l’Agence de Presse Nationale d’Azerbaïdjan

Le président Ilham Aliyev accorde un entretien aux chaînes de télévision locales – MIS A JOUR VIDEO

Bakou, 6 janvier, AZERTAC

Le président de la République Ilham Aliyev a accordé, lundi 5 janvier, un entretien aux chaînes de télévision locales.

L’AZERTAC présente l’entretien.

Mirchahin Aghaïev, la chaîne de télévision REAL : Bonjour, Monsieur le Président. Nous tenons à vous remercier pour la rencontre d’aujourd’hui, non seulement au nom de nos collègues participant à cet entretien, mais également au nom de l’ensemble des médias azerbaïdjanais.

Le président Ilham Aliyev : Merci.

Mirchahin Aghaïev : Nous sommes convaincus que, comme toujours, les idées que vous exprimerez lors de la rencontre d’aujourd’hui définiront un agenda stratégique et offriront suffisamment de sujets aux médias azerbaïdjanais ainsi qu’à l’ensemble de l’espace public.

Pour les réalisations inscrites à l’ordre du jour en 2025, je pense que cet an peut être qualifié de « 8 Novembre » des années, et que son point culminant a probablement été votre visite historique à Washington, en août, à l’invitation du président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, ainsi que, sans aucun doute, votre discours à l’Assemblée générale des Nations unies. Les documents signés entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan, ainsi que les accords obtenus, revêtent une importance non seulement pour l’Azerbaïdjan, mais également pour l’ensemble de la région. À cet égard, je souhaiterais évoquer votre appel adressé au monde depuis la haute tribune de l’ONU, ainsi que les documents signés avec les États-Unis. Quelles sont donc vos réflexions sur les journées passées à la Maison-Blanche le 8 août et à l’ONU le 21 septembre ?

Le président Ilham Aliyev : Merci. Nos rencontres sont traditionnelles. De telles rencontres, organisées au début de chaque année, permettent à la fois d’informer le peuple azerbaïdjanais, par votre intermédiaire, du bilan de l’année écoulée et de partager nos réflexions. Comme vous l’avez souligné, l’année dernière peut en effet être considérée comme historique. Car c’est en 2025 que la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan a pris fin d’un point de vue politique, et nous vivons dans la paix depuis plusieurs mois déjà. Nous apprenons ce que signifie vivre dans la paix, car après l’accession à l’indépendance, et même avant cela, le peuple et l’État d’Azerbaïdjan ont vécu dans un état de guerre. Il y a eu différentes étapes de cette guerre. Vous vous en souvenez bien. La phase active de la guerre, la phase du cessez-le-feu, la Seconde guerre du Karabagh, l’opération antiterroriste, la période qui a suivi — tous ces événements ont pris fin en août de l’année dernière. Autrement dit, l’Azerbaïdjan a apposé un sceau politique sur la brillante Victoire remportée sur le champ de bataille et, comme je l’ai mentionné, nous l’avons fait dans le bureau numéro un du monde. Cela constituera, bien entendu, l’un des événements les plus mémorables de l’histoire de notre indépendance, peut-être parmi les tout premiers. De ce point de vue, l’année écoulée peut être considérée comme une année très réussie et historique pour notre pays et pour notre peuple, et je suis certain qu’à partir de maintenant, le peuple azerbaïdjanais vivra dans la paix. Bien que nous ne vivions dans ces conditions que depuis cinq mois, nous en constatons déjà les fruits, tant sur le plan politique qu’économique. Il règne dans la société un climat positif, une plus grande confiance dans la stabilité et la sécurité. Tous ces facteurs nous ont, bien sûr, permis d’avancer avec succès et de continuer à résoudre l’ensemble des tâches qui s’imposent au pays.

Dans le contexte des relations entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan, l’année 2025 peut également être considérée comme historique. Ce n’est un secret pour personne qu’après l’accession de l’Azerbaïdjan à l’indépendance, le perfide amendement 907 a plané sur les relations américano-azerbaïdjanaises comme un nuage noir. Bien qu’étant un État nouvellement indépendant, l’Azerbaïdjan n’a pas pu établir des relations appropriées avec les Etats-Unis, premier État du monde. Cela a été le résultat des activités de forces anti-azerbaïdjanaises aux États-Unis, notamment celles du lobby arménien. L’Azerbaïdjan a tenté à maintes reprises d’y remédier. À certaines étapes, nos relations ont évolué dans une direction positive, mais les restrictions existantes, en particulier la poursuite de la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, n’ont pas permis aux autorités américaines d’établir des relations globales avec l’Azerbaïdjan. Cette restriction n’existe plus aujourd’hui et, bien entendu, cela s’explique par deux raisons principales, dont la première, c’est la fin officielle de la guerre arméno-azerbaïdjanaise, et la deuxième, c’est l’arrivée au pouvoir de l’administration du président Trump aux États-Unis. Cette administration comprend des membres très pragmatiques et professionnels, qui savent parfaitement quels sont les intérêts nationaux des Etats-Unis, sous la direction du président. Il va de soi que la coopération avec un pays tel que l’Azerbaïdjan, doté d’un fort potentiel et d’une influence significative dans la région, revêt également une importance pour les États-Unis d’Amérique. Il en va de même pour nous. De ce point de vue, l’année dernière peut également être considérée comme un tournant. Le président Trump a mis fin à l’amendement 907 lors d’une cérémonie organisée avec ma participation à la Maison-Blanche. Il l’a abrogé. Toutefois, le Congrès doit encore la lever officiellement. Néanmoins, la mesure prise par le président, en particulier en ma présence, revêt bien entendu une portée symbolique.

En outre, un document portant sur la création d’un groupe de travail stratégique a été signé entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan. L’axe principal de l’activité de ce groupe de travail sera l’élaboration d’une charte de partenariat stratégique, et un travail actif dans ce sens a déjà commencé. Bien entendu, l’établissement d’une liaison géographique entre la partie principale de l’Azerbaïdjan et la République autonome du Nakhtchivan, dont nous rêvions depuis de nombreuses années, a également eu lieu ce même jour. Autrement dit, l’ouverture du corridor de Zenguézour a d’ores et déjà été approuvée par le président des États-Unis. Je suis désormais convaincu que le peuple azerbaïdjanais ne doute plus de l’ouverture du corridor de Zenguézour. Il pourra porter une autre appellation, mais cela n’en modifie pas l’essence. Ainsi, toutes les questions requises dans le cadre du processus de normalisation avec l’Arménie ont été réglées conformément à nos attentes. Bien entendu, l’importance de l’accord de paix paraphé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ainsi que de la Déclaration conjointe que nous avons signée, est évidente. Le président Trump a signé cette Déclaration en tant que témoin. Tous ces événements, parmi d’autres encore, apportent un éclairage sur la question que vous avez évoquée, peut-être sous un angle plus large.

Les questions que j’ai évoquées constituent une chronologie des événements. Il s’agit de l’aspect visible et accessible au public. Mais, parallèlement, il existe aujourd’hui une dynamique diplomatique très active. Les relations entre l’Azerbaïdjan et l’Amérique se développent dans une direction très pragmatique et axée sur les résultats. Depuis le mois d’octobre, j’ai envoyé quatre délégations aux États-Unis, composées de ministres, de représentants du secteur privé et d’autres hauts responsables. Il est possible d’affirmer que l’élaboration d’une charte stratégique dans les principaux domaines, l’organisation d’investissements mutuels, ainsi que la prise en compte des volets économique, commercial, des transports et de l’industrie de défense de nos relations figurent à l’ordre du jour. Autrement dit, nos attentes sont élevées et les résultats sont déjà très effectifs. Par conséquent, de ce point de vue, l’année 2025 peut assurément être considérée comme une année très réussie et historique.

Mumtaz Khalilzadé, la chaîne de télévision AzTV : Monsieur le Président, vous avez évoqué cet injuste amendement 907, adopté en 1992. Bien entendu, à la suite de votre visite historique aux États-Unis, une décision a été prise concernant sa suspension. J’aimerais connaître votre point de vue sur les perspectives de son abolition définitive. Par ailleurs, comment évalueriez-vous son importance non seulement sous l’angle des aspects économiques de l’amendement 907, mais également de ses implications politiques et stratégiques ?

Le président Ilham Aliyev : Bien entendu, lorsque cet amendement a été appliqué à notre encontre, il s’agissait d’une immense injustice. Parallèlement, la direction azerbaïdjanaise de l’époque y faisait preuve d’indifférence. Peut-être que seul Mirchahin, parmi les personnes présentes ici, se souvient mieux que quiconque du niveau du gouvernement azerbaïdjanais et de sa diplomatie à cette période. Vous étiez alors très jeunes, probablement même des enfants. C’était, bien sûr, un spectacle honteux. Les responsables de la diplomatie azerbaïdjanaise ne maîtrisaient aucune langue. En réalité, ils ne parlaient même pas correctement l’azerbaïdjanais et ont été nommés à ces postes importants sans aucune expérience, provenant de domaines totalement étrangers à la diplomatie ou à la politique. Le pouvoir du Front populaire–Musavat de l’époque ne comptait aucun professionnel. Au contraire, des personnes tout à fait fortuites s’étaient emparées du pouvoir et conduisaient en réalité l’Azerbaïdjan vers la destruction. Un an plus tard, sous la pression populaire, elles ont été contraintes d’abandonner le pouvoir de manière honteuse. Ainsi, ces deux facteurs ont joué un rôle important. Si, à l’époque, l’Azerbaïdjan avait été en mesure de faire entendre sa voix légitime auprès de la direction américaine, s’il s’était battu, alors peut-être que l’administration américaine aurait pu considérer différemment la question orchestrée par le lobby arménien au Congrès. Quoi qu’il en soit, bien que le Congrès soit un organe indépendant, il examine souvent les questions de politique étrangère en concertation avec l’Administration présidentielle. D’après les informations dont je dispose, les autorités azerbaïdjanaises de l’époque n’avaient aucune idée qu’une telle question figurait à l’ordre du jour, qu’une telle loi pouvait être adoptée et que cet amendement injuste serait appliqué à l’encontre de l’Azerbaïdjan.

L’autre aspect de la question résidait dans l’injustice flagrante commise à notre encontre. En effet, l’amendement 907 a été adopté en octobre 1992. À cette époque, nos terres étaient déjà sous occupation, Choucha et Latchine étaient occupées. L’État arménien avait perpétré le génocide de Khodjaly. Un crime de guerre avait été commis contre notre peuple, et le fait que les territoires azerbaïdjanais soient sous occupation réduisait naturellement à néant toute possibilité de placer l’Arménie sous blocus. Autrement dit, de quel blocus pouvait-il être question, compte tenu du fait que les frontières de l’Arménie avec la Géorgie et l’Iran étaient ouvertes ? En réalité, même la frontière entre la Türkiye et l’Arménie n’a été fermée qu’en 1993. Il ne pouvait donc être question d’aucun blocus. Cependant, le lobby arménien, ainsi que les sénateurs et les membres du Congrès influencés par lui, ont adopté cet amendement injuste.

Je dois également souligner que beaucoup d’entre eux ne sont plus en vie, mais certains noms très intéressants figurent encore parmi les vivants. Vous pouvez les retrouver, mais je n’en mentionnerai qu’un seul : l’ancien sénateur, ensuite vice-président, puis président, Joe Biden. Joe Biden a joué un rôle très actif dans l’adoption de l’amendement 907. Ce seul fait suffit à expliquer pourquoi nos relations, tant avec l’administration Obama-Biden qu’avec l’administration Biden-Blinken, n’ont pas été au niveau souhaité. Nos relations avec l’administration Obama-Biden étaient assez distantes, tandis que l’administration Biden-Blinken a en réalité mis nos relations dans un état critique.

À l’époque, cet amendement revêtait une importance énorme, bien entendu. L’Azerbaïdjan était un pays très pauvre, nos caisses étaient vides, nous ne disposions d’aucune réserve de devises. Nous priver d’aide représentait donc un coup très dur pour nous. Compte tenu du fait que des milliers, voire des dizaines de milliers de déplacés vivaient déjà dans des conditions difficiles à l’époque, cette mesure politiquement injuste avait également de lourdes conséquences pratiques. Nous avons tenté pendant de nombreuses années d’abroger cet amendement 907. Mais il s’agissait d’un processus très difficile. Après les événements du 11 septembre 2001, le président des États-Unis a levé cette disposition par sa signature, et cette mesure a perduré jusqu’en 2024. En effet, l’Amérique avait besoin de l’Azerbaïdjan pour ses opérations en Afghanistan – en matière de transport, de logistique et d’autres questions. Malheureusement, après la fin de la mission américaine en Afghanistan – nous nous souvenons tous de la manière dont cela s’est terminé, ce qui constitue une nouvelle honte pour l’administration Biden-Blinken, avec leur retraite chaotique et le fait d’avoir laissé leurs alliés proches livrés à leur sort – l’administration Biden a cessé de lever cet amendement. Autrement dit, elle n’avait plus besoin de l’Azerbaïdjan, la mission en Afghanistan était terminée, et cet amendement a été réintroduit. Bien entendu, cela n’a eu et ne peut avoir aucun impact sur notre développement économique. Mais cela montre encore une fois combien l’administration Biden-Blinken a été ingrate. Lors d’une conversation avec de hauts responsables de l’administration américaine à l’époque, j’ai dit que le jour viendrait où ils auraient de nouveau besoin de nous, mais qu’ils ne devraient plus venir moudre à notre moulin. Si cette administration et ses représentants étaient encore au pouvoir aujourd’hui, nous n’exécuterions pas une seule de leurs demandes.

L’arrivée au pouvoir de l’administration Trump a complètement changé la situation. Bien entendu, comme je l’ai mentionné, les relations entre les États-Unis et l’Azerbaïdjan ont désormais atteint un nouveau niveau, et nous nous attendons évidemment à ce que le Congrès élimine ce vestige injuste du passé, considéré aujourd’hui comme totalement absurde. Car il n’y avait pas de blocus à l’époque et il n’y en a pas non plus aujourd’hui. Au contraire, des marchandises sont transportées depuis divers points à travers le territoire azerbaïdjanais vers l’Arménie, des routes s’ouvrent, et même les produits pétroliers de l’Azerbaïdjan sont exportés vers l’Arménie. De quel blocus pourrait-il donc être question ? Si la raison formelle de l’amendement 907 était le blocus, celle-ci n’existe plus aujourd’hui. Par conséquent, nous attendons naturellement de l’administration Trump qu’elle utilise ses capacités pour convaincre les membres du Congrès, en particulier ceux du Parti républicain, que cet amendement doit être totalement supprimé, et nous avons de bonnes raisons d’espérer que cela se réalisera. Bien qu’elle ait aujourd’hui une portée essentiellement symbolique, le Congrès devrait l’abolir une fois pour toutes afin de purger définitivement la table de ces vestiges du passé.

Mourad Husseynov, Chaîne de télévision publique : Monsieur le Président, vous avez évoqué les relations avec les États-Unis – vous y avez déjà fait allusion – et les succès qui y ont été obtenus. J’aimerais vous demander de caractériser les autres événements et processus qui ont marqué le succès de la politique étrangère de l’Azerbaïdjan en 2025.

Le président Ilham Aliyev : Je considère que l’un des événements de grande importance est notre partenariat stratégique avec la Chine. L’année dernière, lors de ma visite d’État en Chine, une Déclaration conjointe sur le partenariat stratégique global a été signée, ce qui peut également être considéré comme un grand succès. Car la Chine est l’un des pays leaders dans le monde, et ce cadre politique, cette plateforme politique, peut bien entendu être interprété comme une manifestation de notre diplomatie réussie.

D’autre part, nous sommes devenus membres du D-8. Je le considère également comme une grande réalisation. En effet, cette organisation existe depuis près de 30 ans et n’avait jamais accepté de nouveau membre depuis sa fonation. C’est pourquoi son nom reste D-8. Le seul nouveau membre à ce jour est l’Azerbaïdjan. Étant donné que cette organisation regroupe les plus grands pays du monde musulman, inviter l’Azerbaïdjan et nous choisir, pour ainsi dire, peut certainement être considéré comme un grand succès. Il suffit de préciser que la population totale des pays réunis au sein de cette organisation dépasse un milliard de personnes et que leur économie globale dépasse quatre mille milliards. L’Azerbaïdjan ne peut être considéré comme un grand pays ni pour sa population ni pour son économie. Notre participation officielle à cette organisation est, bien entendu, un signe de respect à notre égard et le résultat de la politique indépendante que nous menons, et nous avons immédiatement entamé un travail actif au sein de cette organisation. À notre initiative, plusieurs centres ont été créés en Azerbaïdjan – médias, climat, environnement, énergie et transport. Nous participerons, bien entendu, à cette organisation en tant que membre actif.

Une autre réalisation importante en matière de politique étrangère est notre élection en tant que membre à part entière de la Réunion consultative des chefs d’État des pays d’Asie centrale. Je suis convaincu que cela peut également être considéré comme un événement assez rare. En effet, d’un point de vue géographique, nous ne nous trouvons pas en Asie centrale, mais dans le Caucase du Sud. Cependant, nous entretenons des relations très étroites avec les pays d’Asie centrale, tant dans des formats bilatéraux que multilatéraux. De nombreux projets ont été réalisés au cours des dernières années, au point que ces pays nous ont élus à l’unanimité comme membre à part entière. Nous pouvons également considérer cela comme un grand succès politique et diplomatique. En tant que président, j’ai été invité en tant qu’invité d’honneur aux sommets pendant deux années consécutives. Mais dès le troisième sommet auquel j’ai participé, nous avons été élus membre à part entière. Bien entendu, la transformation de l’union Asie centrale–Azerbaïdjan et du C5 en C6 revêtent aujourd’hui une grande importance non seulement pour notre région, mais aussi pour le monde. La connectivité, le transport et la logistique sont en effet d’une importance considérable pour de nombreux acteurs internationaux majeurs, et l’Azerbaïdjan est aujourd’hui le seul pays fiable capable de relier géographiquement l’Asie centrale à l’Occident. D’un point de vue géographique, d’autres routes pourraient certes être utilisées. Pourtant, compte tenu de la situation géopolitique actuelle, nous pouvons affirmer avec certitude que ces itinéraires alternatifs pour l’Occident ne peuvent être considérés comme acceptables. Par conséquent, notre rôle de pont vivant et de partenaire fiable, en tant que pays capable de réaliser de grands projets, s’accroîtra naturellement, et nous en constatons déjà les résultats concrets. Le nombre de cargaisons transitant par notre territoire augmente. Pour la première fois, 100 000 conteneurs ont déjà traversé le territoire de l’Azerbaïdjan. Ce n’est qu’un début, leur nombre va encore augmenter de manière considérable, et nous travaillons actuellement activement sur l’expansion de notre infrastructure de transport. Nous pensions que l’infrastructure que nous créions nous suffirait pour de nombreuses années, mais nous constatons que ce n’est pas le cas. Des fonds supplémentaires sont et seront investis, et il ne s’agit pas seulement de cargaisons. Comme vous le savez, en novembre 2024, les présidents azerbaïdjanais, kazakh et ouzbek ont signé à Bakou un accord relatif à la construction d’un câble énergétique. Il y aura également ces connexions – la pose d’un câble à fibre optique le long du fond de la mer Caspienne et de nombreux autres projets. Ainsi, en admettant officiellement l’Azerbaïdjan dans ce groupe, les pays d’Asie centrale et leurs dirigeants nous ont fait preuve non seulement de grand respect, mais également de prévoyance, car cela change complètement la situation géopolitique dans la région.

J’ai effectué un certain nombre de visites à l’étranger, si je ne me trompe pas, environ vingt, peut-être même davantage. De nombreux chefs d’État et de gouvernement étrangers ont également effectué des visites en Azerbaïdjan. Des événements internationaux ont été organisés dans notre pays. Parmi eux, je dois bien sûr mentionner le Sommet de l’Organisation de coopération économique (OCE) qui s’est tenu à Khankendi. L’événement principal s’est déroulé à Khankendi, mais trois forums – le Forum économique, le Forum de la jeunesse et le Forum des femmes – ont été organisés, à notre initiative, dans d’autres villes libérées de l’occupation – à Choucha, Latchine et Aghdam. Autrement dit, nous voulions que les invités puissent voir, si ce n’est la totalité, du moins une grande partie des terres libérées, et nous étions prêts à cet effet. Nous étions prêts à accueillir neuf chefs d’État et de gouvernement à Khankendi, Aghdam et Choucha. L’infrastructure existante, les salles de conférence, les hôtels et d’autres facteurs nécessaires nous l’ont permis.

Je tiens également à mentionner spécifiquement le Sommet de l’Organisation des États turciques à Guébélé. Il s’agissait une fois de plus d’un sommet illustrant l’unité du monde turcique. Comme vous le savez, nous avons également initié des sommets informels. Le premier sommet informel s’est tenu à Choucha, le sommet officiel à Guébélé, et cette tradition est désormais poursuivie par d’autres pays. Un sommet informel a déjà eu lieu en Hongrie et il sera probablement organisé à nouveau cette année. Autrement dit, il y a beaucoup à dire en matière de politique étrangère. Le ministre des Affaires étrangères a récemment tenu une conférence de presse et fourni des informations plus détaillées. Je voulais simplement souligner les points que je considère importants.

Mourad Husseynov : Permettez-moi de poser une autre question. Dans votre discours lors du Sommet de l’Organisation des États turciques à Guébélé, la dimension de la coopération militaire entre les États turciques était surtout perceptible. Était-ce une proposition de votre part ?

Le président Ilham Aliyev : Oui.

Mourad Husseynov : Comment évalueriez-vous les perspectives de cette coopération dans le contexte de l’ère moderne que traverse le monde ?

Le président Ilham Aliyev : Oui, vous avez tout à fait raison. J’ai effectivement abordé cette question. Ce n’est pas la première fois que je l’évoque lors de ces sommets. Car je sais et je constate que les processus en cours dans le monde vont dans le sens où chaque pays doit avant tout renforcer son potentiel militaire et sa sécurité. J’ai même déclaré, dans mon message du Nouvel An adressé au peuple azerbaïdjanais, que le monde d’aujourd’hui est ainsi fait : la force fait le droit. Mes propos se confirment désormais presque chaque semaine dans telle ou telle région. Lors du sommet de Guébélé, je suis allé plus loin que cette thèse et j’ai proposé que des exercices militaires conjoints des États membres soient organisés cette année en Azerbaïdjan. Je suis convaincu que c’est également nécessaire. Nous menons des exercices militaires dans un format bilatéral avec les pays membres — bien entendu, le plus souvent avec la Türkiye, mais aussi avec d’autres pays. Toutefois, des exercices militaires conjoints peuvent revêtir une grande portée symbolique. Parallèlement, ils sont également nécessaires d’un point de vue pratique. Permettez-moi de le répéter — je le dis depuis plusieurs années déjà. En procédant à ma propre analyse, je constate qu’il n’existe plus de droit international dans le monde d’aujourd’hui. Il faut l’oublier. Il y a la force, la coopération, les alliances et le soutien mutuel. Bien entendu, il faut être certain d’être sur la bonne voie. Aucun pays, aucun dirigeant ne doit commettre d’actes injustes, ne doit porter atteinte à l’intégrité territoriale d’un autre pays ni occuper un État étranger. Notre grandeur, notre sagesse ainsi que notre sens des responsabilités sont évidents. Nous aurions pu recourir à la force en 2020, en 2023 et lors des événements survenus entre ces deux périodes, et donner à l’Arménie la réponse qu’elle méritait. Tout comme notre peuple a vécu dans la souffrance, tout comme nos territoires ont été dévastés, tout comme des crimes de guerre ont été commis contre nous, nous aurions pu réduire leurs villes à l’état d’Aghdam. Je peux affirmer avec une certitude absolue que personne n’aurait pu nous en empêcher. Nous ne l’avons pas fait. Tout d’abord, parce que cela aurait été injuste. Ensuite, parce que j’étais absolument convaincu et certain que, tôt ou tard, la guerre, le conflit militaire devait s’arrêter, et que si nous ne l’arrêtions pas, il ne s’arrêterait pas de lui-même. C’est la partie la plus forte qui doit y mettre fin, et cela a déjà été rapporté par les médias. Le conseiller du président Trump, M. Witkoff, a déclaré dans l’une de ses interviews que le président Trump m’avait également demandé à la Maison-Blanche : « Pourquoi vous êtes-vous arrêté ? Vous étiez la partie la plus forte. » Vous avez probablement entendu ma réponse. Par conséquent, malgré tout cela, il faut disposer d’une puissance militaire afin que personne ne vous méprise, que personne ne vous porte atteinte. Personne ne doit même envisager de vous nuire et de rester impuni.

C’est pourquoi nous augmentons notre force, y compris notre puissance militaire. Nous coopérons avec la Türkiye dans le cadre d’une alliance officielle, comprenant une alliance militaire et un cadre d’assistance militaire mutuelle. Cependant, il serait souhaitable que les États turciques, qui constituent notre famille, commencent également à coopérer dans ce domaine. En faisant cette proposition, je ne suggère en aucun cas la création d’une organisation militaire. Certains l’ont interprété ainsi, mais cela est totalement infondé. Nous coopérons déjà dans le secteur de l’énergie, dans celui des transports, dans le commerce, dans l’investissement et, en réalité, dans de nombreux autres domaines. Pourquoi ne pas coopérer également dans ce domaine ? Étant donné qu’il s’agit de la question numéro un pour tous les pays aujourd’hui, ma proposition est pleinement justifiée. Nous transmettons actuellement nos messages par différents canaux diplomatiques. Si un accord général est obtenu, nous verrons ces exercices se dérouler cette année. Si nous constatons qu’ils n’ont pas eu lieu, il faudra alors se poser la question : « Qui s’y est opposé ? » Mais j’espère sincèrement que tous les États membres soutiendront cette initiative.

Elmira Moussazadé, la chaîne de télévision CBC : Monsieur le Président, CBC est une chaîne internationale russophone. Avec votre permission, je souhaiterais poser ma question en russe.

Le président Ilham Aliyev : Allez-y, je vous écoute.

Elmira Moussazadé : Monsieur le Président, en parlant des priorités de la politique étrangère, vous avez souligné l’importance de la République populaire de Chine, et nos relations bilatérales se sont effectivement considérablement renforcées ces dernières années. Cela concerne à la fois des visites au plus haut niveau et des accords dans divers domaines, notamment l’économie, les transports, la logistique et les technologies. Comment évaluez-vous l’importance de ces accords et quel impact auront-ils sur le rôle de l’Azerbaïdjan dans les processus régionaux et mondiaux ?

Le président Ilham Aliyev : Je considère que les importants documents politiques signés entre nous — il y en a eu deux, dont l’un que j’ai déjà mentionné, portant sur un partenariat stratégique global, et, un an plus tôt, nous avions adopté une Déclaration conjointe sur le partenariat stratégique — ont, en l’espace d’une année, abouti à l’adoption et à la signature de deux documents sur le partenariat stratégique puis global, donnant un élan significatif au développement des liens économiques bilatéraux. Tant notre pays que la République populaire de Chine ont donné un élan très fort aux entreprises et aux administrations afin de renforcer au maximum nos contacts, et nous constatons cela même dans le nombre de visites réciproques de délégations et les contrats signés, y compris dans le domaine des investissements.

Nous constatons une croissance des échanges commerciaux. Il a atteint un niveau record de 4 milliards de dollars — voire plus de 4 milliards — avec une augmentation de plus de 20 %. Il s’agit probablement de la plus forte progression des échanges commerciaux que nous ayons enregistrée avec un pays quelconque. Nous constatons également la signature de contrats d’investissement. Les entreprises chinoises ont commencé à investir activement en Azerbaïdjan, ce qui ne s’était jamais produit auparavant. Il y avait eu des projets d’investissement individuels, mais jamais à une telle échelle ni de manière aussi coordonnée avec les administrations. Cela montre qu’un signal et un élan très forts ont été donnés pour étendre la coopération.

Les entreprises chinoises investissent déjà dans les énergies renouvelables. La construction de centrales solaires et éoliennes est en cours, et la demande ne cesse de croître.

La construction d’une usine de panneaux solaires a été lancée, ainsi que l’assemblage de bus électriques. À ce propos, je dois préciser qu’il s’agissait d’une décision stratégique de la part de l’Azerbaïdjan, car lorsque nous avons décidé de développer non seulement l’énergie verte mais aussi le transport écologique, nous devions choisir un partenaire stratégique, et le choix s’est porté sur les entreprises chinoises.

Ce choix a été fait, en partie, grâce aux accords que j’ai déjà mentionnés. Et, bien entendu, le professionnalisme, la qualité et la rapidité de mise en œuvre de ces projets ont confirmé la justesse de ce choix. C’est pourquoi nous avons acheté les bus verts que l’on voit à Bakou — une partie d’entre eux. L’assemblage commencera cette année, avec une localisation accrue à l’avenir.

Il existe une coopération étendue dans le secteur des transports, comme je l’ai déjà mentionné, et dans ce domaine, la Chine sera naturellement la principale source de croissance du trafic de fret. La République populaire de Chine finance actuellement la construction d’une nouvelle voie ferrée vers la mer Caspienne via le Kirghizstan et l’Ouzbékistan, avec des investissements de plusieurs milliards. Le terrain y est extrêmement complexe, nécessitant la construction de nombreux tunnels et ponts. Ce seul fait indique que, puisqu’ils ont décidé de financer ce projet, la voie ferrée ne restera pas inactive. Le trafic de fret vers la mer Caspienne, et donc vers l’Azerbaïdjan, augmentera. Avec les pays d’Asie centrale, le volume supplémentaire de fret en provenance de Chine fera naturellement croître la demande pour la route Est–Ouest, le Couloir médian.

Bien entendu, nous nous attendons également à ce que le fret en provenance de Chine et des pays d’Asie centrale emprunte le corridor de Zenguézour. Nous le considérons naturellement avant tout comme un lien avec la République autonome du Nakhtchivan, mais aussi comme un corridor de transport international. Actuellement, il n’existe qu’un seul itinéraire ferroviaire depuis l’Azerbaïdjan vers l’Ouest. Il y en aura désormais deux. Deux itinéraires valent toujours mieux qu’un, surtout lorsque l’on n’a pas d’accès à la mer et que l’on doit traverser des pays voisins. Il est toujours préférable de disposer d’une alternative pour les volumes, la compétitivité, éviter qu’un quelconque acteur monopolise la route de transit et, bien sûr, pour assurer des tarifs plus concurrentiels.

Il s’agit d’un secteur très vaste de notre coopération et, bien entendu, dans ce domaine, l’Azerbaïdjan est, je le crois, un partenaire prioritaire pour la République populaire de Chine dans cette région, tant en termes de volumes commerciaux et de potentiel qu’en tant que pays redistribuant le flux provenant du Caucase du Sud vers d’autres destinations, pour ainsi dire.

Ces flux, comme nous le comprenons tous, peuvent se diriger dans plusieurs directions. Depuis l’Azerbaïdjan, ils peuvent aller vers l’Ouest en deux directions, puis encore en deux directions par le corridor de Zenguézour vers le Sud, en direction du Moyen-Orient et du Golfe Persique, et, bien entendu, vers le Nord, ce qui sera également pleinement exploité.

Par conséquent, l’Azerbaïdjan doit jouer le rôle de facilitateur, pour ainsi dire, un pays qui contribue à l’augmentation des flux de fret, qui investit dans son infrastructure et dans celle des pays voisins, et qui redistribue les flux, en se basant bien entendu sur la viabilité commerciale et de nombreux autres facteurs. Ainsi, le rôle de l’Azerbaïdjan en tant que hub de transport, en particulier pour un pays sans accès à la mer, croîtra naturellement.

Je ne peux pas non plus passer sous silence un nouveau domaine de coopération : la coopération militaire et technique. Elle a également débuté dans le cadre des accords politiques obtenus. Il s’agit d’un nouveau domaine d’interaction entre la Chine et l’Azerbaïdjan. Une partie de cette coopération a été démontrée lors du défilé militaire, mais ce n’est qu’un début.

Dans ce domaine aussi, nous constatons un intérêt mutuel considérable. De plus, sans nous limiter à l’acquisition de matériel militaire, nous travaillons sur la création de coentreprises, et ce travail a déjà commencé. Il reste généralement discret, comme il se doit, mais il s’agit là aussi d’une décision politique et stratégique sérieuse pour les deux pays, et ce secteur présente un grand potentiel. Je suis convaincu que nous verrons à la fois de nouveaux contrats dans un avenir proche et la mise en œuvre des projets déjà en cours. Cela apportera, bien entendu, un grand bénéfice à l’Azerbaïdjan.

Nadia Gyane, la chaîne de télévision AnewZ : Monsieur le Président, je représente AnewZ, une chaîne internationale anglophone, et je vais donc poser ma question en anglais.

Pouvez-vous nous parler du développement économique et régional de l’Azerbaïdjan, notamment à la suite du nouveau traité de paix avec l’Arménie ? Qu’est-ce que cela signifie pour le pays dans les années à venir ? Et pourriez-vous citer certaines des réalisations qui ont contribué à placer l’Azerbaïdjan en tant que leader économique clé dans le Caucase du Sud ?

Le président Ilham Aliyev : Oui, l’accord de paix, qui a été paraphé à Washington en août dernier, ouvre certainement de grandes opportunités d’investissement, en particulier lorsque l’on parle des investissements en provenance des États-Unis. Et nous travaillons activement dans ce domaine. Parallèlement, les investissements azerbaïdjanais aux États-Unis ont déjà une certaine histoire. Nous avons principalement investi dans les titres financiers. Mais aujourd’hui, après cette nouvelle phase des relations entre les deux pays, nous envisageons différentes options pour investir dans des projets de l’économie réelle. En même temps, l’une des ambitions de l’Azerbaïdjan est de devenir un hub régional pour l’intelligence artificielle et les technologies de l’information, et je pense que nous avons le potentiel pour y parvenir. Nous travaillons actuellement avec nos partenaires sur la création de centres de données. Comme vous le savez, les centres de données nécessitent beaucoup d’énergie. Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan est le seul pays à disposer de capacités supplémentaires en matière d’électricité dans la région plus élargie. Nous disposons actuellement de 2 000 mégawatts, soit 2 gigawatts de capacité supplémentaire, que nous n’utilisons pas pour nos besoins domestiques et qui peuvent être exportés ou consommés localement.

Nos plans et projets déjà mis en œuvre, notamment avec la création d’un centre de cybersécurité et la formation de nos spécialistes — nous envoyons de nombreux experts se former à l’étranger et organisons également des stages de formation en Azerbaïdjan — visent à faire de notre pays, parallèlement à la connectivité, un hub pour l’IA et les TI. Il y a un potentiel, une forte volonté politique, et, bien entendu, nous considérons les entreprises américaines comme nos principaux partenaires. Je souhaite également souligner qu’après la signature d’un protocole d’accord avec le président Trump pour la création du groupe de travail stratégique chargé d’élaborer une charte de partenariat stratégique, plusieurs pays européens de premier plan nous ont également approchés afin d’établir une relation de partenariat stratégique. D’une certaine manière, cela a constitué un signal de Washington. Bien que, jusqu’à présent, nous ayons signé et adopté des déclarations et accords de partenariat stratégique avec près de 30 pays — dont dix membres de l’Union européenne — ce message fort de Washington a été très bien reçu dans les pays des alliés des Etats-Unis.

En matière de performance économique, nous pouvons être satisfaits du statut actuel : le pays est aujourd’hui totalement économiquement indépendant et ne dépend d’aucun soutien, d’aucun prêt ou autre. Il y a plusieurs années, j’avais fixé au gouvernement l’objectif de réduire notre dette extérieure, et cet objectif a été atteint. Nous avons totalement cessé d’emprunter et avons en réalité mis fin à toutes nos relations actives avec les institutions financières internationales. Aujourd’hui, notre dette extérieure est tombée à un niveau historiquement bas, autour de 6 % du PIB. Nous avons recommencé à emprunter, mais de manière limitée, et nous avons déjà décidé d’emprunter à nouveau, peut-être deux, trois, voire quatre milliards de dollars, uniquement pour financer certains projets nécessitant des financements. Nous ne voulons pas réduire le financement de la sphère sociale, ni celui de la défense, ni celui de la reconstruction du Karabagh. Mais nous avons besoin de financement pour nos projets de transport, d’eau, d’assainissement et, surtout, pour la connectivité. Pour cela, nous emprunterons. Aujourd’hui, notre dette extérieure reste à un niveau historiquement bas, 6,3 à 6,4 %, selon les estimations. Et nous pouvons rembourser notre dette extérieure car nos réserves la dépassent 16 à 17 fois. La raison pour laquelle je ne donne pas un chiffre précis est que l’année dernière, nous avons également pris une décision stratégique d’augmenter nos réserves d’or. Nous pouvions clairement anticiper les évolutions géopolitiques, et j’étais absolument certain que le prix de l’or augmenterait — et il a littéralement explosé. Cela nous a permis de réaliser un très important gain. Grâce à l’augmentation de nos réserves d’or, notre Fonds pétrolier national a généré plus de 10 milliards de dollars uniquement pour cette raison. Bien sûr, si le prix de l’or baisse, nos réserves diminueront également. Nos réserves varient donc chaque jour : aujourd’hui, elles se situent probablement autour de 84 ou 83 milliards de dollars, et demain, elles seront à 85. Néanmoins, il s’agit de l’une des plus fortes réserves par habitant au monde, que n’importe quel pays peut posséder, soit 83 à 84 milliards de dollars.

Et, compte tenu des vastes projets d’investissement et de la reconstruction du Karabagh, cela démontre réellement la grande résilience de notre économie. Deux grandes agences de notation ont relevé notre note de crédit. Moody’s et Fitch l’ont portée au niveau d’investissement, avec une perspective également révisée, passant de stable à positive. Je suis absolument convaincu que notre note de crédit est sous-estimée, car de grandes réserves, une faible dette extérieure, une économie autosuffisante et de nombreux autres facteurs, selon moi, devraient nous permettre d’obtenir une note plus élevée. Nos institutions publiques compétentes travaillent avec ces agences de notation afin de leur fournir davantage d’informations sur nos performances, de sorte que la véritable notation de l’Azerbaïdjan soit correctement reflétée. Ce n’est pas seulement une question de prestige — bien que cela y contribue —, cela nous permet également d’emprunter à de meilleures conditions, notamment maintenant que nous avons décidé de recourir à nouveau à l’emprunt. Lorsque j’ai demandé au gouvernement de cesser d’emprunter, mon objectif était de ramener la dette extérieure à moins de 10 % du PIB, et aujourd’hui elle est à 6,3-6,4 %.

Dans cette optique, davantage de ressources seront allouées au développement régional. Aujourd’hui, nous avons deux programmes d’investissement dits « programmes d’investissement », l’un traditionnel et l’autre pour le Karabagh et le Zenguézour oriental, et les deux sont mis en œuvre avec succès et un niveau de performance élevé. Nous devons maintenant intensifier nos efforts en matière de connectivité et de transports. Comme je l’ai déjà dit, je pensais que les infrastructures réalisées dans les ports maritimes et les chemins de fer suffiraient pour de nombreuses années. Aujourd’hui, je constate que ce ne sera pas suffisant en raison de l’augmentation du trafic de fret.

Très prochainement, nous allons adopter un programme à grande échelle pour l’eau et l’assainissement à Bakou, Soumgaït et Khyrdalan, pour toute la péninsule d’Abcheron, en raison d’une forte demande. Beaucoup de choses ont déjà été faites, mais il subsiste encore des insuffisances. Nous sommes toujours confrontés à des problèmes lors de fortes pluies. Ainsi, l’assainissement, la gestion de l’eau et l’approvisionnement en eau potable, y compris la construction d’une usine de dessalement — qui sera la première en Azerbaïdjan et couvrira une grande partie de la demande en eau potable —, la construction de nouveaux canaux pour fournir davantage d’eau à l’agriculture, et bien sûr, les problèmes de transport à Bakou.

Nous savons tous, et peut-être que vous le savez mieux que moi, que la circulation est véritablement un problème sérieux. Beaucoup de choses ont été accomplies ces dernières années : nous avons construit 50 tunnels, presque 50 ponts, élargi les routes. À Bakou seule, nous avons construit 2 500 kilomètres de routes. Pouvez-vous l’imaginer ? 2 500 kilomètres dans la ville. Nous nous souvenons très bien de la route reliant ici au centre-ville de Bakou, peut-être pas tous, mais Mirchahin et moi, nous nous en souvenons. C’était la seule. Beaucoup reste donc à faire. Nous avons déjà adopté un programme pour 10 nouvelles stations de métro à Bakou. Sept ont été construites durant mon mandat, mais ce n’est pas suffisant. Dix autres seront donc construites — davantage de ponts, davantage de tunnels. Pour tout cela, nous devons emprunter des fonds, car cela nous fera économiser beaucoup d’argent et que nous pourrons utiliser pour le Karabagh.

Dans l’ensemble, je suis donc satisfait du développement économique. Certes, nous avons un problème, à savoir le déclin naturel de la production pétrolière, qui pèse sur nos indicateurs de PIB. Mais si l’on examine le PIB du secteur non pétrolier et gazier, sur onze mois, il a progressé de 3,2 %, ce qui n’est pas mauvais. Cela peut être plus élevé, et cela le sera probablement. Nous travaillons également à la stabilisation de la production pétrolière — c’est possible — ainsi qu’à l’augmentation de notre production de gaz naturel. Cela apportera également un dynamisme supplémentaire à notre économie et favorisera sa croissance. Mais cette croissance doit être naturelle.

Vous savez, à de nombreuses reprises, lorsque je rencontre des dirigeants d’un groupe de pays qui soutiennent fortement l’Arménie et se plaignent toujours de la difficulté pour l’Arménie en raison de la situation géopolitique, de la vulnérabilité de l’Arménie face à des pays qui voudraient porter atteinte à ses intérêts, je dis toujours : « Regardez le PIB et regardez le volume des échanges commerciaux avec la Russie. » Lorsque la guerre russo-ukrainienne a commencé, le volume des échanges entre l’Arménie et la Russie était d’environ 2 milliards de dollars américains. Il y a deux ans, il atteignait 12 milliards. C’est évident.

Il s’agit d’un contournement des sanctions — ce que l’on appelle des importations parallèles ou des importations « grises ». Mais personne, ni à la Commission européenne, ni au Parlement européen, ni à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, n’a prononcé le moindre mot, ni adressé la moindre critique à l’Arménie, personne n’a même évoqué la question. Parce que, pour eux, être un canal de contournement des sanctions est acceptable. Or, la croissance de notre PIB n’est pas due au fait que nous aidions quelqu’un à contourner les sanctions — ce que nous ne faisons pas. Il augmente en raison de nos performances économiques.

Un autre point concernant les chiffres : les chiffres sont importants, mais le plus important reste la vie quotidienne des citoyens et la capacité économique du pays. Il est également évident que plus une économie est grande, plus chaque point de pourcentage représente une valeur élevée. Lorsque votre économie atteint 70 ou 80 milliards de dollars, chaque pour cent équivaut à près d’un milliard de dollars. Obtenir ce milliard en une seule année n’est pas chose facile. Mais, là encore, je pense que cela peut être mieux. Lorsque la production pétrolière se stabilisera, nous verrons, je crois, des chiffres du PIB plus élevés. Toutefois, pour moi, il ne s’agit ni d’une compétition ni d’une course, l’essentiel est que notre économie nous permette de nous développer, d’améliorer les conditions de vie de la population, de reconstruire les territoires libérés, d’investir dans les capacités de défense et de renforcer notre économie.

Mumtaz Khalilzadé : Merci, Monsieur le Président. Vous avez partagé vos réflexions sur la politique étrangère de l’Azerbaïdjan, le développement régional et les indicateurs économiques. Ma prochaine question portera sur les résultats de la politique sociale menée par l’Etat. Pourriez-vous fournir des informations sur les résultats de la politique sociale en 2025, ainsi que sur les projets dont la mise en œuvre est prévue à partir de cette année, notamment en vue d’améliorer davantage le bien-être social de notre population ?

Le président Ilham Aliyev : C’est toujours l’orientation qui détermine l’axe principal de notre politique. Je le dis depuis de nombreuses années et nous le constatons dans le travail quotidien : le peuple azerbaïdjanais est au centre de notre politique. Ce n’est pas un simple slogan. L’ensemble de notre politique est à la fois sociale et orientée vers l’investissement. Il doit exister un équilibre très délicat entre ces deux dimensions. S’il n’existe pas, aucun pays ne peut réussir, c’est un premier point. Deuxièmement, j’ai toujours essayé, et j’essaie encore aujourd’hui, de me tenir à l’écart du populisme et de ne pas faire de promesses irréalisables. J’informe régulièrement le peuple azerbaïdjanais des évolutions possibles. Si l’on regarde les statistiques des vingt dernières années, il suffit de dire que le salaire minimum en Azerbaïdjan a augmenté de plus de quarante fois. Il est vrai que le niveau de départ était très bas, mais cette hausse n’a été possible que grâce aux ressources obtenues. Autrement dit, en menant des réformes économiques et en mettant en œuvre des projets pétroliers et gaziers, nous avons avant tout orienté les revenus générés vers la sphère sociale, et c’est toujours le cas aujourd’hui. Pendant l’occupation, nos principales dépenses étaient liées à l’armée, puis à l’éducation, puis aux personnes déplacées internes. Ainsi, durant la période d’occupation, nous avons fourni des maisons et des appartements neufs à plus de 300 000 personnes déplacées internes, et plus de 100 localités ont été construites. Autrement dit, cela démontre clairement nos intentions, et une politique sociale encore plus ciblée est aujourd’hui menée afin d’améliorer le bien-être de la population. Les violations qui existaient dans ce domaine par le passé sont en train d’être éliminées, les injustices sont corrigées et un mécanisme transparent est mis en place. Cela nous a permis de mettre en œuvre plusieurs grands paquets de réformes sociales. Plus précisément, cinq paquets de réformes sociales ont été mis en œuvre au cours des sept dernières années. Ces réformes ont concerné 4 millions de personnes et représenté environ 8 milliards de manats. Rien que l’année dernière, 1,4 milliard de manats de fonds budgétaires y ont été consacrés. Autrement dit, les salaires, les pensions et les allocations sont régulièrement augmentés, et les pensions de retraite sont indexées.

Bien entendu, nous souhaiterions que les chiffres soient encore plus élevés. Mais il existe un proverbe : « Il faut vivre selon ses moyens ». Je le répète, nous n’avons jamais cédé au populisme, nous n’avons jamais fait de promesses irréalisables, nous n’avons jamais emprunté de grandes sommes pour les distribuer ensuite, afin de ne pas endetter les générations futures. Nous avons une vision parfaitement claire du développement stratégique. Par conséquent, à mesure que l’économie du pays se développe et que les réserves en devises augmentent, des fonds encore plus importants seront naturellement alloués à la sphère sociale.

Nous mettons en œuvre depuis plusieurs années un programme d’auto-emploi, si l’on peut s’exprimer ainsi. Plus de 100 000 personnes en ont déjà bénéficié. Autrement dit, il ne doit pas y avoir de dépendance au sein de la société. L’avons-nous totalement éliminée ? Non, il en subsiste encore. Des emplois sont créés, même dans le Karabagh et le Zenguézour oriental, qui ressemblent aujourd’hui à un vaste chantier. En d’autres termes, toute personne désireuse de travailler peut trouver un emploi en Azerbaïdjan, que ce soit dans la construction, l’agriculture ou un autre secteur. Le taux de chômage est faible, même s’il existe encore des chômeurs, comme dans tous les pays. Dans les pays développés, le taux de chômage est parfois plus élevé que chez nous. Mais je pense que trouver aujourd’hui un emploi dans un pays comme l’Azerbaïdjan, un pays offrant de larges opportunités, n’est pas si difficile. C’est simplement que certaines personnes ne sont pas satisfaites des emplois qui leur sont proposés et continuent donc à en chercher d’autres. Le programme d’auto-emploi élimine pratiquement l’essentiel du chômage et permet aux personnes de subvenir aux besoins de leur famille grâce aux moyens qui leur sont fournis.

Ces dernières années, l’État a fourni des logements à 16 000 familles de martyrs et de mutilés de guerre. Il n’existe aucun autre pays qui attache autant d’attention à ce domaine que l’Azerbaïdjan. Il y a eu des guerres, la Seconde Guerre mondiale, puis d’autres conflits par la suite. Je ne connais pas de pays où l’État fournirait des appartements aux familles des martyrs. Peut-être que de tels pays existent, mais je n’en ai pas connaissance et je n’en ai jamais entendu parler. Nous offrons également des véhicules. Nous avons doté les personnes handicapées par la guerre des prothèses les plus modernes. Plus de cinq cents personnes ont ainsi été équipées de prothèses et ont pu reprendre une vie normale. Il s’agit de prothèses de dernière génération. Elles doivent être entretenues régulièrement et remplacées. D’un point de vue physiologique, leur renouvellement est nécessaire. Bien entendu, nous le faisons, car c’est notre devoir civique envers ces personnes.

En résumé, sans même évoquer les projets d’infrastructures sociales dans ce domaine, au cours des vingt dernières années, 3 600 écoles et des centaines d’hôpitaux ont été construits et rénovés en Azerbaïdjan. Autrement dit, cela fait partie intégrante de notre politique, y compris de notre politique économique, et je le répète : plus notre économie se développera, plus l’attention portée aux questions sociales sera grande et plus les financements qui y seront alloués augmenteront.

Mourad Husseynov : Monsieur le Président, vous avez déclaré que le Karabagh et le Zenguézour oriental constituent une priorité majeure pour l’État azerbaïdjanais. Comment évaluez-vous la mise en œuvre du Premier programme d’État sur le « Grand retour » ? Des mesures institutionnelles sont-elles prévues pour intégrer les territoires libérés de l’occupation dans la chaîne économique de l’Azerbaïdjan ?

Le président Ilham Aliyev : Oui, bien sûr. Tout d’abord, nous devions créer des connexions entre ces régions. Après tout, pendant l’occupation, la situation y était déplorable. Tous ceux d’entre vous qui ont visité ces régions, notamment dans les premiers mois après leur libération, ont pu constater que la situation était totalement désastreuse. Moi-même, lors de mes nombreux déplacements sur place, je me suis demandé : où sont allés tous ces millions, voire centaines de millions de dollars que les Arméniens collectaient chaque année lors des téléthons ? Je ne les ai pas vus là-bas. Vous pouvez sans doute compter les villas des séparatistes, mais il n’y a aucun bâtiment public ni logement collectif. En réalité, la vie semblait s’être arrêtée dans ces régions dans les années 1970. C’est l’impression que j’ai eue. J’avais visité plusieurs régions azerbaïdjanaises dans les années 1970, et c’était comme si ces souvenirs revenaient.

Par conséquent, pour redynamiser ces régions, il fallait créer des infrastructures de connexion et fournir de l’énergie. Nous l’avons fait et avons effectivement relié toutes les régions libérées au centre, à l’infrastructure centrale. Un système énergétique circulaire a été mis en place, et aujourd’hui, l’énergie circule depuis ces régions vers le centre, et non l’inverse. Nous avons construit des centrales hydroélectriques d’une capacité de 307 mégawatts en cinq ans, et bien sûr, la consommation dans le Karabagh et le Zenguézour oriental est beaucoup plus faible. En créant ce système circulaire, nous pouvons aujourd’hui répartir le flux énergétique dans tout le pays à un niveau approprié.

Personne ne s’installera ni ne vivra dans ces régions sans approvisionnement en eau. Cette question est également traitée. Les barrages – plusieurs ont été reconstruits, et certains construits de toutes pièces, comme le barrage de Zaboukhtchaï, Sarsang, Sougovouchan, ainsi que trois sur le Köndelantchaï et le Khatchyntchaï, qui ont été entièrement rénovés. Tout cela nécessite à la fois des fonds importants et de la main-d’œuvre qualifiée, et je dois dire que ces travaux sont bien sûr réalisés à nos frais. S’il y avait des fonds mais pas de personnel ou de compétences, nous n’aurions pas pu accomplir ces travaux. À présent, poser des lignes électriques à travers les montagnes de Kelbedjer est un véritable exploit en soi. Les routes et les ponts, par exemple les tunnels de 70 km, sont construits dans des conditions climatiques difficiles. La grande majorité est déjà achevée. Tout d’abord, cette région devait être interconnectée, y compris par les voies ferrées Berdé-Aghdam, désormais Aghdam-Khankendi, ainsi que par les routes et autoroutes. Autrement dit, le corridor de Zenguézour est bien présent, mais il en va de même pour Djabraïl, Hadrout, Latchine et Kelbedjer. Lorsque je suis allé pour la première fois de Kelbedjer à Latchine, j’ai pensé que je n’avais jamais vu une route aussi dangereuse de ma vie. J’ai conduit pendant de nombreuses années, dans différents pays et bien sûr dans toutes les régions de l’Azerbaïdjan, mais jamais je n’avais vu une route aussi périlleuse. Peut-être que la route Göygöl-Kelbedjer, le col de Mourov – que nous empruntions avant la construction du tunnel – pourrait être quelque peu comparable. Aujourd’hui, ces routes sont dotées de ponts et tunnels à quatre voies. Tout cela permettra aux habitants d’une région de travailler dans une autre. Par exemple, la distance entre Khankendi et Choucha n’est pas très grande. Pourtant, pour la réduire encore, nous construisons un tunnel le long de cette route. Quant à la route Choucha-Latchine, cette distance peut désormais être parcourue en 40 minutes. Mais avec les nouveaux tunnels et l’élargissement des routes, elle sera réduite à 20-25 minutes. Autrement dit, cela permettra une plus grande mobilité et donnera la possibilité aux habitants d’Aghdam de travailler à Choucha, et inversement.

Notre objectif principal est de connecter l’ensemble de cette région au sein d’elle et de relier cette région aux autres parties de l’Azerbaïdjan – dans la direction Gandja-Ouest via Kelbedjer, dans la direction Terter-Berdé-Bakou, et dans la direction Fuzouli-Bilessouvar-Sud. Ainsi, la connectivité à l’échelle du pays sera plus fiable et le temps de trajet sera réduit. Nous savons tous très bien que les gens travaillent généralement dans les régions où ils résident. Cependant, lorsque ces connexions – voies ferrées et autoroutes – seront opérationnelles, et avec l’utilisation du transport aérien, les déplacements à l’intérieur du pays seront possibles à l’avenir. Il ne sera pas nécessaire que tout le monde vienne à Bakou. Au contraire, des personnes se rendent aujourd’hui dans une ville comme Khankendi depuis Bakou, Nakhtchivan et d’autres régions. Khankendi et Aghdam deviendront les principales villes des régions libérées.

Cette mobilité apportera une nouvelle culture à la société. Surtout à l’ère actuelle de l’Internet, là où il y a du travail, les gens s’y rendront pour vivre et travailler, et il faudra donc que les conditions soient réunies. Ces conditions ne seront peut-être pas exactement celles de Bakou, mais elles devront au moins s’en approcher. C’est donc l’objectif. Je peux dire que c’est un objectif secondaire. Bien sûr, l’objectif principal reste le retour des anciens déplacés internes dans ces régions. Aujourd’hui, 70 000 personnes y vivent déjà. Bien entendu, il ne s’agit pas uniquement de déplacés internes : parmi ceux qui travaillent, la majorité ne sont pas des déplacés. Cela concerne trente-deux villes et villages. Cette année, nous pouvons accroître de plusieurs fois le nombre de personnes y vivant. Je ne souhaite toutefois pas avancer de chiffres précis pour le moment, car certains travaux pourraient subir des retards. Mais je pense que nous pourrons accueillir des habitants dans au moins 30 à 50 villages, ce qui signifie que 120 000, 130 000, voire 140 000 personnes pourraient y vivre et travailler d’ici la fin de l’année.

À mesure que les projets d’infrastructure seront réalisés, davantage de fonds seront sans doute alloués à la construction de logements. Mais tout se fait dans un ordre précis et conformément au Plan général. Nous sommes pressés, mais il ne faut pas précipiter les choses. Car si nous cédons à la hâte, la qualité pourrait en pâtir. Ou ceux qui exécutent des travaux de mauvaise qualité pourraient invoquer la précipitation et dire qu’ils devaient livrer ce chantier à telle ou telle date. J’ai toujours dit – et je peux le répéter aujourd’hui publiquement – que je n’ai jamais fixé de date. Je n’en ai pas fixé non plus pour cette année. Quand ce sera prêt, ce sera prêt. Mais tout doit être de haute qualité et, bien entendu, soumis à un contrôle public.

Mirchahin Aghaïev : Monsieur le Président, je souhaiterais maintenant aborder le sujet du corridor de Zenguézour. Aujourd’hui, l’un de ses noms est la « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales » – un accord entre les États-Unis et l’Arménie en faveur de la paix et de la prospérité internationales. Nous avons déjà commencé à diffuser des reportages sur les travaux réalisés dans la direction du Nakhtchivan. Quelle est votre position et votre avis sur les travaux effectués dans ce domaine, et quelles informations nous restent encore inconnues ?

Le président Ilham Aliyev : En réalité, nous avons commencé à mettre en œuvre ce corridor quelques mois après la guerre – la Seconde Guerre du Karabagh. Si je ne me trompe pas, les fondements de cette voie ferrée avaient déjà été posés au début de l’année 2021. Pour être honnête, je n’ai jamais douté que cette route serait ouverte. S’il y avait eu le moindre doute, nous n’aurions probablement pas investi autant d’argent. J’ai même déclaré dans une interview qu’elle serait ouverte quoi qu’il en coûte. Parfois, une telle rhétorique est nécessaire, car elle incite légèrement, pour ainsi dire, l’autre partie. Mais bien sûr, le règlement de cette question aux États-Unis, avec la participation du président Trump, a donné à ce dossier un caractère totalement résolu.

Nos routes vers la frontière arménienne – à la fois le chemin de fer et l’autoroute – seront bientôt prêtes. L’autoroute est achevée à environ 95 %. La voie ferrée est prête à 70 %. Nous pouvons accélérer les travaux, mais comme aucune construction n’a encore été réalisée sur le territoire arménien, nous n’en voyons pas une grande nécessité. En effet, un tronçon de 42 km doit être construit sur le territoire arménien. Parallèlement, une grande partie se situe sur le territoire du Nakhtchivan – comme vous le savez, la longueur de la route constitue environ 190 kilomètres. Il est vrai que son état n’est pas optimal, mais cette route est suffisante pour transporter la cargaison qui pourrait y circuler aujourd’hui. Il existe également des tronçons manquants dans les directions d’Ordoubad et de Sederek. Nous avons maintenant commencé la construction des voies ferrées manquantes, et je pense qu’elles seront achevées dans un an ou deux.

En ce qui concerne le reste de l’infrastructure routière, nous invitons également les investisseurs étrangers désireux d’investir. Cette zone a été ouverte aux investissements étrangers. Ainsi, une fois ce projet entièrement achevé, sa capacité de transport de marchandises atteindra 15 millions de tonnes. Comme je l’ai indiqué précédemment, cette route constituera une branche à la fois des corridors Est-Ouest et Est-Sud, voire de la route Nord-Sud. Aujourd’hui, lorsqu’on évoque le projet Nord-Sud, il s’agit principalement de la route Russie-Azerbaïdjan-Iran, à savoir la route Rasht-Astara. Cette route reste importante. Toutefois, après l’ouverture du Corridor de Zenguézour, la voie Union soviétique-Iran, existant à l’époque soviétique, sera rétablie. Autrement dit : Russie-Bakou-Aghbend-Arménie-Nakhtchivan-Djoulfa-Golfe Persique — ce sera la deuxième route du corridor Nord-Sud. Cette voie constituera également la deuxième route du Couloir médian, et bien entendu, la capacité de transport de marchandises sera renforcée. La route se poursuivra depuis le Nakhtchivan dans deux directions : l’une vers la Türkiye et l’Europe, l’autre vers l’Iran, le Golfe Persique et le Moyen-Orient. Comme je l’ai mentionné, nous jouerons, pour ainsi dire, le rôle directeur dans ce projet. Les marchandises seront concentrées en Azerbaïdjan avant de se diriger vers différentes destinations. Par conséquent, la réalisation du corridor de Zenguézour doit être considérée comme une question résolue. Je ne crois pas qu’il soit possible pour l’Arménie de s’y soustraire, ce qui serait équivalent à un suicide, d’autant plus que le président américain Trump a donné son nom à cette route, qui est désormais, en quelque sorte, sa route. Des informations en provenance d’Arménie indiquent également que la construction physique de cette voie est prévue pour cette année.

Comme vous le savez, l’année dernière, la partie turque a pris la décision de construire la voie ferrée Kars-Nakhtchivan. Il y aura ainsi une liaison complète entre le Nakhitchevan et Kars, et par conséquent avec le réseau ferroviaire de la Türkiye, ce qui doit être considéré comme un projet de grande importance. Il est en effet indispensable d’avoir un chemin de fer capable de relier le Nakhtchivan à la Türkiye, et tous ces projets doivent naturellement être menés de manière coordonnée. Toutes ces routes peuvent être réalisées plus rapidement sur le territoire azerbaïdjanais, mais une coordination permettrait de réaliser des économies sur les fonds engagés. Il est essentiel de savoir à quel moment et quel tronçon sera prêt afin de préparer notre infrastructure en conséquence. Je tiens toutefois à répéter qu’il n’existe plus aucun problème concernant le corridor de Zenguézour sur notre territoire.

Je dois également souligner que, sur notre initiative, un pont sur la rivière Araz (Araxe) est en cours de construction dans la localité d’Aghbend. Nous disposerons ainsi en réalité de deux voies reliant cette région à l’Ouest et au Sud : le corridor de Zenguézour à travers l’Arménie et le Corridor de l’Araz à travers l’Iran. Nous en avons été les initiateurs et nous finançons ce pont avec nos propres ressources. Actuellement, pour se rendre depuis la partie principale de l’Azerbaïdjan jusqu’au Nakhtchivan, il faut parcourir une longue distance depuis Bilessouvar. Désormais, il ne restera plus que 45 à 50 kilomètres depuis le territoire iranien jusqu’au Nakhtchivan. Il y aura donc deux liaisons entre la partie principale de l’Azerbaïdjan et le Nakhtchivan : l’une à travers l’Arménie, l’autre à travers l’Iran. Nous allons en réalité unir le Nakhtchivan, le Zenguézour oriental et le Karabagh en une seule région.

La préparation du plan directeur pour le Nakhtchivan est également en cours, tant pour la ville principale que pour l’ensemble des localités. Parallèlement aux travaux de construction en cours dans le Karabagh et le Zenguézour oriental, nous connecterons cette région à la République autonome du Nakhtchivan, que ce soit dans les domaines de l’énergie verte, de l’agriculture ou de l’irrigation – d’importants projets d’irrigation y seront réalisés – ou encore dans le secteur du tourisme. Je tiens à répéter que nous l’aurions fait de toute façon, mais il est positif que nous puissions le faire dans le calme. L’Arménie n’en tirera que des avantages, bien entendu, car elle pourra sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouve actuellement. Des routes seront ouvertes entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, ainsi qu’entre la Türkiye et l’Arménie. L’Arménie pourra accéder au réseau ferroviaire iranien via le Nakhtchivan et au réseau ferroviaire russe via l’Azerbaïdjan. En d’autres termes, cela profitera également à l’Arménie. Il ne devrait y avoir aucun perdant. D’un point de vue économique et logistique, personne ne sera perdant. Si certains se considèrent perdants sur le plan politique, c’est, comme on dit, leur problème. Mais si chacun adopte une approche pragmatique, il pourra en retirer des bénéfices concrets.

Elmira Moussazadé : Monsieur le Président, nous discutons des premiers projets régionaux de ce type, y compris de la participation de l’Arménie. Nous observons les premiers pas, certes fragiles, vers la paix, suite à l’Accord de Washington. Cependant, comme vous l’avez souligné à plusieurs reprises dans vos discours, nous ne devons jamais baisser notre garde. L’année dernière a marqué le cinquième anniversaire de la Guerre patriotique, de la victoire de l’Azerbaïdjan dans la guerre de 44 jours. Le défilé du 8 novembre est devenu non seulement un symbole de victoire, mais également la démonstration d’une nouvelle réalité. Comment évalueriez-vous cette période, ces cinq années, en termes de construction des nouvelles forces armées de l’Azerbaïdjan, pays victorieux, et de création d’une nouvelle architecture de sécurité ?

Le président Ilham Aliyev : Oui, au cours de ces cinq années, nous nous sommes activement consacrés à la construction de l’armée et, comme on dit, nous ne nous sommes pas reposés sur nos lauriers un seul jour. Je l’ai dit immédiatement après notre glorieuse victoire : nous ne devons pas nous laisser aller à la complaisance, nous ne devons pas consacrer le reste de nos vies à célébrer cette victoire. Cela ne nous mènerait nulle part. L’exemple de l’Arménie est sous nos yeux. Cette vantardise et cette fausse auto-glorification les ont conduits à devoir quitter honteusement nos terres en 2020, puis à nouveau en 2023. Nous avons donc immédiatement commencé à renforcer nos forces armées. Surtout la Seconde guerre du Karabagh a clairement mis en évidence à la fois nos points forts et les domaines dans lesquels nous devions améliorer notre gestion afin d’obtenir de meilleurs résultats. Car la guerre, même victorieuse, comme la nôtre, constitue toujours une expérience inestimable pour tirer des conclusions. C’est précisément cela que j’ai pris comme base.

Tout en ayant pleinement conscience de nos forces, nous avons également travaillé à corriger ce qui devait l’être, même si cela n’était pas très important. Mais, comme on dit, la perfection n’a pas de limite. Nos forces armées se sont donc améliorées au cours de ces cinq années. Pendant cette période, plusieurs opérations militaires importantes ont également été menées, qui ont en réalité prédéterminé les événements de 2022 et 2023, notamment la reconnaissance par l’Arménie du Karabagh comme territoire de l’Azerbaïdjan. Après tout, cela ne s’est pas produit de manière volontaire. Cela s’est produit précisément parce que, depuis 2020, nous avons travaillé à l’obtenir sur le plan politique.

Lorsque d’autres moyens étaient nécessaires, nous sommes alors intervenus, mais de manière mesurée et contrôlée. Aucune des actions que nous avons entreprises entre novembre 2020 et septembre 2023 n’a été spontanée, émotionnelle ou déconnectée de la réalité. Tout était subordonné à un objectif unique : convaincre l’Arménie du caractère préjudiciable de la poursuite de la « politique de miatsum ». Dans une certaine mesure, cela a porté ses fruits, et en octobre 2022, l’Arménie a officiellement reconnu le Karabagh comme faisant partie de l’Azerbaïdjan.

C’était important, mais cela ne représentait pas l’ensemble de la situation, car il ne s’agissait que de paroles, tandis qu’en réalité, tout se poursuivait. L’approvisionnement en mines, la rotation des troupes, le financement de l’armée, la fourniture d’armes — tout cela continuait malgré la reconnaissance officielle du Karabagh comme territoire azerbaïdjanais. Nous avons alors été contraints de prendre d’autres mesures, tant sur la frontière conventionnelle avec l’Arménie que dans la zone où étaient stationnés les soldats russes de maintien de la paix. Et nous avons agi indépendamment de quiconque ou de quoi que ce soit, parce que nous savions que nous devions le faire. Si nous ne l’avions pas fait, il n’y aurait pas eu le 8 août, et il n’y aurait toujours pas de paix. Les séparatistes seraient encore libres d’agir, se sentant protégés et défiant l’État azerbaïdjanais.

Bien entendu, nous n’avions nullement l’intention de tolérer une telle situation. J’ai répété à plusieurs reprises au Premier ministre arménien, lors des réunions à Bruxelles, qu’il n’y avait aucune raison de mettre notre patience à l’épreuve, nous pouvions, à tout moment, prendre le contrôle total du soi-disant corridor de Latchine, indépendamment de la présence de quiconque ou de ce que d’autres pourraient en dire. Malheureusement, mes arguments n’ont pas produit l’effet escompté, et nous avons dû en donner la démonstration en septembre 2023. Cependant, les événements de septembre 2023 devaient être préparés, et cette préparation a dû se faire sur le terrain, y compris dans les zones qui n’étaient pas encore sous notre contrôle.

Ainsi, les mesures opérationnelles menées au Karabagh pour la prise de hauteurs stratégiques ont, en pratique, permis qu’il ne nous faille que quelques heures pour contraindre les séparatistes à capituler les 19 et 20 septembre. Autrement dit, au cours de ces cinq années, nous ne nous sommes pas contentés de nous préparer : nous avons également agi. Par la suite, l’Arménie en est venue à comprendre ce qu’elle affirme aujourd’hui — et elle a raison, à mon avis, c’est une position tout à fait raisonnable — à savoir qu’il existe une Arménie réelle, dotée de ses propres frontières, et que tant que ces frontières ne sont pas reconnues, elles n’existent pas. Si vous vous en souvenez, lorsque nous devions les organiser, j’avais déclaré que la frontière passerait là où nous le jugerions nécessaire.

Parallèlement, le processus de réarmement et de création de nouvelles unités se poursuivait, comme je l’ai brièvement évoqué dans mon discours lors du défilé. Certaines ont été présentées, d’autres non, mais le temps viendra. Quoi qu’il en soit, nous avons considérablement renforcé nos capacités. Si l’on compare l’armement et l’état de préparation au combat de l’armée azerbaïdjanaise aujourd’hui avec ce qu’ils étaient lors de notre victoire dans la Guerre patriotique, nous sommes plusieurs fois plus forts aujourd’hui. Je pense que cette évaluation suffit à caractériser notre force. Je ne dirai pas combien de fois exactement, mais plusieurs fois. Et cela, bien entendu, nous rend confiants dans notre puissance.

Durant cette période, de nombreux développements inquiétants ont eu lieu dans notre région, concernant l’Azerbaïdjan, et, permettez-moi de le dire diplomatiquement, sans lien avec l’Arménie. Nous avons traversé toutes ces épreuves difficiles avec dignité, sans compromettre notre conscience, ni notre honneur. Nous avons démontré à tous ceux qui devaient le savoir que nous méritons le respect et que nous ne tolérerons ni impolitesse, ni insolence, ni tentatives d’imposer leur volonté. Pour accomplir tout cela, il est nécessaire de disposer d’une armée dotée de capacités de combat. J’ai déclaré dans mon message à l’occasion du Nouvel An que nous ne nous préparons pas à la guerre, et c’est effectivement vrai. Je crois et j’espère que les guerres appartiennent au passé, mais personne ne peut le garantir. Nous voyons comment les événements évoluent dans le monde.

Pour revenir à ce que je disais, le droit international, les Nations unies – ce ne sont que des rudiments ; ils sont tellement dépassés qu’y rester attaché relèverait simplement de l’inattention, et ceux qui s’y accrochent vivent dans une réalité obsolète. La nouvelle réalité est ce qu’elle est. Et elle est créée, bien entendu, par les grandes puissances. Mais si un pays n’est pas très grand, tout en ayant du potentiel — politique, militaire et économique — alors lui aussi peut contribuer à la création d’une nouvelle réalité. Je pense que notre victoire lors de la Seconde guerre du Karabagh a, comme je l’ai déjà dit, fait bouger des couches très importantes, tant sur le plan politique que sur le plan moral. Beaucoup aimeraient probablement imiter notre succès, mais personne n’y est parvenu, et j’espère que ceux qui continuent de lutter aujourd’hui en prendront conscience : la guerre est la pire chose qui puisse arriver à un pays ou à un individu, et je le dis avec toute ma responsabilité. C’est la pire chose. La meilleure chose est la paix. Mais pour avoir la paix, il faut être fort, et c’est pourquoi nous continuerons à œuvrer dans cette direction.

Mirchahin Aghaïev : Monsieur le Président, je vais devoir, en quelque sorte, abuser de mes prérogatives de modérateur, car si je ne pose pas cette question maintenant, il sera difficile d’y revenir après. Dans ce contexte, je souhaiterais vous interroger sur l’état d’avancement du développement de l’industrie de défense en Azerbaïdjan, notamment en ce qui concerne la production de matériels militaires destinés à la fois aux besoins nationaux et à l’exportation.

Le président Ilham Aliyev : Nous avons récemment commencé à aborder cette orientation sous un nouvel angle. Sur mes instructions, des entreprises privées ont été impliquées dans ce domaine. Comme vous le savez peut-être, lorsque le ministère de l’Industrie de défense a été créé sur mon ordonnance il y a vingt ans, nous l’avons alors considéré comme un monopole d’État. Cependant, au fil des années, et surtout à la lumière de l’expérience internationale, nous avons observé que les entreprises privées jouent un rôle prépondérant dans de nombreux pays. De plus, en impliquant des entreprises privées dans ce travail, nous avons pu réduire à la fois la charge pesant sur l’État et l’aspect financier. Ainsi, au cours des deux dernières années, des opportunités ont été offertes aux entreprises privées ainsi qu’aux entreprises publiques. À ce jour, 15 sociétés ont reçu des licences – bien entendu, il s’agit d’un domaine nécessitant une licence. Sept entreprises privées ont déjà commencé à produire des matériels militaires. Si l’on examine le volume des investissements, on constate qu’un milliard de manats a été investi en 2024-2025 pour créer de nouveaux sites de production et développer ceux existants. La moitié de ce montant a été investie par le secteur privé.

Étant donné que ce domaine est en partie restreint au public, des informations détaillées ne sont pas toujours disponibles. Cependant, ce processus s’est largement étendu. L’année dernière, nous avons produit des matériels militaires d’une valeur de 1,4 milliard de manats. La majeure partie a été fournie aux Forces armées azerbaïdjanaises, et une partie a été exportée. Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan exporte des produits militaires vers une vingtaine de pays.

Parmi les innovations, nous avons créé des coentreprises en Azerbaïdjan avec de grandes sociétés de l’industrie de défense reconnues au niveau international. Cela inclut la production de véhicules aériens sans pilote, de pièces d’artillerie, d’autres matériels, ainsi que d’armes et de munitions. Nous abordons ce secteur sous plusieurs angles. Premièrement, nous voulons répondre au maximum aux besoins nationaux par la production locale. Deuxièmement, nous souhaitons créer un important secteur industriel. Troisièmement, nous voulons développer un potentiel humain moderne et élargir nos opportunités d’exportation, que nous commençons également à considérer comme un secteur rentable.

Je tiens à répéter qu’au stade initial, l’objectif était uniquement de réduire la dépendance aux importations. Aujourd’hui, nous considérons ce domaine comme une orientation commerciale. Car, malheureusement, le nombre de conflits dans le monde augmente, et la demande en produits militaires également. Leurs prix ont fortement augmenté, notamment celui des munitions. Cela peut donc constituer une source alternative de devises pour nous, et l’objectif à court terme que je me suis fixé est de porter les exportations à un milliard de dollars. Je suis convaincu que nous pourrons atteindre ce chiffre dans trois à quatre ans. C’est tout à fait réaliste. De plus, les entreprises étrangères manifestent un grand intérêt, et les entreprises locales participent activement au processus. Autrement dit, je suis certain que le peuple azerbaïdjanais prendra bientôt connaissance des travaux réalisés dans ce domaine.

Nadia Gyane : Monsieur le Président, je souhaiterais revenir sur la question de l’armée, car dans votre message à l’occasion du Nouvel An, vous avez indiqué que l’Azerbaïdjan avait renforcé ses capacités militaires grâce à des armements de pointe, tout en affirmant que la guerre appartenait désormais au passé. Comment conciliez-vous ce message avec la situation mondiale actuelle, marquée par l’adoption croissante du principe selon lequel « la force fait le droit » et par le réarmement généralisé des États ?

Le président Ilham Aliyev : Comme je l’ai indiqué, malheureusement, les normes du droit international ne fonctionnent pas. Et l’Azerbaïdjan a été l’un des premiers pays à subir les conséquences de ce dysfonctionnement du droit international, lorsque nos terres ont été occupées et que le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté quatre résolutions exigeant le retrait des forces arméniennes de nos territoires. Toutefois, ces résolutions sont restées lettre morte pendant 27 ans et le seraient à jamais si nous n’avions pas libéré nos terres par la force. Notre guerre était une guerre juste. Nous nous battions sur notre propre territoire. Nous n’avons occupé aucun autre pays, nous n’avons envahi aucun autre État. Nous avons mené des opérations militaires conformément à la Charte des Nations Unies, notamment à son article 51, qui consacre le droit à la légitime défense.

Cinq années se sont écoulées depuis la Seconde guerre du Karabagh, et il est désormais évident que le monde entier, la communauté internationale, y compris les principaux États et les grandes institutions internationales, a accepté la nouvelle réalité. Nous avons créé des réalités sur le terrain. Je me souviens en avoir déjà parlé à plusieurs reprises, notamment lors de mes nombreuses rencontres avec l’ancien Groupe de Minsk de l’OSCE, lorsque l’on conseillait à l’Azerbaïdjan d’accepter les « réalités sur le terrain ». Tous mes arguments fondés sur les résolutions du Conseil de sécurité, le droit international et ses violations se heurtaient alors à un mur de silence.

J’ai donc dit : très bien, nous allons changer les réalités sur le terrain. C’est ce que nous avons fait, et aujourd’hui, le monde entier le reconnaît. La soi-disant République du Haut-Karabagh n’a jamais été reconnue par qui que ce soit. Il s’agissait d’une entité illégale. En revanche, notre victoire et notre souveraineté sur les territoires libérés sont reconnues par l’ensemble de la communauté internationale, y compris par l’Arménie.

Dans le même temps, les relations internationales évoluent de manière extrêmement imprévisible. Même si le droit international ne fonctionnait pas, les États — les grands acteurs de la scène internationale — faisaient au moins semblant d’y être attachés. Lorsqu’ils agissaient de manière illégale, ils tentaient toujours de manipuler la terminologie, en recourant notamment au concept d’autodétermination, qui ne devrait pourtant pas porter atteinte à l’intégrité territoriale des États.

L’autodétermination utilisée comme prétexte à des revendications territoriales est un phénomène bien connu de l’Azerbaïdjan. Lorsque nous plaidions et tentions de convaincre la communauté internationale que nous avions raison, que l’autodétermination ne devait pas s’opposer à l’intégrité territoriale et que le séparatisme agressif devait être condamné, nous faisions une nouvelle fois face à un mur de silence, d’indifférence, voire d’arrogance. La situation n’a changé qu’après que nous avons combattu sur le terrain et vaincu l’ennemi.

Aujourd’hui encore, la situation a évolué. Alors qu’il y a quelques années, certaines actions hostiles tentaient d’être justifiées par des formules de quasi-droit international, ce n’est plus le cas. Désormais, peu importe qui dit quoi, et peu importe quelle organisation adopte quelle résolution. Nous voyons ce qui se passe dans le monde : des guerres, des conflits. Et que disent alors certains pays de la soi-disant Europe démocratique ? « Nous sommes préoccupés », « nous suivons la situation », « nous examinons notre position ». Lorsque le droit international est détruit, celui qui est fort a raison. Ce n’est pas notre choix. Nous avons toujours été attachés au droit international et à la justice. Nous n’avons jamais agi en contradiction avec la justice. Tout ce que nous avons fait reposait sur la justice — historique, juridique et humaine. Mais le monde a changé. Nous ne vivons pas dans le monde tel qu’il existe sur le papier, dans la Charte des Nations unies ; nous vivons sur la terre. Nous devons donc être forts, et c’est précisément ce à quoi nous nous efforçons. Et je recommande à chaque pays d’en faire autant.

Elmira Moussazadé : Monsieur le Président, si vous me le permettez, une dernière question concernant les conflits régionaux. Le conflit le plus aigu actuellement est sans doute la situation au Moyen-Orient, en particulier dans la bande de Gaza. L’Azerbaïdjan est l’un des rares pays, voire le seul, à être perçu comme un partenaire égal et digne de confiance à la fois par Israël et par le monde arabo-islamique. La participation potentielle de l’Azerbaïdjan à d’éventuelles opérations de stabilisation est-elle envisagée ? Cela pourrait-il inclure l’envoi de forces azerbaïdjanaises de maintien de la paix, à condition qu’il existe un mandat international et le consentement des deux parties ?

Le président Ilham Aliyev : Nous avons effectivement reçu de telles sollicitations. Naturellement, avant de prendre une quelconque décision, nous devons clairement comprendre quel serait le mandat de l’opération et quel type d’actions seraient envisagées. Nous disposons d’une expérience en matière de participation à des opérations de maintien de la paix en Irak, auparavant au Kosovo, et bien entendu en Afghanistan, nous sommes donc parfaitement familiers avec la structure opérationnelle.

S’agissant de la situation dans la bande de Gaza, il demeure, selon nous, incertain de savoir qui délivrerait le mandat et quelle en serait la nature. S’agirait-il d’opérations de maintien de la paix ou d’opérations d’imposition de la paix ? Ce sont deux notions fondamentalement différentes. Nous ne sommes naturellement pas prêts à participer à la seconde option et nous n’avons jamais envisagé de le faire. En ce qui concerne notre mission de maintien de la paix en Afghanistan, heureusement — et en partie grâce à notre position — nous n’avons subi aucune perte humaine. Durant toutes ces années, il n’y a eu aucune victime, car nous avions défini notre mission comme la protection de sites stratégiques. Nous n’avons jamais pris part à des opérations de combat, et je n’envisage aucune participation à des opérations de combat en dehors du territoire azerbaïdjanais.

Le deuxième facteur, que nous avons communiqué à nos partenaires américains, est que mon pays a été victime d’une agression, c’est un pays qui a subi de lourdes pertes — dans une moindre mesure lors de la Première guerre du Karabagh, mais de manière significative lors de la Seconde. Chaque citoyen azerbaïdjanais nous est précieux. Nous n’avons aucune intention de mettre en danger la vie et la santé de nos concitoyens pour l’autrui. Lorsque nous étions en difficulté, nous avons été livrés à nous-mêmes. Personne ne nous a protégés. De plus, avec tout le respect et la sympathie que nous éprouvons pour la Palestine, celle-ci ne nous a pas particulièrement protégés non plus. Certes, des résolutions ont été adoptées par l’Organisation de la coopération islamique (OCI), avec le soutien de tous, et nous en sommes reconnaissants, tout comme l’Azerbaïdjan a toujours soutenu la Palestine et la création d’un État palestinien au sein des Nations unies, du Mouvement des non-alignés et de l’OCI. L’ambassade de Palestine opère en Azerbaïdjan et bénéficie en partie d’un soutien financier azerbaïdjanais. C’est pourquoi j’ai toujours estimé que les affaires des pays arabes devaient être réglées par les pays arabes eux-mêmes. Je demeure profondément convaincu que les pays musulmans non arabes ne devraient pas chercher à prendre les devants. Cela ne mènera à rien de bon. Il existe la Ligue arabe, dont la position est parfaitement claire, et nous la suivons. Il existe également des décisions de l’OCI, à l’élaboration desquelles nous avons participé et que nous respectons. Ainsi, faire preuve d’un activisme excessif et chercher à prendre les devants ne constitue pas la meilleure approche.

Quant à la possibilité d’une participation à des actions au Moyen-Orient, nous avons été surpris par la déclaration de l’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, affirmant que l’Azerbaïdjan avait donné son consentement. Nous n’avons donné aucun consentement et avons informé l’administration américaine, par les canaux diplomatiques, que de telles déclarations erronées sont inacceptables et créent une fausse perception. Il est possible qu’il y ait eu une tentative d’entraîner d’autres acteurs dans ce processus en affirmant que l’Azerbaïdjan avait accepté, je ne l’exclus pas, mais si tel est le cas, c’est absolument inacceptable. Nous avons élaboré un questionnaire comprenant plus de vingt questions et l’avons transmis à la partie américaine. Tant que ces questions ne seront pas clarifiées, aucune participation de l’Azerbaïdjan à une quelconque mission n’est envisagée. Je vous remercie d’avoir posé cette question, car de nombreuses spéculations circulent dans la presse étrangère sur ce sujet — en particulier lorsqu’un haut responsable de la diplomatie américaine tient des propos aussi irresponsables et infondés. Cela m’a donné l’occasion de faire connaître notre position tant à notre opinion publique nationale qu’à la communauté internationale.

Mourad Husseynov : Monsieur le Président, depuis plusieurs années, l’Azerbaïdjan accorde une attention particulière aux énergies renouvelables et mène un travail dans ce domaine. Selon vous, quel rôle les énergies renouvelables joueront-elles dans le futur modèle de développement de l’Azerbaïdjan ? Il y a un instant, en répondant à la question de mon collègue, vous avez évoqué les technologies de l’information et l’intelligence artificielle. Les énergies renouvelables peuvent-elles également contribuer au développement de ce secteur ?

Le président Ilham Aliyev : Oui, absolument. Lorsque nous avons lancé ce processus, notre objectif principal était naturellement de tirer le meilleur parti de nos ressources naturelles. Les organisations internationales ont déjà procédé à des analyses approfondies et déterminé avec précision notre potentiel. À lui seul, notre potentiel en énergie éolienne dépasse 150 gigawatts. Par ailleurs, Dieu merci, nous bénéficions d’un grand nombre de journées ensoleillées, tant à Bakou que dans l’ensemble de nos régions. Le potentiel éolien de la mer Caspienne est également considérable. Il serait donc regrettable de ne pas l’exploiter.

Lorsque nous avons ouvert ces opportunités à la communauté énergétique mondiale, nous avons constaté un vif intérêt. Aujourd’hui, notre principal investisseur est Masdar, une entreprise des Émirats arabes unis, qui a construit la première centrale solaire d’une capacité de 230 mégawatts. La deuxième centrale sera mise en service dans un avenir proche. Dans ce cas aussi, l’investisseur est la société saoudienne ACWA Power, il s’agit d’une centrale d’une capacité de 240 mégawatts. Le groupe bp a, quant à lui, entamé la construction d’une troisième grande centrale dans le district de Djabraïl, également d’une capacité de 240 mégawatts. Ce n’est là que le début. Parallèlement, des entreprises chinoises et turques manifestent également leur intérêt. Nous avons aussi fait appel aux entreprises azerbaïdjanaises et, compte tenu du caractère rentable et stratégique de ce secteur pour le pays, nous les avons encouragées à s’y engager. Les entreprises locales ont d’ores et déjà rejoint ce processus. À la fin de l’année dernière, j’ai même posé la première pierre de deux centrales à Djabraïl.

La carte des centrales solaires et éoliennes a été approuvée, tant sur terre qu’en mer, y compris sur les territoires libérés. Actuellement, notre principal objectif est d’accroître les capacités d’accueil des sources d’énergie. En effet, selon les plans existants, 6 000 mégawatts d’énergie solaire, éolienne et hydroélectrique seront intégrés à notre système d’ici 2030, et 8 000 mégawatts d’ici 2032. Autrement dit, afin de pouvoir recevoir et absorber ces volumes, nous devons renforcer notre système énergétique, ce que l’on appelle « Energy Grid ».

Parallèlement, des systèmes de stockage par batteries doivent également être construits. Dans un premier temps, nous avons fait appel à des entreprises étrangères pour réaliser ces travaux en tant qu’investisseurs, mais nous avons constaté qu’il n’y avait pas d’intérêt particulier. Cela étant, nous installons déjà les premières batteries, d’une capacité d’environ 250 mégawatts, et d’autres suivront. Je le répète, nos objectifs à court terme portent sur l’obtention de 8 gigawatts d’énergie.

Je suis convaincu que nous y parviendrons, car des contrats ont déjà été signés — non pas des protocoles d’accord, mais bien des contrats — ce qui constitue désormais une obligation juridique. Quels en seront les bénéfices ? Tout d’abord, cela nous permettra de réduire la consommation de gaz destinée à la production d’électricité et d’exporter les volumes de gaz ainsi économisés. À cette fin, nous développons notre infrastructure gazière existante, non pas en Azerbaïdjan, mais dans d’autres régions. Cela nous donnera également la possibilité d’exporter de l’énergie propre. Comme vous le savez, il existe un projet de câble sous-marin en mer Noire. Bien que l’étude de faisabilité soit prête, les sources de financement ne sont pas encore clairement définies. Notre position est de produire l’électricité ici et de prolonger de nouvelles lignes de transmission jusqu’à la frontière géorgienne, car de nouvelles lignes sont nécessaires. Le reste devrait relever des obligations financières des autres pays. Dans ce contexte, comme je l’ai mentionné, nous sommes également parvenus à un accord avec le Kazakhstan et l’Ouzbékistan sur la construction d’un câble sous la mer Caspienne. Là aussi, l’étude de faisabilité est actuellement en cours.

La troisième option possible — ou bien ces options peuvent être mises en œuvre simultanément — consiste à consommer l’énergie sur place. À cet égard, je le répète, l’intelligence artificielle et les centres de données figurent parmi les projets les plus énergivores. Or, ni dans le Caucase du Sud, ni en Asie centrale, ni dans notre voisinage immédiat, il n’existe de pays disposant d’autant d’énergie disponible que le nôtre. Certains États importent du gaz naturel pour le transformer en électricité, d’autres importent de l’électricité faute de capacités suffisantes. Nous, en revanche, produisons et exportons de l’énergie — gaz, pétrole, produits pétroliers, produits pétrochimiques — ainsi que des engrais à base de gaz naturel, qui constitue la principale matière première. Autrement dit, l’ensemble du cycle, de la consommation intérieure à l’exportation, est assuré dans notre pays.

C’est pourquoi nous poursuivrons naturellement nos activités dans cette direction. Aujourd’hui, le nombre d’entreprises intéressées par des investissements dans ce secteur est si élevé que, je le répète, nos centres énergétiques ne sont pas en mesure d’absorber cette demande. Nous devons donc renforcer le réseau électrique afin de pouvoir accueillir et transmettre non seulement 8, mais à l’avenir 20, 30, voire 40 gigawatts d’énergie.

Mumtaz Khalilzadé : Monsieur le Président, la question de l’infrastructure de transport moderne de l’Azerbaïdjan. Vous avez brièvement évoqué ce sujet en répondant aux questions de mon collègue. Pourriez-vous nous fournir des explications plus détaillées ? Quels travaux seront réalisés et quelles mesures sont prévues afin d’améliorer l’infrastructure de transport moderne de l’Azerbaïdjan, en particulier celle de Bakou ? Pourriez-vous également nous donner des informations à ce sujet ?

Le président Ilham Aliyev : Oui, de nombreux projets importants de transport ont été mis en œuvre à Bakou, et j’en ai cité certains. Cela nous a permis, à un certain stade, de nous prémunir contre les embouteillages. Toutefois, le développement est évident : la population augmente et le nombre de véhicules est en hausse. Chaque année, des dizaines de milliers de nouvelles voitures sont importées dans notre pays. Des restrictions ont désormais été imposées concernant leur durée de vie, tandis que la production automobile locale progresse. Dans ces conditions, l’infrastructure routière existante n’est plus suffisante.

Nous devons également comprendre que nous ne pouvons pas modifier l’aspect architectural historique de Bakou. La gestion du système de transport routier et la priorité accordée à la micromobilité, c’est-à-dire aux transports en commun, peuvent constituer une solution. Notre ministère du Numérique et des Transports travaille activement dans ce sens, en faisant appel à des experts internationaux. La carte de la nouvelle infrastructure routière de Bakou a déjà été approuvée. Comme je l’ai indiqué, l’emplacement de dix nouvelles stations de métro a également été déterminé et les terrains correspondants ont été attribués. En outre, deux dépôts supplémentaires seront construits. Des projets d’optimisation sont en cours dans les stations de métro existantes. J’ai rappelé que sept stations de métro avaient été construites au cours des vingt dernières années. Si elles ne l’avaient pas été, quelle serait la situation aujourd’hui ?

Le développement de la micromobilité, l’élargissement des espaces réservés aux piétons et la transformation de certaines rues en zones exclusivement piétonnes sont en cours, et le public en verra les résultats dans les mois à venir. Parallèlement, la création de nouveaux espaces publics à Bakou s’est largement développée. Lors de l’aménagement de nouveaux parcs, zones publiques et espaces de loisirs, la question des infrastructures de transport est naturellement prise en compte. On peut en voir un exemple avec le Parc central : autrefois, les rues y étaient très étroites ; aujourd’hui, elles sont devenues très larges et offrent de vastes possibilités de circulation, notamment dans l’axe allant du Palais Heydar Aliyev vers les hauteurs.

Le processus de relocalisation du quartier dit « Sovetski » se poursuit, et seuls des espaces publics et des parcs doivent y être aménagés. Des lacs artificiels y seront créés et un système de transport sera mis en place, comprenant des stations de métro. Une station de métro sera construite dans la Ville blanche. La création de pistes cyclables a également commencé. Je sais que certains n’en sont pas satisfaits, mais l’expérience des pays développés montre qu’il s’agit là aussi d’une solution : c’est à la fois bénéfique pour la santé et un outil important dans la lutte contre les embouteillages. Naturellement, lorsque les transports en commun atteindront le niveau souhaité, leur utilisation deviendra la meilleure option. Nous travaillons en la matière. Je le répète, des centaines de bus sont mis en service à Bakou chaque année. Actuellement, des bus électriques, qui ne polluent pas l’air, sont produits. Des centaines de nouveaux bus seront introduits chaque année à Bakou par des entreprises publiques et privées. C’est ainsi que nous pourrons résoudre le problème des embouteillages dans la capitale.

Bien entendu, le transport ferroviaire doit également jouer son rôle. Aujourd’hui, la ligne ferroviaire Bakou–Soumgaït fonctionne activement. Si cette ligne n’avait pas existé, imaginez la situation. De même, que se serait-il passé si une cinquantaine de tunnels ou d’environ cinquante ponts n’avaient pas été construits à Bakou ? Il existait auparavant de nombreux ronds-points. Vous vous souvenez du nombre de ronds-points ? Lorsque l’on se rendait d’ici vers le centre-ville, il y en avait probablement trois ou quatre. Aujourd’hui, ils ont tous disparu et ont été remplacés par des échangeurs.

Il s’agit d’une question sérieuse, que nous traitons avec le plus grand sérieux. Un programme a été adopté et des ressources financières ont été mobilisées. Je suis convaincu que ces principaux problèmes devront être résolus au cours des cinq prochaines années.

Nadia Gyane : Monsieur le Président, je voudrais revenir brièvement sur la question de l’énergie, notamment parce qu’en décembre dernier, nous avons été témoins d’une première pour le pays : un train de marchandises transportant du carburant depuis l’Azerbaïdjan est parti pour l’Arménie via la Géorgie. Par ailleurs, l’Azerbaïdjan a également exporté de l’énergie vers la Syrie via la Türkiye afin de contribuer à la reconstruction de ses infrastructures. Je souhaiterais donc savoir quelle est la stratégie de l’Azerbaïdjan en matière de distribution de l’énergie et de production de gaz naturel, et dans quelle mesure ces corridors gaziers sont cruciaux pour le développement régional et la croissance économique.

Le président Ilham Aliyev : Nos exportations de gaz augmentent tant en volume qu’en couverture géographique. À ce jour, nous avons fourni du gaz à 14 pays, dont 11 sur une base régulière. Certains pays ont reçu notre gaz en 2024, puis ont interrompu les importations en raison de l’existence d’autres sources. Il s’agit d’un mécanisme fondé sur la demande : lorsqu’ils en ont besoin, nous commençons les livraisons, lorsqu’ils n’en ont plus besoin, nous les interrompons. Néanmoins, au total, la couverture géographique du gaz acheminé par gazoduc depuis l’Azerbaïdjan concerne 14 pays, et deux autres pays européens s’y ajouteront cette année. Le total atteindra ainsi 16 pays, ce qui constitue un record en matière de gaz livré par gazoduc. Aucun autre pays au monde ne fournit du gaz par pipeline à un nombre aussi élevé de pays que l’Azerbaïdjan. Nos exportations ont dépassé l’an dernier les 25 milliards de mètres cubes, avec un potentiel de croissance supplémentaire reposant sur deux sources principales. Premièrement, comme je l’ai déjà indiqué, les énergies renouvelables : plus leur part augmentera, plus nous économiserons de gaz destiné à l’exportation. Deuxièmement, l’augmentation de la production, qu’elle provienne de gisements existants ou de nouveaux champs. À cet égard, nous attendons une nouvelle production issue du champ de gaz profond d’Azeri–Tchirag–Gunechli. Comme vous le savez, ce champ produit d’importantes quantités de pétrole, mais il recèle également de vastes réserves de gaz situées à grande profondeur, d’où son appellation de « champ de gaz profond ». Nous prévoyons le début de cette production dès cette année. Nous anticipons également, dans les années à venir, le lancement d’une nouvelle phase du projet Chahdeniz, appelée « Chahdeniz Compression », qui permettra de fournir des volumes supplémentaires de gaz. Un autre champ prometteur est « Babek », de très grande taille et au potentiel considérable, suscitant l’intérêt de nombreuses entreprises prêtes à y investir. Le champ qui peut certainement être considéré comme comparable à Chahdeniz en termes d’ampleur est « Abcheron ». Il est actuellement en phase de production initiale, dont le gaz est destiné à la consommation intérieure. La deuxième phase d’Abcheron devrait nous fournir environ trois fois plus de gaz qu’aujourd’hui, ce qui augmentera les volumes disponibles pour les marchés extérieurs. Notre gaz est demandé à la fois par les pays qui en reçoivent déjà et souhaitent accroître les volumes importés, et par ceux qui n’en bénéficient pas encore.

La Syrie est devenue l’an dernier un nouveau partenaire. Nous sommes satisfaits de pouvoir aider le gouvernement syrien à réduire le déficit d’électricité, car notre gaz contribue, selon diverses estimations, à diminuer les pénuries d’électricité d’environ quatre heures par jour. Nous étudions également la possibilité d’augmenter les livraisons. Pour de nombreux pays, le gaz azerbaïdjanais joue un rôle essentiel dans la sécurité énergétique. Un système de gazoducs diversifié, une solide réputation de fournisseur fiable, ainsi que de bons contacts politiques — sachant que la plupart de nos clients sont membres de l’Union européenne — constituent autant de facteurs très positifs.

Par ailleurs, comme vous l’avez sans doute constaté, on observe un changement par rapport à cette sorte d’« allergie » aux combustibles fossiles que nous avions connue il y a quelques années, lorsque presque tout le monde semblait obsédé par leur rejet et ne parlait que des énergies renouvelables. Le président Trump et son administration ont modifié cette approche. Comme vous le savez, il est fermement opposé aux énergies renouvelables et favorable aux combustibles fossiles. Et puisque les États-Unis sont un pays leader à l’échelle mondiale, tout ce qui s’y passe génère des impulsions dans différentes directions.

Je sais que certaines institutions financières européennes ont commencé à revoir leurs politiques à l’égard des combustibles fossiles, qui étaient auparavant totalement interdits. Elles commencent désormais à envisager le financement de projets liés aux énergies fossiles. Certaines grandes compagnies énergétiques — y compris celles qui avaient changé de nom pour supprimer toute référence au pétrole — ne faisaient en réalité que suivre la tendance dominante. Aujourd’hui, elles reviennent aux combustibles fossiles. C’était évident et, franchement, ridicule.

Lorsque je me suis exprimé lors de la COP29 ici à Bakou, en novembre 2024, en tant que pays hôte, j’ai déclaré — sans me citer moi-même — que cette réalité ne pouvait être ignorée. J’ai alors été attaqué par l’ensemble de la communauté écologiste, qui s’interrogeait sur la manière dont un pays hôte de la COP29 pouvait plaider en faveur des combustibles fossiles. Je n’ai pourtant fait qu’énoncer une réalité. Personne ne peut aujourd’hui ignorer les combustibles fossiles. Peu importe à quel point on les rejette, il est impossible de vivre sans eux. Si quelqu’un peut s’en passer, qu’il le fasse. Mais cette question doit être abordée avec réalisme.

La responsabilité des pays riches en pétrole et en gaz est illustrée par des États comme l’Azerbaïdjan et bien d’autres, qui disposent d’importantes ressources en hydrocarbures tout en investissant simultanément dans les énergies vertes. Je pense qu’il existe désormais, au sein des institutions européennes, une compréhension croissante du fait que cette obsession contre les combustibles fossiles doit prendre fin et que le pragmatisme et le réalisme doivent prévaloir.

Aujourd’hui, l’Azerbaïdjan est un partenaire indispensable pour les consommateurs européens, et il le restera pendant de très nombreuses années. Notre rôle en tant que fournisseur fiable de sécurité énergétique ne fera que croître. Il ne diminuera pas, il augmentera. Et lorsque nous y ajouterons l’électricité, l’énergie verte et l’hydrogène, y compris l’hydrogène vert, notre rôle sera encore plus important.

Mirchahin Aghaïev : Monsieur le Président, vous parlez parfaitement l’anglais et le russe, mais la langue azerbaïdjanaise représente pour vous une notion d’importance vitale. Le 3 novembre, lors de la réunion organisée à l’occasion du 80ᵉ anniversaire de l’Académie nationale des sciences d’Azerbaïdjan, vous avez de nouveau abordé ce sujet et donné des instructions très fermes aux médias et à nos intellectuels afin de protéger la pureté de la langue azerbaïdjanaise et de la langue littéraire. De manière générale, ce n’est probablement pas seulement l’empreinte laissée dans votre subconscient par Heydar Aliyev, qui était ému en récitant les vers : « Le cœur et l’âme peuvent-ils jamais être séparés ? Azerbaïdjan, Azerbaïdjan ! » Ce n’est pas uniquement une question de grammaire, de lexique, ou bien de morphologie. Il y a peut-être ici une signification profonde que le citoyen azerbaïdjanais moyen ne comprend pas. Pourquoi ordonnez-vous si souvent de protéger la langue azerbaïdjanaise, et toujours avec une telle persistance ? Quel est le danger ?

Le président Ilham Aliyev : Vous savez, tout d’abord, la langue unit les gens, elle unit la population. La langue est l’un des principaux attributs de l’État, peut-être même le premier — bien sûr, avec le drapeau, les armoiries et l’hymne national. Nous connaissons bien le destin de notre peuple. Il a été difficile. Nous sommes un peuple qui a vécu avec le désir de l’indépendance pendant des siècles, un peuple qui a vécu sous le joug colonial pendant des siècles. Les appellations peuvent être différentes, mais dans le fond, il s’agissait de colonialisme. Qu’il s’agisse des temps anciens, de l’Empire russe, de l’Empire perse ou de l’Union soviétique, ce n’était rien d’autre que du colonialisme. Notre histoire de l’indépendance est également riche. Il existait des bases d’État-nation, et nous en sommes fiers. Mais le fait d’avoir vécu au sein d’autres empires et pays a inévitablement laissé une certaine empreinte sur la psychologie de notre peuple. Les conséquences de cette psychologie sont encore présentes aujourd’hui. Elles diminuent, mais elles subsistent. Moins elles sont présentes, mieux c’est. C’est probablement lié au renouvellement des générations et à d’autres facteurs. Cependant, la langue est le facteur qui fait d’un peuple une nation. Nous avons préservé notre langue à toutes les époques, et l’azerbaïdjanais que nous parlons aujourd’hui n’est pas différent de celui parlé par nos arrière-grands-pères. C’est un immense accomplissement. Je suis convaincu que la grandeur de notre peuple réside dans le fait que nous n’avons pas été influencés par d’autres langues. Il est vrai que certains mots ont été intégrés à notre lexique pendant l’ère soviétique. Je ne parle pas des mots issus du lexique international. Mais, en principe, durant la période de notre indépendance, nous avons pu nous en débarrasser.

Deuxièmement, nous sommes une grande nation : plus de 10 millions de personnes vivent dans l’Azerbaïdjan indépendant, mais il y a également plus de 50 millions d’Azerbaïdjanais vivant ailleurs à travers le monde. Autrement dit, notre langue est la langue d’une grande nation, nous ne devons jamais l’oublier, et notre langue ne peut pas rester à l’ombre d’une autre langue. Notre langue est riche : on peut y formuler n’importe quelle phrase, y écrire n’importe quel poème. Elle est très riche, très mélodieuse et belle, et ce n’est pas seulement parce que c’est notre langue. J’ai entendu de nombreux collègues et d’autres personnes affirmer qu’il s’agit en effet d’une langue très riche et belle. Je pense, et je suis convaincu, que le peuple azerbaïdjanais partage pleinement cette opinion. Si nous avons pu protéger notre langue pendant les années de colonialisme et si nos ancêtres nous l’ont confiée, comment pourrions-nous ne pas être capables de la protéger aujourd’hui ? Les mots étrangers qui sont introduits dans notre langue, parfois volontairement et parfois non, ne l’enrichissent pas et ne rendent pas plus intelligents ceux qui les utilisent. Connaître plusieurs langues est une bonne chose, et je suis moi-même favorable à cela. Mais il faut parler les langues étrangères lorsque c’est nécessaire. Nous devons protéger notre propre langue. Les mots étrangers corrompent notre langue, ne l’enrichissent pas et sapent également notre identité nationale, progressivement, lentement. Peut-être que nous ne nous en rendons même pas compte, mais ils l’affaiblissent progressivement. Une fois la langue perdue, corrompue ou entièrement adaptée à une autre langue, l’identité nationale disparaîtra elle aussi, et ensuite la souveraineté de l’État disparaîtra également. Et après cela, Dieu nous en préserve, notre pays pourrait être confronté à un grand désastre. C’est pourquoi il est du devoir de chacun d’entre nous de protéger la langue azerbaïdjanaise. Je le dis avec une pleine confiance et j’invite chacun à contribuer à cette lutte. Pourquoi une lutte ? Parce qu’aujourd’hui, dans le monde, on ne peut pas vivre dans un espace fermé. On ne peut pas se couper du monde derrière un rideau de fer, il y aura inévitablement des contacts, des ressources sur Internet, des réseaux sociaux, etc. Les mots étrangers pénètrent inévitablement dans la langue, sont ensuite assimilés et utilisés. J’y suis opposé.

Je ne suis pas opposé à aucune langue. Je respecte toutes les langues et, si je connaissais davantage de langues, je n’en serais que plus heureux. Cependant, nous devons protéger la langue azerbaïdjanaise, et l’État azerbaïdjanais est le gardien de cette langue. Il y a 50 millions d’Azerbaïdjanais vivant dans le monde, mais nous sommes ceux qui protégeons la langue ancienne, éternelle et littéraire, et je souhaite vraiment que les Azerbaïdjanais vivant à l’étranger connaissent également parfaitement la langue azerbaïdjanaise. Pas seulement à un niveau de tous les jours, mais la connaître parfaitement. Il y a un grand besoin à cet égard. Dans certains pays où vivent des Azerbaïdjanais, il n’existe pas d’écoles azerbaïdjanophones. C’est une grande injustice, et cette injustice doit cesser. Nous essayons d’influencer la situation dans la mesure de nos moyens, mais nos possibilités sont limitées. C’est pourquoi, sur mes instructions, des écoles en ligne sont désormais créées, et leur nombre ainsi que leur portée doivent augmenter. Il devrait y avoir des écoles d’azerbaïdjanais en ligne partout où vivent des Azerbaïdjanais, afin que nos enfants puissent parler leur langue maternelle. En effet, certains enfants de troisième ou quatrième génération d’Azerbaïdjanais ne connaissent plus leur langue maternelle. De nombreux facteurs entrent en jeu ici. Les facteurs clés sont ceux que j’ai mentionnés précédemment, et puisque nous sommes une grande nation, je souhaite sincèrement que tous les Azerbaïdjanais parlent l’azerbaïdjanais, comme nous. C’est mon souhait. Bien sûr, c’est difficile, car tous les Azerbaïdjanais vivant à l’étranger n’en ont pas la possibilité. Mais c’est mon souhait, et beaucoup dépend aussi des journalistes ici. Comme on le dit, les journalistes sont ceux qui parlent le plus à l’antenne, et je leur demande de ne pas utiliser de mots étrangers. J’en entends parfois à la télé. Cela ne vous concerne pas directement. Bien entendu, l’apport de nos intellectuels, poètes et écrivains est également très important. Ils ne doivent pas rester indifférents à cette question. J’ai brièvement abordé ce sujet lors de mon discours à l’Académie nationale des sciences. Aujourd’hui, j’en élargis encore le cadre. Cela pourrait faire l’objet d’une interview distincte, car c’est un sujet très vaste, et nous devons tous inciter nos concitoyens à la vigilance. Il ne s’agit pas seulement de ce que nous disons ou ne disons pas. Cela a des couches très profondes, et plus nous protégerons notre langue, plus nous la garderons pure et intacte, plus notre nation sera pure, et, comme on le dit, notre identité nationale sera toujours préservée.

Mourad Husseynov : Monsieur le Président, pour prolonger ce sujet, ce qui rend un État et une nation forts, c’est aussi la science et l’éducation. Il y a quelques années, vous avez avancé le concept de « nation instruite », transformant le « pétrole noir » en capital humain. Comment évalueriez-vous la situation actuelle dans le domaine de la science et de l’éducation en Azerbaïdjan ? Quelles mesures doivent être prises ? Quels conseils donneriez-vous aux jeunes à cet égard ?

Le président Ilham Aliyev : Comme vous le savez, nous avons déjà procédé à des changements structurels : le ministère des Sciences et de l’Éducation a été créé. Pourquoi ? Parce que la science était en réalité laissée en dehors de la structure étatique. L’Académie des sciences fonctionne bien sûr depuis de nombreuses années, et j’ai également participé à ses événements commémoratifs. En même temps, science et éducation doivent être réunies afin de mettre en œuvre la politique publique de manière plus complète. Nous connaissons l’expérience des pays développés : là-bas, la science se développe davantage en parallèle avec les universités, ou au sein de celles-ci. Nous avons choisi ce modèle aussi. Des réformes structurelles sont en cours. De nombreux instituts de recherche scientifique fusionnent entre eux. Parallèlement aux réformes structurelles, des réformes de personnel sont également en cours, avec l’émergence de cadres plus avancés et plus jeunes. Il n’est pas si difficile de trouver un facteur de qualité ici. L’expérience internationale le montre : quels journaux scientifiques ou publications, combien de vos articles de recherche ont été publiés et dans quelle mesure votre potentiel scientifique correspond-il aux réalités actuelles ? Si nous voulons réellement développer la science, il ne suffit pas de donner un emploi aux chercheurs. Pour développer la science, nous devons mener ces réformes. C’est inévitable. Si nous ne le faisons pas, il y aura des limites au développement. Je l’ai dit à de nombreuses reprises et je veux le redire, en toute conscience : le développement des pays avancés est uniquement associé à l’intellect, à l’éducation et à la science, pas au pétrole et au gaz. Comparez la situation des pays riches en pétrole et en gaz et celle des pays développés. Oui, il y a des pays riches en pétrole et en gaz qui réussissent, peu nombreux, mais ils existent. D’où viennent leurs technologies ? Les inventent-ils eux-mêmes ? Non, elles viennent de centres de réflexions, de centres technologiques. Et de quoi cela dépend-il ? De l’éducation et de la science. C’est très simple. C’est pourquoi nous devons travailler intensément dans cette direction.

Au cours des vingt dernières années, dix nouveaux établissements d’enseignement supérieur ont été créés en Azerbaïdjan, dont certains en partenariat avec des pays étrangers. Par exemple, deux avec la Russie, un avec la France, un avec la Türkiye et un avec l’Italie – soit cinq au total. Les autres sont nationaux, l’Université de Khankendi y comprise. Cela traduit la volonté de l’État et constitue sa politique. L’amélioration de la qualité de l’enseignement, la sécurité sociale et le professionnalisme des enseignants, le système de test, etc., tous ces facteurs poursuivent un seul objectif – rendre la société instruite et cultivée. Ce n’est qu’alors que nous pourrons atteindre un développement à long terme. Sinon, une fois nos réserves de pétrole et de gaz épuisées, nous pourrions nous retrouver dans une situation très difficile. Mais dès maintenant, nous devons envisager l’avenir de notre peuple et de notre État sur plusieurs décennies, voire plusieurs siècles. C’est pourquoi ce domaine est extrêmement important, et j’espère sincèrement que les réformes en cours produiront de bons résultats.

Nous avons de nombreux jeunes talents. Aujourd’hui, nous avons de nombreux jeunes spécialistes ayant étudié à l’étranger ainsi qu’en Azerbaïdjan. Divers programmes étatiques sont en cours, parmi lesquels le programme « Yukselish ». Celui-ci est très important pour motiver, encourager, puis attirer les jeunes vers les institutions publiques et les entités privées. Ceux qui ont étudié à l’étranger sur mes instructions sont revenus depuis longtemps. Beaucoup reviennent et travaillent ici, et nous constatons, par exemple, que la situation change complètement lorsqu’une personne ouverte d’esprit et compétente occupe un poste de direction. J’occupe cette fonction depuis 22 ans. Tous ces événements se déroulent sous mes yeux, et j’ai acquis à la fois de bonnes et de mauvaises expériences. J’ai tout vécu, et cela me permet de prononcer ces paroles aujourd’hui. Les réformes de personnel, la science et l’éducation, ainsi que le niveau intellectuel général de la société : il serait difficile pour une personne talentueuse d’émerger en l’absence de ces éléments. Lorsque le niveau intellectuel général et le niveau de connaissance de la société sont élevés, une génération de personnalités talentueuses émerge, comme on le dit. Bien sûr, chacun d’entre nous souhaite uniquement de bonnes choses pour notre pays, et la question que vous avez posée est particulièrement opportune. C’est également le sujet d’une conversation à part entière. Cependant, je suis convaincu que nous sommes sur la bonne voie et que les réformes se poursuivront.

Nadia Gyane : Monsieur le Président, l’année dernière, j’ai eu la chance d’interviewer un voyageur du groupe Extreme Travel. Lui et plusieurs autres ont visité des sites clés en Azerbaïdjan, en se concentrant sur les projets de reconstruction à Latchine, Khankendi et Aghdam, afin de promouvoir la région et d’observer ces travaux. Comment l’Azerbaïdjan peut-il promouvoir davantage le tourisme et mettre en valeur sa riche culture et son identité, attirer les touristes non seulement vers la capitale, mais également vers les territoires libérés ?

Le président Ilham Aliyev : Oui, nous avons connu une croissance assez significative du tourisme avant la pandémie de COVID. Chaque année, le nombre de visiteurs augmentait, mais ensuite il y a eu un effondrement, et nous sommes maintenant en phase de reprise. Je pense qu’il existe plusieurs facteurs qui peuvent constituer un attrait pour l’Azerbaïdjan. Tout d’abord, bien sûr, la sécurité et la stabilité. Dans le monde actuel, lorsque les gens décident de voyager, ils prennent toujours en compte la sûreté et la sécurité du pays, et l’Azerbaïdjan peut être considéré comme l’un des pays les plus sûrs à l’échelle mondiale.

Le deuxième facteur est la situation géographique : nous sommes proches et de l’Asie et de l’Europe, juste au carrefour des deux. Bien sûr, notre riche culture, nos monuments historiques et la diversité de notre nature – neuf zones climatiques et une capitale développée figurent par ces critères. Et ce n’est pas seulement la capitale, mais aussi de nombreuses destinations touristiques, des aéroports internationaux – nous en comptons déjà neuf –, les chemins de fer, le climat, que j’apprécie beaucoup, à Bakou mais aussi dans les régions. Nous avons aussi le tourisme de ski, le tourisme balnéaire, la randonnée, les forêts et, bien sûr, notre cuisine unique, incomparable à toute autre. Et des habitants très accueillants – des gens qui aiment les étrangers. Je sais que de nombreux étrangers vivant en Azerbaïdjan se sentent chez eux ici.

Il règne donc une atmosphère très positive dans le pays et les gens sont très positifs. Beaucoup de visiteurs venant pour la première fois, bien sûr, remarquent la beauté de Bakou, mais ils soulignent tous que les habitants sont souriants. Beaucoup de gens sont souriants. C’est un signe de bonne humeur dans la société. Pour attirer davantage de touristes, nous devons être plus actifs. C’est ce que nous essayons de faire, tant au niveau national qu’international, en organisant différents événements médiatisés, comme, par exemple, le Grand Prix de Formule 1 – un événement sportif de premier plan suivi par un public de 500 millions de personnes. Et cela fait déjà 10 ans que nous le faisons, avec un nombre de touristes croissant chaque année.

Cette année, pour la première fois, nous organiserons le Championnat du monde de ski à Chahdagh en l’espace de deux mois. C’était également notre objectif : développer la station au plus haut niveau international. Il y a déjà près de 50 kilomètres de pistes, et elles seront probablement étendues à 55 ou 60 kilomètres. Pour la première fois, un Championnat du monde se tiendra à Chahdagh. Nous nous sommes donc déjà positionnés dans le calendrier de la Fédération internationale de ski. L’Azerbaïdjan est un pays du sud, mais les plages ne sont pas loin. Le grand projet de développement « Sea Breeze » est également unique par sa capacité, son ampleur et sa beauté, rien de comparable n’existe ailleurs dans le monde. En un seul lieu, il intègre hôtels, loisirs, divertissements et logements.

Le Karabagh et le Zenguézour, c’est un véritable paradis. C’est vraiment un paradis naturel. Le développement du tourisme dans ces régions constitue donc l’une de nos priorités. Il existe déjà plusieurs hôtels à Choucha et à Latchine. Un hôtel est en construction à Zenguilan. Bientôt, un hôtel sera inauguré à Istissou, dans le district de Kelbedjer. Un nouvel hôtel ouvrira à Khankendi probablement l’année prochaine, voire cette année. Cela constituera une destination touristique importante.

À cela s’ajoutent des destinations touristiques traditionnelles comme Guébélé, Lenkeran, Gandja et bien d’autres. Une grande partie du succès dépend des liaisons aériennes, et de nombreuses réformes sont en cours dans ce domaine. Aujourd’hui, non seulement notre compagnie nationale, mais aussi de nombreuses compagnies internationales, y compris des compagnies à bas prix, desservent l’Azerbaïdjan. La connectivité aérienne se renforce donc considérablement. Oui, pour l’instant, nos frontières terrestres restent fermées. Je pense que c’est compréhensible. Néanmoins, je suis convaincu que l’objectif que nous nous sommes fixé – doubler le nombre de touristes pour atteindre 5 à 6 millions – est tout à fait réaliste.

Parmi nos projets figure la construction d’un nouveau terminal à l’aéroport international Heydar Aliyev. Je n’ai pas encore les chiffres définitifs de l’année dernière, mais je pense que le nombre de passagers dépassera les 7 millions. Nous devons donc prévoir un terminal capable d’accueillir 15, voire 20 millions de passagers. Nous travaillons déjà sur un nouveau concept de terminal.

Tout cela, ajouté au fait, je le répète, que la guerre est terminée. C’est une situation totalement nouvelle. Ce fardeau est désormais levé de nos épaules, un fardeau que nous avons porté pendant plus de 30 ans. Pour les relations internationales, les affaires, les voyages et le tourisme, c’est une situation absolument inédite. Je vois donc de nombreuses perspectives : le tourisme d’affaires, et potentiellement le tourisme de santé. Nous travaillons actuellement sur ce dernier point. Peut-être est-il trop tôt pour avancer des conclusions définitives. Mais le tourisme de loisirs est déjà présent, comme à Naftalan, Galalty ou Douzdagh, entre autres. Le tourisme de santé est également un secteur que nous pouvons développer. Beaucoup de projets sont en cours, et j’espère qu’ils seront tous réalisés.

Mourad Husseynov : Monsieur le Président, vous avez mentionné que de nombreux projets sont en cours et qu’ils seront réalisés. Nous vous prions de nous excuser d’avoir pris autant de votre temps et, avec la permission de mes collègues, permettez-moi de poser ma dernière question. Vous avez déclaré que vous construisez un Azerbaïdjan pacifique et prospère, et que de bons exécutants sont nécessaires sur le terrain pour y parvenir. Toutes les instructions que vous avez données aux fonctionnaires d’État et aux chefs des autorités exécutives l’année dernière ont fait l’objet d’un large débat dans la société. À votre avis, à quoi doit ressembler un fonctionnaire ou un chef d’autorité exécutive à l’ère moderne ? Nous observons également les activités des bureaux de représentants spéciaux du Président de la République dans les territoires libérés. De telles activités pourraient-elles, à l’avenir, s’étendre à l’ensemble du territoire national ? Des projets sont-ils prévus à cet égard ?

Le président Ilham Aliyev : Oui, c’est possible, car une nouvelle méthode de gouvernance a déjà été introduite et est mise en œuvre dans le Karabagh et le Zenguézour oriental. Je crois que cette approche permet, en elle-même, une gouvernance plus flexible. Mais, encore une fois, la question clé est celle de cadres. Par exemple, j’ai également créé le poste de représentant spécial pour le Nakhtchivan. Malheureusement, la personne que j’y avais nommée n’a pas justifié ma confiance et a été relevée de ses fonctions. Récemment, un chef d’autorité exécutive a été nommé dans l’un des arrondissements de Bakou. De plus, lors de cette nomination en novembre, plusieurs chefs d’autorités exécutives ont été nommés en groupe. Les instructions que j’ai données – et les propos que j’ai tenus sur la nécessité de prêter attention aux citoyens, de ne pas nuire aux entrepreneurs, de lutter contre la corruption et de garantir la justice sociale – ont été publiés dans les médias. Pourtant, j’ai relevé l’une des personnes nommées de ses fonctions seulement un mois plus tard. Cela m’a beaucoup déçu. Vous savez, j’occupe cette fonction depuis 22 ans, et au cours de ces années, j’ai nommé de nombreuses personnes à différents postes et leur ai accordé ma confiance. J’ai des réunions ou des conversations téléphoniques avec les nouveaux chefs d’autorités exécutives. Certains de ces noms apparaissent à la télévision et dans les médias, d’autres non, mais mes recommandations ne changent pas beaucoup. Ce qui est décevant, c’est que, malheureusement, certains parmi les jeunes cadres commettent des violations. Il ne s’agit pas de différences entre les générations plus jeunes ou plus âgées, il s’agit de la qualité des personnes – de l’éducation qu’elles reçoivent dans leur famille, à l’école et dans la société. C’est pourquoi nous faisons preuve de confiance, et ceux qui la méritent reçoivent toujours notre soutien. J’ai toujours été juste envers les personnes nommées. Ceux qui ne sont pas dignes de cette confiance et dévient de leur devoir sont, bien sûr, soit traduits en justice – il y a de nombreux cas – soit punis administrativement. Que puis-je dire ? Je continuerai à travailler. Ce processus n’est pas simple. La mise en œuvre de réformes structurelles est, bien sûr, importante, mais former un cadre intègre et compétent est une question encore plus importante, et mon expérience montre que cela prime les changements structurels.

Le modèle de gouvernance appliqué dans le Karabagh et le Zenguézour oriental pourrait un jour être étendu à différentes régions du pays, voire à l’ensemble du territoire national. Il s’agit d’une méthode administrative rapide et flexible, nécessitant la participation d’un nombre réduit de fonctionnaires. En tout cas, ce modèle a fait ses preuves dans les territoires libérés, et l’avenir le confirmera.

Quoi qu’il en soit, pour notre développement général, chaque personne, et en particulier tout fonctionnaire, doit travailler avec cœur, surtout après une Victoire aussi magnifique et historique, et alors que l’humeur dans la société est si positive. Au cours des cinq dernières années, nous avons vécu, comme on dit, en tant que nation fière et heureuse. Nous ne devons donc tolérer ni les problèmes dans la société ni l’arbitraire des fonctionnaires. Nous devons tous, moi y compris, être plus intolérants à cet égard.

Notre société, c’est une société très belle. Les choses évoluent dans une direction positive dans le pays. Il suffit de constater combien de succès notre pays a obtenus sur la scène internationale. Les questions de politique étrangère que j’ai évoquées ne représentent qu’une partie de ce travail. Il n’existe aucune inquiétude concernant le développement économique. Cependant, les cadres en qui j’ai confiance et l’ensemble des fonctionnaires doivent fonder leurs activités sur ces principes. Cela me ramène à la question du contrôle public, car de nombreuses décisions que j’ai prises l’ont été précisément grâce à ce contrôle. Le public n’en a pas conscience pour le moment, mais les signaux provenant du terrain sont vérifiés. Les informations concernant les nominations infructueuses que j’ai mentionnées proviennent du terrain. S’il n’y a pas de signaux venant du terrain, comment pourrais-je le savoir ? Ces signaux sont vérifiés à plusieurs reprises et par plusieurs institutions – pas seulement une, mais plusieurs – afin d’éviter tout biais personnel. Ensuite, si cela est confirmé, une décision est prise, et tous les fonctionnaires doivent en être informés. Nommer quelqu’un à un poste signifie lui accorder une grande confiance. Cependant, si un fonctionnaire ne se montre pas digne de cette confiance, alors la décision ne tardera pas à être prise.

Mirchahin Aghaïev : Monsieur le Président, la question que je vais vous poser a 28 ans. Je l’avais posée au Leader national Heydar Aliyev en 1998. À l’époque, la question était incomplète. Même si Heydar Aliyev avait donné une réponse très détaillée, nous la considérions incomplète, et elle l’est encore aujourd’hui. La question que je vous pose maintenant, et la réponse que vous allez donner, rendront à la fois la question et la réponse parfaites et complètes. Il me semble que le Leader national Heydar Aliyev nous écoute maintenant.

La question était alors formulée ainsi : « Peut-être que cette question posée par un citoyen d’un État ayant perdu 20 % de son territoire peut sembler un peu drôle, mais, en tout cas, quelle est votre attitude envers la terre ? Que signifie la terre pour vous ? » Le Leader national avait commencé sa réponse par ces mots : « La terre est une notion très vaste. » Puis il a expliqué le rôle que la terre joue dans sa vie. Il a parlé même de l’attachement qu’il éprouvait pour nos terres occupées. Mais ces terres étaient alors sous occupation et la question ne couvrait pas l’ensemble du territoire de l’Azerbaïdjan. Je pose maintenant cette question au Commandant suprême victorieux, Ilham Aliyev, qui a déjà restauré l’intégrité territoriale et assuré la souveraineté de l’État, et je suis certain que l’âme du Leader national sera également heureuse de la réponse.

Le président Ilham Aliyev : Vous savez, pour nous tous, la notion de la terre était avant tout lié aux terres perdues. Car lorsque cette question était posée durant l’occupation, chacun de nous pensait aux territoires perdus, et je suis certain que la majorité de notre peuple croyait que nous y retournerions. Il est vrai que cette conviction aussi s’affaiblissait au fil des années et je le ressentais. Lors des nombreuses rencontres que j’ai eues avec les personnes déplacées internes jusqu’en 2020, je disais toujours que nous retournerions sur ces terres et que nous rétablirions notre intégrité territoriale. Mais je voyais, je sentais que certaines personnes n’y croyaient pas vraiment, et on ne peut pas leur en vouloir. Quelles émotions peuvent éprouver des personnes ayant perdu leurs terres pendant trente ans ? C’est compréhensible. Mais, au fond de moi, j’ai toujours cru que nous y parviendrions. Dans un premier temps, j’y ai cru – peut-être de manière un peu naïve – qu’il serait possible de résoudre cette question pacifiquement. J’ai essayé de convaincre nos partenaires étrangers. Je pensais qu’ils ne comprenaient pas vraiment l’essence de cette cause, qu’ils ne savaient pas que nous avions raison et que l’Arménie avait tort. Mais, au fil des années, j’ai constaté qu’ils savaient parfaitement tout cela. La grande majorité d’entre eux pensait simplement que cela devait être ainsi : que ces terres devaient revenir aux Arméniens. Autrement dit, telle était leur vision du monde. Je ne sais pas d’où venaient ces idées, de quelles sources, et cela concernait tout particulièrement mes homologues occidentaux. Ils estimaient que cela devait se passer ainsi. Comme je l’ai mentionné, certains disaient qu’il fallait accepter cette réalité. Au fil des années, je n’ai plus eu aucun doute sur le fait que la voie militaire était inévitable. Il nous fallait simplement nous y préparer au niveau requis.

Pendant la Guerre patriotique, la terre, pour moi, c’était l’image de chaque village libéré, le lieu où chaque martyr est tombé était la terre pour moi. Il est impossible d’exprimer par des mots les sentiments que j’éprouvais lorsque je recevais chaque jour des informations sur les pertes. Tout le monde sait parfaitement que, à plusieurs reprises, la direction des opérations a été modifiée en raison de pertes potentielles, afin d’éviter qu’elles ne se produisent, et que l’arrêt de la guerre le 10 novembre était également lié à cela. Si la guerre ne s’était pas arrêtée, les pertes auraient été bien plus importantes. Chaque fois que notre drapeau était hissé dans un village ou une ville, cette terre était l’Azerbaïdjan pour moi. Que puis-je dire ? La terre qui, après le 8 novembre, n’était pas encore sous contrôle était l’Azerbaïdjan pour moi. Comment reprendre cette terre ? Certains disaient que personne ne le permettrait. D’autres disaient que nous avions déjà tant fait et que cela suffisait. D’autres encore affirmaient que mon nom était déjà inscrit dans l’histoire et qu’il n’était plus nécessaire d’aller plus loin. Beaucoup de choses ont été dites, et pas avec de mauvaises intentions. Certaines personnes le pensaient simplement ainsi. J’aurais aussi pu penser que Choucha était à nous, que nous avions gagné la guerre, vaincu l’Arménie, que 2 000 officiers et soldats russes y étaient stationnés, et que l’on pouvait remettre le reste à plus tard, laisser certaines choses telles qu’elles étaient. J’aurais pu penser ainsi. Mais la terre, pour moi à ce moment-là, c’était ce territoire-là : c’était l’Azerbaïdjan, c’était Khankendi, c’était Khodjaly. Elle était déjà libre. Aujourd’hui, comme on dit, lorsque je parle de la terre, pour être honnête, je regarde davantage sa qualité : où se trouvent les terres les plus fertiles et quelles terres peuvent être bien cultivées. Lorsque je vais au Karabagh, je regarde et je vois qu’il y a là-bas une terre noire. Je dis : quelle terre belle et fertile. Cette conception de la terre, c’est-à-dire cette conception d’une terre endommagée et blessée, n’existe plus. Et c’est aussi une bonne chose. Car nous sommes désormais dans une période de paix, une période de construction. Nous vivons cette période. Jusqu’il y a seulement cinq mois, nous ne comprenions probablement pas tous pleinement ce que signifie vivre dans la paix. Mais, en même temps, je reviens à la question dont nous parlions. Nous devons être vigilants en permanence. Nous devons être forts. Nous devons être forts et prêts à défendre notre terre à tout moment, et je suis convaincu que, désormais, pas un seul pouce de notre terre ne sera cédé à personne. Il y a pour cela à la fois la force et la détermination. Il y a l’unité du peuple. Il y a un État azerbaïdjanais fort.

Mirchahin Aghaïev : Je vous remercie au nom de tous mes collègues. L’État est une grande famille. Nous vous souhaitons beaucoup de bonheur familial.

Le président Ilham Aliyev : Merci.

Mirchahin Aghaïev : Merci.

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