L'ONU adopte une nouvelle règle pour surmonter la crise financière
Bakou, 1er juillet, AZERTAC
L'Organisation des Nations Unies a réformé une règle financière kafkaïenne en vigueur depuis des décennies, qui l'obligeait à restituer aux États membres les fonds non dépensés, même lorsque ces fonds n'avaient jamais été versés, indique l’ONU info.
Cette décision, prise mardi par l'Assemblée générale, fait suite aux recommandations de sa Cinquième Commission, chargée des questions administratives et budgétaires.
Elle intervient alors que l'ONU continue de faire face à une grave crise de liquidités, les gouvernements retardant le versement de leurs contributions financières obligatoires. Ces retards entraînent des coupes budgétaires généralisées qui affectent tous les aspects du système, du recrutement aux opérations de maintien de la paix en passant par l'aide humanitaire.
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a salué cette décision dans une déclaration publiée à l'issue du vote, soulignant que les anciennes règles financières menaçaient la stabilité de l'organisation.
« Par son vote, l'Assemblée générale a approuvé l'introduction, à titre expérimental pour une période de quatre ans, d'une nouvelle méthodologie visant à garantir que les fonds non dépensés ne soient restitués aux États membres que lorsqu'ils sont accompagnés de liquidités », a poursuivi le chef de l'ONU.
« Cette décision nous permettra de gérer les ressources, notamment les budgets ordinaires et de maintien de la paix, de manière plus prévisible et responsable, et de mieux remplir les mandats confiés par les États membres. »
Il a qualifié ce changement de « crucial pour la continuité de nos opérations immédiates, notamment pour les opérations de maintien de la paix », et d'amélioration majeure pour le prochain Secrétaire général qui prendra ses fonctions en janvier prochain.
Le plus haut responsable de l'ONU ne sera plus contraint de restituer des fonds qui, « bien trop souvent, n'ont même jamais été perçus ».
L’ONU a clôturé l’année 2025 avec un montant record de 1,6 milliard de dollars de contributions impayées, selon le dernier rapport du Secrétaire général sur la situation financière de l’Organisation, publié le mois dernier.
Le total des arriérés, couvrant le budget ordinaire, les opérations de maintien de la paix et les deux tribunaux internationaux, dépasse 6,5 milliards de dollars.
Au début de cette année, l’ONU a mis en œuvre des mesures strictes de conservation de la trésorerie afin de réduire et de ralentir les dépenses.
« Le Secrétaire général a demandé aux États membres soit d’honorer leurs obligations de paiement intégral et dans les délais impartis, soit de réformer en profondeur les règles financières de l’Organisation afin d’éviter un effondrement imminent », indique le rapport.
Jusqu'à mardi soir, les règles financières, établies il y a 80 ans, obligeaient l'ONU à restituer aux États membres les fonds non dépensés sous forme de crédits sur leurs contributions futures.
Cette règle s'appliquait même en cas de sous-dépenses dues à des contributions tardives ou à des fonds jamais perçus.
Annalena Baerbock, présidente de l'Assemblée générale, a soulevé la question lors d'une intervention au Parlement européen en février.
Soulignant la « crise de liquidités existentielle » que traverse l'ONU, elle a exhorté les pays européens à « présenter des propositions visant à réformer cette règle financière kafkaïenne qui consiste à rembourser des fonds jamais reçus ».
Dans sa réaction au vote, Mme Baerbock a déclaré : « Grâce à cette résolution historique, l’Assemblée générale a évité l’effondrement financier imminent de l’ONU et modernisé une règle financière obsolète vieille de 75 ans qui, depuis trop longtemps, compromettait la stabilité financière de l’Organisation.» Elle a ajouté que cette résolution envoyait également « un message plus large : même en période de division, les États membres de l’Assemblée générale de l’ONU peuvent s’unir pour prendre des mesures décisives. »