Le Japon met au point un virus pour lutter contre les cyberattaques
Bakou, 13 février (AZERTAC). D'après le quotidien Yomiuri, le Japon a mis au point un "bon" virus, très spécial et surtout très performant, rapporte Le Monde. Il serait capable de tracer et d'identifier l'origine d'une cyberattaque, et de mettre hors d'état de nuire l'outil utilisé pour mener l'agression. D'une précision redoutable, il pourrait également collecter toutes les données relatives à l'attaque. Il serait particulièrement efficace contre les agressions dites de "déni de service", qui voient un pirate assaillir un service avec un grand nombre de requêtes pour le bloquer, et celles destinées à voler des données.
Yomiuri précise que le ministère de la défense travaille depuis 2008 sur ce projet. Il en a confié la responsabilité à son institut de recherche et de développement techniques, qui a lui-même fait appel au savoir-faire du géant informatique Fujitsu. Déjà très engagé dans la mise au point de technologies de protection des données, le groupe, qui refuse de s'exprimer sur ce sujet, s'est vu allouer une enveloppe de 178,5 millions de yens (1,8 million d'euros) pour mettre au point le "bon" virus et un système de surveillance et d'analyse des cyberattaques.
Cela fait plusieurs années que le Japon s'inquiète de l'intensification des attaques informatiques contre ses systèmes. Dans son Livre blanc sur la défense, dévoilé en août 2011, le gouvernement soulignait l'importance de renforcer les défenses contre les cyberattaques, qui pourraient "significativement affecter la sécurité nationale". Comme pour confirmer ces craintes, le même mois, plusieurs entreprises du secteur de la défense, notamment le fabricant d'avions de combat et de systèmes de missiles Mitsubishi Heavy Industries, étaient les cibles d'une agression massive. En octobre, des ordinateurs de parlementaires ont été visés et en novembre, le réseau informatique de dizaines de collectivités locales a été perturbé. A chaque fois, les soupçons se sont portés sur la Chine.
L'engagement nippon dans la cyberguerre s'est traduit par la création d'un service spécial, impliquant également des membres du ministère des affaires étrangères. Il pose pourtant certains problèmes légaux. L'article 9 de la Constitution empêche l'Archipel de s'engager dans des actions offensives. Et la législation actuelle interdit la production de virus.
Dans un tel contexte, la nouvelle cyberarme pose problème. Présenté comme un simple outil de défense, le "bon" virus japonais a également tout d'un outil de contre-attaque. Il comprend des éléments propres à pénétrer les systèmes, les explorer, en extraire des données, voire, qui sait... les saboter. Conçu comme n'importe quel autre virus, il a la possibilité de s'introduire dans n'importe quel ordinateur sans l'accord du propriétaire de la machine. Et puis, qu'arriverait-il s'il échappait au contrôle de ses concepteurs?
Pour le moment, le ministère de la défense n'envisage pas d'utiliser ce virus hors de son réseau. Ce produit devrait cependant faire l'objet d'une discussion au sein de la commission gouvernementale chargée de la politique de sécurité des données.