Le président Ilham Aliyev accorde un entretien à France 24 VIDEO
Munich, 14 février, AZERTAC
Vendredi 13 février, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a accordé un entretien à France 24 à Munich.
L’AZERTAC présente l’entretien.
Le correspondant : Bonjour et bienvenue à « Tête à tête », l’émission phare des interviews de France 24. Aujourd’hui, notre invité est le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev. Merci beaucoup, Monsieur le Président.
Le président Ilham Aliyev : Merci.
Le correspondant : Le 8 août, un sommet trilatéral s’est tenu à la Maison-Blanche avec vous, le Premier ministre arménien Nikol Pachinyan, et le président américain Donald Trump, au cours duquel une déclaration visant à mettre fin au conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie a été signée, avec des engagements pour la réouverture des routes de transport et la normalisation des relations. Pouvez-vous nous dire si une paix totale et une pleine normalisation sont désormais imminentes ?
Le président Ilham Aliyev : Je le pense, car la signature de ce document historique à la Maison-Blanche, en présence du président des États-Unis, qui, soit dit en passant, a également signé la Déclaration conjointe en tant que témoin, signifie que le conflit est terminé et que nous sommes entrés dans une période de paix, que j’espère durable. Depuis cette date, plus de six mois se sont écoulés, et la situation à la frontière avec l’Arménie est très calme. Plus de tirs, pas de victimes, pas de blessés. L’Azerbaïdjan a unilatéralement levé les restrictions sur le transit des marchandises vers l’Arménie, et nous avons également commencé à fournir des produits pétroliers essentiels à l’Arménie, ce qui marque en réalité le début de nos relations commerciales. Nous pouvons donc constater que la paix est déjà instaurée. Certaines formalités restent nécessaires pour signer un accord de paix définitif, mais, parallèlement à la déclaration que vous avez mentionnée, les ministres des affaires étrangères des deux pays ont également paraphé le texte de l’accord de paix à Washington. Pour moi, c’est donc réglé. Je pense que le Premier ministre de l’Arménie partage le même avis. Nous apprenons simplement à vivre en paix, et c’est une sensation très agréable.
Le correspondant : C’est une sensation très agréable. Cependant, qu’est-ce qui manque pour une normalisation complète ? Je comprends que, pour l’Azerbaïdjan, il y a un problème lié à la Constitution de l’Arménie et aux passages concernant les revendications territoriales sur le Karabagh. Est-ce une ligne rouge absolue pour vous ? Sans modification à ce sujet, la normalisation ne pourra pas se réaliser ?
Le président Ilham Aliyev : Oui, vous avez raison. Il n’y aura pas de signature d’un accord de paix tant que cela ne sera pas réglé. Je distingue la normalisation d’un accord de paix formel, car la normalisation est déjà en cours. Comme je l’ai dit, tous ces développements positifs en témoignent. Mais la Constitution arménienne, adoptée il y a longtemps, à l’époque de l’occupation du Karabagh, contient une référence à la Déclaration d’indépendance de l’Arménie, qui inclut le paragraphe selon lequel le soi-disant Haut-Karabagh et l’Arménie devraient s’unir. Cela constitue donc une revendication territoriale contre l’Azerbaïdjan. Notre position, depuis la fin de la Seconde guerre du Karabagh, est très claire : cela doit être modifié. À ma connaissance, l’Arménie envisage de tenir un référendum. Dès que ce sera fait, rien ne s’opposera à la signature formelle d’un accord de paix. Mais je tiens à souligner à nouveau que, pour l’Azerbaïdjan, la paix est déjà réalisée. Le processus de normalisation progresse avec succès, et j’espère qu’une fois ces formalités juridiques accomplies, nous disposerons d’une paix formelle.
Le correspondant : Cette année ?
Le président Ilham Aliyev : Certainement.
Le correspondant : Le vice-président J.D. Vance a effectué des visites aux deux pays. Des annonces ont été faites concernant un partenariat stratégique, selon lequel les États-Unis vendraient désormais toutes sortes d’armes à l’Azerbaïdjan. Il y a également ce projet dit TRIPP, la « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales », une liaison routière et ferroviaire passant par l’Arménie vers le Nakhtchivan, votre exclave. Est-ce un projet irréaliste, ou cela va-t-il réellement se concrétiser et changer la dynamique ?
Le président Ilham Aliyev : Je n’ai aucun doute que cela se réalisera. L’une des raisons est, encore une fois, que les États-Unis ont joué un rôle crucial dans ce processus. La route, qui reliera les deux parties de l’Azerbaïdjan à travers l’Arménie et qui s’étendra même jusqu’au continent européen, porte le nom du président Trump. C’est la « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales ». Et je pense que cet engagement très personnel du président américain, ainsi que l’agenda du gouvernement des États-Unis, montrent que le projet TRIPP sera réalisé. Il ne s’agit pas d’une grande distance, c’est un peu plus de 40 kilomètres. D’ailleurs, je tiens à préciser que le chemin de fer que l’Azerbaïdjan construit actuellement depuis la capitale jusqu’à la frontière arménienne fait environ 400 kilomètres, plus près de 200 kilomètres à réhabiliter dans notre exclave, au Nakhitchevan. Ainsi, le tronçon arménien du corridor de Zenguézour, comme nous l’appelons, est très court. Et je suis certain qu’il sera achevé.
Pour ce qui est de la visite du vice-président Vance, oui, c’était une visite très importante. La visite elle-même du vice-président des États-Unis est importante pour n’importe quel pays. Dans ce cas, elle a été marquée par la signature de la « Charte de partenariat stratégique » entre les gouvernements des États-Unis et de l’Azerbaïdjan. Nous sommes ainsi devenus un partenaire stratégique officiel du pays le plus puissant du monde, ce que nous considérons comme un grand succès pour notre pays.
Cette Charte stratégique, qui a été publiée dans la presse, comporte différents volets. L’un d’eux concerne la vente d’armements, mais pas seulement : elle englobe l’énergie, la connectivité, l’intelligence artificielle, l’investissement et le commerce. De plus, toutes les restrictions sur la fourniture d’armes à l’Azerbaïdjan ont été levées.
Le correspondant : Je souhaiterais revenir sur la décision rendue par le tribunal militaire de votre pays, qui a infligé de lourdes peines de prison à treize responsables de la région du Karabagh, dont la réclusion à perpétuité pour l’ancien dirigeant. Des informations ont indiqué que le vice-président des États-Unis aurait abordé cette question et vous aurait éventuellement demandé de leur accorder une grâce en tant que moyen de promouvoir la paix dans la région. Est-ce exact, et envisagez-vous de le faire ?
Le président Ilham Aliyev : Lors de mon entretien avec le vice-président, qui a duré plusieurs heures, cette question a été évoquée parmi d’autres, et j’ai fait part de la position de l’Azerbaïdjan à ce sujet, et cela s’est arrêté là. Nous avons principalement discuté des relations bilatérales, du développement régional, du projet TRIPP et des perspectives de paix formelle avec l’Arménie.
En ce qui concerne les personnes que vous mentionnez, il s’agit des dirigeants du régime séparatiste illégal qui opérait illégalement sur notre territoire, sur le territoire de l’État souverain azerbaïdjanais, reconnu comme tel par l’ensemble de la communauté internationale, y compris par l’Arménie.
Pendant de nombreuses années, ces personnes ont été les instigateurs de tous les crimes de guerre contre les Azerbaïdjanais et contre l’Azerbaïdjan, et elles ont été traduites en justice. Elles ont été arrêtées au Karabagh à la suite de notre opération militaire et ont été jugées conformément à la loi. Elles ont bénéficié de la présence d’avocats. Le procès a été absolument transparent. Leurs crimes ont été établis par les témoignages de témoins et de nombreux éléments de preuve, et il n’existe aucun doute quant à leur culpabilité.
Le correspondant : Mais pourriez-vous faire quelque chose à ce sujet, Monsieur le Président ?
Le président Ilham Aliyev : Que voulez-vous dire exactement ?
Le correspondant : Passer l’éponge et leur accorder une grâce, ou quelque chose dans ce genre. Vous pourriez faire un geste. Cela relève de vos pouvoirs.
Le président Ilham Aliyev : Vous savez, ces personnes ont commis de graves crimes contre l’humanité. Imaginez, après la Seconde Guerre mondiale, les procès de Nuremberg et tous ces dirigeants nazis, qui ont été condamnés à mort : deux mois plus tard, certains seraient venus dire « s’il vous plaît, libérez-les ».
Le correspondant : C’est la même chose pour vous ?
Le président Ilham Aliyev : Oui, absolument. C’est même pire, encore pire. Leurs crimes ont été encore plus graves que ceux commis par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le correspondant : Mais, en termes de « passer l’éponge », avez-vous également une certaine compassion pour les Arméniens qui ont dû quitter le Karabagh à la suite du dernier conflit ?
Le président Ilham Aliyev : Notre position sur cette question a toujours été très claire. Elle a été exprimée à de nombreuses reprises, y compris par la publication sur notre site internet, où nous avons proposé à tous les Arméniens vivant au Karabagh de demander la citoyenneté ou un permis de travail. Nous avons eu plusieurs séries d’échanges avec les représentants des Arméniens du Karabagh, mais ils ont préféré choisir de partir pour l’Arménie. Nous avons des centaines de milliers d’Azerbaïdjanais qui ont été expulsés et soumis à un nettoyage ethnique sur le territoire de l’Arménie actuel, mais le gouvernement arménien n’a jamais proposé aucune mesure pour leur permettre d’y retourner. Je pense qu’il faut aborder cette question d’un point de vue réciproque. Le droit au retour est un droit universel et, bien sûr, l’Azerbaïdjan respectera ce droit si une telle demande est formulée. Mais, en même temps, compte tenu du fait que nous avons été en guerre avec l’Arménie pendant 30 ans, et qu’ils ont maintenu notre territoire sous occupation pendant 30 ans, nous attendons la même attitude envers les centaines de milliers d’Azerbaïdjanais — que nous appelons les Azerbaïdjanais de l’Ouest — afin qu’ils puissent revenir sur le territoire de l’Arménie actuel.
Le correspondant : Je souhaite aborder rapidement la relation avec la France. Elle a été très mauvaise, surtout pendant la dernière guerre. Vous avez critiqué la France pour son rôle de puissance coloniale en Nouvelle-Calédonie et en Corse — des propos très durs. Il y a quelques mois, un citoyen français, Théo Clerc, a été libéré. Un autre est actuellement jugé. Vous vous êtes entretenu brièvement avec le président français en marge d’un sommet européen. Diriez-vous que les relations sont de nouveau sur de bons rails, ou existe-t-il encore des problèmes entre l’Azerbaïdjan et la France ?
Le président Ilham Aliyev : Vous savez, nous n’étions pas à l’origine des problèmes avec la France. Nous entretenions d’excellentes relations avec la France avant la Seconde guerre du Karabagh. Il y a eu des visites présidentielles, celles du président Sarkozy, du président Hollande, ainsi que mes visites officielles en France. J’ai également visité la France pendant le mandat du président Macron. Nous avions des relations très amicales, de nombreuses activités commerciales et plus d’une dizaine de villes jumelées.
Mais lorsque la Seconde guerre du Karabagh a commencé et que nous avons entrepris de rétablir notre intégrité territoriale, malheureusement, la position de la France est devenue totalement incompréhensible, car la France défend normalement l’intégrité territoriale des pays. Elle tente de protéger sa propre intégrité territoriale. Aujourd’hui, elle défend l’intégrité territoriale du Danemark. Elle défend l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Mais malheureusement, elle a soutenu les séparatistes. Plus de dix résolutions de l’Assemblée nationale et du Sénat visaient à soutenir les séparatistes, et même votre parlement a reconnu le soi-disant Haut-Karabagh, tandis que même l’Arménie ne l’avait pas reconnu.
Les relations avec le gouvernement français ont également été tendues, mais encore une fois, nous n’étions pas à l’origine de ces tensions. Nous voulions simplement que notre souveraineté soit respectée.
Le correspondant : Mais vous avez employé des mots très durs…
Le président Ilham Aliyev : Eh bien, je n’ai pas été le premier à utiliser des mots durs. Ce qui a été fait de la part de l’Azerbaïdjan, je veux que vous en soyez absolument certain, n’a été qu’une réponse. Nous disposons d’un véritable catalogue de paroles très dures utilisées par le président français et de nombreux responsables français, le président de votre Sénat, le président de votre Assemblée nationale, ainsi que par des personnalités célèbres, qui ont tenu des propos insultants envers notre État et à mon égard personnel. De plus, après la Seconde guerre du Karabagh en 2020, et avant l’opération antiterroriste de 2023, des personnalités françaises très connues comme Madame Pécresse, Monsieur Barnier, Monsieur Retailleau — tous des noms familiers au public — ont visité illégalement le Karabagh et soutenu les séparatistes. Cela constituait donc une insulte ouverte et un signe total de mépris à l’encontre de l’État azerbaïdjanais. Tout ce qui a été dit ou fait de notre part l’a été en réponse. Peut-être que c’était dur. Il est difficile de mesurer. Mais je pense que ce qui importe, comme vous l’avez mentionné, c’est ma rencontre avec le président Macron à la fin de l’année dernière, qui a été très positive, et au cours de laquelle nous avons convenu de réinitialiser nos relations. Nous sommes prêts pour cela. La dernière chose dont nous avons besoin est d’avoir des problèmes avec n’importe quel pays, la France y comprise. Encore une fois, ce n’était pas notre initiative, mais je pense qu’aujourd’hui, les deux parties sont davantage prêtes à entretenir des relations normales, surtout après que l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont déjà instauré la paix.
Le correspondant : Donc, en conclusion, peut-on s’attendre à ce que vous rencontriez prochainement le président français ?
Le président Ilham Aliyev : Oui, certainement. D’ailleurs, notre rencontre à Copenhague a été très amicale. Et, bien sûr, depuis cette rencontre qui a eu lieu il y a plusieurs mois, il y a eu beaucoup d’interactions entre nos équipes. Elles sont en contact régulier et plusieurs réunions ont déjà eu lieu. Oui, il reste encore quelques points que le président Macron et moi avons soulignés comme devant être réglés par les deux parties.
Mais, encore une fois, il est important de comprendre que c’est une relation à double sens. En tant que deux pays souverains, nous devons nous respecter mutuellement, respecter les systèmes juridiques de chacun et ne pas intervenir dans les affaires de l’autre. Nous n’avons pas été les premiers, si je peux reprendre votre mot, à évoquer la Calédonie, etc. C’est la France qui a commencé à s’ingérer dans nos affaires internes concernant le Karabagh, et pas seulement cela, même dans notre agenda politique. Cela doit donc cesser. Et je pense que les deux parties savent comment procéder.
Le correspondant : Monsieur le Président Aliyev, merci beaucoup d’avoir été notre invité. Et merci à tous de suivre cette édition de « Tête à tête » sur France 24.
Le président Ilham Aliyev : Merci.