La guerre ne connaît plus de frontières, selon l’ONU
Bakou, 11 juin, AZERTAC
Le Moyen-Orient s'apparente de plus en plus à un front unique, dont les ondes de choc se propagent aux quatre coins du monde, selon l’ONU.
Du Liban à Gaza, du détroit d'Ormuz à la Syrie, les foyers de tension autrefois distincts s'alimentent désormais mutuellement et se répercutent bien au-delà. C'est ce constat inquiétant qu'a dressé mercredi le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, devant le Conseil de sécurité réuni à New York pour un débat sur la paix au Moyen-Orient, sous la présidence du chef de l’État colombien, Gustavo Petro.
Une escalade dans le Golfe fait grimper les prix de l'énergie à l’échelle mondiale, perturbant les chaînes d’approvisionnement et le commerce international et entraînant une une augmentation du prix des engrais et denrées alimentaires.
« Le Moyen-Orient s’enfonce de plus en plus dans la crise », a averti le chef de l’ONU. « Et les conséquences s’étendent au reste du monde – en particulier aux pays les plus vulnérables ».
Le Liban, symptôme d'une région sous tension
Pour António Guterres, le Liban est redevenu l'un des points les plus dangereux de la région.
Depuis mars, les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont franchi de nouveaux seuils. Le chef de l'ONU évoque des civils tués, des localités vidées de leurs habitants, des destructions massives dans le sud du pays et plus d'un million de personnes déplacées. Même les Nations Unies ont payé le prix de cette dégradation, avec la mort de sept Casques bleus depuis le début de l'escalade.
Face à cette situation, le Secrétaire général défend une solution diplomatique fondée sur la souveraineté du Liban. Il appelle également à préserver une présence onusienne après le départ programmé de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).
Mais son message tient en une formule lapidaire : « Plus d’attaques. Plus d’excuses ».
La question palestinienne au cœur de l'équation
Aux yeux du Secrétaire général, aucune stabilisation durable du Moyen-Orient ne sera possible sans règlement du conflit israélo-palestinien.
« Nous devons remédier à la crise qui est à l’origine de l’instabilité générale dans la région », affirme-t-il avant de présenter la solution à deux États, l’un israélien et l’autre palestinien, comme « la seule voie crédible pour aller de l'avant ».
Le constat qu'il dresse est sombre. Huit mois après l'annonce d'un cessez-le-feu à Gaza, l'enclave reste plongée dans une crise humanitaire profonde. Les opérations de secours demeurent entravées, les besoins essentiels ne sont pas couverts et le gouvernement israélien a annoncé son intention de contrôler 70 % du territoire.
António Guterres réclame la levée des restrictions israéliennes pesant sur l'aide humanitaire et rappelle un principe devenu récurrent dans les prises de position onusiennes : « L’aide humanitaire ne doit jamais servir de monnaie d’échange ».
Son inquiétude s'étend également à la Cisjordanie, où il dénonce la multiplication des violences de colons israéliens, l'expansion continue des colonies de peuplement et le risque d'une annexion de facto qui rendrait irréalisable la création d'un État palestinien.
« Ces injustices doivent cesser », lance-t-il.
Le Golfe, épicentre d'un risque mondial
Si Gaza demeure au centre des préoccupations diplomatiques, António Guterres consacre une part importante de son intervention à la guerre opposant l'Iran et les États-Unis depuis la fin février, ainsi qu'à ses répercussions régionales.
La reprise de frappes entre les deux pays ces derniers jours rendent le cessez-le-feu officiellement en vigueur de plus en plus fragile. « Nous ne devons pas minimiser le risque que des combats de moindre intensité dégénèrent en embrasement généralisé », prévient-il.
Son argument dépasse cependant le seul cadre militaire. Les tensions dans le détroit d'Ormuz, où transite une part importante du pétrole mondial, et les restrictions à la navigation sont décrites comme un accélérateur de crises économiques mondiales. « Les prix de l’énergie grimpent et les chaînes d’approvisionnement sont perturbées. Les engrais deviennent plus coûteux – et la faim se répand. L’inflation bondit et la dette s’alourdit ».
Pour preuve, le Secrétaire général de l'Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez, a condamné mercredi une attaque contre un pétrolier au large des côtes d'Oman, à proximité du détroit d'Ormuz, suite à laquelle trois marins sont portés disparus.
« C'est tout simplement inacceptable », a-t-il déploré dans un communiqué.
Depuis l'éclatement du conflit, le 28 février 2026, l'OMI a recensé 43 attaques contre des navire internationaux dans la zone, dans lesquelles 11 membres d'équipage ont trouvé la mort.
Pour éviter une nouvelle spirale, António Guterres a plaidé au Conseil pour un cessez-le-feu complet, la reprise des négociations sur le nucléaire iranien et l'élaboration d'une nouvelle architecture de sécurité régionale fondée sur la souveraineté des États et la coopération multilatérale.
Une paix encore fragile
Au-delà des conflits les plus médiatisés, le Secrétaire général rappelle que plusieurs pays de la région demeurent engagés dans des transitions incertaines.
En Syrie, après plus d’une décennie de guerre, la paix reste fragile et dépend, selon lui, de l'inclusion politique, de la justice transitionnelle et de la reconstruction. Au Yémen, il met en avant la récente libération de 1 600 détenus comme preuve que la médiation peut encore produire des résultats concrets, tout en soulignant que les tensions demeurent vives.
L'ensemble de son intervention converge vers une même conclusion : la région ne souffre pas seulement d'un excès de violence, mais d'un déficit de solutions politiques.
« Le dialogue est notre meilleur – et notre seul – espoir de paix », affirme-t-il. Avant d'adresser au Conseil de sécurité un appel qui sonne comme un constat d'urgence autant que comme un avertissement : « Il n’y a pas d’alternative. Et il n’y a pas de temps à perdre ».