au cours des cinq dernières années, car cette question est délibérément écartée de l’agenda. Dans ces conditions, les chances pour l’Arménie de devenir un jour un pays de transit sont proches de zéro. Si elle continue de bloquer ce processus, je pense qu’elle se retrouvera non seulement en situation d’isolement dans le domaine du transport — ce qui est déjà le cas aujourd’hui —, mais aussi, dans une certaine mesure, en isolement politique.
Quant à ce que mon père m’aurait dit, je ne peux bien sûr pas le savoir. Mais je peux le deviner. Je pense que vous pouvez le deviner aussi. C’est probablement une question largement rhétorique. Et pour moi, accomplir la volonté de mon père, ainsi que celle de tous ceux qui ont été expulsés de ces terres et sont décédés sans avoir jamais vu ce triomphe de la justice, a été un immense honneur et une source de fierté. Et je vis avec ce sentiment de fierté depuis cinq ans. Inchallah, que moi-même et tout le peuple d’Azerbaïdjan puissions vivre avec ce sentiment jusqu’à la fin.
La modératrice Jane Witherspoon : Merci. Maintenant, nous allons passer la parole au professeur Paolo Liebl von Schirach, président du Global Policy Institute et professeur de science politique et de relations internationales à l’Université Bay Atlantic, à Washington.
Paolo Liebl von Schirach : Monsieur le Président, c’est un grand plaisir de vous revoir, et je vous remercie sincèrement d’avoir été invité à cet événement pour la troisième fois. J’en suis honoré. Je crois que la portée symbolique de cette rencontre avec vous, Votre Excellence, dans ce lieu précis, n’échappe à personne. Elle marque — espérons-le — la fin d’une histoire longue, tourmentée et complexe, que chacun ici connaît bien. Cela étant dit, je me souviens qu’à une autre occasion, vous avez parlé avec beaucoup d’éloquence et de passion de votre vision. Vous en avez d’ailleurs rappelé certains aspects à l’instant, en répondant à la question précédente — notamment la croissance de la région, non seulement celle de votre pays, mais de toute la région, et la façon dont elle pourrait servir de pivot entre l’Europe, l’Asie centrale et le Moyen-Orient, avec toutes les grandes opportunités qu’offre la création d’infrastructures nécessaires. Vous avez à nouveau évoqué certains de ces éléments aujourd’hui. Ma question est la suivante : Pourriez-vous nous en dire davantage sur les vecteurs que vous jugez les plus importants et les plus significatifs pour stimuler le développement de votre pays et de la région en général — en particulier sur le rôle de l’investissement direct étranger à cet égard ? Je me souviens que vous en aviez parlé lors d’une précédente intervention. Depuis, du temps s’est écoulé, et je sais que votre gouvernement est resté très actif sur ces questions. Comment percevez-vous aujourd’hui la promotion des investissements étrangers dans votre pays ? Quels sont, selon vous, les secteurs les plus prometteurs à développer, et quels pays ou partenaires considérez-vous comme les plus susceptibles, disons, les plus fiables, pour y contribuer ? Merci.
Le président Ilham Aliyev : En ce qui concerne notre agenda intérieur, il est assez clair de voir comment l’Azerbaïdjan entend poursuivre son développement. Bien entendu, la priorité principale concerne les secteurs non liés aux combustibles fossiles, et en premier lieu le secteur des technologies de l'information. Nous travaillons actuellement de manière active avec des entreprises internationales dans le domaine de l’intelligence artificielle et sur des questions liées à l’agenda vert. S’agissant du développement régional et de la coopération régionale, la connectivité constitue la priorité. Et je pense que les pays de la région sont aujourd’hui fortement unis dans la compréhension que c’est la voie à suivre. Et cela ne concerne pas uniquement le transit. Car parfois, lorsque nous parlons de corridors ou de voies ferrées, certains peuvent penser qu’il ne s’agit que de transit et de droits de passage. Ce n’est pas le cas — les revenus liés au transit sont importants, mais ce ne sont pas eux qui renforceront véritablement votre pays. L’essentiel est de développer les capacités le long de ces routes — d’attirer des investissements étrangers dans des secteurs capables de générer de la croissance dans les années à venir. Et pour cela, nous avons besoin de plusieurs conditions de base. En premier lieu, la stabilité et la sécurité. Et dans une large mesure, la région bénéficie aujourd’hui d’une situation où les pays d’Asie centrale à l’est, et désormais le Caucase du Sud à l’ouest, sont assez stables. Surtout après le règlement du conflit du Karabagh, je pense que les perspectives de stabilité, de sécurité et de développement n’ont jamais été aussi grandes. C’est donc un facteur majeur pour promouvoir la connectivité. Le deuxième facteur important est l’existence de bonnes relations avec ses voisins. Car sans cela, vous ne pouvez pas devenir un pays de transit. Et il ne faut pas avoir de bonnes relations uniquement avec ses voisins, mais aussi avec les voisins de ses voisins. Pour cela, il faut une diplomatie très active et une image positive en tant que partenaire fiable. Ce que nous avons essayé de faire au cours des dernières décennies, c’est de construire la confiance — afin de démontrer que notre pays est un partenaire fiable, et que notre parole a la même valeur que notre signature. Cela a été le cas jusqu’à présent.
En ce qui concerne la connectivité, le premier élément dont nous pouvons parler est le Couloir médian, qui unit aujourd’hui une large géographie de pays. J’en ai mentionné certains, mais il s’étend de l’Est jusqu’à l’Europe de l’Ouest, et cela contribuera à renforcer la compréhension entre différents acteurs et différentes régions. Nous avons encore besoin d’un meilleur niveau de compréhension mutuelle. Pour revenir à la question relative à la COP29, l’une de mes impressions a été le manque de confiance entre les pays développés et les pays en développement. Chacun d’eux a ses propres raisons de croire qu’il a raison. Mais en l’absence de confiance et face à un niveau élevé de méfiance, je pense qu’il devient difficile d’atteindre les objectifs. Donc, la sécurité, la stabilité, une approche très pragmatique des intérêts nationaux, ainsi que de bonnes relations constructives avec les voisins constituent les conditions nécessaires.
En ce qui concerne l’agenda régional, je mentionnerais également les projets dans le domaine des énergies vertes. Aujourd’hui, non seulement en Azerbaïdjan, mais aussi dans les pays d’Asie centrale, d’importants investissements sont réalisés dans les centrales solaires et éoliennes. Lors de la COP29, en novembre dernier à Bakou, les présidents ouzbek, kazakh et azerbaïdjanais ont signé un accord portant sur la construction d’un câble sous-marin d’énergie verte sous la mer Caspienne, afin de connecter l’énergie verte future d’Asie centrale aux infrastructures de l’Azerbaïdjan. Quelques années plus tôt, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Roumanie et la Hongrie avaient également signé un document sur la construction d’un câble d’énergie verte sous la mer Noire. Vous pouvez donc constater que cette connectivité dépasse aujourd’hui les seules régions du Caucase, de l’Asie centrale et de l’Europe — elle les unit. Et le point de convergence, je dirais, est l’Azerbaïdjan — car on ne peut pas changer la géographie, qu’on le veuille ou non. Mais la géographie à elle seule ne garantit ni la sécurité, ni la stabilité, ni le progrès. Il faut l’exploiter à bon escient. Nous pouvons d’ores et déjà prévoir — sur la base des accords signés entre nous, les pays européens et les pays d’Asie centrale — que l’Azerbaïdjan deviendra une sorte de plaque tournante pour la production, la transmission et la distribution d’énergie verte, avec un potentiel de croissance très important, susceptible de devenir encore plus global qu’il ne l’est aujourd’hui.
En ce qui concerne les projets d’infrastructures énergétiques traditionnelles, nous avons en réalité atteint tous les objectifs que nous nous étions fixés. Oui, nous savons que l’Europe a désormais besoin de davantage de gaz en provenance d’Azerbaïdjan, et nous sommes prêts — en fait, nous augmentons déjà nos livraisons de gaz naturel vers l’Europe. En 2021, elles s’élevaient à 8 milliards de mètres cubes, aujourd’hui, elles atteignent 13 milliards, soit la moitié de nos exportations totales de gaz. Mais pour que des volumes supplémentaires puissent être fournis, il doit y avoir, là encore, une approche pragmatique au sein des institutions européennes.
Quant à l’agenda vert, lorsque les banques européennes ne financent plus les projets liés aux énergies fossiles — par exemple, la Banque européenne d’investissement (BEI) y a totalement renoncé, et la BERD a pratiquement cessé d’en financer — il devient impossible d’attirer des fonds pour accroître notre capacité. Aujourd’hui, le Corridor gazier méridional fonctionne à pleine capacité. Pour atteindre de nouvelles destinations, nous utilisons différentes interconnexions, mais le gazoduc principal est saturé. Son expansion nécessite des financements, des emprunts. Je pense donc que les institutions européennes devraient examiner cette situation et revoir leur politique, afin de permettre la mobilisation des ressources financières. Ce qui, aujourd’hui, paraît figé pourrait ainsi évoluer. Et pour de nombreuses raisons, le besoin de gaz azerbaïdjanais en Europe va non seulement se maintenir, mais aussi croître. La demande d’énergie verte en provenance d’Azerbaïdjan augmentera également. Certes, nous connaissons le nombre d’éoliennes installées en Europe, nous savons ce que les Européens projettent de faire. Mais malgré tout cela, des pénuries subsisteront. C’est pourquoi nous proposons une coopération d’équipe, entre nos partenaires européens et l’Azerbaïdjan, qui constitue un pont géographique entre l’Europe et l’Asie, qui dispose d’une expérience avérée dans la mise en œuvre de projets d’envergure, et qui mène une politique étrangère diversifiée — nous sommes prêts à jouer un rôle actif. Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je ne souhaite pas abuser du temps de l’auditoire.
La modératrice Jane Witherspoon : Nous allons maintenant accorder la parole à M. Dmytro Gordon, journaliste et fondateur du média « Gordon » en Ukraine.
Dmytro Gordon : Monsieur le Président, nous avons suivi avec une grande admiration la manière dont l’Azerbaïdjan a recouvré ses terres et son territoire sous votre direction. C’est un exemple très inspirant pour nous. Et, bien sûr, les Ukrainiens vous sont reconnaissants d’avoir exprimé à plusieurs reprises et publiquement votre soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Cela ne s’oublie pas. Depuis de nombreuses années, nous vivons dans des conditions extrêmement difficiles — dans une guerre brutale où c’est l’existence même de l’État ukrainien qui est en jeu. Quel conseil pourriez-vous, en tant que dirigeant d’un pays victorieux, donner à l’Ukraine et aux Ukrainiens ?
Le président Ilham Aliyev : Merci pour vos paroles agréables sur notre pays et sur ce qui a été accompli pour rétablir notre souveraineté et notre intégrité territoriale. Il m’est arrivé une fois de répondre à une question d’un représentant de l’Ukraine lors d’un événement, il y a plusieurs années, et la question était similaire. Ma réponse aujourd’hui ne sera pas différente de celle que j’avais donnée à l’époque. Et je pense qu’elle est en accord avec les aspirations du peuple ukrainien : ne jamais se résigner à l’occupation. C’est là le principal conseil que je peux donner. C’est ce que nous avons fait. Ou plutôt, c’est ainsi que nous avons envisagé ce processus. La période de la Première guerre du Karabagh a été difficile, tragique. Nous avons eu de nombreuses victimes, il y a eu le génocide des Azerbaïdjanais à Khodjaly, qui se trouve à quelques kilomètres d’ici. La période post-conflit n’a pas été moins difficile — moralement et économiquement. Un million de personnes ont été privées de leurs moyens de subsistance : plus de 700 000 en provenance des régions du Karabagh, et 250 000 Azerbaïdjanais qui vivaient en Arménie et qui en ont été expulsés. À l’époque, la population de notre pays comptait 8 millions d’habitants. Autrement dit, nous avions l’un des taux les plus élevés au monde de réfugiés par habitant.
Nous n’avions pas d’argent, le trésor était vide, pratiquement personne ne nous soutenait, nous ne bénéficions d’aucun soutien international significatif, l’économie était en ruines, l’inflation atteignait 1000 %, le chômage était endémique, et la pauvreté frôlait probablement les 100 %. C’est dans ces conditions que l’Azerbaïdjan se trouvait lorsque Heydar Aliyev est arrivé au pouvoir, et notre peuple a eu la chance qu’il existe une telle personnalité vers qui se tourner en ces temps difficiles, une personne qui a accepté ce lourd fardeau. Il n’était pas un homme jeune, il avait déjà 70 ans, sa santé n’était pas très bonne, il avait traversé une maladie grave, et pourtant c’est lui qui a réussi à stabiliser la situation. Par ailleurs, une guerre civile faisait rage en Azerbaïdjan à cette époque. Puis, progressivement, pas à pas, nous avons commencé à nous relever, à renaître comme on dit. Et nous ne pensions qu’à une seule chose — et je suis certain que la très grande majorité de nos concitoyens partagent mon point de vue — nous pensions à comment reprendre les territoires occupés. Nous comprenions que ce serait difficile. D’abord à cause du terrain. Vous veniez de Fuzouli, qui a été libérée le 17 octobre. Après cela, nos forces armées ont avancé à pied sur une route qui n’existait pas. Près de Khankendi, elles ont gravi les falaises de Choucha. Nous avons prouvé sur le champ de bataille que nous étions prêts à tout. Prêts à faire face à la mort et à affronter cinq à six lignes de fortifications. Voilà pourquoi nous avons tous vécu avec ce désir — celui de reconquérir nos territoires ancestraux.
Le terrain jouait contre nous, la situation internationale était contre nous. Le Groupe de Minsk de l’OSCE, représenté par ses coprésidents, était du côté de l’Arménie — chacun pour ses propres raisons — et chacun s’efforçait de maintenir cette situation indéfiniment. Ce statu quo n’a pas changé. Et même lorsque nous avons réussi, au prix d’efforts diplomatiques incroyables, à faire adopter une déclaration au nom des pays coprésidents, celle-ci a été démentie après un certain temps.
Je me souviens qu’à l’époque, nous étions très enthousiastes à l’idée qu’il avait été déclaré, au plus haut niveau des présidents des États-Unis, de la France et de la Russie, que le statu quo était inacceptable. C’était une déclaration sérieuse, fruit d’un long combat de notre part. Mais après quelque temps, ils ont remplacé un seul mot et, au lieu de dire « inacceptable », ils ont dit « instable ». Autrement dit, ils nous ont donné le signal que finalement, c’était acceptable. Ils ont en quelque sorte baissé leur masque en disant que cela était acceptable. Cela convenait à l’Arménie, cela convenait aux coprésidents du Groupe de Minsk, ainsi qu’à plusieurs autres pays. Cela ne convenait qu’à nous.
Et pendant l’année qui a précédé le processus de négociations, auquel j’ai participé dès la fin de 2003, il y a eu de nombreuses propositions, beaucoup de réunions, peut-être pas entièrement utiles, ainsi que de nombreux messages suggérant que nous devions nous résigner à cette réalité. Voilà donc la réalité, il faut s’y résigner. Et lorsque je disais non, cela était perçu comme un défi aux pouvoirs en place, comme une réaction inappropriée. Le récit principal était alors le suivant : « Vous voyez, ils ne sont pas d’accord ; on leur propose quelque chose en échange d’une indépendance conditionnelle aux séparatistes, mais ils refusent. »
Tous nos arguments fondés sur le droit international, sur le fait que le Conseil de sécurité des Nations Unies avait adopté quatre résolutions exigeant le retrait des forces arméniennes, ainsi que sur le fait que les co-présidents du Groupe de Minsk eux-mêmes avaient voté ces résolutions, se sont heurtés au mur de cette arrogance condescendante nous enjoignant de nous résigner à la réalité. Très bien. Alors nous avons décidé de créer une nouvelle réalité, et ensuite vous seriez contraints de vous y adapter. C’est ce qui s’est passé. Nous avons commencé à façonner cette nouvelle réalité en 2020, en 44 jours. Et ils ont été forcés de s’y conformer. Puis, en septembre 2023, en une seule journée, ils ont également dû s’y plier.
Par conséquent, je réponds à cette question un peu plus largement afin de mettre en lumière ce que j’ai dit dès le début. Ce que j’ai exprimé au départ peut sembler très simple, voire une forme d’esquive, mais il reflète en réalité ce que nous avons vécu, tant durant la guerre, qu’à la table des négociations, et après avoir pleinement restauré notre souveraineté. Si je devais évoquer toutes les menaces, pressions, chantages et autres actions indécentes de certains acteurs étrangers, ce ne serait sans doute pas un spectacle très agréable, d’autant plus que cela nécessiterait probablement une rencontre séparée.
Mais pour revenir à ce que j’ai dit, il ne faut jamais abandonner et jamais accepter la violation de l’intégrité territoriale. Notre ami venu d’Ouzbékistan m’a demandé à propos de mon père. Vous savez, lui, comme nous tous, souhaitait avant tout voir ce jour où nous retournerions au Karabagh. Mais cela ne s’est pas réalisé. J’ai été président pendant 17 ans avant que nous ne libérions ces territoires. Et si nous n’en avions pas eu l’opportunité, nous aurions probablement attendu encore 17 ans. Et ce n’est pas une question de personnalité ni d’ambition, et cela me semble important aussi pour le peuple ukrainien. Il ne s’agit pas d’une personne, ni d’ambitions, mais du sentiment de responsabilité envers les générations qui nous ont précédés, et envers celles qui nous suivront.
Si j'avais su que nous ne pourrions pas recouvrer les territoires, eh bien, nous aurions attendu encore 17 ans, et peut-être encore 17 de plus. Et si ce n'était pas moi qui le faisais, cela n'aurait pas eu d'importance. J'étais, en principe, moralement prêt à ce que ce soit quelqu’un d’autre. Mais je comprenais que si ce n’était pas moi qui menais cette mission à bien, il était peu probable que quelqu’un d’autre puisse le faire. Je ne veux pas paraître trop sûr de moi, mais c’est simplement ce que je pensais, et je partage ici mes souvenirs.
Et une dernière chose. Ma foi en la justice disparaissait peu à peu — tout comme celle de nos anciens déplacés, que je rencontrais régulièrement et auxquels je disais de croire que nous retournerions. Et chaque année, je voyais que la foi dans leurs yeux s’amenuisait. Je pouvais encore la percevoir, ils me disaient de belles choses, que oui, ils croyaient. Mais je voyais tout dans leurs yeux. Et moi aussi, je perdais foi, foi en la justice. Mais notre Victoire est une victoire juste, une victoire totale. Elle prouve que la justice existe — il faut simplement savoir l’atteindre. Et pour l’atteindre, il faut travailler dur chaque jour et se rapprocher de la victoire à chaque instant. Surtout lorsque la décision finale dépend de vous, il faut y consacrer toute sa vie — c’est la seule manière d’y parvenir. Et, bien sûr, le facteur le plus important est l’unité de la société. Cette unité m’a donné, en tant que Président et en tant que Commandant suprême des armées, une telle force morale que j’étais certain que la société et le peuple me soutiendraient. Et cela a probablement été l’un des éléments décisifs.
Je reviendrai donc à ce par quoi j’ai commencé - ne jamais s’y résigner !
La modératrice Jane Witherspoon : Nous allons maintenant accorder la parole à Monsieur Mikhaïl Gousman, premier Directeur général adjoint de l’agence de presse TASS.
Mikhaïl Gusman : Cher Ilham Heydar oglu, bon après-midi. Je tiens à vous saluer et à vous remercier pour le fait que nous soyons aujourd’hui à Khankendi. Même si le forum est intitulé « Le Forum de Choucha », la dernière fois que je suis venu dans cette ville remonte à quarante ans. Et mes collègues, mes compatriotes comprendront certainement l’émotion qui m’anime.
Vous savez, lors du forum précédent, vous aviez identifié avec justesse – alors que je revenais tout juste de Milwaukee – qui serait le locataire de la Maison-Blanche le 20 janvier. Vous aviez vu juste, et c’est ce qui s’est passé. Vous aviez même suggéré que les relations entre l’Azerbaïdjan et les États-Unis, avec cette administration, seraient meilleures. On peut en juger, ne serait-ce que par le message de félicitations du président Trump à l’occasion de la fête de l’indépendance de votre pays.
Ma question sera un peu plus large. Aujourd’hui, à mon avis, l’Azerbaïdjan mène une politique étrangère tout à fait unique. Et je ne sais même pas à quel autre État on pourrait la comparer. Sur tous les axes internationaux — je commencerai par la Russie —, malgré toutes les « étincelles », comme je les appelle, survenues récemment, qui n’ont guère suscité de réactions positives ni dans l’opinion publique russe ni en Azerbaïdjan, les fondements de la déclaration que vous avez signée à Moscou le 22 février 2022 ne font l’objet d’aucun doute. C’est évident.
J’ai parlé des États-Unis. Vos relations avec la Türkiye reposent sur la Déclaration de Choucha. Le président de la République islamique d’Iran se trouvait dans cette même salle il y a seulement quelques jours. Les commissaires européens ne passent pas une semaine sans venir ici. Je pourrais les énumérer tous, sans oublier votre visite en Chine, votre rôle au sein du Mouvement des non-alignés, etc. Il y a là un certain phénomène que, selon moi, tout le monde ne comprend pas nécessairement, et que tout le monde, dans le monde, ne mesure pas à sa juste valeur. C’est dans ce contexte que je souhaite vous poser une question simple. Je comprends bien que vous demander comment vous parvenez à faire cela revient un peu à demander à un violoniste virtuose comment il joue du violon. Il dira probablement : « Je prends juste le violon, l’archet, et je joue. » Mais votre politique repose, me semble-t-il, sur des principes politiques très clairs, réfléchis et cohérents, qui vous permettent de conduire cette politique multivectorielle.
Pourriez-vous citer cinq à sept principes politiques fondamentaux du président Aliyev, grâce auxquels vous êtes en mesure de mener une politique étrangère aussi réussie ? Je vous remercie.
Le président Ilham Aliyev : Merci. J’ai un jour déclaré, lors d’une réunion à huis clos avec mes homologues européens — c’était après 2020, mais avant 2023, alors que la situation faisait encore l’objet de discussions et qu’il y avait toujours des séparatistes ici à Khankendi —, il y a eu une longue conversation. J’ai dit que j’avais déjà exprimé cela publiquement. Et mon interlocuteur m’a répondu : « Et alors ? » Je lui ai dit : « Je ne mens jamais à mon peuple. » Voilà ce que j’ai dit. Et c’est réellement le cas. Mais pour en venir à votre question, je m’efforce également de ne pas mentir à mes partenaires internationaux. Autant que possible, bien sûr. Et je pense qu’il faut faire preuve d’objectivité et d’honnêteté. Revenir au principe fondamental, à savoir qu’il ne faut pas mentir. Je pense que c’est probablement l’un des principes de base : dire la vérité, avant tout à notre propre peuple. Et puisque nous vivons à l’ère d’Internet et des réseaux sociaux, tout ce que vous dites ici résonne instantanément dans le monde entier.
Je pense que mes nombreuses années à la présidence, combinées à l’expérience inestimable que j’ai acquise — une expérience qu’il aurait été impossible d’obtenir autrement — constituent un autre facteur essentiel. S’ajoute à cela le fait que des relations de confiance ont été établies, permettant de croire en l’autre. La confiance ne signifie pas nécessairement que l’on est toujours d’accord ; elle ne signifie pas non plus l’absence de mécontentement ou de divergences d’agenda. La confiance signifie simplement que si une personne dit quelque chose, alors c’est cela qui prévaudra.
Je pense que c’est l’un des facteurs qui nous a permis d’acquérir une réputation sur la scène internationale. Un deuxième facteur, qui me semble tout aussi important — comme vous l’avez justement mentionné — est l’attachement constant aux principes, en l’occurrence aux principes universels du droit international. Nous nous y sommes toujours tenus, dans toutes les situations, indépendamment de toute préférence politique ou autre. En tant que pays ayant lui-même souffert du séparatisme et de l’occupation, nous ne pouvions tout simplement pas formuler une approche différente face à des situations analogues ailleurs dans le monde. C’est pourquoi notre attachement au droit international et à la Charte des Nations Unies constitue également un facteur fondamental, qui, selon moi, a permis à l’Azerbaïdjan d’occuper une place digne sur la scène internationale.
Je pense que la géographie de l’Azerbaïdjan — j’en ai déjà parlé — est, bien entendu, un facteur qui peut être à la fois porteur de risques et très bénéfique, selon les mains entre lesquelles elle se trouve, un peu comme un médicament. Ainsi, la géographie peut être utilisée comme un instrument de protection contre les risques. En ce qui concerne l’Azerbaïdjan, notre pays ne présente aucune source de risque interne. Tous les risques éventuels peuvent provenir de l’extérieur de nos frontières. Il était donc essentiel de nous prémunir contre les surprises, contre des menaces qui ne seraient pas liées à notre propre conduite. Dans ce contexte, notre géographie a joué un rôle important. Un autre élément important est que l’Azerbaïdjan fait partie du nombre très restreint de pays qui sont à la fois membres d’organisations européennes et musulmanes, et qui participent activement à des formats de sommets dans le cadre de l’Union européenne, de l’Organisation de la coopération islamique, de l’Organisation de coopération économique (ECO) et de bien d’autres encore.
Un autre facteur qui souligne la réputation de l’Azerbaïdjan sur la scène internationale est le fait que nous sommes devenus le premier — et jusqu’à présent l’unique — nouveau membre de l’Organisation D-8. Cette organisation, créée à l’initiative de la Türkiye, du Pakistan et de l’Égypte, et qui regroupe aujourd’hui les huit plus grands pays du monde musulman en termes de population et de potentiel, n’avait jamais accepté de nouveaux membres depuis sa fondation il y a plusieurs décennies. L’Azerbaïdjan a été le seul pays admis à l’unanimité.
Je pense que votre question pourrait appeler une réponse sans fin, donc je vais m’arrêter ici. Et bien entendu, il y a un point important pour tous : lorsque l’on prend en compte ses propres intérêts, il faut aussi savoir tenir compte de ceux de son voisin. Autrement dit, la défense des intérêts nationaux est un principe fondamental de la politique étrangère de l’Azerbaïdjan, mais ce principe ne saurait être appliqué de manière excessive sans tenir compte du contexte régional et mondial. Il est toujours nécessaire d’observer la situation, de tenter de la comprendre aussi à travers le prisme du regard de ses voisins. Cela permet alors de mieux appréhender de nombreuses choses, et d’éviter des incompréhensions qui, autrement, pourraient survenir. Ainsi, bien des questions susceptibles de provoquer des malentendus peuvent être réglées de façon assez efficace. Je vous remercie donc pour cette question.
D’ailleurs, je souhaiterais apporter une petite précision. Je n’ai pas prédit la victoire de M. Trump. J’ai simplement dit qu’elle serait préférable pour le peuple azerbaïdjanais, dans la mesure où il partage avec nous des valeurs fondamentales, notamment les valeurs familiales. Il est le seul président des États-Unis à ne pas avoir déclenché de guerres. Et durant son mandat, relativement court, il est apparu clairement comme un homme qui cherche à mettre fin aux conflits. Nous lui sommes également reconnaissants, personnellement, pour sa volonté d’aider l’Azerbaïdjan et l’Arménie à parvenir, enfin, à un accord. Bien qu’il soit préoccupé par des questions internationales d’une ampleur plus globale, il continue de garder un œil sur la situation dans le Caucase du Sud. Nous, en Azerbaïdjan, nous nous réjouissons bien sûr de sa victoire, pour de nombreuses raisons, et nous lui souhaitons de mener son action à bonne fin, d’ « assainir le marécage » entièrement.
La modératrice Jane Witherspoon : Nous allons donner la parole à Madame Zhong Zhong, représentante du bureau de Bakou de l’agence de presse chinoise Xinhua.
Zhong Zhong : Bonjour, Monsieur le Président. Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour l’entretien écrit accordé à l’agence Xinhua avant votre visite en Chine. Votre entretien a suscité une grande résonance en Chine. À vrai dire, vous êtes devenu vous-même la carte de visite la plus brillante de l’Azerbaïdjan. De toute évidence, après votre visite, les échanges entre nos deux pays se sont intensifiés, on pourrait même dire qu’ils sont devenus très dynamiques. Presque chaque jour, nous entendons parler de nouvelles opportunités de coopération entre nos pays. Ma question est donc la suivante : comment évaluez-vous les relations actuelles entre l’Azerbaïdjan et la Chine ? Quelles sont les perspectives de notre coopération ? Et, en ce qui concerne le Grand retour au Karabagh, dans quels domaines les entreprises chinoises pourraient-elles participer ? Merci beaucoup.
Le président Ilham Aliyev : Je vous remercie. J’apprécie sincèrement le niveau de la coopération entre nos deux pays. J’ai eu récemment l’occasion de rencontrer le président M. Xi Jinping à plusieurs reprises. Nous nous sommes rencontrés cette année, lors de ma visite d’État, ainsi que l’année dernière en marge d’un sommet international, et nous avons adopté et signé deux documents importants. L’an dernier, il s’agissait de la Déclaration de partenariat stratégique, et cette année, de la Déclaration de partenariat stratégique global. Il s’agit là de l’un des niveaux les plus élevés de relations interétatiques, et nous sommes très heureux d’avoir atteint un tel degré de confiance mutuelle avec la République populaire de Chine.
Je dois également préciser que le régime de visas a été totalement aboli, il y a tout juste quelques jours, pour les citoyens azerbaïdjanais titulaires de passeports ordinaires souhaitant se rendre en Chine. De notre côté, nous avions supprimé l’obligation de visa pour les citoyens chinois dès l’année dernière. Je pense que cela favorisera l’intensification des contacts entre nos peuples, nos étudiants et nos entrepreneurs.
Nous nous sommes toujours soutenus, et continuons de nous soutenir, quant à l’intégrité territoriale et la souveraineté de nos pays. L’Azerbaïdjan a toujours déclaré ouvertement qu’il soutenait la position de la République populaire de Chine concernant Taïwan et d’autres questions. Notre position – la politique d’une seule Chine – est bien connue des dirigeants et du peuple chinois.
Bien entendu, nous avons de grands projets visant à accroître le volume des échanges commerciaux. Et le potentiel en la matière est immense. Des trains de containers circulent déjà depuis de nombreuses villes de Chine vers l’Azerbaïdjan, puis, à travers l’Azerbaïdjan, vers l’Occident. Leur nombre augmente d’année en année, de plusieurs dizaines de pourcents. Je pense que ce volume sera multiplié à l’avenir. Dès le départ, nous avons soutenu l’initiative « La Ceinture et la Route » du président Xi Jinping, et, de notre côté, nous avons mis en place les infrastructures de transport et de logistique nécessaires sur notre territoire.
Les entreprises chinoises participent activement, en tant que contractants, à la réalisation de projets de centrales solaires. Les panneaux solaires achetés par les sociétés d’investissement proviennent de Chine. Et, récemment, nous avons également entamé une coopération avec des entreprises chinoises dans le domaine de la production d’énergie verte – solaire et éolienne. Des accords correspondants ont d’ores et déjà été signés, et je pense que cela contribuera à notre coopération mutuellement bénéfique.
Donc, les relations sont très solides. Un dialogue politique très actif est mené à la fois au niveau des chefs d’État et à celui des ministres. Nous entretenons également des interactions étroites avec différentes régions de Chine. Plusieurs maisons de commerce azerbaïdjanaises sont déjà en activité en Chine. Nous voyons donc de grandes perspectives dans ce domaine.
En ce qui concerne les projets de transport et de logistique, comme je l’ai déjà mentionné, de nouvelles voies ferroviaires, y compris celles financées par la République populaire de Chine dans la région d’Asie centrale, contribueront à accroître le flux de marchandises à travers la mer Caspienne vers l’Azerbaïdjan, puis le long des routes internationales. Merci donc pour votre question. Et bienvenue !
La modératrice Jane Witherspoon : Nous allons maintenant donner la parole à Oubai Shahbandar, correspondant de AnewZ.
Oubai Shahbandar : Monsieur le Président, je suis le correspondant d’AnewZ à Washington. Je souhaiterais revenir sur votre réponse concernant les relations entre l’Azerbaïdjan et les États-Unis. Bien sûr, il y a un an, lors du Forum de Choucha, vous avez salué l’héritage du président Trump pour n’avoir mené aucune guerre durant son premier mandat, ce que vous avez qualifié de remarquable. Vous avez également évoqué la question des valeurs traditionnelles et souligné que le président Trump — alors candidat — avait donné la priorité à cette politique spécifique, que vous avez dit partager. Un an plus tard, le président Trump a remporté les élections de manière décisive. S’agit-il potentiellement d’une nouvelle ère pour les relations entre l’Azerbaïdjan et les États-Unis ? Les États-Unis et l’Azerbaïdjan peuvent-ils redevenir de grands amis ?
Le président Ilham Aliyev : C’est exactement ce que nous espérons. Je pense qu’aujourd’hui, compte tenu de plusieurs mois d’interactions avec les représentants de l’administration du président Trump, cela démontre clairement que nous sommes sur la bonne voie. Nous sommes revenus à des relations normales. Vous savez que l’administration américaine précédente a presque détruit les liens entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan. De hauts responsables du Département d’État ont déclaré publiquement qu’il n’y aurait plus de « relations normales » avec l’Azerbaïdjan — et cela parce que nous avons restauré notre souveraineté et notre intégrité territoriale. Vous vous rendez compte ? Les États-Unis soutiennent fermement les efforts de l’Ukraine pour restaurer sa souveraineté. Mais quand nous avons restauré la nôtre, ils ont déclaré qu’il n’y aurait plus de relations normales. C’est un haut responsable du Département d’État qui a dit cela. Et de nombreuses autres mesures, que nous avons considérées comme inamicales de la part de l’administration du président Biden, ont été en réalité les principaux facteurs de la détérioration des relations. Et bien sûr, nous avons pris très au sérieux la décision du président Biden de ne pas accorder de dérogation à la section 907 de la Loi sur le soutien à la liberté — une dérogation que lui-même et ses prédécesseurs accordaient chaque année. Ils le faisaient parce qu’ils avaient besoin de nous en Afghanistan. Et dès qu’ils n’ont plus eu besoin de nous en Afghanistan, ils ont rétabli les sanctions contre l’Azerbaïdjan — des sanctions adoptées en 1992. En 1992, le Congrès américain a adopté des sanctions contre l’Azerbaïdjan au motif — écrit noir sur blanc — que l’Azerbaïdjan bloquait l’Arménie — alors que c’était, comme aime à le dire le président Trump, une fausse information. Nous ne bloquions pas l’Arménie. C’est l’Arménie qui occupait notre territoire. Mais à cause de l’activité du lobby pro-arménien au Congrès américain, cette sanction a été imposée. En 2001, lorsque les États-Unis ont eu besoin de nous pour la mission en Afghanistan, le président — et ensuite tous les présidents — ont accordé une dérogation à cette sanction. Donc, le président Biden l’a rétablie. Aujourd’hui, nous voyons un grand potentiel pour un partenariat solide avec les États-Unis. Nous avons reçu des messages très positifs de Washington — et les messages venus d’Azerbaïdjan ont aussi été très positifs. Nous avons une grande histoire de partenariat dans les domaines liés à la sécurité énergétique, à la sécurité en général, et aux questions de connectivité. Et comme je l’ai dit, nous avons été aux côtés des États-Unis en Irak et en Afghanistan lorsqu’ils avaient besoin de nous. Nos militaires ont servi côte à côte avec eux. Nous sommes donc enthousiastes, et nous espérons que des étapes importantes dans un avenir proche permettront d’élever les relations entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan à un niveau supérieur. Je pense que ce sera tout à fait naturel, car beaucoup de choses nous unissent — en particulier avec l’administration Trump. Et d’ailleurs, son premier mandat présidentiel a également été très positif pour les relations américano-azerbaïdjanaises. Je pense que cette continuation des tendances positives — que nous observons déjà — est prometteuse. Comme je l’ai dit, il est très occupé en ce moment, il gère des questions mondiales et met fin aux guerres. Mais en même temps, il est activement impliqué dans le processus dans le Caucase du Sud, et il fait un excellent travail pour aider l’Azerbaïdjan et l’Arménie à trouver une solution à ce conflit de longue date. Donc, je pense que nous aurons encore de bonnes nouvelles à l’avenir.
La modératrice Jane Witherspoon : Merci. Monsieur Agha Iqrar Haroon, directeur de l’agence DND News, bonjour et bienvenue.
Agha Iqrar Haroon : Merci beaucoup. Tout d’abord, Monsieur le Président, je tiens à vous remercier pour tout ce que vous avez fait durant les moments difficiles que le Pakistan a traversés. Il était alors sous agression, et vous — ainsi que votre pays et votre nation — avez soutenu le Pakistan. Cela ne sera jamais oublié. Merci infiniment pour cela.
Ma question fait écho à ce qui a été évoqué par nos amis russe et ukrainien, ainsi qu’à votre réponse. Voyez-vous, je parle en tant qu’étudiant en philosophie politique. L’Azerbaïdjan devient — de manière très calme, mais avec une grande détermination — un centre de négociation et de médiation internationale. Vous avez récemment joué un rôle de médiateur entre Israël et la Türkiye, et auparavant, vous avez accueilli une réunion entre l’OTAN et la Russie. Ce sont des évolutions majeures. Avant de vous interroger sur la recette ou les facteurs derrière ce succès, je voudrais mentionner une chose. Vous avez utilisé à l’instant le mot OCE. Or, l’Organisation de coopération économique (OCE) n’a pas été aussi active ou efficace qu’elle aurait dû l’être. Quelles sont, selon vous, les raisons de ce ralentissement d’une organisation régionale pourtant importante ? Et deuxièmement, l’Azerbaïdjan pourrait-il jouer un rôle entre l’Ukraine et la Russie, afin que ce conflit puisse au moins être mis en pause ? Je vous remercie infiniment.
Le président Ilham Aliyev : Merci beaucoup. Nous n’intervenons que lorsqu’on nous le demande. Si nous ne sommes pas invités, nous restons chez nous. Nous ne nous rendons pas, comme certaines personnes le font, chez quelqu’un sans invitation. S’il y a une invitation, je pense que nous pouvons fournir la facilitation nécessaire — mais uniquement si cela nous est demandé. Quant à l’OCE, je suis d’accord pour dire que cette organisation possède un grand potentiel. À l’occasion de ce sommet à Khankendi, nous avons voulu apporter une nouvelle dimension à cette institution. Avant le sommet, j’ai rencontré le Secrétaire général, M. Khan — qui, comme vous le savez, est originaire du Pakistan — et nous sommes convenus que différents forums seraient organisés cette fois-ci. Tous ont eu lieu ici, dans les territoires libérés : l’un à Choucha, un autre à Aghdam, et un autre encore à Latchine. Il s’agissait d’un Forum économique, d’un Forum des femmes et d’un Forum de la jeunesse. Ensuite, les représentants de ces forums ont fait rapport lors du sommet, devant les chefs d’État, sur les discussions menées et les accords trouvés.
Nous avons besoin que l’OCE soit plus consolidée et plus efficace, car nous connaissons le potentiel de ses pays membres. Il existe des formats bilatéraux de partenariat, plus ou moins actifs, entre les États membres, mais il nous faut une approche multilatérale plus forte. De ce point de vue, je suis convaincu que les efforts de l’Azerbaïdjan seront appréciés. Nous avons désormais assumé cette responsabilité en tant que pays assurant la présidence, et je suis convaincu que ce mandat sera couronné de succès. Nous avons une grande expérience dans l’exercice de la présidence du Mouvement des non-alignés — une institution bien plus vaste que l’OCE. Mais durant nos trois années de présidence, notre performance a été si efficace que les États membres ont décidé à l’unanimité de prolonger notre mandat d’une année supplémentaire. Ainsi, nous avons assuré la présidence pendant quatre ans, et nous avons apporté beaucoup de dynamisme au Mouvement des non-alignés. Nous avons lancé la création du Réseau parlementaire, désormais opérationnel, ainsi que d’une Plateforme des femmes et d’une Plateforme de la jeunesse — autant de mécanismes qui rendent les organisations internationales plus fortes et plus audibles. Nous — comme de nombreux autres pays — participons à différentes institutions internationales. Mais parfois, ces institutions manquent de cohésion. C’est pourquoi nous ferons tout notre possible.
En ce qui concerne notre politique étrangère aujourd’hui, je dirais que sa direction n’a pas changé, mais que sa forme, elle, a évolué. La raison en est qu’avec le conflit du Karabagh désormais derrière nous, nous disposons de plus de temps pour nous concentrer sur des domaines auxquels nous ne pouvions pas accorder d’attention auparavant, car nous étions sous occupation. La résolution du conflit, les négociations sans fin, les visites inutiles de la troïka du Groupe de Minsk… tout cela demandait énormément de temps et d’énergie. Nous n’avions donc ni le temps ni même le potentiel de nous consacrer à d’autres sujets. Toute notre politique étrangère était orientée vers le rétablissement de notre intégrité territoriale, ce qui était naturel. À présent que cet objectif est atteint, nous sommes devenus beaucoup plus actifs sur la scène internationale. Ce que vous avez mentionné à propos de nos efforts de médiation entre différents pays n’en est qu’un aspect. Nous sommes réellement devenus un membre actif de la communauté internationale. Grâce à des liens solides avec divers acteurs internationaux, nous pouvons — et nous allons — jouer un rôle beaucoup plus important, du moins dans la région élargie. Lorsque je parle de « région élargie », j’entends par là le Caucase du Sud, le Moyen-Orient, l’Asie centrale, et toutes les zones géographiques proches de l’Azerbaïdjan. Il en va de même pour l’Europe — car notre agenda avec l’Union européenne connaît actuellement ce que je qualifierais de relance. Nous avons également traversé des périodes difficiles avec la précédente Commission européenne. Mais aujourd’hui, avec la nouvelle Commission, nous avons reçu des messages très positifs de la part de sa direction et, bien entendu, nous y avons répondu de manière tout aussi positive.
La modératrice Jane Witherspoon : Merci. Holger Friedrich, éditeur du journal « Berliner Verlag », je vous en prie.
Holger Friedrich : Merci, Monsieur le Président, et merci à tous vos collègues pour l’invitation. Je viens de Berlin, en Allemagne, et l’image de l’Azerbaïdjan dans les pays d’Europe de l’Ouest est, disons, quelque peu controversée. Mais mon expérience personnelle au cours des dernières années — dans cette région, en Ouzbékistan, au Kazakhstan, et même en Azerbaïdjan — est tout à fait différente. C’est une région très dynamique : vibrante, hautement éduquée, pleine d’ambition. Même avec le conflit avec l’Arménie, il y a aujourd’hui une solution. Si l’on regarde l’Europe, malheureusement, de nombreux conflits n’ont actuellement aucune solution. Ma question est donc la suivante : vous êtes un dirigeant politique, responsable de l’Azerbaïdjan. Si vous aviez la possibilité d’influencer l’opinion publique dans les pays d’Europe de l’Ouest, quelle image de l’Azerbaïdjan souhaiteriez-vous qu’elle reflète aujourd’hui ? Et je ne parle pas des médias, mais bien de l’opinion publique. Avez-vous une vision à cet égard ?
Le président Ilham Aliyev : Oui, mais vous savez mieux que moi que l’opinion publique est largement influencée par les médias — notamment lorsqu’il s’agit de se forger une opinion sur un pays que l’on ne connaît pas. On porte alors un jugement basé sur ce que l’on lit ou voit dans les médias. Vous avez choisi un mot très diplomatique — « controversée » — je vous en remercie. Mais pour parler très franchement, je dirais que l’opinion publique occidentale, influencée par les médias occidentaux, est extrêmement négative et injuste à l’égard de l’Azerbaïdjan. Nous avons tenté de le changer, mais cela ne fonctionne pas. Et ce n’est pas par manque d’initiative — nous avons été très actifs — mais parce qu’il existe certaines règles et certains mécanismes dans le spectre politique européen qui sont conçus pour diaboliser l’Azerbaïdjan et répandre des rumeurs et de fausses informations sur notre pays. Plusieurs raisons expliquent cela. L’une d’elles, qu’il ne faut pas sous-estimer, est l’influence des groupes de lobbying arméniens, très organisés et très actifs aux États-Unis. Et nous savons — tout comme vous — dans quelle mesure certains médias en Occident, y compris en Allemagne, peuvent être influencés par les États-Unis. Ainsi, lorsque la ligne éditoriale est dictée par des cercles anti-azerbaïdjanais influencés par les médias arméniens, nous sommes confrontés à une attaque médiatique coordonnée contre l’Azerbaïdjan. Nous y avons été confrontés à plusieurs reprises — je dirais même très souvent — notamment à l’approche d’événements internationaux d’envergure. Le premier exemple remonte à 2015, lorsque nous avons accueilli les premiers Jeux européens à Bakou. Nous avons alors été la cible d’articles mensongers, d’attaques et de tentatives de chantage de la part des médias occidentaux. L’exemple le plus récent est celui de la COP29, à l’occasion de laquelle nous avons vu paraître au moins sept à dix articles dans les grands médias occidentaux — que le président Trump qualifie à juste titre de « fausses nouvelles » — tels que « The Washington Post », « The New York Times », « Newsweek », ou encore certains médias français comme « Le Monde » et « Le Figaro ». Il s’agissait d’une campagne coordonnée et orchestrée visant à discréditer l’Azerbaïdjan. Donc, la première raison, c’est l’influence et l’activisme du lobbying arménien. La deuxième, c’est que nous connaissons le potentiel de notre pays. Nous connaissons l’importance de l’Azerbaïdjan dans différents domaines. Et plus le temps passe, plus nos capacités grandissent. Cela, naturellement, suscite une certaine frustration dans certains cercles en Occident — du fait que l’Azerbaïdjan mène une politique hautement indépendante, qu’il ne suit pas les instructions, qu’il ignore les conseils, et qu’il agit selon ce qu’il juge conforme à son intérêt national. Si nous avions suivi ces conseils, notre pays serait probablement aujourd’hui en guerre avec au moins deux de ses voisins. Si nous les avions suivis, nous n’aurions jamais récouvré le Karabagh. Si nous les avions suivis, nous serions encore dépendants du FMI et de ses stratégies de division. Mais nous ne les avons pas suivis. Nous avons construit un pays fort, une économie solide. Nous avons réduit notre dette extérieure à 6,9 % du PIB. Pendant ce temps, les pays qui nous critiquent affichent des dettes publiques supérieures à 100 % de leur PIB. Nous avons fait passer le taux de pauvreté de 49 % à 5 %. Je ne veux pas commenter la pauvreté en France — il me semble qu’elle se situe autour de 16 %. Voilà la réalité. Nous vivons notre propre vie. Nous n’imposons rien aux autres. Nous ne disons pas aux Européens comment ils doivent se comporter, qui ils doivent épouser, ou ce qu’ils doivent manger. Nous demandons simplement nous rendre la pareille. Nous demandons du respect. Nous voulons que l’on comprenne que c’est notre vie, notre terre, et que nous faisons ce que le peuple azerbaïdjanais nous demande de faire. Pour être franc, nous avons mis de côté les efforts visant à influencer l’opinion publique en Europe. Nous pensons que cela ne sert à rien. Mais la meilleure voie, selon moi, c’est celle d’événements comme celui-ci — lorsque nous accueillons des journalistes et des responsables de médias de plus de cinquante pays. Chaque année, le nombre de participants augmente, et nous accueillons de nouveaux invités. La meilleure manière de progresser, ce n’est pas de vous dire du bien de nous-mêmes — c’est que vous veniez, que vous parliez aux gens, que vous leur demandiez ce qu’ils pensent de moi, de notre gouvernement, et de la façon dont ils voient l’avenir du pays. Ensuite, une seule chose est nécessaire : dire la vérité à votre public. Et cela, je pense, contribuera considérablement à la compréhension mutuelle. Merci.
La modératrice Jane Witherspoon : Nous allons passer la parole à M. Gela Vasadze, auteur et animateur de la chaîne Caucasus News.
Gela Vasadze : Bonjour, Monsieur le Président. Merci beaucoup pour un autre événement — le troisième appelé Media Forum de Choucha. C’est réellement une célébration, qui laisse une profonde impression. Un certain nombre de questions que j’avais préparées ont déjà été posées. Donc j’en poserai d’autres. J’en ai encore, plusieurs se sont accumulées au fil de l’année. À propos de la réunion à Abou Dhabi. Après cette réunion, pour être honnête, j’ai repensé à ce que je disais sans cesse à mon ami Farhad Mammadov, qui est assis à côté de moi. À chaque rencontre, je lui disais : Farhad, nous pouvons parler de tout, mais mettons-nous d’accord sur une chose : les intérêts nationaux de l’Azerbaïdjan et de la Géorgie coïncident complètement. Leurs intérêts stratégiques coïncident complètement. Et après la réunion d’Abou Dhabi, je me suis dit : mais en quoi les intérêts nationaux de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan sont-ils si contradictoires ? En quoi s’opposent-ils stratégiquement ? Honnêtement, je n’ai pas vu de telles contradictions. Car les intérêts de l’Arménie sont les mêmes que ceux de l’Azerbaïdjan : avoir un voisin normal, un partenaire, et développer cela. Nous sommes déjà arrivés à un point où ces intérêts sont reconnus, et où nous avons en fait une situation dans laquelle des forces extérieures — je ne parle pas de pays, mais d’un groupe spécifique de personnes avec des intérêts — empêchent simplement nos pays et nos peuples de la région de vivre normalement. Merci.
Le président Ilham Aliyev : Merci. Je pense que votre question, dans ce contexte et à ce moment historique, est tout à fait légitime, et je n’ai aucune objection à l’idée que les intérêts de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan puissent coïncider. Mais le fait est que l’Arménie a toujours vu les choses différemment. S’il n’y avait pas eu l’occupation, ni la déportation des Azerbaïdjanais avec toute la barbarie, la destruction et le génocide, la situation dans le Caucase du Sud aurait été complètement différente. Le Caucase du Sud aurait été intégré depuis longtemps — économiquement, politiquement, au niveau des transports, et très probablement dans le domaine de l’énergie. Et tout aurait été en ordre, tant de temps n’aurait pas été perdu. La raison ne vient pas de nous, mais de la nature occupante des régimes qui ont dirigé l’Arménie depuis l’effondrement de l’Union soviétique. Aucun d’entre eux ne s’est particulièrement distingué des autres par son azerbaïdjanophobie et son agressivité injustifiée contre l’Azerbaïdjan.
Ayant déjà été ici à plusieurs reprises, vous avez peut-être remarqué la destruction et la profanation de nos sites religieux. Mais quand je viens ici, ce qui est très fréquent, je me demande parfois : après tout, nous ne leur avons rien fait de mal à l’époque soviétique, absolument rien. Ils vivaient ici dans la paix, ils avaient une entité semi-autonome. Ce n’était pas une république, mais une province autonome, et elle était dirigée par des personnes d’origine arménienne. En face de ce bâtiment, comme je l’ai déjà dit, se trouve le bâtiment de l’ancien comité régional. Le premier secrétaire du comité régional y siégeait — il était arménien. Le président du comité exécutif était également arménien. Il y avait neuf membres au bureau du comité régional de la Province autonome du Haut-Karabagh, et parmi eux, un seul Azerbaïdjanais. Et c’était le premier secrétaire du comité régional de Choucha. Il devait simplement y être en vertu de sa fonction, et sinon, il n’aurait pas été inclus non plus. De quelle oppression parlions-nous ? Il n’y avait pas d’oppression. Au contraire, ils bénéficiaient de tous les avantages que la République d’Azerbaïdjan, alors soviétique, offrait. Et tout ce que vous voyez sur cette place, eh bien, à l’exception de ceci, a été construit par des architectes azerbaïdjanais. Le bâtiment du comité régional a été construit par l’architecte Hassan Madjidov, le bâtiment de l’hôtel Karabagh, que nous avons maintenant restauré, a été construit par l’architecte Enver Gassimzade, père du président actuel de l’Union des architectes. Le bâtiment du comité exécutif, qui est en cours de restauration, a été construit par l’architecte azerbaïdjanais Kenguerli. Voilà la réalité des faits. Toute cette colère est injustifiée. Pourquoi fallait-il transformer Aghdam en Hiroshima du Caucase, comme ils l’appellent ? Après tout, cela a été fait après la fin de la guerre. C’est une colère injustifiée, qui a conduit à la destruction de tout ce qui est lié à l’Azerbaïdjan et aux Azerbaïdjanais.
Eh bien, si nous parlons d’Abou Dhabi et des commentaires que nous avons entendus de la part d’Erevan, oui, cela a été un bon commentaire, et je suis au courant de ce qu’a dit le Premier ministre Pachinian concernant le fait que le Karabagh aurait dû être reconnu plus tôt comme faisant partie de l’Azerbaïdjan. Cela aurait dû être le cas. Je le leur ai dit. En 2018 et en 2019, je leur ai dit, je les ai prévenus que la situation allait empirer. Eh bien, qu’avons-nous eu à la place ? Quand vous quittez cet endroit, si vous allez un peu à gauche et regardez à gauche, vous verrez un stade de football. Il est actuellement en reconstruction. Ce stade a été construit dans les années 1950, et savez-vous comment il s’appelait ? Non ? Aucune idée ? Le stade Staline. Donc, à ce stade, le Premier ministre Pachinian, qui dit aujourd’hui que le Karabagh aurait dû être reconnu plus tôt comme partie intégrante de l’Azerbaïdjan, a déclaré lors d’un grand rassemblement à l’été 2019 que « Le Karabagh, c’est l’Arménie, point final ». Il s’est donc inscrit pour une vie difficile, pour ainsi dire. Je ne parle même pas de ce qui se passait dans les prairies de Choucha ni de la tentative de transférer le parlement, comme je l’ai déjà mentionné, dans la ville de Choucha par décision de M. Pachinian. Ils avaient commencé à le construire ici. Quand je suis venu ici, je me souviens même d’y être allé et de m’adresser aux gens depuis cet endroit. J’ai fait un discours debout devant ce bâtiment. Nous l’avons démoli. Savez-vous ce qu’il y a maintenant à la place de ce bâtiment ? C’est la deuxième question. Savez-vous ? L’hôtel de Choucha où vous séjournez. Voilà l’histoire.
Maintenant que nous avons récupéré ce qui nous appartient et que tout le monde s’en est accommodé, je ne vois plus de contradictions sérieuses à présent. Mais dans le cadre d’une longue discussion avec mon homologue arménien, l’un des sujets abordés a été le très faible niveau de confiance entre les parties, ce qui est tout à fait compréhensible. Quant à nous, notre position n’a jamais changé. Tout comme je l’ai dit en 2003 que le Karabagh est notre terre, je continue à le répéter depuis 22 ans. Mais la position arménienne, elle, a changé. Où est la garantie qu’elle ne changera pas encore ? Existe-t-il une telle garantie ? En tenant compte de l’étymologie et de l’évolution de la conscience, je n’ai pas cette garantie. C’est pourquoi la garantie doit être fondée sur les normes et documents juridiques internationaux qui, comme je l’ai dit à Abou Dhabi, enterreront le séparatisme de béton armé. Et pour cela, la dissolution du Groupe de Minsk de l’OSCE est nécessaire. La logique est simple. Si la partie arménienne estime que le conflit du Karabagh est terminé et que le Groupe de Minsk a été créé pour régler ce conflit, alors ce groupe doit être dissous. Pour cela, des modifications à la constitution arménienne sont nécessaires, afin que la déclaration d’indépendance contenant des revendications territoriales envers l’Azerbaïdjan soit supprimée. Et c’est essentiellement tout. Par conséquent, le texte du traité de paix a été convenu. L’idée de parapher ce document a également été proposée par la partie azerbaïdjanaise. Nous n’avons tout simplement pas commenté ce qui s’est passé à Abou Dhabi. Nous avons estimé que, puisque nous avions convenu d’un texte commun du communiqué, il n’y avait rien à commenter. Mais la partie arménienne, comme toujours, tente de révéler certains détails avec ses propres commentaires. En principe, nous ne sommes pas loin d’enterrer le cercueil de béton armé et de continuer à vivre normalement. Je l’ai déjà dit lors de réunions précédentes : vous vivez votre vie et nous vivrons la nôtre. Ce n’est qu’ainsi, progressivement et pas à pas, qu’une situation plus ou moins acceptable pourra se développer dans le Caucase du Sud, afin que les trois pays puissent enfin commencer à discuter de la possibilité d’au moins une forme de coopération.
Merci pour votre question et bienvenue encore une fois.
La modératrice Jane Witherspoon : Pourrions-nous maintenant, s’il vous plaît, passer le micro à Naïlé Balaïeva de l’agence Reuters ?
Naïlé Balaïeva : Monsieur le Président, j’ai plusieurs questions à vous poser. Compte tenu du plan de l’Union européenne visant à cesser d’utiliser le gaz russe d’ici 2027, l’Azerbaïdjan est-il prêt à augmenter ses exportations de gaz ? Ma deuxième question concerne le corridor de Zenguézour. Le Premier ministre arménien a récemment déclaré avoir reçu une proposition des États-Unis concernant ce corridor. Quelle est la position officielle de Bakou à ce sujet ?
Ma question suivante porte sur les relations entre l’Azerbaïdjan et la Russie. Pourquoi l’Azerbaïdjan n’a-t-il pas participé à la réunion du Conseil économique de la CEI, et quelle en est la raison ? Quel est l’état actuel des relations entre l’Azerbaïdjan et la Russie ? Moscou a-t-il répondu aux préoccupations exprimées par l’Azerbaïdjan à propos de l’incident impliquant un avion de la compagnie aérienne AZAL ?
Le président Ilham Aliyev : En ce qui concerne notre coopération avec l’Union européenne — comme vous le savez, en 2021, nous avons signé la Déclaration sur le partenariat stratégique dans le domaine de l’énergie. Depuis lors, nous avons augmenté nos livraisons de gaz à destination de l’Europe, passant de 8 à 13 milliards de mètres cubes. Aujourd’hui, nous fournissons du gaz à 12 pays — dont 10 pays européens, et 8 membres de l’Union européenne. L’Union européenne a qualifié l’Azerbaïdjan de partenaire fiable et, dans le même temps, de fournisseur paneuropéen de gaz — ce qui est exact. Et si l’on considère la couverture — j’entends par là la couverture géographique du gaz acheminé par gazoduc, et non du GNL — l’Azerbaïdjan figure parmi les pays de premier plan à l’échelle mondiale. Récemment, lors de la Semaine de l’énergie de Bakou, j’ai évoqué dans mes interventions nos projets en matière de production gazière. J’ai annoncé que nous prévoyons d’augmenter la production de gaz naturel jusqu’à 8 milliards de mètres cubes d’ici 2030. Ainsi, si nous exportons actuellement 25 milliards de mètres cubes, nos exportations atteindront environ 33 milliards. Et la question qui se pose est la suivante : où diriger ces 8 milliards supplémentaires ? C’est une question importante. J’ai déjà abordé ce sujet en évoquant la capacité du réseau de gazoducs existant et des interconnexions. Sans élargissement de ce réseau, il sera difficile, voire impossible, de planifier une augmentation des exportations.
Quant aux relations entre la Russie et l’Union européenne dans le domaine du gaz naturel, nous n’avons jamais considéré ce facteur comme devant orienter notre position. Nous n’avons jamais cherché à concurrencer la Russie, même à l’époque où elle livrait plus de 150 milliards de mètres cubes à l’Europe, et nous ne nous sommes jamais proposés comme une solution de remplacement. Non. Pour nous, il s’agit d’une démarche purement commerciale. Nous avons toujours abordé notre politique énergétique sous un angle économique. Nous ne l’avons jamais politisée. Nous n’avons jamais interrompu nos livraisons de gaz à des pays avec lesquels nous n’entretenions pas de bonnes relations. Nous avons toujours adopté une approche fondée sur des principes commerciaux, en respectant nos engagements. Il n’y a donc jamais eu de rupture dans l’approvisionnement en gaz de quelque pays que ce soit. Voilà la réalité. Ces 8 milliards de mètres cubes supplémentaires doivent être dirigés quelque part, et nous examinons actuellement nos options. Nous avons reçu des propositions de plusieurs États membres de l’Union européenne, tant de la part de ceux qui reçoivent déjà notre gaz que de ceux qui n’en reçoivent pas encore. Nous évaluons ces propositions en tenant compte de l’accessibilité aux marchés et, bien entendu, des conditions commerciales.
En ce qui concerne votre question concernant l’entreprise américaine et le corridor de Zenguézour, c’est une question qui relève des autorités arméniennes. Sur notre territoire, il n’y aura ni opérateur, ni bail, ni location. Nous faisons tout nous-mêmes. Ce que l’Arménie souhaite faire je l’ignore. Elle peut entreprendre bien des choses. Elle a invité les soi-disant observateurs européens, qui ne sont en réalité qu’un groupe d’espions chevronnés menant des activités de renseignement contre nous — et, d’ailleurs, tout récemment encore, contre l’Iran. Lors de la récente confrontation entre Israël et l’Iran, ils se promenaient et circulaient en voiture le long de la frontière iranienne. Ils aiment nous observer aux jumelles. Nous faisons de même. Demain, ils pourront inviter — je ne sais pas — qui bon leur semble. Ils peuvent inviter n’importe qui. Ce qui importe pour nous — et je l’ai réaffirmé à mon homologue à Abou Dhabi — c’est que nous devons bénéficier d’un accès sans entrave et en toute sécurité de l’Azerbaïdjan à l’Azerbaïdjan. Et nous le considérons exactement ainsi, comme un accès d’une partie du pays à une autre. Les marchandises azerbaïdjanaises, tout comme les citoyens azerbaïdjanais, ne devraient avoir à faire face ni aux forces de sécurité frontalières arméniennes, ni à quelque autre entité que ce soit. Il s’agit là de notre revendication légitime, et je la considère comme parfaitement justifiée. Autrement, notre population serait exposée à des menaces. Je me souviens qu’à l’époque soviétique, lorsque les échanges commerciaux s’effectuaient entre Bakou et le Nakhtchivan, sur ce tronçon précis du Zenguézour, les Arméniens lançaient des pierres contre les vitres des trains. La plupart de ces vitres étaient brisées. C’est l’histoire — et nous nous en souvenons. Et cela se passait à l’époque soviétique, avec toute sa discipline et ses mécanismes de répression. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas prendre le risque de mettre en danger la vie et la santé de nos concitoyens. C’est pourquoi il ne doit y avoir aucun contact physique, et des garanties de sécurité doivent être mises en place afin que nos citoyens et nos marchandises puissent circuler librement. Il s’agit d’une revendication tout à fait légitime.
Concernant les relations avec la Russie — votre question portait sur l’incident de l’avion. Malheureusement, nous n’avons reçu aucune réponse de la part des autorités russes, alors que sept mois se sont déjà écoulés. Pour nous, les faits sont clairs. Nous savons ce qui s’est passé, et nous pouvons le prouver. Et nous savons que les responsables russes savent eux aussi ce qui s’est passé. La question est donc la suivante : pourquoi ne font-ils pas ce que tout voisin digne de ce nom ferait ? Nos demandes — ou plutôt nos exigences — sont parfaitement légitimes : reconnaître que cet accident relève de leur responsabilité ; sanctionner ceux qui ont abattu notre avion ; verser une indemnisation aux familles des victimes, aux blessés, ainsi qu’à la compagnie aérienne AZAL pour la perte de l’appareil.
Très bien, je vais prendre encore quelques minutes. Heureusement, les pilotes ont fait preuve de bravoure, de courage et de professionnalisme — ils ont réussi à poser l’appareil, ce qui nous a évité de le perdre. Dès que nous avons dépêché une équipe à Aktaou pour enquêter, celle-ci a constaté — et filmé — que le fuselage était criblé d’impacts. Deux personnes à bord ont été blessées par des éclats. L’idée selon laquelle un drone ukrainien aurait pu heurter l’avion est tout simplement absurde.
Il y a eu deux attaques contre l’avion. Imaginez un peu : un drone ukrainien arrive, cible un avion azerbaïdjanais, le frappe, s’écrase, puis revient ? C’est un conte pour enfants. Nous savons parfaitement ce qui s’est passé. De plus, l’espace aérien russe n’avait pas été fermé. Il ne l’a été que plusieurs minutes après que l’avion a été touché. Cela relève également de la responsabilité de ceux qui ont omis de déclencher l’opération « KOVYOR » visant à fermer l’espace aérien. Tout cela est aussi limpide que le ciel d’aujourd’hui. Mais depuis sept mois, aucune réponse. Notre Procureur général adresse régulièrement des lettres au président du Comité d’enquête de Russie. Et toutes ces lettres reçoivent la même réponse : « L’enquête est en cours. » Nous attendrons donc la fin de l’enquête. Mais je considère qu’une telle attitude est contre-productive. Elle ne nous fera pas oublier. Nous n’oublierons pas. Nous sommes désormais en train de préparer — et nous en avons informé la partie russe — un dossier en vue d’un recours auprès des instances judiciaires internationales. Nous savons que cela peut prendre du temps. L’affaire du Boeing malaisien a duré plus de dix ans. Nous attendrons dix ans s’il le faut. Mais la justice doit être rendue.
Et malheureusement, l’état actuel de ce dossier ne favorise en rien les relations bilatérales entre la Russie et l’Azerbaïdjan.
La modératrice Jane Witherspoon : Merci, Monsieur le Président. Nous discutons depuis près de deux heures — le temps a filé. Seriez-vous d’accord pour nous accorder encore trente minutes ?
La modératrice Jane Witherspoon : Nous allons profiter pleinement de ce temps supplémentaire. J’aimerais maintenant donner la parole à M. Bilgehan Öztürk, responsable de la communication stratégique et des relations internationales à l’Agence Anadolu.
Bilgehan Öztürk : Monsieur le Président, je vous remercie sincèrement pour cette opportunité. Être ici, au cœur de Khankendi, c’est un sentiment très particulier. Je sais qu’il s’agit de plus de trente années d’occupation et d’un rêve — et je dirais que ce rêve n’était pas seulement celui des Azerbaïdjanais, mais aussi celui de générations de Turcs, en Türkiye. Je suis également conscient que la route vers la paix est semée d’embûches et particulièrement difficile. Vous venez de mentionner certains revers — comme le fait que la partie arménienne n’ait pas donné suite à l’offre d’acter le communiqué. Malgré ces obstacles, peut-on dire que nous nous rapprochons d’un accord de paix ? Pouvons-nous être optimistes ? Merci beaucoup.
Le président Ilham Aliyev : Oui, je l’ai déjà dit : je pense que nous nous en rapprochons. L’élément le plus important, c’est que le projet d’accord de paix a été approuvé. Et d’ailleurs, pour revenir au début du processus, je tiens à rappeler que c’est l’Azerbaïdjan — en tant qu’État — qui en a été l’initiateur. Lorsque la Seconde Guerre du Karabagh a pris fin — à cette époque, la troïka du Groupe de Minsk continuait encore à faire des allers-retours — ils sont venus, et j’ai vu qu’eux-mêmes ne savaient pas quoi faire. Ils m’ont posé la question, et j’ai répondu que, selon moi, il était désormais temps de travailler sur un accord de paix avec l’Arménie. À ce moment-là, il y avait un vide. La guerre était terminée — et après ? La situation ne pouvait pas rester en l’état. Il fallait enclencher un processus. Nous avons donc rédigé un projet d’accord de paix et l’avons transmis à l’Arménie. Il y a eu plusieurs remarques en retour. Et pendant plus de deux ans, il n’y a eu aucune avancée — principalement pour une raison : la partie arménienne voulait intégrer la question du soi-disant Haut-Karabagh dans l’accord de paix. Et nous leur avons dit : écoutez, premièrement, le Haut-Karabagh n’existe pas. Il n’existe que dans vos rêves. Deuxièmement, c’est une partie de l’Azerbaïdjan, et nous ne pouvons pas intégrer notre agenda intérieur dans un accord de paix avec un autre pays. C’est la raison pour laquelle, pendant plus de deux ans, les négociations sont restées sans issue. Ce n’est que lorsque nous avons entièrement repris les territoires, en septembre 2023, que l’Arménie a accepté de ne plus insister sur ce point, car il était devenu évident que cela n’existait plus. Sur quoi auraient-ils pu insister ? Ainsi, les véritables négociations ont commencé en janvier 2024. Et sur la base de notre projet, le texte a été accepté. Mais il y avait deux paragraphes auxquels la partie arménienne ne voulait pas consentir. Pourtant, ils ont fini par les accepter dès que le président Trump a remporté l’élection. Et j’ai dit à mon homologue, M. Pachinian, que probablement vous espériez la victoire de Mme Harris, pensant que vous seriez de nouveau porté en triomphe, mais cela ne s’est pas produit. Donc, à titre personnel, je suis absolument convaincu que si Trump n’avait pas gagné, ils n’auraient pas donné leur accord. Car ils voulaient obtenir plus que ce à quoi ils avaient droit, et plus qu’ils ne pouvaient digérer. Maintenant, ils ont accepté tous les paragraphes.
Comme je l’ai dit, il ne reste que deux questions juridiques à régler : la Constitution [arménienne] et la dissolution du Groupe de Minsk. Une fois cela accompli, l’accord pourra être signé. Oui, il peut être paraphé avant, c’était d’ailleurs l’une des propositions formulées par la partie azerbaïdjanaise à Abou Dhabi. Comme vous le savez, parapher ne signifie pas signer. Cela signifie simplement qu’au lieu de dire verbalement « nous sommes d’accord » vous apposez vos initiales sur chaque page et dites : « c’est conclu ». Nous sommes donc vraiment très proches. Personnellement, je pense que le processus est irréversible. Je ne vois aucune possibilité de retour en arrière, car nous ne renégocierons pas. Et si un jour l’Arménie décide de renégocier, cela signifiera qu’elle ne veut pas la paix. Cela signifiera qu’elle revendique des territoires qui nous appartiennent. Je pense donc que nous sommes sur la bonne voie. À eux de faire leur part du travail. Une fois cela fait, l’accord sera signé, et ce sera, bien entendu, un changement majeur pour toute la région.
Ce que nous avons déjà évoqué concernant l’avenir du Caucase du Sud, en tant qu’espace sûr et stable, c’est que nous avons besoin de sécurité et de stabilité. Malheureusement, au fil des siècles, le Caucase a été le théâtre d’effusions du sang, de conflits, de guerres, d’occupations, et les peuples du Caucase ont énormément souffert. C’est assez. Il est temps, désormais, de vivre en paix.
La modératrice Jane Witherspoon : Merci. Nous accordons maintenant la parole à M. José Martin Jean-Pierre, secrétaire du Front international de décolonisation et président du Mouvement international pour les réparations – Guadeloupe.
José Martin Jean-Pierre : Votre Excellence, Monsieur le Président, je suis José Martin Jean-Pierre, secrétaire du Front international de décolonisation et président du Mouvement international pour les réparations – Guadeloupe. L’an dernier, lors du Global Media Forum de Choucha, vous avez évoqué le rôle de l’Azerbaïdjan dans la lutte contre le néocolonialisme et mentionné les pays qui continuent de subir l’oppression coloniale. En effet, l’Azerbaïdjan, notamment à travers le Groupe d’initiative de Bakou, a joué un rôle déterminant, non seulement en sensibilisant la communauté internationale à cette question, mais aussi en contribuant au renforcement de ceux qui luttent contre les pratiques coloniales, conformément au droit international. À la lumière du nouvel accord signé le 12 juillet entre la Nouvelle-Calédonie et la France, et dans un contexte où la lutte contre le colonialisme se poursuit dans les territoires d’outre-mer aspirant à la justice et à la liberté, nous serions très reconnaissants d’entendre votre point de vue sur cette évolution.
Le président Ilham Aliyev : Je considère que ce qui s’est passé entre la France et la Nouvelle-Calédonie constitue un précédent historique. Mais je ne pense pas que cela marque la fin de l’histoire, ce n’est que le début. Notre position sur les questions liées au néocolonialisme est très claire et sans ambiguïté. Elle est totalement exempte de toute considération bilatérale, contrairement à ce que certains pourraient supposer ou chercher à faire croire. En tant que président du Mouvement des non-alignés, dès la première année de notre mandat, nous avons plaidé en faveur de la décolonisation, pour l’indépendance des territoires coloniaux et pour la justice, à travers la mise en œuvre des décisions internationales.
C’était notre devoir en tant que président du Mouvement des non-alignés. Et cela reflète également la position de l’Azerbaïdjan en tant qu’État, car au XXIe siècle, un pays ne peut pas maintenir un peuple sous domination coloniale. Cela est totalement incompatible avec toute notion de dignité humaine. Cela viole les droits et libertés fondamentaux des peuples, les mêmes valeurs que le continent européen prétend défendre, alors même que ces valeurs sont brutalement piétinées par des ambitions coloniales. Le Groupe d’initiative de Bakou est une ONG internationale. Il n’a aucun lien avec le gouvernement azerbaïdjanais, contrairement à ce que pensent, ou cherchent à faire croire, certains dans certaines capitales européennes. Et pourtant, en peu de temps, ce groupe a su construire un programme qui reflète les véritables besoins et aspirations des peuples de la Guadeloupe, de la Nouvelle-Calédonie, de la Martinique, de Saint-Martin, et d’autres territoires colonisés. C’est leur groupe. Ce n’est pas un groupe animé par un agenda propre. Eux, ainsi que les soutiens azerbaïdjanais et internationaux engagés dans ce processus, ne veulent qu’une chose : aider ces peuples à recouvrer leur liberté et à devenir maîtres de leur destin. Et ils en ont pleinement le droit. Donc oui, je pense que ce qui s’est passé entre la France et la Nouvelle-Calédonie n’est qu’un commencement. C’est un précédent. Et je suis convaincu que cela aurait pu être accompli sans les événements tragiques survenus en Nouvelle-Calédonie, où plus de dix personnes ont été tuées par les autorités françaises. Cela me rappelle ce que nous avons évoqué à propos de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan. Si les dirigeants arméniens avaient reconnu le Karabagh comme faisant partie de l’Azerbaïdjan dès 2019, il n’y aurait pas eu de guerre entre nous. Mieux vaut tard que jamais. Il est également évident que si le peuple de Nouvelle-Calédonie n’avait pas fait preuve d’une telle volonté politique, de tant de courage et de détermination, s’il n’avait pas été prêt à mourir pour sa liberté, cet accord n’aurait jamais été signé. Il faut donc se battre. Il faut se battre pour restaurer son intégrité territoriale. Il faut se battre pour la liberté. Il faut se battre pour la libération. C’est ainsi que fonctionne le monde. Et j’espère que cette première étape en appellera d’autres, que tous les territoires encore sous domination coloniale française parviendront un jour à établir avec la France le même type de relation interétatique que la Nouvelle-Calédonie est en train d’atteindre.
La modératrice Jane Witherspoon : Merci. Nous allons maintenant donner la parole à Mme Zipporah Maubane, responsable de la communication et du plaidoyer à l’Agence de développement de l’Union africaine.
Zipporah Maubane : Bonjour, Votre Excellence Monsieur le Président. C’est ma première visite à Choucha, mais j’étais déjà venue l’année dernière à l’occasion de la COP29, qui était efficace et bien organisée. Félicitations à vous et à votre équipe. J’ai deux questions à vous poser, mais, Votre Excellence, permettez-moi d’abord de poser le contexte. À l’Union africaine, je suis responsable du plaidoyer et de la communication, et je travaille avec des médias du monde entier pour parler du développement de l’Afrique, des initiatives de mobilisation des ressources, des stratégies face aux impacts du changement climatique, de nos efforts pour la paix et la sécurité, mais aussi de notre action visant à faire de l’Afrique un pôle d’attractivité pour les investissements. C’est là l’essentiel de mon travail, et je me sens très honorée d’être ici. Ma première question est la suivante : vous avez évoqué plus tôt, lors de la COP29, les engagements pris par l’Azerbaïdjan en faveur des pays en développement pour les aider à atténuer les effets du changement climatique. Est-ce que certains de ces pays en développement incluront des pays africains ? Voilà pour la première question. Et la deuxième : l’Afrique s’est dotée d’un programme de développement très ambitieux, appelé Agenda 2063. Il s’agit d’un programme de développement sur 50 ans, couvrant de nombreux domaines de la société et de l’économie. Par exemple, l’Agenda 2063 comporte un programme de développement des infrastructures à l’échelle du continent, car nous savons que sans infrastructures, il ne peut y avoir de développement. Ce programme vise notamment les infrastructures dans les domaines de l’énergie, des TIC et de la transformation numérique, de l’eau, des réseaux routiers, des transports, y compris les chemins de fer. Ma question est donc la suivante, Monsieur le Président : l’Azerbaïdjan serait-il disposé à collaborer avec les pays africains sur ces grands projets d’infrastructures de développement ? Merci beaucoup, Monsieur le Président.
Le président Ilham Aliyev : Merci beaucoup. Tout d’abord, concernant la COP29, le soutien aux pays africains dans le cadre de la lutte contre le changement climatique est sans aucun doute l’une des priorités de notre agenda. En tant que président de la COP29, comme je l’ai mentionné, nous avons mis en place un format spécial pour les petits États insulaires en développement, parce que cette menace est existentielle pour eux. Nous savons tous que leur survie dépend en grande partie du niveau des océans. Mais en ce qui concerne les pays du continent africain, oui, ils figurent bien à notre agenda. D’ailleurs, en tant que président du Mouvement des non-alignés, même durant la pandémie de COVID-19, nous avons fourni de l’aide financière et humanitaire à plus de 80 pays, dont beaucoup étaient membres de l’Union africaine. Depuis de nombreuses années déjà, nous disposons d’une représentation permanente auprès de l’Union africaine, basée en Éthiopie. Et comme je l’ai dit précédemment, à présent que nous ne sommes plus accaparés par notre propre problème, le conflit avec l’Arménie, notre agenda de politique étrangère s’est considérablement élargi. J’ai accueilli plusieurs chefs d’État africains en visite officielle ici, et nous avons déjà envoyé des délégations de haut niveau en Afrique. Avec certains pays, nous travaillons activement sur des projets de coopération dans le domaine de l’énergie. Nous avons également entamé des discussions sur l’octroi de prêts, à très faible taux d’intérêt, à certains pays africains. Je ne souhaite pas entrer dans les détails à ce stade, mais je peux vous assurer que cela figure bien à notre agenda, et que nous souhaitons être davantage actifs. Nous avons la capacité de mener de nombreux projets ensemble, car nous disposons de capitaux à investir à l’étranger et nous sommes à la recherche de secteurs d’investissement. Notre portefeuille d’investissements, déjà réalisés, s’élève à plus de 20 milliards de dollars américains, en dehors du territoire azerbaïdjanais. Compte tenu du potentiel dont disposent les pays africains, nous pouvons conjuguer nos efforts et créer des synergies. D’ailleurs, lors de mes contacts personnels, lors de visites officielles et de rencontres avec les dirigeants africains pendant la COP29, je leur ai demandé de nous transmettre une liste de priorités, ou mieux encore, des projets concrets dans lesquels ils souhaiteraient voir des entreprises azerbaïdjanaises en tant qu’investisseurs, qu’elles soient privées ou publiques. Nous travaillons activement dans ce sens, et je vous remercie d’être parmi nous aujourd’hui.
La modératrice Jane Witherspoon : Merci. Nous allons maintenant accorder la parole à M. Pavel Novotný, responsable de la section monde au quotidien « Hospodárske noviny », en Slovaquie.
Pavel Novotný : Bonjour, Monsieur le Président. Tournons-nous vers l’avenir. Nous vivons à l’ère de l’intelligence artificielle, et l’Azerbaïdjan souhaite devenir une puissance technologique. Vous avez personnellement ordonné l’élaboration d’une stratégie nationale pour le développement de l’IA. Quel succès avez-vous rencontré dans cette initiative ? Je vous remercie.
Le président Ilham Aliyev : Eh bien, nous venons tout juste de commencer. Nous verrons à quel point nous serons performants, mais il est clair que nous devons suivre les tendances mondiales. Nous ne pouvons pas simplement rester assis à attendre. C’est pourquoi mes décisions s’inscrivent, là encore, dans notre agenda de développement et de modernisation. Nous entretenons de bonnes relations avec les principales entreprises internationales. Avec bon nombre d’entre elles, nous collaborons en tant qu’investisseurs. Nous investissons nos fonds par l’intermédiaire de grands groupes internationaux. Par ailleurs, nous avons une solide expérience en matière d’attraction d’investissements étrangers dans le secteur de l’énergie. Au cours des vingt dernières années, les seuls investissements étrangers en Azerbaïdjan ont avoisiné les 200 milliards de dollars américains. Le pays est, comme je l’ai déjà dit, stable, autosuffisant et doté d’une vision claire de l’avenir. Nous devons donc faire partie des pionniers. Encore une fois, il est difficile de dire à ce stade quel sera notre niveau de succès. Il m’est également difficile de prédire ce qu’il adviendra de l’intelligence artificielle, car, comme vous le savez, elle suscite une opposition forte et croissante dans divers segments de différentes sociétés. Le processus est encore en cours de consolidation. Nous verrons donc. Pour moi, à ce stade, il serait inapproprié d’annoncer que nous atteindrons tel ou tel objectif. Non. Nous communiquons uniquement lorsque nous avons déjà obtenu des résultats concrets. J’espère que l’année prochaine, si vous revenez au Forum de Choucha, nous aurons des avancées à partager avec vous.
La modératrice Jane Witherspoon : M. Francisco Felipe Martorell Cammarella, rédacteur en chef du magazine El Periodista, d’Amérique latine.
Francisco Felipe Martorell Cammarella : Bonjour, Monsieur le Président. Je poserai ma question en espagnol. Monsieur le Président, merci beaucoup pour votre invitation et pour l’hospitalité du peuple azerbaïdjanais. C’est un grand honneur pour moi d’être ici. Je viens d’un pays très lointain, à 15 000 kilomètres d’ici. En ce moment, mes proches et ma famille sont en train de se réveiller. J’ai dû traverser des mers et de nombreux fuseaux horaires. Je pense être le seul journaliste ici venu d’Amérique latine. Il y a quelques semaines, vous avez envoyé votre représentant au Chili, et il a eu des réunions non seulement au Chili, mais aussi en Argentine et au Brésil. J’aimerais vous demander : comment voyez-vous l’avenir et le potentiel de vos relations avec notre région ? Et comment les échanges culturels entre nos pays et régions pourraient-ils se développer à l’avenir ? Merci beaucoup.
Le président Ilham Aliyev : Nous avons ouvert des ambassades dans plusieurs pays d’Amérique latine depuis un certain temps déjà, et il y a eu des échanges de délégations à différents niveaux, des visites de ministres, y compris des ministres des Affaires étrangères. Je ne dirais donc pas que nos relations sont au niveau que nous souhaiterions. Mais, comme je l’ai déjà mentionné à plusieurs reprises, maintenant que nous avons davantage de temps à consacrer aux affaires internationales, cela figurera assurément à notre agenda. Nous avons engagé des discussions avec certaines entreprises concernant le développement agricole en Azerbaïdjan. Certains projets ont déjà été réalisés. Mais, bien entendu, c’est un très vaste continent, avec des économies très développées dans de nombreux pays d’Amérique latine. Je pense que nous pouvons trouver de nombreux terrains d’entente en matière de commerce, d’investissements potentiels et également sur le plan culturel.
Je vous remercie d’avoir parcouru une si longue distance pour venir en Azerbaïdjan. J’espère que vous ne regretterez pas d’être venu nous voir, et, avec un peu de chance, cette visite ouvrira la voie à d’autres de vos compatriotes, à qui vous direz probablement de bonnes choses sur l’Azerbaïdjan à votre retour.
La modératrice Jane Witherspoon : Eh bien, notre dernière question vient de Vussalé Mahirqizi, de l’agence Azeri-Press.
Vussalé Mahirqizi, APA Media Group : Monsieur le Président, nous étions à Choucha lors du premier Global Media Forum de Choucha. Après ce forum, nous avions observé Khankendi depuis les hauteurs de Choucha. Mais aujourd’hui, nous sommes ici, à Khankendi, et vous y êtes également. J’aimerais vous poser une question sur le Grand retour au Karabagh. À ce jour, environ 50 000 personnes vivent déjà dans la région. Je me souviens que, lors de notre première visite à Choucha, il nous avait fallu neuf heures pour y arriver. Aujourd’hui, nous sommes arrivés à Choucha en voiture en seulement quatre heures. Les routes sont en construction. Nous avons vu des mosquées, des minarets, des écoles dans chacun des villages. Où en est le processus lié au Grand retour ? C’est ma première question.
Et avec votre permission, j’aimerais poser une deuxième concernant les médias azerbaïdjanais. Dans quelques jours, nous célébrerons le 150ème anniversaire de la presse azerbaïdjanaise. Il serait intéressant pour nous de connaître votre opinion sur l’avenir de notre presse, notamment à une époque marquée par les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle, sujet que vous avez déjà évoqué. L’un de nos principaux défis actuels est la désinformation sur les réseaux sociaux. C’est un phénomène dont souffre particulièrement l’Azerbaïdjan. J’aimerais donc avoir votre avis à ce sujet. Et enfin, je souhaiterais savoir si vous utilisez vous-même l’intelligence artificielle. Merci.
Le président Ilham Aliyev : Merci. Non, je ne l’utilise pas personnellement, mais certains membres de ma famille s’en servent. Ils m’en informent parfois. Mais je l’utiliserai probablement moi aussi un jour, car l’intelligence artificielle se répand très rapidement, et le nombre d’utilisateurs sera très élevé. L’essentiel est que l’intelligence artificielle ne nous éloigne pas des critères et des standards que nous connaissons.
Je vous félicite, vous et vos collègues, à l’occasion de cet anniversaire. Je me réjouis vivement du développement des médias azerbaïdjanais. Je suis très heureux que nos médias aient acquis une grande crédibilité, non seulement dans le pays, mais aussi à l’international. Et je le dis très sincèrement, pas simplement pour vous faire plaisir.
Les médias azerbaïdjanais d’aujourd’hui sont capables de défendre les intérêts de l’État. Ils ont également obtenu de grands succès dans la réfutation des accusations infondées portées à l’encontre de l’Azerbaïdjan, en s’appuyant sur des arguments, des analyses sérieuses et des faits. Nos médias ne se contentent pas de défendre les intérêts de l’État, ils savent aussi passer à l’offensive lorsque c’est nécessaire. Et cela est également indispensable. Dans le domaine du sport, on dit parfois que la meilleure défense, c’est l’attaque. Je ne souhaite pas commenter cette thèse, mais le fait est qu’aujourd’hui, les médias azerbaïdjanais sont lus à différents niveaux dans de nombreux pays. Les articles et publications qu’ils diffusent sont analysés, et des suppositions sont formulées quant à la mesure dans laquelle ces articles reflètent la position officielle de l’Azerbaïdjan. Cela permet d’affirmer que nos médias ont en fait parcouru un long chemin. Lorsque je parle des médias, je pense avant tout aux journalistes. Car ce sont des collaborateurs, des personnes comme vous, vos collègues, qui font la force et l’influence des médias. Je suis sincèrement heureux de cela et je vous souhaite de continuer sur cette voie. Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan se trouve encore à une étape où il doit se défendre. Votre collègue européen l’a d’ailleurs évoqué dans sa question : comment influencer l’opinion publique en Occident ? Je pense que les médias sont le meilleur instrument pour ce faire. Plus la portée de nos médias sera large, plus il sera possible de transmettre au monde une information exacte, complète et équitable sur notre pays. Il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine. Cependant, je peux dire que nos médias sont désormais capables de répondre à toute campagne désagréable ou calomnieuse. Et cela constitue une nouvelle réalité très importante.
En ce qui concerne le Grand retour, pour répondre pleinement à cette question, il faudrait organiser un panel spécial, et cela me prendrait quelques heures. Car les travaux réalisés sont d’une telle envergure qu’il est difficile de les résumer en une seule réponse. Tout est visible, le nombre de personnes retournées augmente, et cette tendance va s’accélérer à l’avenir. En effet, au cours des quatre premières années, nous avons principalement été engagés dans des projets d’infrastructure. Aujourd’hui, nous en avons quasiment achevé la majeure partie. L’ensemble du Karabagh et du Zenguézour oriental dispose désormais d’un réseau électrique en anneau, connecté au réseau électrique national traditionnel de l’Azerbaïdjan. Ici, des centrales hydroélectriques d’une capacité de 280 mégawatts produisent déjà de l’électricité, qui est ensuite redistribuée vers d’autres régions azerbaïdjanaises. Car pour l’instant, la population vivant au Karabagh n’est pas assez nombreuse pour consommer autant d’énergie. Vous avez mentionné que vous étiez venus en voiture. Je ne sais pas si vous avez emprunté la route Aghdam-Khankendi-Choucha ou celle de Fuzouli. Vous êtes également passés par des tunnels sur la route de Fuzouli. Sept tunnels ont été construits seulement sur cette voie. Leur longueur totale atteint 80 kilomètres. Le plus long d’entre eux sera probablement achevé dans deux à trois mois. Le tunnel sous le mont Mourov, à lui seul, mesure 11 700 mètres de long. Il s’agit là de l’un des tunnels les plus longs au monde. Le chemin de fer a été construit. Il sera désormais possible de se rendre confortablement à Aghdam en train. J’ai récemment posé la première pierre de la ligne ferroviaire Aghdam-Khankendi. La construction du téléphérique Khankendi-Choucha devrait également débuter prochainement, ce sera un ouvrage très pittoresque. Par ailleurs, sa dimension fonctionnelle est tout aussi importante. Partout, des travaux de construction sont en cours : hôpitaux, maisons, bâtiments résidentiels.
Comme je l’ai mentionné, après avoir achevé la majeure partie des projets d’infrastructure, une part plus importante des financements sera désormais orientée vers le logement. Hier, des familles sont retournées dans deux villages de la région de Khodjaly. Le nombre de localités où vivent désormais d’anciens déplacés internes s’élève à 18. Au total, 1 500 étudiants poursuivent actuellement leurs études à l’Université du Karabagh à Khankendi, encadrés par 300 professeurs. Tout cela nous paraît presque miraculeux, y compris à moi-même. Pourtant, il n’est pas secret que j’ai participé à toutes ces décisions. Mais le fait qu’un travail d’une telle ampleur ait été accompli en si peu de temps témoigne du talent de notre peuple. Selon les informations dont je dispose, notamment les remarques des représentants étrangers ayant visité la région, le facteur décisif n’est pas uniquement financier. Quelle que soit la richesse d’un pays, si le capital humain n’est pas au rendez-vous, si les gens ne travaillent pas avec envie, il est impossible d’obtenir de tels résultats. Je voudrais attirer votre attention sur un signe particulier que vous connaissez sans doute très bien : toutes les personnes qui travaillent ici le font avec un immense enthousiasme, qu’il s’agisse des entreprises ou des institutions publiques. Travailler ici procure une satisfaction particulière. Nous avons tant souffert de l’éloignement de ces terres, nous avons tant été en manque de ces terres que maintenant que nous y sommes retournés, comme on dit, nous ne pouvons tout simplement de nous en lasser. C’est pourquoi le programme du Grand retour est désormais une réalité. Il se poursuivra par étapes, et le nombre de personnes retournées ici augmentera de mois en mois, d’année en année. Le Karabagh et le Zenguézour oriental renaîtront. J’ai dit au début du Grand retour que nous ferions de cette région un paradis. Et aujourd’hui, c’est déjà un coin paradisiaque. Nous le voyons de nos propres yeux. Merci.
La modératrice Jane Witherspoon : Monsieur le Président, comme vous le dites, nous aurions pu poursuivre cette conversation jusque tard dans la soirée. Malheureusement, il est temps de conclure cette session. Merci infiniment d’avoir été avec nous, merci pour votre franchise et pour le temps que vous nous avez réservé ce soir.
Mesdames et Messieurs, je sais que nous avons déjà applaudi, mais je vous invite une nouvelle fois à remercier Son Excellence Monsieur Ilham Aliyev, Président de la République d’Azerbaïdjan.
X X X
Ensuite le président de la République a posé avec les participants pour une photo.