l’Agence de Presse Nationale d’Azerbaïdjan

L’ambassadeur Rahman Mustafayev accorde un entretien à la Revue Conflits à la suite de l’escalade à la frontière arméno-azerbaïdjanaise

L’ambassadeur Rahman Mustafayev accorde un entretien à la Revue Conflits à la suite de l’escalade à la frontière arméno-azerbaïdjanaise

Paris, 17 septembre, AZERTAC

La Revue Conflits a publié un entretien avec l’ambassadeur d’Azerbaïdjan en France, Rahman Mustafayev, à la suite des récentes provocation commises par les forces armées arméniennes à la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

L’AZERTAC présente le texte de l’article dans son intégralité.

La situation s’est de nouveau tendue dans la région. Quelle est la cause de ce regain de tensions ?

Dans la nuit du 12 au 13 septembre, les forces armées arméniennes ont lancé une attaque massive à partir du territoire arménien contre des positions militaires et des lignes de communication de l’armée azerbaïdjanaise située dans les régions de Kelbadjar, Latchine et Dachkessan en Azerbaïdjan. De plus, une tentative a été faite de miner les voies d’approvisionnement de l’armée azerbaïdjanaise. En d’autres termes, une provocation de grande ampleur a été commise, à la suite de laquelle nous déplorons 71 morts et 2 civils blessés. Grâce à une riposte militaire légitime, ciblée et précise, il a été possible de neutraliser les positions de tir de l’armée arménienne. C’était ça le but de notre opération militaire.

 quoi attribuez-vous l’aggravation actuelle de la situation ?

Je pense qu’il ne s’agit pas d’une provocation accidentelle, cela doit certainement être considéré dans le contexte général des actions destructrices de l’Arménie ces derniers mois et, plus important encore, de la violation continue par l’Arménie des dispositions de la Déclaration tripartite du 10 novembre 2020.

D’abord, il est bon de rappeler que l’Arménie ne nous a pas encore fourni toutes les cartes des champs de mines, ce qui est une violation flagrante du droit humanitaire. Depuis le 10 novembre 2020, 240 citoyens azerbaïdjanais ont été tués ou gravement blessés par les mines posées par l’Arménie, dont 134 explosions, c’est-à-dire plus de 50%, se sont produites dans des lieux non couverts par les cartes qui nous avaient été remises. Que cela nous dit-il ? Simplement que les Arméniens cachent les cartes de champs de mines et agissent selon le principe « plus les civils azerbaïdjanais s’explosent sur des mines, mieux c’est ». En plus, depuis le 15 août 2022, après la libération de la région de Latchine, nos sapeurs ont découvert sur son territoire plus de 1 300 mines, qui, à notre grande surprise, ont été produites en 2021 en Arménie. C’est un fait sans précédent. Alors que Nikol Pachinian parlait de la paix à Moscou, à Paris et à Bruxelles, ses militaires minaient notre territoire.

Ensuite, malgré les obligations découlant de la Déclaration de 2020 et ses nombreuses promesses, Pachinian n’a pas encore retiré tout son personnel militaire du territoire de notre pays. Nous parlons à la fois de conscrits et de bandes armées illégales.

Également, malgré l’accord conclu à Moscou le 30 août pour ouvrir les voies de transport entre les deux pays, Pachinian a proposé de nouvelles conditions et a en fait perturbé ce processus. Il y a quelques jours, Erevan a abandonné le projet de construction de la voie ferrée Zanguezour-Meghri. Pourtant, il s’agit d’un projet ferroviaire extrêmement bénéfique pour l’Arménie, qui pourrait relier son système économique et de transport aux nouveaux marchés régionaux.

Mais la récente réunion à Bruxelles a été productive, n’est-ce pas ?

Formellement, oui, mais malgré l’atmosphère positive et l’accord conclu à Bruxelles avec la médiation du président du Conseil européen Charles Michel le 31 août, l’Arménie a refusé de se réunir au format des ministres des Affaires étrangères des deux pays pour discuter des dispositions du Traité de paix. Déjà, le 2 septembre, malgré les accords conclus à Bruxelles pour lancer le processus de négociation fondé sur le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères d’Arménie ont fait des déclarations provocatrices contre l’intégrité territoriale de notre pays.

Le 7 septembre, dans l’extrême Orient russe, à Vladivostok, Nikol Pachinian, en présence du Président russe Vladimir Poutine, a annoncé de manière inattendue pour nous, mais aussi, je crois, pour le président du Conseil européen Charles Michel, qu’aucun accord sur les questions les plus importantes n’a été transmis à Bruxelles. Et finalement, le bombardement de nos installations militaires et civiles dans les régions de Latchine et de Kelbadjar s’est intensifié ces derniers jours.

 qui profite la surenchère actuelle ?

Réfléchissons logiquement. Des projets économiques et d’infrastructure à grande échelle d’une valeur de plus de 3 milliards d’euros sont mis en œuvre dans les régions de la zone économique du Karabagh en Azerbaïdjan, qui ont récemment subi des bombardements depuis le territoire arménien. Qui est intéressé à perturber ces projets ?

Les premiers réfugiés azerbaïdjanais retournent déjà dans le village d’Aghaly de la région de Zanguilan en Azerbaïdjan, qui a été libéré pendant la guerre de 44 jours, reconstruit par nos entreprises et qui est également situé à proximité de la zone des bombardements récents. Â qui profite la rupture de ce processus ?

Ensuite, ces derniers mois, nous avons observé une dynamique positive dans l’établissement du dialogue et de la coopération entre les résidents arméniens et azerbaïdjanais du Karabagh. Cela était déjà perceptible lors de la construction de la nouvelle route de Latchine. Â qui profite la persistance des tensions entre les deux communautés de la région du Karabagh en Azerbaïdjan ?

Certainement, tout ça n’est pas aux intérêts de l’Azerbaïdjan. Il est évident que l’Arménie ne peut pas et ne veut pas s’accommoder de ces processus de reconstruction du Karabagh, de la réconciliation entre les deux peuples à petits pas, certes faibles, mais réels. Elle cherche à contrecarrer ce processus, à raviver l’ancien conflit, à élargir la géographie des affrontements. Le moyen le plus efficace d’y parvenir est de recourir à des provocations militaires.

Bakou est intéressé par l’ouverture d’un corridor de transport direct le reliant à la Turquie. Que pensez- vous de cela ?

Je pense que nous devons évaluer objectivement ce qui se passe. Bakou pense avant tout au Nakhitchevan. C’est une région enclavée de l’Azerbaïdjan, qui a été isolée de la partie principale de notre pays pendant 30 ans en raison du fait que l’Arménie, au début du conflit, avait détruit toutes les lignes de transport, construites à l’époque de l’URSS et reliant le Nakhitchevan avec les autres régions de notre pays.

C’est pour ça que nous attendons, il y a deux ans, que l’Arménie remplisse toutes les dispositions de la Déclaration de 2020, qui porte sa signature. Y compris le point 9, selon laquelle « toutes les liaisons économiques et de transport de la région seront débloquées » et « la République d’Arménie garantira la sécurité des liaisons de transport entre les régions occidentales de la République d’Azerbaïdjan et la République autonome du Nakhitchevan afin d’organiser la circulation sans entrave des citoyens, des véhicules et des marchandises dans les deux sens ». С’est ça le sujet.

En outre, nous avons proposé que ces nouvelles routes, avant tout le corridor de Zanguezour, deviennent la base d’une coopération régionale plus large dans le cadre de la formule 3+3 : la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan plus la Russie, la Turquie et l’Iran. En d’autres termes, toutes nos initiatives et actions sont constructives et visent à créer une atmosphère de dialogue, de coopération et de sécurité dans la région. Ces communications ouvrent à l’Arménie de plus larges possibilités de connexion avec la Russie, l’Iran et la Turquie.

L’Azerbaïdjan s’oppose activement à toute tentative de relancer le Groupe de Minsk de l’OSCE et de mentionner le conflit. Â quoi est-ce lié ?

La position de notre Président sur ces questions est très claire et précise.

Le conflit a été résolu, parce que sa principale cause a été éliminée et les principales dispositions de résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies datées de 1993 ont été réalisées : les sept districts azerbaïdjanais anciennement occupés ont été libérés des forces armées arméniennes. D’ailleurs, en France, la Déclaration du 10 novembre 2020 est souvent appelée, à tort, un document de cessez-le-feu. Ce n’est pas le cas. Il s’agit d’une déclaration sur la fin du conflit, sur le retrait des forces d’occupation, sur l’établissement de liens économiques et de transport dans la région.

Par conséquent, dans le cadre du nouvel ordre régional, lorsque le conflit est déjà résolu, nous ne voyons pas la nécessité du Groupe de Minsk. Comme l’a déclaré M. le Président Ilham Aliyev, nous ne lui disons pas : « Merci et au revoir », nous lui disons justement: « Au revoir ». Le mandat du groupe de Minsk était de résoudre le conflit arméno-azerbaïdjanais du Haut-Karabakh par des moyens non militaires. Cela ne s’est pas produit, car le conflit a été résolu militairement sur la base de l’article 51 de la Charte des Nations unies qui reflète notre « droit naturel de défense légitime ».

Comment voyez-vous le rôle de la France dans cette nouvelle situation ?

Aujourd’hui, il existe en fait deux formats de processus post-conflit : le format trilatéral, Russie, Azerbaïdjan et Arménie, et le format dit « de Bruxelles », UE, Azerbaïdjan et Arménie, sous les auspices du président de l’UE Charles Michel. Par conséquent, nous considérons la France comme un élément essentiel du « format de Bruxelles ». En tant que la plus grande puissance diplomatique et économique de l’UE, elle pourrait exercer une influence efficace sur le processus de normalisation des relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, sur le renforcement des mesures de confiance et la reconstruction d’après-guerre dans notre région. Bakou est bien disposé pour un dialogue et une coopération avec Paris sur les questions de la phase après-conflit. La seule question est de savoir si la France elle-même y est prête.

Pourquoi posez-vous la question de cette manière ?

La France souligne régulièrement son respect de l’intégrité territoriale et de l’inviolabilité des frontières de l’Arménie et des autres pays du monde. Pendant le récent discours du président Macron à la conférence des ambassadeurs français, son soutien à ces principes a été souligné à plusieurs reprises de façon beaucoup plus forte qu’auparavant. Cependant, nous n’avons jamais entendu le soutien de ce principe à l’égard de l’Azerbaïdjan de la part des responsables français. On entend parfois des déclarations selon lesquelles « la France ne remet pas en question l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan ». Mais il est évident que « ne pas remettre en question » et « soutenir » sont des expressions différentes. Nous sommes dans une époque où les formules de « l’ambiguïté constructive » ne fonctionnent plus. Au contraire, ils jouent un rôle destructif.

Je pense qu’il s’agit ici d’une question très importante et que le rôle futur de la France dans un règlement post-conflit, ainsi que la qualité des relations entre nos deux pays, dépendent dans une large mesure de la réponse qui y sera apportée. Une fois encore, je note que nous sommes intéressés par un dialogue actif et une coopération profonde avec Paris dans nos relations bilatérales et sur toutes les questions de la phase post-conflit, tout en respectant la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’inviolabilité des frontières non seulement de l’Arménie, mais aussi de l’Azerbaïdjan.

Quant à la situation actuelle, elle est causée par l’Arménie elle-même, par son idéologie et sa politique. Le seul conflit qui déstabilise notre région aujourd’hui c’est le conflit de l’Arménie avec le droit international. Ce pays ne respecte pas sa signature, perturbe la mise en œuvre des dispositions de la déclaration du 10 novembre 2020 et viole les accords conclus à Moscou et à Bruxelles. Nous voulons la paix dans la région et la paix avec nos voisins. Nous appelons donc l’Arménie à cesser ces pratiques, à respecter strictement toutes les dispositions de la Déclaration, tout d’abord celles relatives au retrait de ses formations illégales de notre territoire et à l’ouverture des voies de transport, et à commencer finalement à travailler sur la délimitation des frontières et la préparation d’un traité de paix.

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