Antonio Guterres: Nous sommes entrés dans une ère de souffrances humaines incessantes
New York, 23 septembre, AZERTAC
Nous sommes entrés dans une ère de souffrances humaines incessantes, a déclaré le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, lors du débat général de la 80e session de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York.
« La technologie doit être notre serviteur, et non notre maître », a déclaré le Secrétaire général, pour qui elle doit faire progresser les droits humains et garantir la capacité d’agir des êtres humains. Il a appelé à en mesurer les risques, qui « s’étendent à de nouvelles frontières, des biotechnologies aux armes autonomes ». Nous assistons à l’essor d’outils de surveillance et de contrôle social de masse, de perturbations massives, voire de destruction massive, s’est-il alarmé.
Saluant la création, le mois dernier par l’Assemblée générale, d’un groupe scientifique international indépendant sur l’intelligence artificielle et d’un dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA qui se tiendra tous les ans, M. Guterres a souhaité qu’aucun pays ne soit « exclu de l’avenir numérique, ni enfermé dans des systèmes qu’il ne peut façonner ou dans lesquels il ne peut avoir confiance ».
« Les gouvernements doivent faire preuve de vision; les entreprises doivent agir de manière responsable et nous, la communauté internationale, devons veiller à ce que la technologie améliore l’humanité », a ajouté le Secrétaire général, qui a appelé à choisir « la coopération plutôt que la fragmentation, l’éthique plutôt que l’opportunisme, et la transparence plutôt que l’opacité ».
« La technologie ne nous attendra pas mais nous pouvons toujours choisir ce qu’elle sert », a conclu le Secrétaire général.
Après avoir insisté sur le fait que « les droits humains ne sont pas un ornement de la paix –ils en sont le socle », le Secrétaire général a rappelé que ces droits –sociaux, économiques, politiques, civiques et culturels– sont universels, indivisibles et interdépendants.
Estimant qu’en de multiples domaines, « nous avons les solutions… mais nous siphonnons le carburant qui nous permettrait d’avancer », le Secrétaire général a appelé à la justice financière et à la solidarité et demandé une réforme de l’architecture financière internationale afin qu’elle soit au service du développement de toutes et de tous. « Les coupes dans l’aide au développement font des ravages », a-t-il déploré, parlant d’une condamnation à mort pour les uns, d’un avenir confisqué pour les autres.
M. Guterres a aussi appelé à se doter des moyens d’une transition juste pour les peuples et la planète, afin de réaliser la justice climatique. S’il a jugé « encore possible » de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 degré Celsius d’ici à la fin du siècle, il a averti que « le temps est compté ». Il a préconisé des mesures dans les domaines de l’énergie, des forêts, du méthane et de la décarbonisation industrielle; la mobilisation de 1 300 milliards de dollars par an en financements climatiques d’ici à 2035 pour les pays en développement; l’appui à des transitions justes; le doublement des financements de l’adaptation; et le versement de contributions importantes au Fonds pour les pertes et préjudices.
« Les solutions et les outils nécessaires sont à notre portée », a martelé le Secrétaire général.
Décrivant « une ère de perturbations dangereuses et de souffrances humaines incessantes », le Secrétaire général a estimé que la tâche de la communauté internationale est immense, « alors même que nos moyens d’agir, eux, fondent comme neige au soleil ».
Alors que des nations souveraines sont envahies, que la faim est instrumentalisée comme une arme, que la vérité est réduite au silence, que des colonnes de fumée montent au-dessus des villes bombardées, que la colère sourd dans des sociétés fracturées et que les littoraux sont avalés par la montée des eaux, M. Guterres a estimé que cinq choix cruciaux s’imposent à nous.
Le premier est celui d’une paix ancrée dans le droit international. Le deuxième celui des droits humains et de la dignité humaine. Le troisième choix réside dans la justice climatique. Il faut également choisir de mettre la technologie au service de l’humanité. Enfin, il faut renforcer l’ONU pour le XXIe siècle.
Confiant avoir grandi « dans un monde où les choix étaient limités », dans les « ténèbres de la dictature », le Secrétaire général a dit croire farouchement en notre humanité commune et au potentiel de chaque être humain. Quels que soient les défis à relever, « nous ne devons jamais baisser les bras », a-t-il ajouté, promettant de ne « jamais abandonner » son action « pour la paix, pour la dignité, pour la justice, pour l’humanité ».